COMPTE-RENDI
rapports I Ica procédé* de l'école de David où il avail étudié , il n'en rapporta pas raoins de son aéjour dans la capitale des arts , un coloris dont loriginalité frappa tous les yeux.
Mais un autre genre prévalut bientôt , après les succès d'une autre école. Alors on ne Tît plus rien que cette école»
Laissant passer le courant de la vogue , M. Narei
continua avec courage «es études couêcieucieu^'â. Loin de redouter la lutte avec les adversaires qu^on lui oppo* sait , il se montra dans la liée chaque fois que Toccasion se présentait. Toujours sur la brèche , il alla ménie chercher des succès à Paris; épreuve à laquelle vaicot pas encore osé se soumettre ses concurrens les plus prônés.
Nous le voyons encore reparaître aujourd'hui à la place qai lui convient ^ c'eitF-à-dire^ à Tune des pre<^ mières places. Cinq porlraiu , ivoïs tableaux d'histoire , sujets religieux , un grand et deux petits tableaux de genre, nous montrent Tartiste habile, avec toutes les qualités qui ont établi sa réputation » et témoignent même de grandes améliorations dans certaines parties.
Nous pai'lerons d'abord des sujets religieux. L'édU'^ colsois de la Vierge, n^ 375 , est un des plus jolis tableaux que M. Navez ait jamais peints.
DU flAIiOlf D^OWOilTIOll* 387
Ce n'cft pas qu'il ne «oit irc^-faciicik le criûquer , en y cherdiant ce que Fauteur n^a pas voulu y mettre; maia tout homme de bonne foi , avant d apprécier un ouvrage d'art , tâchera d*entrer dans Tidëe de Tartiste. 11 «e demandera ce que ie peintre a voulu iairc, et^ aion» «eulement , il pourra juger ai le but a été atteint.
M. Navcz a voulu laire un (jrac ioux tableau d amateur , il a parfaitement réowi. Un vieillard et une femme âg<*e «ont asaif daAa un riche jardin , une toute jeune fille , à genoux 9 lit «a leçon avec sa vidUe mère.
Que Ton appelle cela L'éducation de la p^ierge, le nom ny fait rien; auaai ne demanderona-nous paa aux coaiuroea , à Fameublement et aux autres détails, une vérité historique qui ne s y trouve pas. ^ious appellerons ce tableau La leçon de lecture, et nous admirerons alors les beautés de premier ordre qu il renferme.
Les deux vieillards sont beaux et nobles ; leur poae^ leur physionomie ont une dignité qui n'exclut pas le naturel. La femme est surtout remarquable.
Conserver^ sous les rides de Tâge, la trace de la beauté passée y faire sentir dans la taille le poids des années, en lui laissant une certaine grâce qui survit , voilà ce qu'il était difficile d'obtenir. C'est aussi ce qui fait le principal mérite de Touvrage de M. Navez.
288 C01fPTB-4IBIIDir
La pose et Tcxprcasion de la jeune tiiic foot un heureux contraste avec celles de sa mère : nous ne pouvons cependant uouë dissimuler que ia taille de cette jeune fille n^est guère en rapport avec celle de sainte Anne « eu c'[;.n'd à Tâge qu on peut supposer à Tenfant , qui parait déjà presque formée.
Le fond du tableau est d^une grande riclicsse , la couleur eu est brillante et harmonieuse , les détails d amenblement sont traités avec délicatesse; Vest enfin un délicieux ornement de cabinet.
Le sommeil de Jésus»
Ce tableau, conçu et exécuté dans le même système que celui dont nous venons de parler, s'éloigne encore plus que laulre de la vérité relative, et, par cela même, acquiert plus de vérité générale. Ici l'artiste n'a fait et n*a voulu faire qu^une allégorie : il a adopté une donnée qui a souvent fourni matière à la peinture. Celte scène qu'il représente est tout imaginaire , cVst une fiction
I Hauteur, mètre, 1,88} largeur, mètre, 1,30.
m sAtON d'bxpositioii. 289
pieuse et poétique , la rêverie de quelque solitaire à rimagination ardente et gracieuse. Est-ce dans le ciel^ est-ce sur la terre que le peintre a placé ses personnages? les uns appartiennent au ciel , les autres à notre sphère, leur réunion n'est pas po^ible dans Tordre matériel. ?i'allons donc pas apporter dans le jugement d*une semblable production une exigence toute positive. La Vierge ) sainte Élisabeth, saint Jean , sainte Catherine, saint Joseph et deux anges sont là , autour de Tenfant Jésus dormant et rayonnant, pendant ce sommeil, d'une dhrine lumière. 4ucun de ces personnages n*est représenté dans ce cadre à un moment déterminé de son existence réelle, tous au contraire ne sont ici que la représeniaiion de l'idée mystique qui en a fait des types désormais invariables. Ce n'est point Marie, Vierge et mère , veillant sur le sommeil de Tenfant Dieu qu elle a porté dans son sein ; c'est la reine du ciel et des anges , avec tous les caractères que toutes les circonstances de sa vie lui ont donnés, redevenue jeune, et jeune pour rëtemité. Saint Joseph n'est plus là le menuisier de Nazareth ; e'est le bien heureux habitant du ciel , absorbé dans la contemplation du Très-Haut. Saint Jean et sa mère ne sont plus de simples mortels , malgré les rapports d'âge que le peintre aconservés entreeux. Sainte Catheriue se moiiLi e^ dàm ce tableau^ telle que Timagina-
290 ooiim*RBiiou
lioo des poètes peut «e figurer ifu^dle ae présenta devant le trôuo de rÉteroel^ lorsqu'elle monta au ciei avec la palme du martyre. Que nousimporte , maintenant, que le peintre ail donné à cette seène un aspect somptueux; qu^il y ait prodigué Téciat de sescouleursi Téolat des étoffes?
11 nous parait impossible de eompreuclre ce sujet autrement que M. Navez ne Ta fait. L'entendre comme ccrlaius critiques, c'est détruire le sujet lui-même, c'est nier ridée du peintre. Au reste ^ ceux qui ont reproché à ce tableau de manquer de vérité, ont fait, sans y penser, le procès à plusieurs des immortels ouvrages de Kaphael; ils devraient , pourétreconaéquens, condamner aussi certaines allé(jories de Hubens , dignes pourtant de toute notre admiration.
Pour nous , le tableau de M. Navez nous a paru un des meilleurs qui soient sortis du pinceau de ce maître; à rcxception de quelque critique que nous nous permettrons tout à rbeure^ nous n^aurons que, des éloges à lui adresser pour la suavité de sa composition , pour la grâce de son ensemble , pour la noblesse vraiment antique de son dessin. Quel autre peintre comprend mieux rbarmonie des ligues, qui sait mieux joindre Télégance à la sévérité qu^exige le grand style?
Sans parler de la Vierge, comme les trois têtes à droite du trône sont ravissantes, quelle variété de types,
DU SALON D^IXPOMTION. 2i>i
quelle ^âce de contours 1 quelle sérënilé sur ie front
de ces anges, quelle candeur expressive dans toute la personne de sainte Catherine ! quelle grandeur dans k posede saint Joseph, que sa draperie est largement plîée !
Mous avons euteudu rcpix)chcr àlafigure delà Vierge de manquer de ce caractère céleste qui était indispensable dans un pareil sujet ^ nous devons convenir que cette observation nous a paru juste. La Vierge de M. iNavez est trop jolie ^ elle n'est pas assez belle; elle perd surtout à la comparaison avec Je beau profil de sainte Catherine, si pudique, si virginal. Sans doute moins de monde se serait mépris sur le véritable sens de Touvrage du peintre s^il avait divinisé davantage la téte de la Vierge. La couleur éclatante du velours rouge du fauteuil nuit aussi à Teffet , et donne au sujet quelque chose de trop mondain. C'est là, nous semble-t-il , le définit du tableau. Dans la peinture dHine allégorie de ce genre, devait régner un ton solennel et grave qu^exdut cette recherche de couleur qui distingue la plupart des nouvelles produel ioiis de M. Navez.
L'enfant Jésus , le centre lumineux de ce tableau, est posé avec une grâce charmante , il dort d'un si paisible sommeil! L'artiste s'est vraiment surpassé dans Texécu- Uon. Jamais son coloris n'a uni plus de puissance a plus de suavité.
39â GOMPTB-IŒNIM)
En résumé^ ce tableau est plein de grâce et de fraicheuFi la ieule chose qu'on voudrait y trouver ausai, cVst une beauté plus grave et plus digne daas la Vierge; du reste^ la di»po«ilion des personnages^ ragencement des draperies , montrent un maître très-habfle , et formé par Télude réfléchie des meilleurs modèles de Tantiquité et de la renaissance !
La femme adultère»
Elle est là I renversée près des degrés du temple , elle attend avec effroi les pierres que va lui lancer la foule ameutée. Le Christ passe et s'adresse à ces hommes anticipant sur les jugemens du Très-Haut ; « Que celui d'entre vous qui est sans péché lui jette la première pierre! » dit-il , et chacun de sonder «a couscieuce, et chacun de laisser tomber le pavé que sa main brandissait. Ils se retirent , approuvant ou murmurant , suivant que cette doctrine d'indulgence , ainsi proclamée , est conforme aux vceux de leur cœur ou qu'elle contrarie leurs intérêts.
Tel est le sujet que M. Navez avait à représenter, siyet
mille fois tiailé et qui n'en était que plus diniciie. Restreint dans des limites fort étroites ^ le peintre a triomphé de 4ou8 les écueils. En effet , e*en était un ^ave que de faire sentir, dans la pose et dans la %ure de cette femme, la nature de son crime, sans manquer à la noblesse de style que réclame un tableau de ce genre ; c*en était un non moins redoutable, que d*y imprimer les sentimens divers qui devaient s'y combattre et s'altérer Tun par l'autre : la crainte du châtiment et le repentir de la faute, Tespoir et la reconnaissance. Cette figfure devait être un miroir où se reflète toute la scène qu elle est censée avoir devant les yeux, et que le peintre a habilement écartée de ceux du spectateur. L'intelligence du sujet n'y perd rien pour cela.
La femme est à demi couchée contre un petit mur à hauteur d'appui , elle regarde du côté où elle est menacée ; mais elle écoute , on voit qu'elle entend les paroles de son sauveur.
Celui-ci est debout derrière elle ; il vient de prononcer les paroles de salut en s'adressant â la foule. A sa droite, deux vieillards se communiquent leurs réflexions sur cet événement, en lançant au jeune réformateur un regard dont chacun traduira la pensée , tant elle est clairement exprimée dans leurs physionomies.
On voit qu'ils sont loin d'approuver cette doctrine in-
294 coxPTB^nsRiHi
diligente; mais ib n'osent la ccmtredire, parce qu'ils remarquent qu elle prévaut sur la roaîtoe.
A la gauche du Christ, dans le fond , deun hommes plus jeunes s*en retournent aussi : Fnn d^eux semble exprimer avec une certaine vivacité son adhésion à 1 acte dont il vient d*étre témoin ; Tautre , tout en Tapprouvaiit, paraîl eu entre voir les suites. "
Du même côté, plus près delà femme coupable, une autre fcmme^ jeune elbelle^ éloigne une petite iillc d'un spectacle qu'elle ne comprend pas et qu'elle n'a paa bcâoiu de voir; elle prête ea même temps attention à cette scène dont l'issue parait l'intéresser vivement*
Telle est la composition de ce tableau , aussi remarquable par sa simplicité que par le grand nombre d iodées que l'artiste a su y réunir. Quant â Texécution, elle est digne en tous puiuls de la conception.
Non loin de la figure si agitée , si bouleversée de la femme aduilcre^la face calme et majestueuse du Fils de rUomme, son regard plein d'une irrésistible bonté , ses traits d'une pureté de loi me, d'une suavité de luu qui annoncent la tranquillité intérieure ; ce beau contraste pour effet principal , et pour accessoire toutes ces physionomies si vraies , toutes ces expressions si vraies aussi > maU dont reflet moins frappant est partagé avec sagesse , pour donner de Tharmonie à la pensée.
ou SALON d'exposition. 2U5
Les figures de ee tableau sont de grandeur nalureilc^ mab demi-corps : la dKsposîUon du sujet rendait ce
mode préfcrable. Ou lui a adressé plusieurs reproches. OnblAme le dessin delà femme renversée surledevant^ dont on s'explique difficilement la position : on blâme aussi la trop grande vivacité des couleurs^ dont les opposilioiis sont quelquefois trop tranchée». M. iSavez nous panitl sacrifier en cela au goût qu'il croit dominant chez nous. Un artiste de son mérite devrait plutM cher* cher à diriger le goût de ses concitoyens que s'y soumettre.Nous voudrions, quant à nous /{ue, fortdesesconvictions, il marchât avec fermeté dans la voie qui lui parait bonne, sans s^inquiëter des critiques superficielles. Cest surtout pour ce qui concerne le coloris, que nous voudrions que Tartiste ne se laissât point aller au désir de satisfaire le goût qu'il a cru recomiaitrc, peut-être à tort, chez le public belge. La sévérité du coloris de son A^r dans le désert convicudrait luioux à la noblesse habituelle de son dessin et à la gravité de ses idées.
Parmi les tableaux de (jenre que M. Navez à exposés, La prière d'une jeune sonnînezza, n° 567, est une charmante petite toile, pleine de grâce et de fraîcheur. Dans la Boliémienne du n"* 564 > il y a des beautés de premier ordre, avec une couleur d*un eflèt un peu cru. Mais ce qui fait un des plus jobs morceaux du Salon,
COMPTB-RBIIDO
c'est Le débarquement de Vbe-Vbrt à Nantes » n* 1(71 ^ Tout le monde connait et «ait par cœur le joli poème de Grettet, %\ pétillaDt d'esprit et de maliee» Notre peiati'e a traduit sur la toile toute la finesse et toute la grâce du style du poète, U est vraiment à la hauteur de récrivain.
Le charmant perroquet des nonnes de Neyers a été
confié à un batelier de la Loire, il arrive à Nantes où l attendent avec impatience les saintes filles de la p^isiia^ Hon, Mais Toiseau si bien élevé , si modeste , a fait route en bien mauvaise compagnie , il a appris de bien mauvais propos , il s'est habitué à de bien inconvenantes manières^ car :
La même nef, Mgire el vageiMNide, Qui ▼«Ntnnût le «aiot oieceu «ir romte. Portait auNÎ dens nymphe», trob dngom.
Une nourrice , un moine, deux gascmw:
Pour un enfant qui sort tlii monn^tère, C'était érfinir ^Ti f1i[n)ps compa^jnoiis ! Aussi VtK-\ EHT , lynoranl leurs façons. Se trouva U comme en terre élraogère i Nouvelle langue, et nouvdlee le{om.
L« nef arrive el Féqiûpageen aect.
Tnc touriife était assise au port.
En débarquant auprès de la h^guine.
L'oiseau madri' la ronnut à sa mine, A son œil prude ouvert en tapinois, Â sa grand'coiiTe , à sa fine étammc, A te* ganta blancs, à ta monrante vett , Vit uuwt encore à ta petito crois ;
Il m frénit, «C nAm tt crt CNjablè Qii*eii mliuire il la donmil tn diable; Trop nieus aioMMl mîvn» qudiim dragon , Dont il savait le bachique jargon.
Qu'aller apprendre eneor le» lîlanie», . La f^wétmotf et let eerëmoniet*
Vous qui avez vu le tableau de iM. Navez , dites, n at-ilpa» interprété toute la peoêéc du poète? La touriôrc du tableau n'est-elle pas bien la tourière du pocme? Le dragon et les nymphes n*ont-ik pas ce laisser-aller, eet abandon qui ont si vite avaneé Tédueation du novice? Quelle maiicc dans la tête chauve de ce moine , au nez fin , à TœU perçant I Gomme I(' peintre nous a fait un joli portrait de la nourrice , quelle Iraîclie mère ! comme Sganarelle mettrait sa médecine aux pieds de cette adorable nourrice, comme il se ferait le très-humble esclave de sa nourrieene !
Les ajustemens, les costumes sont choisii^ avec un goût extrême* Ils sont peints avec délicatesse. Les personnages sont distribues de manière à produire un effet piquant. C'est bien un débarquement de coche d'eau : chacun s^oceupe de son affaire , chacun sVn va de son cùté, pn dit adieu aux connaissances que Ton a faites pendant le trajet , on embrasse celles qu^on retrouve au lieu de l'arrivée. Ici la couleur vive et brillante de l'artiste est parfaitement d^accord avec le siiyet, elle donne un air de gaieté à tout l'ensemble.
Lc6 cinfj portraiU unissent tous à une parfaite ressemblance une exécution ferme, une expression vraie et simple. M. Navcz ne donne à ses portraits ni des po8C« forcées ni des expressions exa^rées. 11 rend la manière d^étre habituelle de ses modèles, il ne leur donne de la liuesse que s'ils ont réellement de À esprit > il u imprime la bonté sur leurs traits que s^il sont véritaUement bons et si la bonté et la bienveillance se peignent ordinaire* ment dans leur physionomie. Ses portraits enfin ne sont pas des mensonges.
On a développé, à propos de portraits , de singulières doctrines. A en croii*e certains critiques^ on ue peut se faire peindre si Ton n'a le bonheur de posséder une téte extraordînaiic. 11 luul avant tout que Tarliâtc auquel VOUS confiez la reproduction de votre face, puisse làire de vous un homme de génie ou un maniaque, un Dante ou un Autony.
Rien n^est plus propre à égarer les portraitistes que ces opinions bizarres. On fait faire un portrait pour posséder la représentation fidèle d'un être dont on veut avoir les traits souvent devant les yeux.
Si vous voulez toigours des expressions foftes et caractérisées dans les poi trails, vous mettez les peiult^s dans cette alternative, ou de renoncer à peindre la quatreviiigt-dix-neuf centième des iiommes et des femmes , ou
DU êALOn D£XI*0S1TI0N. 29i>
del^ dégubcr sous des masques (Pemprunt. Voyez les beaux portraits de Van Dyck» d'Holbeen, de Rubens, c'est surtout par la véiité et par le ealiue de lexpressiou qu% brillent,
M» Naves mérite de ^nds élo{jcs pour la fidélité et f inlelligence qu'il «ail mettre dans tous ses portraits.
On voit, par ce qui précède, que trois genres bien dififcreus ont procuré des succès à rartisle iiubiie dont nous nous occupons* On peut discuter sur le mérite relatif des ouvrages appartenant et chacun de ces genres; mais on est forcé de convenir qu il y a, dans Tensemble de ces productions, un témoignage irrécusable de talent du premier ordre , d'esprit et de profond savoir.
JEAN VAN EYCKEN.
Ou a beaucoup reuiarquc à 1 cxpo«iliou cl'Auvcrd uo SauUSébastienàe M. Jean Van Eycken. Ce jeune artiste, élève de iM. Navez, a exposé auSalou de Bruxelles deux tableaux importans. Celui dont nous donnons la gravure , le Jeune J^obie rendant la vue a son père, ii° 49G est d'une composition sage et même un peu froide. On y trouve d'excellentes iuieii lions, de la noblesse, de la grandeur dans les lignes du dessin plus que dans les expressions, une disposition convenable des personnages. Le nu y est peint avec beaucoup de soin et de vérité, les mains et les piedssônt particulièrement di(;ncs
* Hauteur f mclrc 3; largeur, mètre 3, 38.
C0MPT£-A£NDU ou salon D'£XPO&lTlOIf. 301
(ïéloQCè, La téte du vieillard > celle de la mère sont de fort bonnes études. On iCetl pas aussi satisfait de celle du jeune homme et de eelle de 1 ange. Ce dernier »urtout ne répond pas à ce que Ton attend d'un personnage de ce genre. Sa pose et Icxpi^esaion de sa physionomie ne rendent aucun sentiment^ aucune pensée qui se puisse interpréter; les draperies , en général bien pliées , sout lourdes el molles en même temps ^ ou voit que, dans cette partie de son exécution , Tartiste suit un système plutôt quil u imite la natm*e, il y manque d'originalité et sent trop Técole. Si, pour les lignes, nous préférons ce tableau aTautre, la Coumnne d'Épines, n''497, nous préférons ce dernier pour la couleur et rharmonie de lensemblc. Nous y trouvons des types de physionomies plus caractérisés , des expressions moins indécises , et surtout nous y voyons un premier pas que fait Téléve pour sairrauchii* de la tutelle du maître. Certes, le maître habile qui a jusqu'ici dirigé M. Van ( ken y a conservé sur son disciple assez de supériorité de savoir, d expérience et de faire pour que ses conseils puissent longtemps encore lui être utiles, et le guider dans Tiraitation de la nature; aussi, ce que nous voulons, c'est que désormais rélcvc iuiile ce modèle, cl non sou maître.
La Couronne d'Épines, ou les saintes femmes au toml>cau du Christ, prouve que M. Van Eycken est ca<-
5Ùà GOMPTS-RENDU DO SALON 9*BXP08ITtOll.
pable de »e faire ua genre original ; c'est dana celte voie que nous rengageons à persister. Sans sacrifier aucune des qualités qu'il recUerciiait exclusivement « qui! s'efforce d'acquérir celles qu^il avait négligées.
il doit surtout s exeix;er à la compositiou^ uon à une disposition symétrique et froide , mais à une reproduction vive el passionnée; ce n'est qu'après avoir jeté dans mille esquisses les pensées qui lui viennent^ que le peintre peut parvenir à inventer uu tableau digne d'être exécuté.
11 faut beaucoup d'efforts pour parvenir à vaincre cette timidité de composition. Plus ou a de science réelle, [dus on a ét4 à même d^apprécier le mérite des grands maîtres et les obstacles sans nombre qu^ls ont eus à surmonter, et plus on se sent arrêté par la conscience que Ton a des difficultés du même genre que Ton va trouver sur sa route, il iaut s'armer d'audace , entreprendre beaucoup y au risque de devoir souvent passer la brosse sur ses premières conceptions. Les élèves de récole à laquelle appartient M. Van Eyckcn manquent de hardiesse, aecouluaiés (]u lis sont à se laisser diriger, ils n'osent pas essayer une allure plus libre.
DILLENS
La scène de carnaval , 584 , que nous présente
JM. DiiJc'iis, est, pour la composition cl le dessin, un des plus jolis tableaux de genre que possède le Salon. Avec un peu plus d^effet dVnsemble, il aurait réuni tons les suffrages. Tel qu'il esl^ on lui trouve du mouvement, du naturel , de Tespri t , toutes qualités qui assurent à Fauteur de beaux succès, s'il s étudie à donner plus de vigueur à son coloris. Ce coloris, un peu pâle, nuit à Feflet du tableau : les figures sont trop éparpillées dans ce cadre; Tcsil n*y trouve pas de repos* En passuntd'un personnage à 1 autre, on se plail à reconnaître toutes les qualités du pinceau et du dessin du jeune artiste ; on y trouve finesse ^ correction, sentiment; mais tout cela est prodigué sans
504 COMPTE-RENDO DU filLON d'eXPOSITION.
ménagement, sans gfradalion; tous les coins du tableau présentent le uiêmc degré et le même genre d intérêt.
Noua ai^alona ici avec plaisir une circonstance bien rare chez les peintres de genre ^ c'est que les chevaux de cette mascarade sont extrêmement bien peints et bien dessinés.
M. Dillens a encore pour lui cet avantage qu'il est original et qu'il n'imite ni les maîtres morts ni les vivans, il s'en tient à la nature^ ce maître-là ne lui fera jamais défaut et ne Tégarera point dans une fausse voie.
VIEILLEVOYE
Cet arli«te , qui brillait au salon de Liège , où il occupait la première p1ac(' , ne nous a pas traitétauiêi bien que »ca compatriolcft liégeois. Uu |>ortrait et uue étude de yieillard , voilà tout ce qull nous a envoyé. Il est vrai que le peintre avait piu« d mtérét à établir soUdcment sa réputation dans la ville dont il dirige Tacadémie, que de l'étendre au loin. Sans cette eoDsidération ^ peut-être aurait-il réservé pour le mois de septembre les travaux plus iinporlaii5 (|u il a exhibes au mois de mai.
Le portrait du général M est très>ressemblantf il
est peint avec conscience, mais non avec charme. La fraîcheur delaearnation y produit un efiet dur et donne de la sécheresse au dessin qui manque de fondu. G*est donc à la manière dont M. Vicillevoye a éclairé sa ligure que nous adresserons nos reproches. 11 est fôcheuxqu^un
506 COMPTK-RBIfDU DU SAISON D^BXPOStTIOH.
tableau y exécuté avec autant de soin , pèche par le soin même que 1 on a mis à le rendre parfait. C'est qu ii faut iavoir sacrifier des détails à Fensemble^ les exécuter ensuite daus la demi-teinte ou daus Fombre, afiii que Tœil puisse les y retrouver s'il les y cherche. Mais il ne faut pas que toutes les parties se disputent la préémi- nence de Teilet. De même qu'un critique trouvait des Ion(rueurs dans un distique, nous trouvons du papil^ lotage dans cett^ figure^ dont toutes les parties attirent également notre attention et visent à TefTet. On ne sau* rail trop louer la manière exacte dont le peintre a rendu tous les détails de Tuniforme» c'est à s'y méprendre ^ à s'approcher pour s assurer ijue ks décorations sont bian de la peinture. Encore une fois^ c'est là du faire et de la main^ ce n'est pas de l'art.
M. Yieillevoye a surtout réussi dans les tableaux de genre. Le peuple liégeois hii a fourni des scènes et des types originaux y que nous lui conseillons de continuer à exploiter ; il peut se faire un genre dans lequel il n^au<* rait pas de rivaux.
Nous rengageons aussi à s'occuper sérieusement du coloris : le sien n'a pas encore le fondu et 1 harmonie qui font le charme des ouvrages des.graads maîtres* Sa téte de vieiJlaid, u° 564, est une étude admirable, qui fait désirer un tableau.
J. P£L1NCK.
M. Paelmck est un des artistes belges qui ont le plus contribué à relever Técole llamaiidei dans le pays et à Tétranger. Plusieurs de ses ouvrages lui ont valu une célébritt; bien acquitte ^ et assurent à «on nom une belle place dans nos annales.
Le tableau de V Invention de la f-^raie Croix, qui se trouve dans une église de Gand^ est encore aiyourd^ui un dcë uicilleurs ouvrages que le piiieeau flamand ait produits depuis vingt ans; c^est ce que nous appelons un tableau capital.
Les Disciples d'Émcuis, le Calvaire peint pour le village dX)staelcer, Heu de naissance de Tartiste, sont de ces toiles qu'une nation peut montrer avec orgueil;
SÙS COMPTE-BENDU
et la Toilette de Psyché, que possède le musée royal de La Uaye^ suffirait, dana tous les pays, pour établir solidement une réputation.
Le talent de M, Paelinck n'est donc pas un point susceptible de contestation ; mais Tappréciation du mérite relatif de ses diiiërcntcs producliona peut faire Tobjet de diseussions plus fondées.
Lcs.qualilcâ de la peinture de M., Paeliuck 6ont précisément celles qui manquaient aux peintres qui Font précédé inimédiateiucnt, et aux coutempui aiiis de sa jeunesse : son école a rendu j sous ce rapport j d'immenses services à Fart belge. Cest une observation qu'il ne faut pas perdre de vue. A la peinture molle et sans nerf de Lensy continuée par François , il a fait succéder une certaine vi^j^ueur de eoloris dout depuis iuu|;tea)ps nous n*avions plus dVxemples.
L'académi(/nc et le nu ont peut-être un peu trop dominé cette école, c'était Tinfluence de David, à laquelle il a élait point aisé tle se soustraire. Mai» on peut voir, en comparant AL Paelinck à feu M« Odevaere, combien le premier est resté plus original, plus Flamand, à une époque où le type du beau en peinture était V Enlèvement des Sahines, et le Léonidas,
^ous sommes loin de vouloir altérer en rien la réputalioi^ de David; quoique fassent certains critiques pour
DU tALON D^BXPOSITIOII. 500
le ravaler au niveau des barbouilleur» y il est et restera
une iUufttratioii dam Icb arU. Tout en reconnaissant ce qui manquait à ce grand artiste pour qu^on puisse lui donner le titre de peintre eouiplul, nous a])précioni» ce qu'il lui a fallu de génie pour ramener Tart à. ses véritables principes.
En vain ciiercherait-ou à rabaisser ce mérite , aujourd'bui que de nouveaux progrès font pâlir ceux de la fin de Taulre siècle : il est plud dillicilc^ à notre avis, de remettre dans la bonne voie un char fourvoyé^ que de le faire voler rapidement^ quand une fois û est placé sur une route fermement assise et nettement tracée.
Formé à Tccolc de David et par l'étude des modèles de ritalie , M. Paelinck n'a cependant pas oublié son origine. Admirateur passionné de Rubens et de Van Dyek , s'il n'a point adopté complètement leur manière , il s'en est rapproché beaucoup plus qu*aucun de ceux de son temps. Dans ses bons tableaux^ il est coloriste et dessinateur, quoique en général il tienne à Tacadémique et à rimitatiou de 1 antique.
Aux yeux de plus d'un juge, ce ne sera pas un sujet de reproeiie. Lorsque nous voyons aujourd'hui avec quel entraînement les jeunes artistes se précipitent sur la U acv et dans 1 ornière de celui qui leur paraît leiiir la place la plus élevée, se font les ser viles imitateurs de ses
310 GOMPTIHIBNIKI
défauts^ ne pou?ant atteindre à ses beautés, nous eom^
prenoH» l'iuiluoucc de David sur son temps, influence à laquelle il était bien difficile de ae soustraire , influenoe qui a pL'ixlu plus du» jeune homme , nmé au^i qui a préparé les triomphes de plus d'un grand peintre.
Depuis assez longtemps , M. Paelinck a été occupé de tableaux commandés , tristes sigets , malheureusement choisis, la plupart du temps, par des anoateurs peu éclairés. Ges productions , il iaut eu convenir, ont donné à ses rivaui rocea8Îo& d*exereer leur malveinance avec une certaine apparence d equilë. Les ouvrages qu'il produit auyourdliui ne sont pasde ces météores éhlouissana qui iuudiuicul les eriliques^ ce sont simplement de jolis tableaux qui témoignent surtout du savoir et de rha«> bileté du peintre.
Abdication de CharieS'QuiiU, en l'année
L'abdication de Chartes^Quint est un des faits les plus importans d un siècle bien riche en événémena
( Hanteur, néire 1,46; brunir, oiilre 1,07.
ou, tAhOK d'exposition* su
hkloriques; c'etl un £tiit dont notre capitale a ëlé le
théâtre.
Cet empereur si puissant « cet enfant de Gand^ qui avait rempli Ihmivers-de son nom ; cet homme qui avait pu se donner pour devise non plus ultra , certain que la postérité la confirmerait , choisit une de nos villes aussi pour 1 acte par lequel il veut clore sa carrière politique.
Le hasard Tavait fait naître dans nos provinces ^ mais c'est librement qu^il choisit Bruxelles pour y déposer le pooToir dans les mains de son fib^ pour y mourir royalement.
Ce sujet ne méritait-il pas d^étre traité en grande pour notre musée national? M. Paelinck , borné par la commande de 1 amateur pour la galerie duquel il devait tra* violer, a été obligé de resserrer son sujet dans les limites étroites d un cadre de dix à douze pieds carrés, et s^est privé ainsi de bien des ressources.
La faute nVii est ccrlaiucmçnl pas à lui, elle est à notre organisation sociale actuelle, si peu favorable aux développemens des bcaux-arla dana leurs hautes conceptions.
Il est assez triste pour un artiste de devoir se renfermer dans ces étroites proportions : n^augmentons point ses regrets en lui rappelant ce qu^il aurait pu faire avec plus de latitude.
313 GOMm-RBNOU •
Le peintre a fort bien compris qu'il fallait racheter le
dcfaul d'eircl gcncral et puissant, par une grande vérité locale^ une grande exactitude de costume, et des détails soig^ncs. Aussi, est-ce là le côté remarquable de celte production. Le travail de Tarchéologue y a même été poussé à tel point que Fauteur est en mesure de justifier la moindre partie des vétcmeas> des meubles, des armes, des portraits, par quelque document bien authentique.
Tout, dans cette scène, est rigoureusement historique, jusqu'à la teulure de tapisserie qui décore la Salle» On y voit la représentation de la fable de Médée et Jason, dessinée dans le goût du temps où cette tenture est censée avoir été tissée.
Les principaux personnages sont Charles-Quint , alors âgé de cinquante-sept ans; Philippe IJ, son fils; Maximilieu II; le prince d*Orange, Guillaume le Taciturne; le cardinal Granvelle. '
Parmi les femmes, on remarque Marie, veuve de Louis, roi de Hongrie; etÉléouore, la veuve de Françob 1**, toutes deux sœurs de Tempereur.
Une foule considérable de grands d'Espagne et de seigneurs flamands et brabançf^ns, des i*eligieux de plusieurs ordres remplissent la salle. Gharles-Quint est de* bout, devant son trône , so us un dais de riches draperies :
il a ia couronne et le inantoau iiiijM rial; il a apiiuK- de la main gaucbe sur Tépaule du Taciturne; son fils^ Plii-> iippe iJ, pliant le genou sur les marches du trône, \nme la main qui lui remet Tacte d abdication.
Un bien vif intérêt «^attache à eette partie de la vie de Charlea-Quint. L'acte que nous lui voyons accomplir est-fl un dernier effort par lequel il tente de reconquérir la renommée qui cuuimencc à lui devenir inlidclc?
Est-ce seulement, au contraire, affaissement, fatigue desprit, se traduisant, peut-être de bonne foi, en humilité chrétienne? Ce qu'il y a de certain ^ cVst que le niuitarque pouvait être blasé sur toutes les jouissances de fambition , et qoe^ comme Salomon , il pouvait avoir trouvé , au fond de tous ses trbmphes, de toute sa puisaance^ ce mot fatal: f^anité!
Nous aurions désiré que le peintre fit sentir dans les expressions de physionomies quelques-unes de ces idées.
M. Paelinck nous parait plutôt avoir peint une page d'*hîstoire abrégée quune scène de drame; dan» son tableau, il y a plus de science et de vérité que de sentiment, plus de uiérile de détails ([ue d'eflel d'ensemble. Chaque figure a bien les traits qui lui appartiennent et que la tradition lui a conservés, aucune d'elles n est modifiée par les nuances que les passions du moment devaient y jeter; c*est là son c6té faible.
514 COMFTK-AKMDU DU SALON DEXPOSITION.
Du resle ^ ou a remarqué beaucoup de délicalesse daus 1e« détails de ccMlume, une touche souvent moelleuse, des ombres bien transparentes et pittoresquement traversées par la lumière.
11 y a surtout^ tlan» la partie supérieure du tableau, un rayon de soleil , jouant sur ia draperie des rideaux du dais, et qui y produit un fort bel eflel que le peintre a rendu avec infiniment de bonheur.
Le sujet du second tableau de M. Paelinck est encore emprunté à la vie de 1 empereur, enfant de Gand. 11 est à Naples^ cl présente à sa fille Marguerite les captifs qu*il a ramenés de Tunis. Sujet froid et manquant d'intérêt, dans lequel le peintre a mis plusieurs des qualités qui se font remarquer dans Wibdication,
M. Paelinck nous parait y avoir fait un trop fréquent usage du blanc, surtout dans ses chairs. Les étoffes des robes et autres costumes sont extrêmement soignées ei joigne ut à leur fraieheui une grande vérité historique.
Nous regrettons que M. Paelinck n'ait pas exposé quelques portraits; nous en avons vu, qu'il a exécutés récemment et qui eussent fait sensation , qui nous eussent montré le peintre dans Fédat de son meilleur temps.
PHILIl>l>lC VAN BKÉE.
Le public belge s'accoutume diflicilcfDCulàla couleur de M, Vau Brce; il faut convenir aussi quelle manque pour nous de vérilé. L'arlutc a-uil tort de conliouer, dans son pays^ un système qu*îla ëtëclicrehcr en Italie? f^ous n'oserions résoudre cette question. Nous pouvons toutefois avancer comme une opinion qui nous est personnelle , que l'application de ce système aux sujets eiupnintës à nosmceurs ne promet pas d'heureux i*ésultats ^ si Ton doit ea ju(;er par lo petit tableau inscrit au catalogue sous le n^ 481 , Pharmacie de l'hApital Saint" Jean à Bruges, La transparence excessive de Pair, qui s'accorde si bien avec la chaleur des ciels d'Italie, répand ici une Troideur exlrciuc de lou 6ur tous les objels.
516 GOMPTE-aEIlDU
L^aspecl du tableau dont nous parlons est dépourvu d'effet, malgré un mérile très-remarquable d^exécution.
Si on lui compare le eardinaldaiis sa vUia, on reconnaît la même touche , les mêmes procédés. Quelle dUlGérciicc cependant! Comme une atmosphère chaude donne ici de la vigueur â rensemble, en détachant les plans et cil (aiâaiU iuii la pcrspcclive. M. Vaii Urée Cbl datiâ son élément y c'est Tair qu'il lui faut, Tair limpide encore sous Torabre des arbres dont le feuillage , formant berceau, est vivement frappé par les rayons d'un soleil méridional. On respire, dans son pare somptueux, une mollesse qui invite^ à ce dolce far uiciUe, bonheur de l'existence italienne. Ce n'est pas sans intention que le peintre nous montre uu si (^rand espace, en apparencje vide. Regardez, cette solitude est assez peuplée. Le coin à gauche, où 1 ou voit le cardinal cl les dames de sa compagnie, n^occupe qu^une très-petite partie du tableau. C'est que l'arlisle voulait uouë iaire sentir reflet de cette douce température, non-seulement dans l'abandon des poses de ces personnages, mais encore dans le lieu lui-même, pour que TiUuMon devint com^ plète en contemplant quelque temps ce pare , pour qu^on éprouvât riniluence de ce climat où Ion se trouve transporté.
11 est impossible de grouper avec [ilus de grâce des
ou 8AI1ON D'cxpoaiTtoN. 317
ligures de femmes , de leur domier dea airs de téle plus sédnisanS) de mettre plus de suavité dans sa peinture , que M. Vau Brce ne la iail ici. i^ueiques-uus trouveront même que ces qualités sont poussées à Texcés^ qu'à (brce de vouloir donner de la suavité à sa couleur^ il a fait de ses femmes des êtres presque diaphanes qu'on souille dissiperait dans Fair. C'est TefTet de sa peinture toute en glacis.
On a remarqué y et avec raison, que M. Van Brée af* fectionuc le rouge éelalant. Cette remarque , nom Tavons fiiite aussi, et nous pensons que Femploi du rouge est indispensable à Tefiet d'un coloris conçu dans le système qua choisi le peintre, tellement qu'il perd tout sou charme du moment que cette teinte n^y domine pas d^une manière très-prononcée. Voyez plutôt ï Intérieur de la pharmàciej le seul des tableaux de M. Van Brée où le rou(je ne domine pas; quelle froideur et quelle faiblesse de Ion?
M. Van Brce a m bien compris que ce ton ccailatc était le seul avec lequel il pût acquérii* de la vigueur, que, dans son grand tableau ^ pour nous représenter Saint-Pierre j il a choisi une cérémonie à l'occasion de laquelle la magnifique basilique est tendue de rouge.
C est certainement un des ouvrages les plus extraordinaires que peintre ait entrepris et exécutés. Nous ne
318 GOMPTE^RBIIDU
diroiM pas que laspcct de celle loile nous a fait rimpression que nous attendiona d'une des plus imposantes solennités du culle calholique , dans la plus ani^uiliquc église de la chrétienté. Bien plus^ nous ne balançons pas à avancer que Tcirct d^enseinble est complètement manqué. Ce reproche , tout grave qu^il est ^ laisse encore au tableau des qualités d^un ordre supérieur. Si de Tensemble nous en venons aux détails^ nous u'hésileroos pas davantage à avancer qu*il est ini possible dimaginer , sous ce rapport^ une perfection plus soutenue.
L^espèce de chapelle ardente où brûlent des milliers de cicr(jes cl de lampe» ^ autour et ou avant du maitre-autel , dont le baldaquin est supporté par quatre colonnes torses de bronze, est vrainieut éblouissante. Cette lumière, au milieu du jour qui traverse en larges rayons obliques la haute coupole , est rendue avec beaucoup de vérité. Des milliers de ligures remplissent le temple : toute la partie de la procession , qui se trouve sur le devant, est exécutée d'une manière supérieure. Le dessin en est pur et élégant; les divers effets pi*oduits par la lumière des cierges sur chaque tête sont piquans cl très-variés. On nous assure que la plupart de ces figures sont des portraits; ce serail sans doute un mérite de plus. Le tableau de M. Van Brée donne physiquement une idée juste de *Sa////-P/c'm?^ pendant la procession delà i^efc-
WJ SALON D^£XPOAiTIOIf. 319
Dieu; sous ce rapport, cest uu ouvrage exlrcmemeDt précieux, quia dû coûter â son auteur un travail de patience incalculable. On nous a dit que I artiste y a employé «ept années : nous le croyons facilement, tant les moindres détails y sont soignés. Cette toile est digne de figurer dans un musée; rarement il arrivera qu'un homme de talent s'astreindra à un travail aussi minutieux et Texécutera avec autant de conscience.
' 11 y a beaucoup de grâce dans lea tableaux de cette
jeune persuiinc. Soo pÎDccau manque de vigueur; maia auMÎ ne cboiait-elle que dca aujets aimples» Sa f^ierge est une jeune mère avee ua bol en^allL Ce serait êlrc par trop exigeant que de demander à celte peinture le sentiment divin qu^on trouve chez les grands mattrea. Réduit à cette simple donnée , le siyet n a plus que lea difficultés ordinaires de rimitation de la nature, et M"*' Noël y a fort bien réussi. Sa Fileuse endormie est encore un très-agréable petit tableau; on y sent une main de femme^ à la faiblesse des touches , mais on y retrouve aussi un sentiment de femme à la naïveté de lexpressioii.