I. — Les deux Ango
Après Jean Cousin et Paulmier de Goimeville, et pendant les premières années du XVP siècle, un nom domine tous les autres : celui de deux illustres armateurs dieppois, les Ango. Ce sont eux, qui les premiers, organisèrent en quelque sorte un service régulier entre la France et le Brésil, et pendant
leur longue carrière, ne cessèrent de disputer aux Portugais la domination de ces riches contrées. Tous deux avaient du cœur et de l'intelligence : on les aurait dit taillés à l'image de notre héroïque Jacques Cœur. Bien qu'ils aient rendu à leur patrie de réels services, ils n'ont pas encore obteim la justice ([u'ils méritaient. Leur nom figure à peine dans les histoires de l'époque. Il n'est pas cité par les dictionnaires biog-raphiques les plus complets, ni par Bayle, ni par Moréri, ni même par Michaud. Aussi, après un si long oubli est-il difficile de donner sur leur compte des indications précises.- Nous l'essayerons pourtant, ne serait-ce que pour protester contre la coupable indifférence de nos devanciers.
Le premier des Ango qui ait illustré sa famille était d'origine normande. Ses parents étaient pauvres et de basse extraction : mais il avait de l'énergie, de l'activité, un esprit ouvert et entreprenant. Tout porte à croire qu'il débuta par le rude métier de marin, et parcourut lui-même les pays dont ses navires exploitèrent plus tard les ressources. Comme il fut heureux dans ses voyages, il acquit une certaine fortune, et devint armateur. Ses spéculations réussirent, et ses richesses augmentèrent. Il eut bientôt à ses ordres une véritable flotte marchande, et prit à son service les meilleurs capitaines de l'époque ; tous élèves de Desceliers, aussi rompus à la pratique des mers que pénétrés des principes de la nouvelle école d'hydrographie (1). On a conservé le nom de quelques-uns de ces utiles auxiliaires : Jean Denis de Honfleur et Gamart de Rouen qui se trouvaient au commencement du XVP siècle dans les eaux de Terre-Neuve et du
(1) Ramusio Raccolta di Viaggi, t. III, p. 354 Un navilio d'Onfleur, dol quale era capitano Giovanni Dionisio et il piloto Gamarto di Roano, primamente v'ando, e nell anno 1508 un navilio di Dieppa detto la Pensée, el quale era di Giouan Ango, padro del monsignor lo capitano e visconte di Dieppa, sendo maestro, over patron di detta nave, maestro Thomaso Aubert.
Canada ; Thomas Âubert de Dieppe qui, sur le navire la Pensée, explorait en 1508 les mêmes parages. Jean Denis paraît avoir été le plus résolu de ces capitaines, car son nom est encore cité dans la curieuse relation insérée par Ramusio (1) dans sa collection de Voyages, sous le titre de Discorso d'un gran capitano di marc Francese del Iiiof/o di Dieppa. « Une partie de cette terre du Brésil, y est-il dit, fut découverte il y a une vingtaine d'années par Denis de Honfleur ». Nous n'avons pas d'autre détail sur cette expédition. Il ne faudrait donc pas citer Denis de Honfleur parmi les voyageurs illustres, mais il a eu l'heureuse chance de transmettre son nom à la postérité, et, de plus, nous savons par Ramusio (2) que son exemple fut imité par un grand nombre de vaisseaux français. « Depuis cette époque, lisons-nous dans le Discorso d'un gran capitano, beaucoup d'autres navires français ont abordé au Brésil, sans y rencontrer aucune trace de la domination portugaise. Aussi les habitants sont parfaitement libres, et ne reconnaissent ni puissance royale, ni lois. Ils ont un penchant marqué pour les Français qu'ils préfèrent à tous les autres peuples qui fréquentent leurs côtes. On pourrait comparer ces peuples à une table blanche, sur laquelle le pinceau n'a point encore laissé de trace, ou à un jeune poulain qui n'a pas connu de frein » .
L'importance de ce passage est capitale, car il nous prouve
(1) id. id. ce L'altra parte fu scoperta per uno de Honfleur chiamato Dionisio d'Honfleur da venti anni in qua ».
(2) id. iJ. p. 355-6. « Di poi molti altri navilii di Francia vi sono stati, 0 mai non trovorano Portoghesi in terra alcuna che la tenessero pei' il re di Portagallo, equelli délia terra son liberi, e non sogetti ne a re ne a legge, ed amano piu le Francesi che qualcunque altra gente chevi pratichi, detti popoli sono come la tavola bianca nella quale non v' é amora stato posta il pennello, ne disegnato cosa alcuna, over come sia vin poledro giovana, il quale non ha mai portato ».
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que les côtes brésiliennes étaient fréquentées par de nombreux négociants français, assurés d'y trouver un bon accueil et d'y faire de fructueux échanges. C'étaient surtout les caiiitaines d'Ango qui exploitaient la région. On ne connaît il est vrai ni le nom des navires ni celui de leurs capitaines, mais au moins est-on assuré de leur présence dans ces parages dès les premières années du XVP siècle. En voici une preuve nouvelle : V Histoire du Brésil par M. de Varnhagen contient un extrait de VEnfovnmçao do Brasil e de suas capifnnias, composé en 1584 par un jésuite anonyme. On y lit dans le chapitre intitulé, (1) Daprimeirn cntrado dos Francezes no Brasil : « En l'année 1504 les Français arrivèrent au Brésil pour la première fois au port de Bahia, ils entrèrent dans la rivière de Pagnaraçu, qui se trouve dans la même baie, y firent leurs échanges, et, après de bonnes affaires, retournèrent en France, d'où vinrent depuis trois navires. Or, tandis que ceux-ci étaient dans le même endroit occupés à trafiquer, il enlra quatre bâtiments de la flotte du Portugal qui leur brûlèrent deux navires et leur prirent l'autre après leur avoir tué beaucoup de monde. Quehiues honmies cependant s'échappèrent dans une chaloupe, et trouvèrent à la pointe Itapurama, à quatre lieues de Bahia, un navire des leurs qui retourna en France. » Il y avait donc, dès 1504, au moins quatre navires français qui trafiquaient en même temps, et sur le même point de la cote brésilienne, le tout sans préjudice des autres navires qui peut-être exploitaient à la même époque d'autres points de la côte: ce qui semblerait indiquer des relations fréquentes et une grande activité.
La fréquence des relations entre la France et le Brésil, dès les premières années du XVP siècle, nous est encore attestée par le passage suivant, emprunté à la Chronique ou plutôt à la continuation de la Chronique (/'Eusèbe de Césarée, par
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Prosper et Mathieu Paulmier. « En 1509, lisons-nous dans cet ouvrage qui fut imprimé en 1518, sept Sauvages originaires de cette île qu'on appelle le Nouveau-Monde furent amenés à Rouen avec leur barque, leurs vêtements et leurs armes. Ils sont de couleur foncée, ont de grosses lèvres ; leur figure est couturée de stigmates ; on dirait que des veines livides, qui partent de l'oreille et aboutissent au menton, dessinent leurs mâchoires. Ils n'ont jamais de barbe au visage ou ailleurs, aucun poil sur le corps, sauf les cheveux et les sourcils. Ils portent une ceinture avec une sorte de bourse pour cacher leurs parties honteuses. Ils parlent avec les lèvres, ils n'ont aucune religion. Leur barque est d'écorce : un seul homme peut avec ses mains la porter sur l'épaule. Ils ont pour armes des arcs très étendus, dont la corde est faite de boyaux ou de nerfs d'animaux. Leurs flèches sont en roseau, et terminées par des pierres ou des arêtes de poisson. Ils mangent de la chair desséchée, et boivent de l'eau. Ils ne savent ce qu'est le pain, le vin ou l'argent. Ils mar-
(1) Elsebi Cœsariexsis C/ironfcoM- cum additionibus Prosperi ET Mathi^ Palmerii. Parisiis H. Stephauiis, 1518, — réimprimé â Bâle en ]529, p. 156. a Anno 1509 septem homines sylvestres ex ea insula, qufe terra nova dicitur, Rothomagi adducti sunt cum cymba, vestimentis et armis eorum (sic). Fuliginei sunt colorum, grossis labris, stigmata in facie gorentes, ab aure ad médium mentum instar lividœ venulœ per maxillas deductfe. Barba per totam vitam nulla, neque pubes, neque ullus in corpore pilus, prœter capillos et supercilia. Baltheum gerunt in quo est bursula ad tegenda verenda, idioma labris formant, religio nulla, cimba eorum corticea, quam homo una manu evehat in humeros : Arma eorum, arcus lati, chordœ ex intestinis aut nervis animalium. Sagittœ cannœ saxo aut osse piscis acuminatœ. Cibus eorum carnes tostœ, potus aqua, panis et vini et pecuniarum nullus omnino usus. Nudi incedunt aut vestiti pellibus animalium, ursorum, cervorum, vitulorum marinorum et similium. Regio eorum parallelus soptimi (dimatis, plus sub Oci^dento quam Gallica regio.
chent nus ou recouverts de peaux d'animaux, ours, cerfs, veaux marins et autres semblables. Leur pays est sous le parrallùle du septième climat plus abaissé sous l'Occident que la région française. »
Cette description est assurément trop vague pour qu'il soit possible de déterminer le pays d'oi!i venaient ces Brésiliens. On sait pourtant, à ne pas en douter, que ce sont des Brésiliens ; car leurs costumes, leurs habitudes, et jusqu'aux particularités de leur physionomie s'appliquent aux indigènes do l'Amérique du Sud, et, de plus, le septième climat, d'après la cosmographie de l'époque, correspond exactement cà la région brésilienne. Ces sept Sauvages avaient sans doute été amenés par quelque capitaine normand, à titre do curiosité, ou même par satisfaction d'amour propre, afin de mieux prouver à ses compatriotes la réalité et l'importance de son expédition. Peut-être encore les avait-il mis à son bord dans un intérêt commercial, espérant qu'ils deviendraient, une fois retournés dans leur pays, ses auxiliaires dévoués et les propagateurs inconscients de son influence, car ils reviendraient tout émerveillés de la puissance et des richesses de la France, enchantés du bon accueil qu'ils avaient reçu, et disposés, afin de garder sur leurs compatriotes une sorte de supériorité; à rester les amis de ces puissants étrangers. Il est vrai que les Brésiliens de leur côté ne demandaient alors qu'à venir en Europe. Tandis que, dans la plupart des autres régions américaines, les Espagnols ou les Portugais étaient souvent obligés de recourir à la violence pour embarquer sur leurs navires quelques indigènes, les Brésiliens au contraire aimaient à changer de place, et éprouvaient comme une curiosité enfantine qui les poussait à voir de leurs propres yeux le pays dont on leur racontait tant de merveilles. En outre, les plus intelhgents, loin de nier la supériorité de la civilisation européenne, comprenaient la nécessité de l'étudier pour se la mieux assimiler. N'avons-nous pas déjà vu le cacique Arosca se décider tout de suite à confier son lils
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Essomericq à Gonnevillo, parce que ce dernier s'était engagé à lui apprendre à tirer le canon, et à fabriquer des miroirs, des couteaux et des haches. Dès ce moment, sur tous les navires français qui revinrent du Brésil en Europe montèrent un ou plusieurs Brésiliens. Leur séjour et leur présence furent attestés à diverses reprises par les écrivains contemporains, et quelques monuments, que nous aurons l'occasion d'étudier, gardent encore le souvenir de leur venue. Le passage de la chronique d'Eusèbe, que nous venons de citer, ne prouve-t-il pas que dès 1509 les Brésliens s'étaient tellement accoutumés à nos compatriotes que sept d'entre eux à la fois n'hésitèrent pas à croire à leurs promesses et à venir en Europe ? Cette grande confiance de leur part semble indiquer que plusieurs d'entre eux les avaient déjà précédés en France, et par conséquent que des relations presque régulières existaient dès cette époque entre la France et le Brésil.
Avec Jean Ango, le second de sa dynastie, les voyages de France au Brésil ou du Brésil en France devinrent plus nombreux encore, et les articles de provenance brésilienne figurèrent régulièrement sur nos marchés. Jean x\ngo continua les traditions et la profession paternelle. Il était né à Dieppe vers 1480. Son père lui fitdonner une instruction développée', car il avait assez de bon sens pour comprendre que le capital intellectuel est le seul que n'entame pas l'adversité. Il le fit assister aux doctes leçons de Desceliers ; peut-être même rembar(jua-t-il avec l'un ou l'autre de ses meilleurs capitaines, pour qu'il se rendît compte par lui-même des ressources inépuisables du commerce, et des nouveaux débouchés qu'il pourrait un jour ou l'autre ouvrir à sa maison. A la mort de son pèrè^ dont on ignore la date précise, mais qu'il est permis de fixer approximativement aux premières années du règne de François F'', le jeune Ango, qui avait hérité de son immense fortune, se fixa à Dieppe, dont il fît comme le centre de ses opérations. Non-seulement il retint à son service tous les anciens capitaines de son père, obscurs
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artisans (1) de sa prospérité : Denis, Gamart, Aubert, mais encore il appela près de lui tous ceux de ses anciens condisciples à l'école de Desceliers, dont il avait pu apprécier le mérite ou la science : Pierre Mauclerc, qui se rendit célèbre par ses connaissances astronomiques ; Pierre Crignon, voyageur et poëte, qui ne dédaignait pas de célébrer les pays qu'il avait visités, ou les hauts faits dont il avait été le témoin ; Jean Parmentier, qui devait le premier déployer aux Indes-Orientales le pavillon français, et son frère Raoul. Il n'hésitait même pas à prendre à sa solde les marins étrangers dont il connaissait la réputation. Ainsi Jean Verrazzano, l'illustre marin à qui nous devons la découverte de la côte occidentale des Etats-Unis actuels, fut spécialement engagé par lui pour exécuter un voyage aux Indes, si du moins nous ajoutons foi à un curieux contrat, ou plut(!)t à un projet de rédaction aujourd'hui conservé à la Bibliothè(|ue nationale (2).
Grâce à sa féconde impulsion, le commerce français prit à cette époque un essor prodigieux. A Dieppe, à Honfleur, à Rouen, et dans cette nouvelle cité que la protection de François I" allait bientôt tirer de son obscurité pour en faire le port le plus florissant de la Manche, au Havre, se formèrent des compagnies de négociants, et bientôt, de tous les ports français de l'Océan, partirent dans la direction du Brésil de véritables flottes marchandes.
De tous les capitaines au service d'Ango (3), le seul; dont
(1) Margry. Les Navigations françaises. % IV, p. 181-225.
(2) Fonds, de Foutette, portefeuille XXI, pièce 16, Cf. Margry, GUY. cit. p. 194-195.
(3) Il nous faut pourtant mentionner encore le navire français que Gabotto trouvait en 1518 à la Baie de tous les Saints. C f.
! GûMARA. Hist. gen. de las Tudias, § LXXXVIII, p. 114. Il y en al ■ camino topo una nao Francosa, que contratava con los Indios dol golfo de Todos los Santos ». Rien n empêche de supposer que co 1 navire appartenait à Ango. •
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la relation de voyage au Brésil ait été conservée, est Jean Parnientier, et encore l'authenticité de cette relation n'estelle établie que depuis peu. Ramusio, dans le troisième volume de sa célèbre Collection de voyages, avait inséré un discours « sur les navigations d'un grand capitaine français du port de Dieppe, et sur les voyages faits aux terres nouvelles des Indes Occidentales, dans la partie appelée la Nouvelle-France, depuis le 40^ jusqu'au 47^ degré, sous le pôle arctique, aux terres du Brésil, de la Guinée, et aux îles de Saint-Laurent et de Sumatra, jusqu'où sont parvenus les caravelles et les navires français (1) ». Ce grand navigateur anonyme aurait donc parcouru à peu près toutes les mers alors connues, et abordé toutes les terres nouvelles dont s'occupaient les négociants et même les souverains. Le résumé de ses voyages, composé par Ramusio, est en effet très-curieux. Il abonde en observations pittoresques, et dénote un savant théoricien en même temps qu'un vaillant chercheur. Voici la description que donnait du Brésil, d'après Ramusio, le capitaine dieppois anonyme : « La terre du Brésil est située au-delà de la ligne équinoxiale dans la partie méridionale (2).... Entre le fleuve Maragnon et le cap Saint- Augustin, on rencontre des peuplades dont quelques-unes ont des mœurs douces et sociables, et les autres conservent des habitudes belliqueuses ; on y rencontre des plantations, des maisons et des châteaux recouverts d'écorces d'arbres. Les hommes, ainsi que les femmes, sont nus ; ils ont pour
(1) Navigazionid'un gran capitOMO del mare francese delluogo di Dieppa, sopre le navigazioni faite alla terra nuova dell'Indie Occidentali éhiamata la Nuova-Francia, da gradi 40 fino a gradi 47, sotto il 2)olo artico, e sopra la terra del Brasil, Guinea, isola di San Loren:o,e quella di Sumatra fino aile quali hanno navigato le caravele e navi francese.
(2) Suit une énumératioii de distances, que nous supprimons, car elle ne présente aucun intérêt. ^
armes des arcs et des ilèches dont l'extrémité porte une pointe de bois très dur ou d'os. Les nobles et les personnes élevées en dignité ont le visage percé de trous dans lesquels ils placent des pierres blanches et bleues bizarrement sculptées. Leurs colliers sont des espèces de chapelets ornés d'écaillés de poissons, et ils portent d'énormes panaches attachés sur le dos (i). Lorsqu'ils assistent à ([nehiue banquet pour se repaître de la chair d'un ennemi, quelques-uns, pour ajouter à leur gentillesse, imaginent de se peindre le corps de diverses couleurs, et d'autres se couvrent de plumes de la tète au pied, ce qui ne laisse pas que d'être curieux à voir.
Le long de cette côte et vers le couchant, les Portugais n'ont élevé aucun château ni forteresse; seulement, on trouve dans un lieu dit Fernambouco, situé après le cap Saint- Auguslin, une petite forteresse de bois, qui sert d'asile à quelques Portugais exilés. La partie la plus fréquentée par les Français et les Bretons est située entre le cap Saint- Augustin et le Port-Royal, qui est placé au 12* degré ; c'est aussi dans cette partie que se trouvent les meilleurs bois du Brésil et en plus grande quantité.
On ne rencontre, le long de cette côte, aucune forteresse ni château qui indique la présence des Européens. La population se montre plus affable aux Français qu'aux Portugais. Le terrain de ces contrées est bon et fertile en arbres fruitiers, dont les produits sont, pour la plupart, propres à la vie animale ; l'air y est fort sain ; la côte a de bons ports, et, en quelques lieux, des rivières qu'on pourrait utiiïser. Leurs maisons et leurs plantations sont entourées de palissades ; les deux sexes vont également nus sans en paraître embarrassés. Ils sont armés comme leurs voisins, ne se servent pas de monnaie, et ne savent point compter au-delà du
(1) L'exactitude de tous ces détails est confirmée par Léry, Thevet, H. Staden, Gandavo, etc. Ouv. cit. passiin.