M. J. BATAILLE
La «Scène d* incendie de M. Bataille eet un progrès sur tout ce que nou« avons vu de lui jusqu'ici. Ce jeune artiste a encore beaucoup à étudier pour avoir un talent fait; il y a tout lieu de croire que de sa persévérance uailront de briilans succès. Plusieurs intentions, plusieurs poses de son tableau méritent même beaucoup d^éloges; il y a là du dessiu et du seuliment; la couleur demande encore quelques réformes. M. Bataille mérité d être encouragé ; les sacrifices qu'il a faits pour pouvoir se livrer à son art lui vaudront tôt ou tard un triomphe qu'il ne croira pas alors avoir acheté trop cher. En acquérant son tableau pour ia loterie^ la Commission directrice a montré qu'elle comprenait bien sa mission.
FRANÇOIS CAUTÀERTS
Dea Iroië tableaux que soumet ce jeune artiste au jugement du public > le n* 54, Un fumeur, est sans contredit le meilleur* Une seule figure demi-corps et de petite dimension le compose tout entier. Cestune exacte et agréable imitation de la nature. La tête et les mains •ont peintes avec beaucoup de soin, une touche légère et sûre.
Le u*" 35 ne pourrait jamais être compris sans le secours du livrcl. Eu cfTot, qui reconnaîtrait dans celle peinture rose et molle ^ le vieux Milton, aveugle et malheureux, le génie biblique et sévère sur cette figure fade et sans expression?
On trouvera dans La fiancé, tableau du même^ in*
COHm-RBNDU DO SALON D^BXPQftlTIQN. 5^3
»crit«ou»le u° 30 > de jolU détail*^ de« cxpreMioos bien •entiee, det gestes et des poses naturelles. La couleur eu est toutefois trop moUe aussi ^ elle vise à reOet par des moyens mesquins. Nous citerons particulièrement la%urc de la mèrej peinte aveo a&scz de talent^ mais que gâtent quelques petits points blancs systématiquement placer pour reliausdcr refTct, ce qu'ils ne font eu aucune manière.
Du reste, les dc'fauls de M. CaulaerU proeèdeut du manque d^ëtude de la nature. Ainsi que beaucoup d^autres de ses confrères^ i! se lie trop à sa main.
F. VERUEYDEN.
L€ sujet du 543, Saint Christophe, ti*esl fias de* plus heureux pour la peinture; quoique , pri« aUégoriqueinent, il ait fourni, suivant plusieurs historiens, la donnée du chef-d œuvre de Rubens que Ion admire à Notre-Dame d*Anvers, Il est fort difficile de conserver la dignilé du snint à un colosse cyclopéen^ supporUut sur ses larges épaules un petit enfant en miniature. M. F. Verhoyden iia pa8 triomphé de ces difficultés.
11 a mieux réussi dans les tableaux de genre. Sa Prise de tabac, n° 544, est un joli petit tableau, les poses et les expressions en sont naturelles, la peinture en est assez line. Quant aux n*" 645, Le villageois en colère, et 546, Le poulailler, il n'y a rien à en dire, si ce n^est que Texécution ne corrige pas ce que le dernier a d^inconvenant, et ne rehausse pas l'insignifiance de lautrc.
li. KEÏ.
11 est i^heux pour un jeuoe artiste de débuter par UD sujet comme celui qu^a choisi M. H. Key. Quel objet à présenter aux yeux que ce petit monstre de Quasimodo, adopté par Claude Frollo? Certes ^ il y avait un sentiment de généreuse compassion ^ de eharilc ciiréliennc A montrer aur la figure du prêtre ; mais o^est précisément ce que Ton y cherche en vain. Tout le mérite de ce tableau réside dans une disposition assex heureuse des personnages, groupés avec art, daus une couleur ferme et qui promet^ si Tartiste s'applique davantage au dessin et au modelé.
ËDOUA.RD GISLER
Le prophète Istue.
M. Gisler n a paâ viii^t ans. 11 compreod déjà la peinture, el y moDtre un •eutimenl de grandeur qui fait concevoir de belles espérances. Le tableau par lequel il débute e«t conçu avec «implicité et noblesse.
Le prophète debout ^ appuyé contre le fût d'une eolouno brisée, sent venir rinspiration divine, il iait le geste du conunandement qui impose sileiioe à la foule; il va parfer :
QaTani fteeeiM de ma vws la terre eeMNOIe : Roie, «ojesattentirs, peuple», prétaforeiUep Qoe r^niven «e tahc et nTéooute perler* Mc« clianU veut «eeomler le» eecordt de «m lyre,
L'esprit saint me pénètre ^ il m'échauffe, il nîlnvpirc liM QniiHlo» vérilM i|iie je vai* révéler.'
) Hauteur, mètre* ^ti^ f laqjcur, mt!trc« 3.
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COHPTB-MIOHJ DV SALON D*BXP08inOIf. 527
Le Jeune homme a eentilasubiimc poé«ie de la Bible > il en a jeté' quel(|iie chose dans la teinle générale de son tableau. Sa figuiti^ dessinée avec fermclc, majcstucusoment posée , drapée largement ^ est une excellente étude sous tous les rapports. iSotrc intention, eu donnant ces éloges à H. Gisler, est de rengager à persister dans hi bonne voie où il est cuiré^ à continuer ses études sévères, tout en se gardant de trop présumer de ses forced.
M«« WULFAERT
La peinture de celte dame se rapproche beaucoup de celle de son mari : il y a de la grâce et une expreMÎon bien douce dans sa Béifeuse; son Héîoîse aii Paraclet n'est pas représentée de manière à nous arracher trop de larmes sur les malheurs de Tamante d'Âbeilard. Le passage des passions n a pas laissé trop de traces sur les traits de la jolie religieuse. C^est toujours un tableau ag^-cablo qu'un amateur suspendra avec plaisir aux parois de son boudoir.
On peut encore louer M"" W ulfaert du choix de ses sujets, ils sont toiyours pris dans un ordre d^idées simples, ils n'exigent pas un grand nombre de personnalises. INous ne saurions trop recommander aux dames
eOMPTB-RBNDU DU SALON D^BXPOSITIOII. 3â9,
qui peignent une réserve pareille : comme il leur est fort difficile et souvent impossible de se livrer aux mêmes éludes que les hommes^ elles doivent laisser à ces der« niers la peinture historique et tout ce qui exige une connaissance approfondie de Tanatomie humaine.
GEIRNAERT.
La répuiaiion de cel artiste gantob est dès longtemps
établie à rélran{jer aussi bien qu*en Belg^iquc. Une médaille d or lui a été décernée dernièrement à 1 exposition de Paris pour son tableau Une demande en mariai^e, et les éditeurs KiUucr et Goupil lui oui douué trois ceuls francs pour acquérir le droit de le graver. Déjà , en 1827^ notre peintre avait obtenu une médaille d'or au Salon de I>ouai, distinction qui ne fut accordée qu^à MM. Horace Verncl, Lejcune et Geirnaci t cette année-là.
On connaît une foule de tableaux charmans de cel ai lialc . H est un bujet surtout dont il a douué plusieurs variantes, c est son Médecin hongrois, type qu'il affectionne et qu'il met toujours en scène , avec sa figure
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COSIPTE-RBHOU DU SALON d'oPOSITION. 331
expressive et son coslume de docteur de eampagnc^ moitié civil, moitié militaire. Nous i^avoas vu dans ud tableau ibi t piquant exposé à Liège en 1830^ nous lavons revu eu 1833 à Bruxelles, nous le retrouvons encore celte année au li" 216. Celte fois, le docleur est assis auprès du berceau d'un jeune enfant malade; le père eL la mère inquiets épient laseulence qui va sortir de la bouche de TEsculape campagnard. Toute la jeune femille est distribuée dans la cha~nbre; ici la vieille grand mère verse le café pour le déjeuner de sa petite fille 9 une autre, plus petite, est assise avec son écuelle près du berceau du malade. Un jeune garçon rentre pour prendre son repas du matin; il vient d'aller pêcher à la ligne, el il rapporte le long rui>eau auquel il allaehe son fil et Tamorce. Une servante regarde^ du haut d'un escalier de bois, au luucl. 1 uules lea expreë^ioui» sont ce qu'elles doivent être, les figures sont fort bien dessinées et convenablement groupées; mais le tableau manque d'effet par une distribution peu heureuse de la lumière, le fond est trop uniforme, la couleur est sèche, le tableau manque d'air.
Le 215 représente la plage de Scheveninge, à la marée basse. Sur le devant, un groupe de poissonniers et de femmes marchandant leurs poissons. Une jeune et fraîche Hollandaise, en chapeau de paille retroussé et
55S GOIlPTB*a£NDU
doublé de ro»e> en bonnet zclaudais^ en manteau jaune, est debout au mOieu du groupe ; devant eUe ^ un pécheur usdis coulesle du prix de la aiarciiaiidi^e avec une femme qui a mis un genou par terre, pour examiner la marée; derrière, un vieux marin appuyé sur un I0115 bâton; â gauche, un jeune gargoD caressant un chien; sur le second plan, du même côté, un matelot causant avec une femme couire la palissade. Cette ligure est d'un dessin très-fautif, qui contraste avec le reste du tableau, beaucoup mieux exécuté.
Le i'etour du pécheur à Schei*emnge-
Horace avait bien raison de le dire : « Il avait le cœur doublé de ehéne et d'un triple airain , celui qui le premier confia sa frêle barque à Tocéan meurtrier. » Quelle existence que celle du marin , du pécheur qui , pour nourrir sa famille, s expose à tout moment à rendre sa femme veuveet ses enfansorphelins. Aussi , quellesscènes dramatiques se passent ëur la plage, dans tous ports de mer, chaque fois que le mauvais temps inspire des
t Hnleoi-, mètre 1 Xi , briseur, mi\tv 1 ,6S.
ou SALON d'exposition. 553
craintes sur le sort des pécheurs sortis à la dernière marée. Quand le momeot de leur retour esl arrivé, des femmes, des cuiaiis en foule se pressent avec anxiété •or le rivage , explorant de leurs yeux de lynx Timmen* silé de riiorizoïi. A une distance prodigieuse, ils rcconnaÎMenl la voile qui porte un parent; voua ne distingueriez pas encore un point blanchissant sur la yague noire y qu*ils ont déjà signalé le chasse-marée par son nom. Les moeurs de cette classe intéressante fournissent de nombreux sujets aux peintres, lis y trouvent d abord ces impressions fortes que la vie aventureuse des marins les expose souvent à éprouver; ils y trouvent des phyaioQomies auxquelles ces mêmes impressions donnent un caractère prononcé. Les costumes ont quelque chose de plus pittoresque là que dans le centre du pays. Les peintres hollandais ont tiré un grand parti de cette veine quils ont exploitée avec talent. Le tableau dont nous nous occupons représente une famille de pécheurs dont le chef rentre chez lui après une course eu mer.
C'est par un beau jour ; la mére de famille, assise devant sa poi'te, sur le bord de la mer, aliailait son nourrisson , une petite fille, d'une huitaine d'années, avait rempli son panier de coquillage», le grand-père et la grand' mère étaient également occupés à quelques travaux. Le marin arrive, la jeune femme sMlance et donne son
534 GOMPTB-RENOIl
jeune enfant à baiser à 1 heureux père^ rauLre petite fille
lui tend les bras pour partager «es caresses. Le pécheur
va reuiellre reiifuiil aux bras de sa mère pour embrasser
à son tour sa fille aioée. Le chien fait féte à un jeune garçon qui revient portant une partie du bagage, une cruche y un manteau et uue iauterne : c est sans doute le fils qui a accompagné son père ; celui qui vient avec lui^ nu-téte> est uu plus jeune frère qui a été à leur reucontre y il rapporte une voile. Ce tableau est très-bien composé^ il est dessiné avec talent. Les gestes et les expressions en sont justes et vrais. Mais on peut lui reprocher^ comme aux autres ouvrages que le même auteur a exposés cette année ^ une grande monotonie de couleur.
Nous nous permettons cette critique un peu sévère à
1 égard d'un artiste qui Tail beaucoup d'houueur au pays, parce que le public nous a paru voir un signe de décadence dans ses dernières productions, et que M. Geirnaert n'est pas encore à Tàge où lou a acquis le droit de décliner.
Le beau succès qu'il a obteuu au dernier Salon de Paris> où une médaille d*or lui a été décernée, où son tableau a été reproduit par la gravure^ prouvait (|ue notre peintre est dans toute la force de son talent. Nous
peudous qu'il se sera mépris sui i'efTel des expositions ;
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DU SALON D^HXPOSITIOR. 335
il a modifié sa couleur^ et, en voulant lui donner plua de transpai^nce , il Fa rendue monotone. Cette erreur, qui n'aura pas d'autre conséquence, n empêche pas que ses tableaux ne soient encore au nombre des meilleurs de
notre cxpositiou.
D. DOPsiNV.
Nous trouvons y daug les trois tableaux exposés pâr
M, Douuy, des preuves de progrès et des pix>Qiesses d^avenir. Le genre qu'il a abordé, et dans lequel il réussit^ offre de grandes difHcuilés. Auv qualilés ordinaires que ron exige du paysagiste, les clairs de lune veulent joindra des qualités spéciales quMl n'est pab donné à tout le monde d'acquérir ni même d^apprécier. 11 y a dans la natofei vue au clair de la lune, une teinte bleuâtre étendue comme un léger glacis sur tous les objets, et sous lequel on retrouve à chacun d'eux sa couleur propre divcimment modifiée. C'est ce que Tartisle ne peut rendra qu'après de bien longues études.
Ai, DoiHiyadiîjà triomphé des plus grandes diflicultés
GOMPTB-RBmW Wt SALON D*BXF08ITI0N. 337
de «oii art. Sa F'ue d'Ostende présente des détails char-
inaD» ci d'une exéculiuii ieruie. jNou;> trouvons cepcnciaiu que la lumière qui éclaire cette scène est un peu trop claire pour la lune. Elle nous parait rendre mieux ce jour indécis que nous laissa^ pendant quelque tcmpsi la dernière éclipse de soleil.
Len** 151, f^ue d'Amers dont nous avons donné la lithographie^ est une jolie composition dW effet vrai. On pourrait dé»irer cependant un peu plus de perfection dans le dessin. Le petit tableau de M. Donny, porté au n** 585 du supplément, rend un fort joli site. L^artiste y a placé la tour de la machine hydraulique, si pittorescpiement assise sur un monticule du boulevard du iiégent, seul reste qui subsiste des anciens remparts entre les portes de Louvain et de Namur.
En résumé , nous voyons dans M. Donny un artiste qui se fonde une belle réputation et dont les études consciencieuses assureront 1 avenir.
' Haateiir^ mèlreO^SO^ largenr, mèlre 1,10.
VERSCUAEUEN
L'Exposition, qui ne devait durer qu*un mois, en a
dure deux , cl chacun a applaudi à cette mesure du gouvernement. Une collection auwi considérable , aussi variée, aussi digne d'examen , ne pouvait être justement appréciée eu trente jours. LafHuencc du public, qui ua pas un instant cessé de se porter au Salon , est la meilleure preuve que Fou puisse donner de Futilité de cette prolongation. Il y a même quelques ouvrages que nous u aurions pu voir bi \ on s en était tenu aux premières dispositions. Outre les tableaux de MM. £ug. Verboeckliovcn, Van Bréc et de Jon^Iie, il nous est arrivé de Rome deux paysages de M. Verstappen, un portrait et un tableau d'histoire de M. Versehaeren; M« Debîervc
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COMPTE-RENDU DU SALON D KXI'USITION. 530
a pu réparer 8on tableau du comte Ugoliu. Nous avons eooore vu eDrichir la salle de« sculptures d'un petit groupe diaprés Thorawalsen , et d'une statue de Bien- Aimé. Certes, les salies supplémentaires que ion a été forcé d'ajouter à la galerie auraient , â défaut d'autre eonsidération , suHisammeut motivé la disposition royale qui a retardé la clôture.
. M. Verschacren est un lauréat de lecole d'Auvors, pensionnaire à Rome. Le tableau quil en a rapporté prouve qu'il a bien employé son séjour dans la capitale du monde chrétien et du monde des beaux<-arts. 11 a profité si bien des modèles que l'Italie a étalés à ses yeux, quil ne parait pas avoir conservé le souvenir de la Flandre. Nous Fen féliciterons, si quelques années de séjour dans sou pays le débarrassent aussi complétemcut des réminiscences italiennes sans le ramener à l'imitation de Técole flamande. M. Verschaeren n est pas ori(}inal ; on ne peut pas dire absolument qu'il imite un maître, mais il y a dans 60VkEliczer et Rcbecca un dessin et une composition qui rappellent fortN. Poussin, une couleur et une manière de contourner les draperies qui sentent leur Mignard. C'est donc en suivant un système qui ne peut pas être le résultat de ses propres observations, en employant des procédés qu'il na pas imaginés, que M. Verschaeren a conçu et exécuté son tableau. Aussi
540 COMm-BBHDU
qu'en e$t-il rétiiItéP L'action principale a été négligée pour le« acceMoires. Ces acceMoires, qui ne devaieiit pas nécessairement avoir un caractère bien décidé , pouvaient, sans trop grand danger de plagiat^ s'exécuter sur des thèmes banaux. Les deux figures principales nécessitaient seules quelque invention^ etc^est la partie indigeote du tableau.
Ëliézer, attachant à Rebeoca le bracelet dW, a une pose maniérée et déplaisante. Sa téte est belle sans doute ; la nature a fourni un beau modèle au peintre > et il a prouvé, eu le copiant, qu'il y a de Thabileté dans sou pinceau ; mais tout ce qui dépendait de Tartiste, tout ce qui était création , est précisément ce qui a fait défaut. Le personnage de Rebeoca, qui devait être toute grâce, cù devaient se montrer tous les charmes de l'élue que le ciel destinait à Isaac, le fils du serviteur de Dieu, est la moins bonne figure du tableau. Elle manque dVxpres-
sion, le dessin n'en est pas trés-correct, elle est trop »
courte dans ses proportions.
Certes, le paysage est admirablement bien composé ; certes, les cinq femmes, dans la demi-teinte à gauche, ont des poses charmantes; certes, ce8 ieuimes des arrière-plans, portant des cruches sur la téte, ce conducteur de chameaux, ces bergers sont très-bien dessinés; mais jamais M. Verschaereu n'aurait trouvé tous ces
DU fALON D^BZPOSinON. 541
motifs s^il n^avait pas vu les arcadîes de Poussin el les
compositions de quelques autres maîtred d'Italie. Quoi qu^il en soit ^ Taspect général du tableau est enchanteur, le «ite est prufoud et pleiu dau-, la couleur en est flatteuse.
Go nous a parlé d'un y'œu de Jephté que le même artiste aurait également exécuté en Italie; nous regret* tons quMl n*att pas pu figurer à TExposition.
Le portrait y exposé auprès de Rebecca> témoigne d'une main habile. En résumé, M. Verschaeren revient en Belgique avec des preuves irrécusables du bou emploi de son temps ; il en rapporte cette grâce de dessin , cette élégance de formes ciu on a presque toujoui â déniées aux peintres flamands. Sa couleur ne manque pas d^harmonie et de suavité, bien que nos yeux , accoutumés à un autre genre ^ ne lui trouvent pas assez de chaleur de ton. Nous ne pouvons toutefois, à raison du manque d'originalité de son tableau, nous faire une opinion exacte de la portée du talent de M. Verschaeren , et de ce qu il pourrait produire s'il était absolument abandonné à lui-même.
J. RUYTEN.
H. Ruyten expose deux tableaux, q°* 411 et 413 , qa*il a tout simple ment appelés yue de ville Intérieur de ville, saos désigner plus positivement lendroit qu'il a voulu représenter. Nous sommes donc autorisé à penser que ces vues sont de sa composition ^ et alors nous lut en faisons compliment, lly a de la grâce et un arrangemqut pittoresque dans ses deux tableaux; le dessin de ses maisons est de bon goût, elles sont groupées fort artistement; la perspcctiv e en est belle et bien ordouiiée. Ses figures sont distribuées avec entente , posées et des^ sinées avec esprit; Tcnseiiible de la couleur est d'uti
*Haiiteiir, nètreOjGO; largcar, mètre 0,47.
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GOMPTB-RBlfDi; DU SAIiON D^EXPOfllTION. 345
agréable effet. Nous voudrions toutefois plus de nature et de vérité dans le ton de ses mnisons. rsous trouvons là) comme dans les bateaux de M, Jacob Jacobs> le convenu à la place du vrai.
Nous voudrions encore voir un elTet moins éparpillé, plus d'unité. Lartiste détruit l'uuitc en abusant d'une touche piquée en blanc dont il a pour ainsi dire criblé ses tableaux , ce qui les fait papilloter. Il 6te ainsi à la nature quli a voulu rendre , celte tranquillité qui lui sied toujours beaucoup mieux. Enfin, avec un peu plus de suuplicité et de vérité, M. Ruyten fera de délicieux intérieurs.
DEFIENNES.
La mort du comte d'Egmont, le 5 piin 1568.
Le succès (ic ce tableau a a pas répondu à rattentc de Tartiste , et nous n'avons pas dessein de chercher à infirmer le jugemeut du public, tout sévère (ju il ii'est montré. Nous ne pouvons pas cependant nous empêcher de faîi*e remarquer quelques beautés qui attestent dans le peintre^ sîmoq laptitude à traiter la grande peinture historique, du moins une certaine habileté de pinceau et de dessin. Âssez d'autres se sont chargés de la péuible mission de la critique. Un mol d'encouragement est bien dû à M. Doiiennes, cl nous le lui adressons avec confiance, parce que nous sommes persuadé que la main qui a peint le personnage du comte d EguioiU el quelques figures du groupe d*avant->plan ^ à gauche^ est ca-
GOMm-RBNDD NI SALON D^KPOSITIOII. 345
pable de produire quelque cho«e de remarquable^
dès qu'elle De tentera plus des sujets hors de sa portée. Oui, M. Defiennes, il y a au Salon des tableaux cpii ont obtenu du* tuecès et où il ne ae trouve pas le quart du mérite quW juge consciencieux et équitable pourrait trouver dana le vtoe. Mais n*oubIiez jamais, quand vous entreprendrez un ouvrage, que les exigences du public sont en raison des prétentions de Tartiste, et que celui qui lui montre une grande toile doit s attendre à le trouver très-difficile.
DUPRESSOIR.
p^ue de V Escaut j près (le GamL
Nou» avons donné la lithographie de celte Vue exécutée par Fartiste lui-même et reDdauti'eifetdu paysage. 11 y a dans ce tableau matière à Féloge et matière au blâme. Ce que nous rcproclierons surtout à M* Dupressoir, c*esl qu^il nous ait donné un site de ce pays avec un efTet qui ne s'y rencontre que très-rarement^ et qui 6te de la vérité à la nature qu'il a voulu représenter. Pourquoi le peintre français ne s en est-il pas tenu au ton habituel de la Flandre? il y avait là assez d'objets d'étude. 11 est vrai que j^jar ic moyen d'un eQet dominant et éblouissant
> Hauteur, aièire 0,70; lu||eiir, mètre 0,OB.
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COMPTS-RSIIDU DU SAISON d'eXPOSITION. .347
comme celui qu'il a choisi , on croit moliver licé m'[» licences de détàil et d'exécution; c^estuo mauvais calcul : car les véritables amateurë s'en tiennent exclusivement aux peintures achevées. Trop de bons peintres ont prouvé par leurs œuvres que le fini ne nuit pas à reffet, pour qu'on se laisse encore prendre à ce charlatanisme.
Le ciel de ce tableau ressemble A du marbre, les nuages qui y ilotteot ne sont pas d un bon mouvement.
Les eaux sont assez jolies et le terrain dans Fombre ne manque pas de vérité. Mais les fonds sont d un blanc et d'un vert beaucoup trop crus, la couleur n^ participe pas assez de celle du ciel, le* arbres sont lourdé et leur feuillé n'est pas habile : la %ure placée au bord de Teau est loin dYtre heureusement dessinée.
Quoiqu'il en soit, Teflet très-marqué de ce tableau lui donne uii aspect agréable au premier coup dVeii^ mais l'ouvrage perd à l'analyse.
TASSON, ROBERTI, JAMBEUS, LECOCQ, NOTERMAN, DELOOSE.
11 y a dauft chacuu Ue« jeuues artistes dont uou» ia- •crivons les noms en téte de cet article , des dispositions et même déjà du talent.
V Assomption de la Vierge, par M. Tasson, étail un sujet au-dessus des iorces dun élève; cependant il y a réussi assez pour donner une idée aTantageuse de ses études : il s'y trouve des intentious de eouleur^ des parties de dessin fort louables*
Le baptême de Jéstis-Christ, de M. Roberti , a le défaut de manquer d originalité; nous nous plaisons cependant à y reconnaître beaucoup de qualités de dessiu ; avec bien moins de talent^ on a fait des tableaux plus remarqués; c^est du laisser-aller, de la hardiesse qu'il faut roainteuaut à celte main timide.
GOMPTB-IIBIflHr DO SALOK D^EXPOSITIOtl* 549
M. Jaaibers pourra réuMÎr daos le< tableaux de genre, il doit toutefois «e déûer de aa propeoaion
âpeiodre Doir.
La famille dè mendions , de M. Leeocq, aonouce chez ce jeune homme des dUposilioiis fort remarquablea. Sa couleur n'est pas très-naturelle, mais se« expressions sont justes, sou dessin est correct.
Les apprêts d'un bal masqué, de M. Noterman, u" 579, offre plusieurs intenliuiis d'un bon couii(|ue, fort bien exprimées.
Il y a dans La noce villageoise, de M. Deloose, un effet de lumière peutp-étre un peu cru, mais qui ne manque pas de vérité. Si les expressions en sont trop communes, efles sont rendues avec justesse et naturel. Le pinceau de cet artiste a de la facilité, son dessin est correct.
M"*» FÉLIGITË SOMMK.
Cest le bouheur suprèuie, Ëa quelque temps qu'oo >oit, De boire k et qu'on enaot Et rf'oMMf ce fm*9» tait L
M^^ Sommé semble avoir deviné ce couplet d'un opéra
qui vient de faire beaucoup de bruit à Paris. En eftet , cette espèce de mousquetaire que vous avez remat*qué dans un jardin^ buvant à la santé de deux dames assises sur un banc y n*est-ce pas une excellente ligure du seigneur Phœbus de Châteaupers, Tamant un peu massif, mais lamaat préféré de Taérienue Jb^m^ralda?
L^artiste a intitulé son tableau : Les deux rii^a les, Est<ce ce beau cavalier qui fait Tobjct de la rivalité de nos
I Victor KugO} U Eemêraltla, opéra.
COMPTB-RBNDU DO SALON D^BXPOSITION. 351
deux dames? £st-ce la dive bouteille qui dispute dans le cceur du galant le pas aux demoiselles? Quoîqnll en soit de riotentioo de Tauteur, elle a fait un joli tableau, d un aspect agréable. Les poses de ses femmes sont gracieuses et naturelles. Celle qui tient un verre et qui va boire a peut-être une expression maniérée et commune, rautre, avee «ou parasol roue, a dans ie regard un trait de jalousie bien rendu et qui ne manque pas d'énergie.
Tous les détails de costumes sont peints avec soin et choisis avec goût.
Six semaines après IWTertuim dit'^filte^lèl^tableaa
porlc au n° G5 du catalogue fut exhibfflHi yeux du publie. M. Debiefve avait éprouvé une te ciiis j^ilrariétés fatales dont un artiste ne peut accuser que lé hasard ou soi-même. Emballé à Paris et expédié pour Bruxelles, Le comte Ugolin y arriva dans un tel état de détérioration, que le peintre recula d'horreur quand il eut déroulé sa toile. Tout était â refaire depuis le haut jusqu^en bas ; c'était à décourager le caractère le plus ferme. Ët r£xposition ne devait durer qu*un mois ! Eh bien ! M. Debiefve a eu la constance de recommencer littéralement son tableau, et, grâce à la prolongation, le public a eu quinze jours pourlevoir^ pour apprécier les immenses - • progrès que le jeune artbte bruxellou a faits depuis la dernière exhibition de ses ouvrages^ qu'il avait ouverte dans sa ville natale.
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ocwm-umnj dv saiiOn d'expoutioii. 355
On 86 rappeUe La flagellation et Un chevalier fla^ mand et une jeune Jdle, ainsi qi^un portrait de lauteur, expoflé« en dans la chapelle de la rue des Sols.
Nous le répétons, il y a un pas immense de ces ouvrages à celui que nous voyons aujourd'hui.
Quant au choix du sujet, nous pensons que ce n'est pas avoir la main heureuse que d*en prendre un lellement horrible qu'il y a une foule de personnes qui n en peuvent supporter Taspect, et que c'est encore diminuer les chances de succès que de Texécuter de manière à porter cette horreur à son comble par des détails repoussans. Si, malgré ce manque d^adresse et d^habileté à flatteries goûts de son public > M, Debiefvc a réussi à faire un tableau qui force les éloges des connaisseurs, cest qu il a déployé, dans plusieurs parties, un talent extrêmement remarquable de dessin, d'expression et de coloris»
Le comte Ugolin et ses fils dans la Unir de Pise*
« ÉveiUé avant le jour, j'entendis mes enfans pleurer dans leur sommeil et me demander du pain. — Tu es bien cruel, si tu ne frémis pas déjà à Tidée de ce que
< Hwrttlir, nètfM 3,88 ; largeur, mèlMi S,ftS.
354 GOMm-RBMDV
.mon cœur pressentît. Nous étions éveillés, et>riieure
à laquelle on avait couluine ti appoi ter noire nourriture approchait; chacun d eux était inquiet à cause de son rêve; moi j'entendis fermer Vï&sue de l'horrible tour : alors je regardai le visage de mes fils sans prononcer un mot. Je ne pleurais pas , non , je devenais de pief re ; eux ils pleuraient; et mon Anselme dît : « Comme tu nous regardes, mon père, quWtu?» Pourtant je ne versais point de pleurs. Je ne répondis pas de tout le jour, de toute la nuit suminte^ jusqu^à ce qn^un nouveau ëolc'ii âc levât sur le monde. Lorsqu'une faible lueur se fut introduite dans mon douloureux oaohot et que je recouuuâ; 8U1 t|uaU e Taspcct sinistre du mieii^
je me mordis les deux mains de désespoir.
S'ima(jinantque la faim me poussait à cette extrémité, ils se levèrent soudainement et s'écrièrent : « Mon père , il nous sera bien moins douloureux de te servir de nourriture. Tu nous as donné ces misérables membres^ que ne nous en dépouîlles^tu? » Je me calmai alors pour ne pas lesailliger davantage. Ce jour et le suivant nous restâmes tous muets. O terre* cruelle que ne tWvrais-tu!
Le quatrième jour, Gaddu luiuba étendu à mes pieds en me disant : « Mon pèrCi que ne me secoures-tu P i» Il expira , et je vis ainsi tomber les trois autres, un à un , entre le cinquième et le sixième jour, et déjà, devenu
DU SA1.0H DBXPONTION. 555
aveu^, je cbaucelaU «ur le oorpti de cb«civi d'eux.
El je les appekîs encore qu'ib étaieiit déjà mbvU dejjttiia trois jQur«.
EoraJle le jeéne aoeomplil ce que u*avaU pu faire
le désespoir.
Quand il eul dit eela, avee des yeux égarés, ii res-
saiâic des deuU le cràoe déehaïué qu U roii^eaiL auHsi ayîdeiaeul qu'un chien qui dévore ùn os *. n
M. DeblefVe a suivi à la lettre lliorrible descrîptiou du Dante, ii ne s'esl pas l'appelé ce précepte qui, pour être classique , n^en est pas moins juste :
.... Il «tt de* olgeU qo*mi 4rl ingéniens IMt cftir à rorcitto et rcookr dos yeos.
Ce que Fon supporte dans une lecture, ou dans un récit , peut n*étre pas tolérabie en action sur la scène, ou iidèlemcut reproduit sui ia toile. Dans ce temps d'indépendance dramatique et littéraire, qui a fourni des exemples de toutes sortes dVxagérations , on ne doit pas trop s étonner qu'un jeune liomme ait pris pour le bon goût, le gotkt qu^il a vu dominer.
Les deux plus jeuues iils du comte Ugoliu sont étendus roides et froids sur les dalles du cachot; le troisième vieut d'expirer dans les bras de sou père ; Taine a
< Ëufcr (lu Danle, cluinl .19.
5Ô6 .GOilPTS-RKNDO
jeté le dernier cri de détreade : « Padre mio , che non mi apxUf » Le père ëlanoé, à oe met, vers le dernier de «es en fans : du bras gauche il tient le cadavre encore chaud de celui qu'il chercbeit peut-être à rappeler à la vie. Sa main droite, efii ayante d'expression , plus potMonnée ^ plu* affiunée que la figiure du comte a'éteiid vers le mourant qui râle, la tête renversée contre un banc de pierre^ et se oomprimant la poitrine par le omni* vement convulsif de ses bras, qui veulent étouffer le cri de son estomac brûlé par la faim*
Le malheureux père ^ il chancelle aur lea corpa de aea fils!
Nous avons entendu iHîprocher au peintre dWoir
laissé 9 sur les épaules du père^ ce manteau de velours et d^hermine dont, disait-on^ il aurait dû ae aervir pour chcrciier à réchaufTer ses (ils, ou du moins pour cacher ces cadavres qui offensent la vue.
iSous avons déjà exprime notre opinion quant à la vue de ces cadavres i le peintre aturait dû lea éloigner des yeux du spectateur, se contenter de les faire deviner. Nous ne poussons pas plus loin notre observation, et nous n^allons pas jusqu*â lui dire le moyen quil aurait dû employer pour remédier a cette faute \ car, dans une œuvre d*art , tous les détails doivent procéder d^une idée mèi*e , qui existe dans la tête de lartiste et que le
DU SALOn D^BXVOSmON. 557
critique n^a le droit de juger que d*aprè« la manière
dont elle se manifeftte. Nous ne repi ocliei oa» pas à II. DebieiVe d*avoir employé la belle draperie du manteau d'Ugolin pour marier avec harmonie le costume dd comte avec le fond du cachot* I^ous ne trouvons paa que^ de ce que le manteau est sur ses épaules , il en résulte que le comte ne sen soit pas servi pour chercher à réchauffer Teniklnt qui vient d*ezpirer dans ses bras^ et qu'eu s eiauçant vers le mourant^ il n*a pa» 1 inteotion d^en faire autant pour lui. Le moment que le peintre a choidi n'est pas un moineut de repos , ctjnt au coutraire
le mouvement que fait le père pour porter au hls qui le réclame un secours dont Fautre n*a plus besoin. Ce que nous louerons particuhèrement dans ce tableau, c'est le jeune homme mourant; sa tète surtout, appuyée contre la pierre , et vue en raccourci est admirable de vérité , et de Fexpression la plus forte ; la main du père, dont uous avons déjà parlé, le jeune liouunc mort qu'il tient du bras gauche , tout ce qui est draperie et coatumc. Nous ne sommes pas aussi salisiait de la figure d'Ugolin : cette expression-là conviendrait également à d^autres circonstances. Cest du reste un beau type , bien italien, bien passionné* L'auteur, sans y songer, a rendu, dans la figure du comte, le portrait du célèbre Paganini. C est M. de Ucriot qui ie premier en a fait la remarque,
GOMPTB*BUnHI M «AMHt J^MXfÙKniM.
«I le peiaUe ml ccxavesu de k re«»einhliaiiQe à la<|u«Ue il tt'avatt pas pris garde.
Quelques parties de cûtte oo&aipotiUQtt pèchent par le destia : Le i*accouroi du hnê du jeune eofant éieiidii aur le devaat est tout à fait maoqué; c'est ua bras court, et non pas un bras en nieoourci. L\nitre cadavre» qui se trouve dans le foud^ présente des délecluosités de dessin du mâme
Ou a biàiué k longue ligne qui, partant du iioul du père, se termine à Textrémilé du pied du second de ses iils. Leë personnes qui uni iail celle observaliou uont pas compris Tidée du peintre. Toutes les lignes^ dans ce tableau , se rapprochent de la ligne horizontale, et seni« blent ramener tous les personnages jvers le sol ^ ils sont tous presque enterrés. L^espaoe, peut-être un peu trop grand ^ que le peintre a laissé vide au-dessus d'eux , est là comme la ckîrnière ombre qui les opprime et les recouvre pour toujours. L'euibu de ce tableau lui a fait beaucoup de tort, 0 n*a pas pu être vu dans son jour favorable.
£n résumé, Touvrage de M, Debiefve mérite des oncouragemcns, et malheureusement H a choisi un sujet qui en rend Tacquisilion fort ciiilicile. Le (jouverneineut seul pouvait Tacheter; il est venu bien tard pour cela. Heurcuscuienl il y a d auli'es moyens de récompenser le mérite.
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J. DEJONGIIE.
Si vous êtes quelquefois cntré^ par une belle matinée da mois de septembre , dans un bois dont Ja verdure commence à se colorer des nuances de Fautomne , vous avez admiré la vapeur légère qui flotle encore^ çà et là, entre les branches des arbres et le frais gazon qu^elle revêt d uue coucLe blauchâtrc et sciotillaute de line rosée. Les rayons du soleil jouent dans cette atmosphère bril« laole. La chaleur du juur coiuuicuce déjà à se faille sentir autour de vos tempes^ et v<is pieds, froids encore, se couvrent de rhumidité qui dégoutte de» herbes. Eh bien ! ce que vous pouvez avoir éprouvé dans vos promenades maliiialcs^ vous le retrouvez devant la loilc de M. Dejonghe Tenez-vous-y, sans vous laisser distraire,
* 79. Hantenr , mètre 0,97 } kr^tw, mètre 1,^8.
360 GOMPTI-BBIIOU
regai'dez avec attention : le terrain «e développe devant vos pas, voua n*avez qu^à y mettre les pieds, rhorixon s'étend, les arbres s'éloignent et se placent à leurs plans, pour TOUS laisser pénétrer sous leur ombre, où Pair circule, où quelque rayon de soleil perce et vieut se jouer dans la vapeur* De tous les tableaux du Salon , celui dont nous nous occupons est sans contredit le plus vrai ; la nature y est saisie avec un bonheur unique, et exprimée avec un sentiment profond.
Après vous être laissé impressionner par reflet d'ensemble de ce tableau , venez-en aux détaik de Texécutiou. Quelle élude consciencieuse dans chaque partie du tableau i Avec quelle habileté sont modelés les arbres du premier plan ! Comme, sans papillotage, larlisle en a varié et détaillé le feuillé.
Voyez avec que! soin il a rendu les plantes qui croissent à la surface de la terre, comme elles sont gracieusement arrangées , et comme elles restent naturelles. Peut^on mettre à la fois plus de fini et de vigueur dans des troncs d^arbres? L*air, le soleil , le brouillard , se partageant 1 espace , y ont bien chacun leur caractère propre. On sent leur influence , comme s'ils vous enveloppaient réellement. Jamais , peiuions-nous , le talent de M. Dejonghe ne sVst montré à cette hauteur, quoiqu'il jouisse d^une réputation bien méritée.
DU SALON d'exposition. 561
Le gouvernement s'eat empresëé d'acheter ce talilcau pour le Musée national : c'est savoir profiter de Toccasion ; M. Dejonghe pourra faire encore aussi bien ^ il est peu probable qu'il fasse jamais mieux.
M. Eugène Verboeckhoven , Tami de M. D( j<>n,;hey va placer quelques ligures dans le tableau dout nom venons de parler; la lithograpliie que nous en donnons contientdéjà ces additions que le crayon hal>ilc de noire peintre d'animaux a bieit voulu y dessiner.
OTTEVAERE.
Jpprocht d*un orage^^Ànimaux.
Ccl artiste belge «'est, depuis plusieurs années, fait
remarquer à Paris , où il est aetuellemeiit fixé. Nous avons été plusieurs fois à même d'apprécier son talent. Élève, comme M. Werwée, de Verboeckhoven , il a pris une manière originale qui s^éloigne de celle de son maître, aussi bien pour la composition que pour Texécu|ion. Leurs procédés ne se i^essemblent nullement, leurs qualités ne sont pas de même nature. Le seul paysage que M. Oltevaere nous ait montré cette année se distingue par un faire habile et nerveux, une couleur rielie aulaal que puissante. Le ciel est superbe d orage
' Hauteur, inèlrc 0,80 j largeur, mètre 1,17.
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COHPTB-RBNDU DU SALON D^EXPOSITION. 5C5
et du plut beau «ombre. Par toute sa toile est artistement
répaudue cette obscurité qui fait sentir la pressiou des épaisses nuées sur Pair atmosphérique. Les arbres sont
adroitement faits ^ aiii^i que les plantes des premiers plans.
Les animaux sont bien véritablement effrayés , leurs mouvements sont vifs et vrais. Le taureau qui présente la corne au chien Cêl excellent ; nous aimons moins le dernier I qui nous parait trop courbé. Le petit pâtre, qui se jette par terre pour échapper à la fureur de lanimal, est charmant de naturel.
Bf. Ottevaere est un des peintres belges qui font le plus d'honneur à leur pays à fétranger.
J. DUCORRON -
Voici eiicore uue de« aaçieouea célébrité)» du paysage belge, mais qui ne jette plus aujourd%ui Téclat dont elle bniiait jadis. Les trois paysages que M. Ducoriou a exposé* cette année ne soutiendraient pas sa réputation , si cette réputation n'était solidement établie sur des succès et sur des ouvrages d^un mérite incontestable.
Les personnes qui ne connaissent pas les antécédeni du peintre ne se donneront pas la peine de rechercber, dans ces trois paysages, les traces des qualités dont il a fait preuve si.souvent. 11 y a pourtant de belles parties encore dans chacun de ces ouvrages. Un feuillé habile, de la délicatesse dans certains détails qui rachètent Tindigence de la composition.
1 IlmtMir, mètni 1,90} l«rgair, mètre
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p. F. DEiNOTEU.
Les tableaux que M. Dénoter a exposés eelle année n'sûouteroat rieo à «a réputation ; Us la laisseront aussi intacte. Le rang que ce peintre a pris parmi les artistes belges depuis longtemps^ il le conserve, sans avancer ni reculer. Fidèle à son système de simplicité, H se borne à copier miuulieusemeut la nature^ sau» chercher les effets; aussi ses ouvrages, admirés par les amateurs des travaux de patience, ne disent rieu aux esprits qui veulent toujours recevoir une impression de la vue d^une œuvre dart.
On compterait les pierres de la tour de sa Grand* Place
dt Bruges. Se» maison» «uni d'une propreté, d'une netteté extérieure qui les rend monotones. M. Dénoter a un pinceau minutieux et délicat; il tient en cela de
566 COHPTE-RBNDU DU SALON D^BXPOSITION.
récole boUaodawe. Les qualités qui lui sont propres ne
sont [)iis assez communes chez nos artistes pour que nous lui conseillions de les changer contre d'autres. Son exemple même pouna tire utile à uos jeuiics peiutres, qui négligent quelquefois les détails pour TelTet.
JOSEPH PERLAIJ.
On a pu remarquer, en parcourant avec attention les
ouvrages de nos jeunes paysagistes^ que peu d entre eux «'entendent à composer un tableau. La plupart se contentent de copier uu sile^ et rai-caicnt ils se permettent larrangement. Les hommes qui ont obtenu la plus haute illuîilraUuii dans ce genre : les Claude Gelée, les Poussin y les Salvater Rosa^ n'ont pu déployer la supériorité de leur génie que dans les magnifiques compositions où , empruntant tout à la nature ^ ils ont su , par la réunion d'élémens disséminés-, composer un ensemble sublime. M. Pcrlau a senti tout le parti qu'il pourrait tirer de travaux dirigés vers ce but, et c'est dans cette du ectiou qu'il marche. Son payage, n''o94', a
* llantcor, inèlre 1,10; hr|^r, mètre 1,39.
5Gb COMPTE-RENDU OU SALON DEXPOSITION.
de la /jraii(iL*ur de *lyleel de la richesse de euuiposition. Les belles lignes de son horizon sont bien coupées par les lignes des montagnes et des massifs d'arbres ; les plans «enfoncent et se déroulent avec une certaine magnificence. La perspective aérienne est bien sentie. L^auteur n'a point mis son efiet dans une opposition de lumière et d ombre, élément exclusif defeiîetde nos paysagistes, il la attendu de la composition et du dessin, et il a réussi. Ses arrière-plans nous paraissent la partie la plus remarquable de sou tableau : ils sont à la fois vaporeux et pleins d^aîr et de lumière. Les premiers plans ont un peu de sécheresse. Le feuille du grand arbre à droite est lourd et manque de caractère.
Le second tableau, plus petit, est conçu dans le même système; il rappelle un peu trop Tautre.
M. Perlau «csL iail bien prumpteuieiil remarquer. Ses premiers coups d'essai valent presque des coups de maître; il faut que Tavenir lui appartienne, aussi brillant que le présent le promet. £t pour cela, que lui faut-il P Travail et persévérance.
CHARLES AUGUSTE WAUTËHS.
Ce jeune artiste, né à Boom^ reçut les premières leçons de dessin à racadcmic de Maiincs, suivit IVcolc de peinture d'Anvers, où il obtint des succès, et alla étudier à Paris ^ pour se perfectionner. Il parait avoir choisi pour modèle i école de SchœUer. Deux tableaux exposés par M. Wauters au Salon de Bruxelles nous ont mis à même d apprécier ses grandes dispositions. L'un d*eux, La famille expropriée, n' 574, avait figuré à la dernière exposiliuu de i*aris , et il y avait attire l allcution. C*est en effet, sous plusieurs rapports, un des bons ouvrages de notre Salon.
La malheureuse famille vient d^étrj expulsée de la
eaijane ^ouL sans doute elle n'a pu payer le loyer. Les
•"Î70 COMI'TE-RENOU
recors ne lui ont laissé que ce que la loi a rendu «act é et inviolable pour les créanciers les plus impitoyables : le berceau des enfans,et le misérable grabat des parens. La jeune épouse^ la vieille mère^ 1 enfant à la mamelle, un autre enfant un peu plus âgé, sont littéralement sur le pavé , avec ce peu de meubles qu on leur laisse. Le père y debout, dans Tattitude du désespoir, «^appuie conlre uu tcrti*e, au bord du cheuitii; il u'ose regarder sa malheureuse famille.
La jeune femme est assise sur un maigre matelas, elle allaite son enfant, elle est â peine vêtue d'une chemise et d'un jupon. Ses pieds nus, ses épaules nues, montrent, sous les baillons de la misère, des formes d'une beauté sévère, la seule qui put convenir au sujet. Ce n'est pas par la délicatesse des détails, par le velouté et le satiné de la peau qu'elle brille. C'est au contraire une leiiile brune fortement prononcée, des plans et des lignes lai'ges et sans afrélcrie. La tête est ornée de beaux cheveux noirs tombant en désordre. Toute celte ligure est admirable , et elle mériterait à M. Wauters les plus grands éloges , si elle ne rappelait un personnage des femmes souliotes de Schoeffer. A côté de la jeune femme est la vieille mère, tenant entre ses bras rainée des enfans. La figure de cette femme est d'une fort bonne expression ; nous trouvons de l'indécision et de
Ja confusion dans le dessin de la poitrine. Il y a là une
teinte uuic dont on ne se reud pas compte ; od ue sait si Fenfant tient un pain , ou si c'est la couleur du mouchoir de cou de la vieille. Daiji> le iuiid, maïs à uu plan évidemment trop près pour la perspective^ on voit les recors occupés à enlever tous les meubles de la maison dont ils viennent de chasser la famille. On a été d'accord pour reprocher cette faute à Tauteur : ces petits hommes, à deux pas de la grande figure du premier plan, font le plus mauvais effet.
La couleur de ce tableau est ferme , elle ue manque pas d'harmonie; on pourrait lui reprocher d*étre vas peu noire, mais cette teinte convient au sujet.
Le second tableau de M. Wauters est de dimensions beaucoup plus peliles. C'est une composilion hislorique dont le sujet est emprunté à nos annales. Nous en donnons la (j^ravure.
Marie de Brabant,
Louis, duc deUavière,se croyant Irabi par sa femme, Marie de Brabant, quitta son armée, arriva à Timpro-
> Hâuteur, iiièlivO,60i largeur, mèlre 0,47.
373 GOHrrB-BBNDU
viste au château de DoeleiWy où U avait laissé cette princesse, et la mit à mort , ainsi que le gouverneur et une dame d'honneur qu'il supposait être la complice de Marie. Ce fait eut lieu en 125G.
Ce tragique événement a fourni à M, de Reifîenberg le sujet dune gracieuse ballade, insérée dans son recueil de poésies intitulé Us Harpes^
M. Wauters a montré dans son tableau de Taptitude â la composition dramatique. 11 a bien conçu la scène. Marie de Drabant, la reine de Hongrie et deux dames d'honneur sont dans leur uratoii'e, lorsque tout à coup paraît le duc Louis, accompagné du bourreau cl de gardes. 11 annonce à son épouse , qu'il croit coupable , le châtiment quil lui apporte. A cette déclaration foudroyante, la princesse tombe renversée en arrière; la reine de Hongrie se jette aux pieds du duc, qu*elle veut fléchir; la dame d honneur accusée de complicité se relève de toute la hauteur de sa dignité blessée; Tautre dame, à genoux sur le prie-dieu, invofpic le secours du ciel. Le bourreau, impassible, tient des deux mains Icnorme épce qui doit Iraneher la téle des victimes. Le duc , sans se laisser émouvoir , fait un geste de commandement qui donne Tordre irrévocable à rexcculeur de sa volonté.
1 ous ces personnages sont bien disposés, lun par
DO SALON D^EXPOSlTiaN. 373
rapport à Tautre. La ducheMe Marie est renversée et abattue, comme uue pauvre et faible femme, certaine du sort qui Tattend et de Tiautilité des prières pour flécbir son époux irrité. La dame d houneur, au coutraire, est menaçante et terrible. G^est une âme forte qui ne souffre pas l'iiijustîce. Celte opposition de caractère est
d'un bel effet. Les types que le peintre a choisis coii-
traslenl aussi fort lieureusenieiit. La reine de Hongrie,
en lougs^vêtemens noirs, se précipite bien naturellement au-devant de son frère. Le mouvement de l'autre femme à genoux sur le prie-dieu est aussi d^une grande vérité. Le personnage du due nous paraît manquer de noblesse ; quoique lexprcssioa de sa ligure soit bonne , cWt Tensemble de sa personne , c^est son costume qui ont quelque chose de maigre , de grêle , qui n'ont pas assez d*ampleur. Sa pose, d'ailleurs, est trop théâtrale. Le tableau, généralement bien dessiné et bien groupé, manque d'harmonie, les contours des objets sont trop nets, chaque personnage se diilaclie sur la toile sùciiemcnt, et sans que Ton sente entre eux de Tespace où lair pourrait circuler. Les détails dameublement et d architecture sont de fort bon goût; les costumes des femmes sont élégans. Les iniiins sont délicateuienl faites, à Texception de celles de la reine de Hongrie, un peu trop fortes, et nioinsbicn dessinées que les autres.
574 COMPTB-RBNDU DU SALON D*BXP08ITI0II.
Quaut au coloris ^ cest U partie faible de Touvrage :
il n'a ni vérité ni edet. Les chaire manquent d'auioiatîon, elles sont blafardes et sans transpareoee.
Kn rcî>unié, i\J. Wauters annonce un peintre. 11 est dessinateur; il comprend fort bien lexpression. Quil acquière maintenant une couleur vrate^ et il réunira les qualités les plus précieuses pour la peinture d'histoire.
Les (juuloië, à k voix de leur ruwaert, Philippe Van Arteveide, vont présenter la bataille, dana la bruyère de lieverliok^ à larmée du comte Louis de Maele, et aprèa avoir remporté une victoire signalée , a'eœparcot
de Bruges et de toute la Tlaiidre occidentale^ en Tannée
Tel est le sujet que M. Joseph Jacops a voulu repiésentcr dans son tableau n** 25 1 Le premier aspect de eelle toile est agréable par une bonne combinaison des couleurs^ par une disposition heureuse des groupes : on y reconnaît le sentiment de Fart , de Tinspiration et de la verve.
I Hantcvr, mètre 0,91 \ tei^nr, mèlN t,87.
376 COMPTE- RENDU UU SALOxN D EXPOSITION.
Il y a dans celte bataille du mouvement et de Taction. Quelques épijM>des mériteut «urtout des éloges» Nous eiteroiië celui qui se trouve sur le premier plan , au milieu : ce blessé que pansent une femme et un moine ; à gauche, la vivandière, pleurant auprès d'un cavalier mort ainsi que son cheval. Le groupe du ruwaert, du trompette et du porte*drapeau est d^un fort bel effet , il attire bien Toeil au centre du tableau. La troupe de Gantob , débouchant à gauche et s*avançant â la voix de leur chef, est bien eu marche. Le fond^ où Tou découvre la ville de Bruges , présente une mêlée où la lutte est dans toute sa force, où chances se balancent encore. Enfin , cette bataille réunit les principales qua* lités du {jenre.
M. Joseph Jacops a quelque temps été le maître de M. Dekeyscr. 11 peut s'attribuer une part dans les succès de son élève^ dont il s'honore maintenant d écouter les conseils. C'est lui qui a cultivé dans l'auteur de la Bataille des £perons-d'Orj les germes heureux qull avait découverts dans le jeune pâtre. L^amitié qui n''a cessé d'unir ces deux artistes, même depuis que leur position respective a chan^jé , fait autant d^honneur à Fun qu'à 1 autre.
MM"" KhNDT-VANASSCHE, MAUIE DELVAUX,
m Mm DE PËVSAC.
Plusieurs daines ont exposé des paysa^^es peints à rhuile ou à Faquarellc. Celles dont les noms sont en téte de eet article y ont parlîculièrement réussi. Leurs productions révèlent mieux que des talcns d'amateurs : il sV trouve de Fartiste. du sentiment et du faire. On v remarque bien aussi un geure de dciauU que les leiumes peuvent plus dîlBcilement éviter que les hommes, à rai* son de la différence de leurs études. Ainsi , quelques fautes de perspective ne nous empêchent pas de reconnaître une composition gracieuse et quelquefois même grande cl noble» chez M*"* De Vins; du sentiment et de la fraîcheur dans les sites reproiiails par MM"*** Kindt et Delvaux.
578 COMPTË-RENDU DU SALON d'eX POSITION.
Ces travaux méritent d être encouragés : la culture des arts est, dans toutes les situations de la vie, uue grande ressource, surtout pour les femmes, dont on ne saurait trop occuper Tesprit, ne fût-ce que pour donner
du relâche au cœur.
EUGÈNE VERBOEGKHOYËN.
Leë questions de préséance et de prééminence soiii surtout obetues en matière d*arty où ce n*est jamais le genre, mais l'individu qu'il faut juger. Ainsi la dispute entre la tragédie et la comédie , entre la peinture et la sculpture, n^a guère servi qu^à' faire perdre beaucoup de temps et de papier, sans rien èter ni rien ajouter à la gloire et au mérite relatif des Raphaël, des Michel- Ange, des Kubeus, des Corneille, des Muiière. Ou ne 8*ëtonnera donc pas de nous voir placer, au premier rang de nos illustrations, un homme qui ne lait que reproduire des scènes empruntées aux habitudes des animaux. Car, mms le répélons, ici ce uirnl pas le genre qu'il faut considérer; c'est la manière de le trai-
ô80 COMm-BBHOlI
ter, Boileau n a pa» daigné mettre la iable au nombre des genres littéraires qu'il a |>assés en revue dans son Art poétique i et pourtant il avait lu celles du Bonhomme. Ne les avait-il pas appréciées? ou bien, ce préjuge de prééminence de genres le préoccupait^il au point de Tempécher de s'arrêter aux beautés immortelks jetées^ à profusion ^ dans les fables de la Fontaiuc? Quoiqu'il en soit» la postérité a déjà porté son jugement; après deux siècles, les écrits «.lu iabuliâle irauçais brillent encore de toute la fraîcheur de la jeunesse* En s'occupaul de Verboeckhovcu, on csl presque toujours tenté de penser à la Fontaine : s'il y a beaucoup de rapports entre les genres qu'ils ont traités , il n'y a pas moins d'analogie entre leur manière de concevoir et d'exécuter.
Cest surtout depuis dix ans que notre Paul Potter est sorti tout à fait de la ligne des paysagistes ordmaires , qu'il s'est acquis une îndividuidité bien distincte, qu'il est devenu le premier^ sans contestation ^ dans songenre. Comment il est parvenu à ce degré de perfection » c'est le secret de son géuie; mais ii ne ser a pas sans intérêt de s'enquérir des causes qui ont aidé au développement de ses facultés. Le père de Yerbocckhoven était sculpteur; il occupa son fils pendant une partie de sa jeunesse à lâiotk Jer toutes sortes d objets : ce dernier ne s adonna que plus tard à la peinture ; il fut assez longtemps avant
DU SALOH D EXPOSITION. 381
de renoootrer sa spécialité, le genre auquel la nature le
destinait : des succès dans les expubilioiis publiques attirèrentsurlui rattenlion^ et le signalèrent comme devant remplacer un jour Omeganck, II ne tarda point à réaliser ces espérances.
D'abord , il s'attacha à reproduire la nature avec le plus de vérité possible, il acquit aiusi des qualités qui le distinguent à un haut degré, la pureté du dessin et un graud liui. Peu d'arlisles ont mis autant de cooscience dans leurs études. Celles de Verboeckhoven sont innombrables, et la plupart sont tellement achevées^ que aouTcnt il sufBt de les faire entoiler pour avoir un tableau. Quoique doué d'uoe imagination ardente et d^uue rare indépendance de caractère, il est exact et soigneux à un point qui, pendant quelque temps, a pu lui faii'C tort dans Tesprit de quelques juges superficiels. 11 a su contenir les mouvemens fougueux et désordonnés de son génie, jusqu'au moment où, sûr de lui-même, sûr de sa main , il n*avaît plus à redouter les écarts en se livrant à son imagination. C'est à cette étude constante de ses propres forces que nous croyons devoir attribuer le degré de perfection et de vigueur où il a porté «ou talent. Pour sortir victorieux d^une semblable lutte avec &OU génie , sans retrouver après le combat (|uelque faculté paralysée, comme Jacob, qui, ayant lutté contre
383 GoiiPTE*RBmiir
un ange, sentit sa cuisse sëchée au toucher du céleste
adversaife^ il (allait avoir une coiiblilution inoiale robuste; il y a peu d'iutelligenceaqui sortent victorieuses de cette épreuve.
Une opinion trop généralement répandue parmi les jeunes artistes, c*est que le génie n*a pas besoin dVntraves, que Ton ne doit point mettre de barrière à Timagination , que la verve peut tenir lieu de toute étude. Quelle erreur pourtant! combien de débulans u'a-t-elle ' point perdus! Lisez Tbistoire de celui de tous nos peintres^ de tous les peintres peut-éti*e ^ qui a mis le plus de fougue dans ses compositions; Rubens était -il un cerveau brûlé, un homme aux habitudes déréglées^ aux moeurs dissolues? Avait^il , en commençant par secouer le frein des règles de lait , été conduit à rejeter aussi celles de la morale? Était -il capricieux , fantasque , comme affectent de 1 ctrc des jeunes gens qui preuiieut leur bizarrerie pour de Foriginalité, et leur extravagance pour du génie? Non , Rubens, au contraire , était d'un caractère égal^ quoiqu'il fût d'un esprit très-vif; Tinstruction qu'il avait acquise en] dehors de son art était immense^ et supposait des études graves et minutieuses. LWdre le plus admirable régnait dans sa maison ; les heures de ses journées étaient distribuées comme pour* ratent Têtre celles d'un cénobite. 11 était un exemple
DIT SALOn d'exposition. 583
de bonnes mœurs et de piété «incère. Cette régularité de toutes «es aetîons a-t-elle arrêté Tëlan de son génie? Nou^ mille fois non! Mais elle a été cause que chez lui ces élans ne sont pas des écarts , que là où vous rencontrez la composition la plus fougueuse^ vous reconnaissez encore Tadmirable et parfaite exécution. Ne nous étonliom donc pas que Verboeckhoven ^ si patient, si soigneux^ si ponctuel , si rangé, jette, sur la toile, des ani^ maux auxquels ils donne raclioii la plus vive , dans les yeux et dans toute Tattitude desquels il sait faire briller toutes les sensations , et les sentimens même que leur nature comporte; si le taureau, si le cbeval, si le loup, ai le lion , si le tigre vous apparaissent dans ses tableaux avec tout ce que la nature leur a donné de vigueur et dVmportenient.
Lorsque vous vous trouvez devant un des petits tableaux de Verboeckboven , vous ne pouvez vous lasser d admirer la fraîcheur de ses sites^ la pureté de ses ciels, la délicatesse du feuillé, la vérité des moutons, des ânes ou des chevreuils dont il anime son paysage. C'est le travail d*un peintre en miniature', avec une vigueur d'exécution qui vous étonne. Mais si vous contemplez une des grandes pages qu'il se plaît à remplir quelquefois : devant le soleil cuueliant , achetée par M. Hotsehild , en 1835, vous vous sentez pénétré par la fraîcheur de
la brume légère que vous voyez monter le long des flancs de la montagne, vous assistez au passage du gué que ce troupeau vient d'entreprendre. lei, ce qui vous frappe d abord, ce n'est plus Texécution; vous n'y pensez pas, c^est la vérité de cette reproduction d*une des ^énes les plus magnifiques de la nature ; vous êtes dans cette campagne , vous vous promenez le long de cette rivière, vous vous enfoncez, pour rêver, dans ce sentier qui serpente en gravissant la colline; ce n'est plus une peinture que vous avez sous les yeux, c'est une réalité. Lé peintre vous fera assister de même au commence^ meut d'un orage ; allez voir le tableau que possède M. Coghen. Ou bien c'est un convoi de cbevMiz, de toutes races, traversant une forêt pendant Thiver.
£ug. Verboeckboven a exposé cette année treize tableaux, où il se montre dans toutes les variétés de son (aient. Mais fun d'eux, le dernier exposé en public, sort tout à fait de ligne, et mérite, par cela même, un examen plus attentif.
Convoi de chevaux de toutes races attaqué par des loups j dans une forêt de Pologne
Si Ton ne pouvait le vérifier par soi-même, on croirait
* Ilaulçur, mètre 2,47 i largeur, mètre 3,^7*
DU SALON d'kXPOSITION. o8<>
à peilie ie nombre d études que Yerboeckboven a cru devoir faire pour Texécution de cette pièce. Dire qu'il a copié d'aprc'8 naliire plusieurs chevaux de chacune des race» qu'il devait reproduire, il n'y a làVieo d*ex- Iraurdiiiaire, et tout peintre cuiiscicueieux en ferait autant. Mais ce qui distingue celui-ci , c'est qu'il commen* cera par nio(h'ler eu terre tous ses chevaux, dans 1 attitude où ils doivent être sur la toile* Ne croyez pas qu'il se borne à ébaucher son ouvrage de sculpteur; il lui donne^ au contraire , une perfection à laquelle bien des statuaires seraient heureux d*atteindrc. Les animaux modelés par notre peintre seront peut-être un jour^ à raison de leur rareté, plus précieux encore que ses tableaux.
Il soi^yne avec une égale conscience les détails de paysage, lin journal lui a reproché d avoir emprunté à un tableau de Rubens le fond de sa grande composition. Le critique qui a iait cette observation aurait bien dû désigner le tableau de Rubens auquel il faisait allusion. Quant à nous , il nou8 a été impos^tible de nous en rappeler un seul qui eût seulement quelque rapport avec le site que Verboeckhoven a choisi. Ce que nous avons déjà dit à l'occasion de M. Yerwée confirmera ce que nous avançons ici. ^ous avons vu dans l'atelier de l'artisle, fraîches encore et venant d'être peintes diaprés nature,
toutes les études qui ont servi au paysage dont nous parlons. Ët à cette vue, nous avons été frappé de l'originalité d*un aspect de ta nature, que nous n^avions encore trouvé reproduit par aucun peintre à cette époque de Tannée. Ordinairement les paysag^istes cboisisseni l'hiver pour sc& efTcU de neige; Yerboeckhoveu a pris le mpment oû il n^ a plus de verdure , et où il n*y a pas encore de neige ; novembre ou décembre.
La scène se passe au déclin du jour. Un convoi de chevaux ^ conduit par des marchands , traverse une forêt au 'milieu de laquelle une troupe de loups se pré* cipite sur lui. Ces animaux, surpris, efTrayés, se cabrent, se jettent les uns contre les autres , en désordre; leurs conducteurs s ettorcent de faire face au danger ou de Je fuir. Déjà un cheval a été renversé par les loups qui lui ont sauté à la gorge ; il git sur le devant du tableau ; son cavalier a été tué aussi, îi est étendu prés de sa monture. Trois loups se gorgent avidement du sang qui coule a grands Ilots de sa profonde blessure. Au milieu du tableau , un cheval blanc , de race flamande , se dresse sur ses pieds de derrière ; tout près de lui, un autre, aussi de race flamande , de couleur Isabelle , dans Tattitude de relTroi, les jambes de devant en arrêt, le cou tendu , exprime la terreur portée au plus haut point; à gauche, un ciieval anglais lance une ruade contre les ennemis
DU SALON UEXFOMTION. 587
qui FaMaUlent. A. droite, un cheval arabe (le portrait de Ja monture de la reiue)^ « eulUit au graud gaiop, emportant un loup accroché par les dents à sa gorge. Au second plan^ au lond cl dans le lointain , le reste du convoi y «'avançant encore , ou suspendant sa marche à rapproche des bélc» iéroces.
On a adressé â ce tableau plusieurs reproches qui ténioi()ucnt de riiiatleiiliou de» critiques cl fournisscnl Foccasion de faire ressortir Tesprit judicieux et observa lu ui" du peiulre.
D abord on a cherché des points de comparaison. On s'est tout de suite rappelé leë chevaux du Mazcppa de Vcrnet. « Quelle diilérencc^ a-t-on dit? Comme ceux-là sont animés! Ceux-ci se remuent à peine! » Si Yerboeckhoven ^ au lieu d'étudier consciencieusement la nature, avait cherché à faire de Teflet aux dépens de la vérité y nous aurions vu les mêmes critiques lui reprocher ce manque de fidélité.
Les chevaux du Mazeppa do Vernel, ceux du Coim^i de Verboeckhoven , sont-ils dans les mêmes coudilioiis? Les premiers sont des animaux sauvages > obéissant à tous les mouvemens de leur nature , que l édueation n'a pas modiUcc ; ils sont eu pleine liberté, livrés à eux-mêmes; aucune entrave, aucun frein ne les peut retenir; ils âuiiUeulb en l'aee de leur eauemi, iUsui-
ù6S GOMPTE-BBNDU
veut, pour se soustraire à ses atteintes, 1 lusliuct que ia nature leur a donné. Les chevaux du Caitwi dont nous nous occupoDS soutdes compagnoos de Thomme , conduits par des maîtres qui les ont domptés et sur la protcclion desquels ces animaux se reposent, ayant abdiqué leur indépendance.
Ils traversent la forêt : Au milieu d un chemin creux, ils se trouvent tout à coup en face de loups affamés. S'ils étaient dans leur état de nature, leur premier mouvement serait de se réunir en cercle , toutes les têtes au centre , et de ruer contre leuM adversaires. Sont- ils libres d agir ainsi dans la circonstance présente ? Attachés Tun à Fautre, ils sVfîforcent de briser leurs liens; des conducteurs les retieiment encore. Malgré cela, voyez : quel mouvement dans ces animaux! Quelle énergie dans leurs poses! Celui-ci a brisé les cordes qui rattachaient , il se dresse , il fuirait s'il avait de Tespace ; mais, pressé par tous les autres chevaux qui renlourcnt, il se jette sur eux. Cet autre, débarrassé de toute entrave, comuicnee à ruer, il retrouve sa ualure, parce qu'il ne compte plus sur Tappui de son maître. Cet autre s'enfuit de toule la furce de ses jarrels. Ceux du fond commencent seulement à s'émouvoir.
L^artiste a observé une gradation très - judicieuse dans leurs mouvemens ; il s'est, avant de commencer
•on lableau , demandé compte de la marche ordinaire
d'uu semblable convoi.
Quand ces conducteurs de chevaux traversent les {jratuieë iovcié de rAlleiiiague ou de la Pologne (cai* c'est dans un de ces endroits que Tartiste a placé la scène), un éclaireur précède la ti'oupe^ etse replie sur elle à rapproche d un danger.
L^éclaireur de la troupe que nous avons sous les yeux a été attaqué brusquement par les loups ^ il a succombé, nous le voyons mort sur le premier plan. La troupe 9 ne recevant point d^avis, a continué sa route^ elle tombe au milieu de ses ennemis : les premiers sont attaqués^ que ceux de la queue ne s*aperçoivent encore de rien. Cette observation explique bien tous les mouvemeus du tableau.
On a encore reproché à Yerboeckhoven d'avoir peint des renards au lieu de loups : il est probable que ceux qui ont fait cette critique n'ont jamais vu de loups. Ils auront pensé que notre peintre s était contenté de les exécuter d'imagination ou de souvenir. Nous qui avons vu les innombrables éludes qu'il a eopiées d après nature, et pour ses chevaux ^ et pour ses loups ; nous qui avons vu les modèles et les copies, qui avons pu les comparer, nous ne pouvons assez admirer la fidélité de Partiste. Ce n'est pas seulement sur des loups de ména*
590 COMPTB-RENHU
(jeries qu^ii a étudié , uouê avoua vu chez lui uu loup J^Ardeones vivani, nous en avons vu plusieurs, roorts, qui avaient été tués dans les proviuces ; etuou-«euieuieut nous les avons vus revêtus de leur peau, nous avons en* core trouvé dans 1 atelier le squelette articulé de laninaal^
M. Verboeekhoven a mis dans son tableau des loups ilvs Ardenuos et des loups de Pologae^ et il n'y a point là d'invraisemblance : on sait que ces animaux se croisent; et que^ puuâ^és par le besoiu^ ils émij^reut d*un pays à Tautre.
Les dilTéreiiles races de chevaux sont caiaclérisées avec une étonnante exactitude. Deux forts chevaux flamands au milieu; celui qui s^enfuit est un arabe pur sang; le mort est un vieux cheval de chasse anglais; celui qui rue est un anglais aussi ; puis vous trouvez des chevaux du Alecklembourg^ de Frise et d'Ardenues.
LWet d^ensemble de ce tableau est moins frappant qu'on ne s y attendait. C'est par rexccution des détails qu^il remporte sur tout ce que nous avons vu dans ce geurc. Ou u a pas été aussi généralemeut coûtent des conducteurs, et, en cela, Ton pouvait avoir raison. Du reste, ce tableau est le point de départ de notre peintre pour entrer dans une voie nouvelle, large et riche : il la parcourra, nous n'en pouvons douter, avec la supériorité qui a signalé son autre manière.
DU SALON d'exposition. 391
Nous ne nous étendrons pas sur les autres tableaux de Verbœckhovcn : ïh lui ont valu ^ cette année comme les années précédentes, des élo{^ unanimes. Nous ne pouvons cependant résister au plaisir de signaler particulièrement le n® 534, Un âne et des moutons; c'est peut-être la plus belle et la plus parfaite production du maître ; le petit tableau n° 539, Un voyageur et son chei>al : le voyageur est occupé à couper uuc branche d*arbre; et enfin le n** 537, Chevreuils pour~ suà'îs par un loup. En \ oulant citer les meilleurs ouvrages du peintre , nous allions transcrire toute la liste de ceux qu'il a exposés; car tous sont des cliefs-d œuvre.
YERSTAPPEN.
Dans le courant de Tëté dernier, un étranger se pré-
«ente, à Rome, chez M. Verslappen, paysagiste belge, fîxé depuis fort longtemps dans cette capitale. 11 demande à voir l'atelier de Fartiste; deux tableaux seulement s^y trouvaient , ceux que vous avez vus à Texposition de Bruxelles. Un paysage représentauL une grandVoute traversant un site italien, et la F^ue de la grotte PalazzoL LYlrangcr, eharmé de ces ouvrages, odre au peintre de les acheter pour son cabinet.-^* La Belgique, mon pays natal, répond Fartistc, ne possède aueun talileau qui puisse y établir ma réputation et la conserver après ma mort. Je suis vieux , je n'ai pas de temps à pei*dre , ces deux paysages sont destinés à l'exposition de Bruxelles,
o(Mim«-Biiii>if QO SAI.ON d'expontion. 395
ib partiront inoeMamment. • ^ Le perscHmâ^e inêiste,
et le peiatrc lient bon contre toutes les oilich.
Le kndeniaiiiy ud officier du roi de Maplea vieol trouver M. Verëtappeo et lui apprend que c^e»t à «on maître 9 eo personne, qa*il a refusé de vendre ses ta* bleaux, et que ce mon iKjue lui renouvtlie toutes les offres qu'il lui a faites la veille. Le vieil artiste belge ré* pondit à rofficier ce qu il avait déjà dit au roi de iNaplcâ.
Les deux tableaux furent expédiés pour Bruxelles. Ils y arrivèrent lorsque r£x[)o8ition était déjà ouverte depuis longtemps, et ne trouvèrent place que dans la galerie supplémentaire. Ils n*étaient pas exposés de vingt-quatre heures, que le plus grand des deux était acquis par un particulier du Hainaut.
Ce tableau d u ue grande richesse de couipo«ition , de Taspect le plus pittoresque, d^une puissance de lumière étonnante, iUt diversement apprécié par le public et les artistes. Tout le monde était d*accord surk beauté de lefiét général, beaucoup de peintres trouvaient de la mollesse dans le faire, de Tindécision dans le fèuillé. Les arbres du premier plan, et particulièrement le grand marronnier de droite, se détachent bien el avancent leurë bianchts en dt liois de la toile. La lumière du soleil ^ éclairant de derrière la téte de cet arbre, y produit
* BMtemr, mètre 1,06; lai^nr^ oiitre 1,47.
594 GOVm-RBNDU DO SALON d'eXPOSITIOIV*
def effets pleins de vérité, elle établit un espace immense
entre ce plan et le lointain. Là ^ vous sentez circuler Tair visible; là, sur ce chemin qui longe le lac, vous voyez marcher le troupeau de chèvre» et le berger. Comme ils sont bien en place ^ comme il y a de Féquilibre dans leurs mouveraens! Les cliaines de moiita^ues du lointain offrent d'admirables dégradations de teintes^ le ciel est chaud, leë eaux sont trauspareiilcs , la verdure est bien variée. Nous avons cm y reconnaître un peu de laspect des tableaux d'Omegpanck , quelque chose aussi des ciels et des lointains du Lorrain. .
La grotte de Paîazzol ne nous a pas paru à la hauteur du premier. Ici la mollesse du faire nuit à lelTet du tableau; les fig^ures qui Taniment ne sont pas non plus fort dignes d'éloges. Toutefois 41 se trouve dans ce paysage un effet de lumière fort joli : -il part d^uncoin de ciel, visible à di^ite, au-dessus du rocher; il colore un bouquet d^arbres fort délicatement arrangé.
Il est à regretter que Famateur qui a aclieié le grand tableau ait mis le gouvernement dans Timpossibilité d'ae^ quéru puur k musée un ouvrage de M. Yerstappen ; car celui qui reste ne remplirait pas toutes les conditions que Ton peut exiger d uue pièce dcmusèe.Larèpulaliou européenne du vieux paysagiste belge-romain doitfairedésirer que notre musée national possède un deses bons ouvrages.
MARTIN POUWELSEN.
Les deux paysages de cet artiste ^ 404, Site près de Braschaet, et 40G, l'effet de neige, ne nous ont pas frappé. 11 n'en est pas ainsi du n° 405, Intérieur d' éta~ ble, effet de soleil. Ce tableau est vraiment un excellent ouvrage. La vache sur laquelle tombe le rayon de soleil qui vient de la porte du fond est d'une couleur ferme et vigoureuse, d'un dessin agréable et d'une attitude vraie. L'étude d'étable est également bien disposée et bien peinte, les cfTets sont naturels et piquans.
M. Pouwelsen est surtout coloriste, son pinceau a de la grâce et de la force. Nous le croyons destiné à de grands succès.
QUELQUES PEIJNTRES DE GEiNKE ET DE