PROVINCIALE AGRICOLE, 1858. XXXIII
Du cheval Breton.
Ce cheval,descendant de ceux qui peuplaient il y a dix-huit siècles les forêts de l’antique Armorique, se distingue surtout par sa rusticité, son énergie, sa puissance musculaire et son ardeur. Il est petit, râblé, trapu et possède un genre d'élégance sui generis, qu’il doit à l’harmonie de ses formes cependant un peu abruptes,
La domesticité n’a que peu influé sur sa nature, et en Bretagne même, il s’est conservé à peu près pur.
En passant sur ce continent, où il a retrouvé tout d’abord,les belles forêts de ses ancêtres et presque leur vie sauvage, il s’est retrempé ; il s’est rapproché de son type primitif, et c’est lui qui, sous le nom exclusif de cheval Canadien, sillonne avec tant de rapidité nos routes, et fait glisser avec tant de vélocité sur les neiges durcies, nos él-gans traînaux d'hiver.
Dans l’état actuel de notre civilisation et de notre Agriculture, on ne peut reprocher à cet animal, plein de feu et de docilité, sobre, infatigable et très robuste, qu’un manque de taille qui est précisément l'un des attributs de sa race.
Nous examinerons plus loin s’il convient d’en altérer le type dans le but de l’élever, et quels moyens il conviendrait d’employer pour arriver à ce résultat.
Ce cheval, dont l’acclimatation est parfaite, qui s’est si complètement identifié au sol qu’il semble plutôt lui appartenir que d’être le descendant d’ancêtres importés, est une preuve de plus de cet aphorisme d’histoire naturelle que les céréales, l’homme et le cheval possèdent à peu près seuls, au même dégré, l’attribut magnifique de luniversalilé.
Du cheval Normand.
L'autre race Canadienne, car, c’est bien à tort selon nous que le cheval Breton porte exclusivement ce titre, l’autre race Canadienne descend des chevaux normands amenés par les premiers occupants du pays, venant de la Normandie.
Bien que contigues sur quelques points, la Bretagne et la Normandie possèdent chacune une race bien distincte de chevaux. Cette différence prend sa source dans les croisemens et dans l’infusion du sang Oriental dans les veines du cheval normand.
La race Bretonne est restée Gauloise ; la race Normande s’est faite Arabe lors de l’invasion de la France par les Sarrazins. Les Chevaliers Normands emmenèrent alors dans leurs domaines, les plus beaux chevaux des Maures vaincus ; et c’est leur influence qui a donné aux chevaux de ce pays, la souplesse et l'élégance qui les distinguent, et qui, avec la bille élevée qui leur était naturelle, en fait des animaux recherchés pour tous les genres de service.
Ils semblent être venus ici en petit nombre ; c’est peut-être pour