‹ Compte-rendu de la seconde session, Luxembourg-1877Chapitre 6 sur 62 · SECONDE SEANCE · texte numérisé non relu

SECONDE SEANCE

LUNDI 10 sEFTEMLtni!; 1877, A i2 II. 1/^ UE l'après-miui.

AiilJiropuloijie cl Eihinjiji'nphie.

La séance esL ouveiie à i2 h. i/"!, sous la présidence de M. ^Vifli'tla-Faaauet, assisté, à droite, de MM. Lucien ADAMetScHMiT, vice-présidenis; à gauche, de MM. Reuter et ScHŒTTER, vice-présidents, de M. Servais, bourgmestre, de M. Eltz, trésorier.

M. i¥tartla-Pa(|uet invite M. Leemans, directeur du Musée royal néerlandais d'antiquités à Leyde, à prendre le fauteuil de la présidence.

M. îieemasA» répond à l'invilaLioi) de M. le Président en ces termes :

« Mesdames, Messieurs,

« Je suis convaincu que l'honneur qui m'est fait par le Bureau, d'être appelé à présider la première séance du Congrès, n'est pas rendu à ma personne, mais à mon pays, et c'est à ce titre que je l'accepte. J'ose espérer que celte séance sera féconde en résullals heureux pour la Science, et je me recommande entièrement à la bienveillance de l'honorable assemblée. »

W. Lucien Adam donne lecture d'un mémoire de M. Edvin a. BarlBer, B. S., de West-Ghester (Pensyl- \anie) sur les Anciens Piicblos {Irihiis de constructeurs

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de mêiisons), du Colorado , de l'Utah, du Nouveau Mexique et de l' Arizona, dans les États-Unis d'Amérique.

Le terme « Pueblo » dont je fais usage dans ce mémoire, est emprunté à la langue espagnole où il signifie « un bourg » ou « un village ». On a donné ce nom aux établissements aborigènes découverts, il y a des siècles, dans la région occidentale des Etats-Unis actuels, par les premiers explorateurs espagnols.

L'expression d' « Anciens Pueblos » appliquée à une race préhistorique se justifie par elle-même. Les aborigènes dont il s'agit étaient littéralement des Town-builders ou « constructeurs de bourgs » entièrement distincts des nomades de l'époque actuelle. Leurs maisons étaient des ouvrages permanents construits en pierre et cimentés au moyen d'un mortier adhérent.

Dès le 16™^ siècle, vers l'an 1539, quelques-unes des cités désertes d'un peuple préhistorique furent visitées par plusieurs des expéditions espagnoles qui avaient pénétré dans la région située au Nord du Mexique, région alors connue sous le nom générique de Nouveau Mexique et qui comprenait le territoire actuel de l'Arizona. Ces explorations avaient été entreprises environ vingt ans après la conquête du Mexique. Plusieurs des bourgs de la contrée qui vient d'être mentionnée; furent à cette date reculée trouvés en ruines et présentant tous les caractères d'une grande antiquité ; d'autres, qui aujourd'hui vont se désagrégeant dans les canons de l'extrême Sud-Ouest, furent à cette même époque et par les mêmes explorateurs trouvés encore habités. Les Espagnols conduits par Goronado et ses successeurs dirigèrent leur course au Sud du Rio San Juan d'oii ils gagnèrent, à l'Est, après avoir traversé la vallée du Rio grande del Norte, le revers atlantique des Montagnes Rocheuses (habitat des Indiens désignés sous le nom de Pueblos), et à l'Ouest, après

Ai CONGRES DES AMEUIGANISTES. Z

avoir traversé Zuïji (alors connu sous le nom de Gibola) l'ancienne province de Jusagan (aujourd'hui de Moqiii) laquelle est située sur le revers pacifique ou occidental de la grande chaîne.

Jusqu'à l'an dernier ou à peu près, cette grande étendue de pays qui, à l'Ouest des Montagnes Rocheuses, comprend des portions inégales du Colorado, de l'Utah, de l'Arizona et du Nouveau Mexique était demeurée entièrement ou pres- (jue tout à fait inconnue. Toutes les notions que nous en avions consistaient uniquement dans les rapports peu concluants et contradictoires des expéditions collectives ou individuelles qui avaient franchi les frontières de ces anciens domaines. Grâce aux découvertes que le hasard leur avait fait faire, nous savions qu'il se trouvait là une immense quantité de murs en ruines s'étendant dans le Nord jusqu'au 38^ degré de latitude. Tout imparfait qu'il était, ce renseignement avait suffi pour éveiller dans les cercles érudits un intérêt latent, pour y provoquer la soif de faits plus nombreux, enfin pour ouvrir à l'esprit de recherche scientifique un nouveau et vaste champ. Durant l'été de 1874, le professeur F.-V. Hayden, de l'Inspection géologique des Etats- Unis, mit en campagne un corps de pionniers chargé de photographier toutes les anciennes constructions qui pourraient être découvertes dans le Sud-Ouest du Colorado et dans le Sud-Est de l'Utah. Il ouvrit ainsi la voie à une exploration plus complète qui devait être entreprise l'année suivante. Les résultats de la première expédition furent consignés par l'un des photographes, M. W.-H. Jackson, dans un rapport exubérant d'enthousiasme, et présentant un intérêt tel que durant l'été de 1875 plusieurs détachements se mirent en route. L'auteur du présent mémoire eut la bonne fortune d'être enrôlé dans l'une de ces brigades de l'Inspection.

Quand on traverse cette portion de l'Ouest, on est tout d'abord frappé de la grande étendue do territoire sur laquelle

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s'élèvent des constructions. En termes généraux, ces constructions couvrent les grandes vallées arrosées par le Rio San Juan et ses tributaires, par le Rio Grande del Norte et le Colorado occidental y compris le Rio Gila son principal affluent, le tout formant une aire d'environ 200,000 milles carrés.

Il est clair que les groupes Pueblos se sont avancés dans cette région en longeant les cours d'eau alors considérables qui arrosaient les vallées ; mais, comme la plupart d'entre eux sont aujourd'hui complètement à sec, il apparaît que le caractère général de la contrée a été profondément modifié. Disons, à ce sujet, qu'il sera peut-être possible de déterminer, par approximation, l'âge des ruines, en calculant la durée de temps qu'il a fallu pour qu'un changement de cette nature ait pu s'effectuer. Des recherches ultérieures démontreront que non-seulement la plupart des grands cours d'eau ont tari depuis l'époque à laquelle les constructions aujourd'hui désertes étaient occupées, mais encore que cette dessication a atteint le plus grand nombre des ruisseaux^ des réservoirs et des lacs. En effet, à l'heure actuelle, on ne trouve généralement pas, sous n'importe quelle forme; une seule goutte d'eau dans un rayon de 25 à 30 milles partant du centre des plus importantes agglomérai ions de bâtiments. 11 faut cependant bien admettre qu'au temps où la nation était en voie de prospérité, le pays tout entier était largement pourvu d'eaux qui le rendaient fertile. Tout indique d'ailleurs que les lits aujourd'hui desséchés ont livré passage à des eaux abondantes coulant sans intern;i!Lence ; alors, le sol des vallées produisait le maïs et le^ autres végétaux indigènes, car on y peut suivre les contours des ancien-; champs de blé indien découpés en rectangles, souvent reconnaissables à la puissante végétation d'une robuste variété d'héhanthes qui a pris la place des plantes de culture. Il faut donc supposer qu'une sorte de rouille dévorante s'est répandue sur le sol, y faisant périr sur pied toute verdure, desséchant jusqu'aux moindres sources d'humidité, transfor-

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mant les vallées luxuriantes en des déserts de pierre, de sable et de boue, et en outre, que loin d'avoir été soudaine, cette métamorphose a probablement mis des siècles à s'accomplir.

Les édifices tombés en ruines peuvent être rangés, suivant la situation où ils sont placés et les usages auxquels ils servaient, en deux grandes catégories : 1° les ruines en plat pays , 2" les « Gliff-houses » ou maisons dans les falaises.

La première catégorie comprend les constructions élevées sur un sol uni, soit dans le lit des rivières, soit au seuil des ravins et des « carions ». Elle peut être subdivisée en deux classes: 1° les pueblos ou bourgs, 2° les ouvrages défensifs ou fortifications.

Les ruines du plat pays sont de beaucoup celles qui occupent la plus grande étendue de terrain ; elles couvrent parfois plusieurs milles de plaine, en formant une suite non-interrompue de vastes bâtisses ; mais elles ne sont point en aussi grand nombre que les maisons construites dans les falaises. Les anciens Pueblos s'aggloméraient ensemble, le long des cours d'eau, par esprit de sociabilité et pour se protéger les uns les autres.

Les maisons dans les falaises sont de trois sortes : 1° les habitations proprement dites, 2° les échauguettes ou tours de garde, 2° les caches ou magasins.

Ces constructions étaient édifiées parmi les terrasses de quartzite siliceux et les roches abruptes des caîîons, à toutes les altitudes, et dans quelque situation que l'on puisse imaginer. Depuis la base d'une muraille naturelle presque verticale mesurant parfois plus de mille pieds de hauteur jusqu'au sommet de la mesa, apparaissent des aires humaines perchées souvent sur des rentrants inaccessiljles ou au faîte de quelipie grand rocher se dressant perpendiculairement à des centaines de pieds. Rien cju'à conlempler ces œuvres qui témoignent de l'intrépidité des architectes ainsi (jne ces emplacements aériens autrefois habités et où l'explorateur moderne ne peut

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