‹ Compte-rendu de la seconde session, Luxembourg-1877Chapitre 31 sur 62 · III. — Panfu.o de Narvaez · texte numérisé non relu

III. — Panfu.o de Narvaez

Trois ans plus tard, en 1528, Panfilo de Narvaez vint à son tour tenter la conquête de la Floride. Sa commission lui donnait droit aux vastes contrées qui s'étendent du cap Florida au cap das Palmas. Il débarqua vers la tin d'avril, avec quatre cents hommes, au cap qui porta un instant le nom de Corrieules (probablement le cap Malabar), à cause des forts courants qui arrêtèrent Ponce de Léon à l'entrée du canal de Bahama.

Les Floridiens ne pouvaient lutter contre des forces aussi considérables, mais ils exploitèrent, avec une merveilleuse habileté, la passion dominante des Espagnols. Narvaez ignorait complètement la géographie du pays et n'avait pas pour vingt-quatre heures de vivres; mais les i'auves retlets des ornements d'or que portaient les Floridiens troublaient son jugement et ne lui permettaient pas d'écouter les conseils de la jirudence. Les perlides avis des Indiens répondaient si complètement à ses désirs, qu'il partit le 1"' mai, sans aucune étude préliminaire, sans s'assurer des vivres, sans même prendre le temps de mettre sa flotte en sûreté.

Il marcha cinquante-neuf jours, à travers monts et marais, avec une peine infinie, sans autre nourriture que des racines et les fruits du palmier sauvage. Arrivé à l'endroit indiqué, Apalachen, il trouva un village d'une quarantaine de cabanes dont il s'empara facilement; mais il n'y avait pas de vivres et rien des monceaux d'or qu'il y croyait en dépôt.

Sur toute sa route il avait montré cette excessive dureté qui carïu-téi'ise les conquistadores. Les Indiens, exaspérés, s'embus({uent dans les bois et ne permettent plus à sa troupe affamée de faire un pas hors du village. Narvaez, qui se trouvait pris entre la famine et la retraite, choisit la retraite.

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Après une marche qui iui coûta un tiers de ses compagnons, il atteignit la baie de Saint-Marc, aujourd'hui connue sous le nom de Appalachie.

Il construit à la hâte cinq })n-ogues, et toutes les chemises de la troupe sont employées à faire des voiles. Une cinquantaine d'hommes s'entassent dans chacune de ces frêles embarcations dont le plat-bord n'émerge que de quelipies centimètres. Le danger est imminent, mais les Floridiens sont impitoyables, et la mer seule, malgré ses caprices féminins, laisse une lueur d'espoir. Un village de la côte, qui ne connaissait pas encore les Espagnols, leur donne des secours bientôt il s'en repent et les rejette à la mer.

Narvaez voyant la partie perdue et les vagues qui s'agitent d'une manière inquiétante, ne pense plus qu'à son propre salut et se sauve avec la moilleure des embarcations en recommandant charitablement aux malheureux qu'il aban-î donne de se tirer d'affaire comme ils pourront. On n'a plus' entendu parler de lui. La tempête a chaviré les quatre autres pirogues. Quatre-vingts hommes seulement parvinrent à gagner une petite île qu'ils nommèrent Malhadada (Malheureuse), et lînirent, au grand scandale des sauvages, par semanger les uns les autres.

IJes ([ualre cents Espagnols débarqués en Floride au mois d'avril 1528, quinze parvinrent, le 15 mai 1536, après huit ans d'absencC; à regagner le continent.

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