L. P. VERWKE
Élève et imitaleur de YerboeckhoveD ^ ce peintre maoque d*origiiialité ; il ii aoqQÎt^ une grande habitiide de pemdi e dans la manière de bon maître. Un jour peutêtre^ quand Tun et Tautre n'y «eront pins» des amatenn peu attentife confondront-ils quelques-nnt de leurs ouvrages, il y a même déjà des marchands qui ae sont permis de petites supercheries , fondées sur cette' tcssemblance et sur 1 igaorance des acheteurs. Ce procédé est condamnable y â tous égards , surtout dû vivant d\m peintre. C est du reste à Tinsu de M. Verwée qu'un marchand de Paris a apposé dernièrement la signature du maître sur un des tableaux de 1 élève. ' "
Huit tableaux ont été exposés par M. Verwée au Salon
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de celte année. Le 55C, Jncienne ferme du Châtelet, à Marbais, esl animé par la rentrée d'un troupeau de vaches et de moutons dans la basse-conr, peuplée de canards , de poules, d'oies et d'autres animaux dômes* tiques. Les bàtimens sont disposés de manière à ne laisser apercevoir l'extérieur que par la grande porte , ouverte dans le fond , oû Ton découvre un lointain dW joli aspect. Sur la droite se trouve une grosse tour, ruinée en partie, et â laquelle sont adossés les bàtimens de la ferme.
Le n° 560 est une vue arrangée , où Fartisle a placé
la même tour avec les arcades ruinées de vieilles voûtes en briques, et des eaux d'une transparence assez belle, où nagent des cygnes ; le lointain en est agréable.
Le n** 561, désigné au Catalogue sous cette dénomination : Bergère et son troupeau, est un paysage d^un fort bel eilet, bien composé, donnant une idée juste des contrées montagneuses de la Belgique. Les premiers plans sont pleins de vigueur; les plans secondaires offrent une belle dégradation de tons, jusqu^au lointain vaporeux qui s'harmonise avec un ciel chaud. La chaîne de montagnes est fort bien éclairée, les arbres sont d'une bonne facture, leur feuillé, le terrain, les eaux, prouvent une grande habileté. C'est surtout les qualités du paysagiste et du coloriste que H. Verwée a montrées
DU «ALoif Dtootinoir. 157
datw ce tableau ; quant aux animaux, ila rappellent trop
ceux de Vcrbocckhovcn , et nont pas ia pcrftclion de <le«sin et de modelé qui distingue ce maître : le dessin en est sec d^extrëmités et de contours. Le taureau noir cependant est d'une exécution fort remarquable , il a bien le mouyement et k pose majestueuse de ce noble animal. La bergère et les moutons ne sont pas aussi dignes d^éloges.
Hiver, intérieur de bois, (N* Wl *.)
Ce n'est pas tout à fait Thiver que représente ce tableau , ce n'est pas non plus le printemps ; mais c'est une époque intermédiaire. La neige a disparu , les ari>res ont secoué au vent le givre qui glaçait leurs branches. La terre s amollit et prépare ses germes, la aéve va commencer à fermenter y l'extrémité des rameaux se colore et donne a rensemble des forêts , vues d^un peu loin , une teinte violàtre qui s*unit harmonieusement avec les vapeurs qui voilent presque constamment rbortzon.
1 Uanteur, nèire» 0,8tl} largeur, mètre, 1,06.
138 €oiim*«BifDO
Nous ne nous rappelons pas qu aucun peintre ail représenté les forêts ions cet aspect. Ausst, la première
fois que noua viiuea Tétude faite d après ixaturc par Eugène VerboeckhoTen , pour son g^rand tableau , nous n»> tâmes frappé de Foriginalité de ce paysage. Le public a éprouvé la même impression à la vue de fouvrage de M. Verwée, exécuté dVprès des études qu^il avait prises , lui-même en même temps que sou maître.
Le tableau 557 est heureusement arrangé , gracieux^ plein de vérité , et consciencieux d études; les arbres sans feuilles sont habilement faits, ceux du fond ont conservé quelques feuilles sèches, ceux des premiers plans en sont tout à fait dépouillés. Plusieurs ont fait à Fartiste un reproche de cette différence , qui nous paralty à nous, mériter des éloges. Ëneflet, le bois du fond présente un taillis fourré dont tous les arbres se pro* tégent mutuellement contre la fureur des vents ; ceux du devant sont isolés, et ont dû être , pendant plusieurs mois , violemmeiii secoués par les ouragans. Celte observation des moindres ciroonstanoes est très-louable dans un artiste qui diorohe maintenant à imiter la nature avant tout.
Les eaux, le terrain, le lointain, le ciel, tout concourt
pour faire de ce tableau une charmante production. H. Verboeckhoven , toujours si obligeant pour ses
DU SALON D^APOiilTlON. 139
confrères , a placé clan» le paysage de aon élève un voyageur mir un cheval grû-Maiie , gravÎMani le chemin qui eutre ddub la forêt ; il y a joint Irois chiens couraiis.
Cette circonstance double encore le prix du joli la* bleau de II. Verwëe ; car êon maître s'est montré, cbns ce charmautaccessoire^ aussi ûu ^ aussi délicat de touche qu^l Test ordinairement dans ses dëliçieux petits panneaux.
Les deux pendans^ n** 550 et 569, Un âne et des chè^ i'res, dans le pvcmïcv , Chèvre et moulons, dans Taulrc, «ont encore de fort jolis tableaux et montrent que M. Yerwcc est capable de marcher seul maintenant. Nous rengageons forlemeni à suivre désormais une route qui lui appartienne.
JQYANT
M. Joyaut nous a envoyé de Paria troU vues de Ve* nite ; eUes sont remaïquables par une ^nde fac9îté d exécution et uoe touche spirituelle. Celle du Pont du Riako est surtout séduisante ; mais nous croyons devcnr faire à cet artiste le reproche de ne pas être lui-même , de marcher derrière Canaletti et Bonmgton. Les œuvi tb de CCS deux maîtres sont sans doute admirables : fautpil pour cela les copier P 11 faut tâcher de les égaler, et ce n'est pas en leur prenant leurs procédés qu'on y parviendra* Y réusslt-on d'ailleurs, on ne ferait toigoursque de la copie. C'est parce que nous nous sommes Ibrmé une haute opiuion de la capacité de M. Joyant , que nous nous permettons de lui adresser le conseil de jeter ses
libièrej).
GUIAUD
La vue d Amers, de M. Guiaud | à pait quelques infidélité que mm y avons remarquées ^ est uu fort bon ouvrage. Nous avons été trùâ-salkfait de la manière dont il a rendu les maisons , si originales et ai jolies y qui cachent la cathédrale d'Anvers , dont il a habilement exécuté la haute flèche j quoique nous la trouvions un peu sombre. Ce tableau est d\in agréable dessin , mais il nous a paru frgid de couleur. Les ombres y sont dW noir exceasif y qui ne produit pas , à notre avis ^ reflet que i auteur nous semble en avoir attendu. Un peu moins de noir et un peu plus de chaleur, eût donné au tableau plus d'harmonie y plus de force, et nous peusons qu'il aurait produit un meilleur effet. La vue de Baden-Baden est plaeëe un peu haut ; elle nous a paru devoir reproduire le site avec vérité ; mais c'est le site qui ne nous platt pas. Du reste M. Guiaud est dans une bouue voie ^ il a une touche ferme et large , unie à un dessin correct.
SGUELFOUT
Les deux tableaux que cet artiste nous a envoyés de La Haye , sont de ees délieieu«es productious qui ue trouvent leur pendant que chezlesanciensHoUandaisou dans les pelits cadres de notre Eugène Yerboeckhoven. Cett une perfection > un fini de détails incroyables ; c'est une réduction si bien sentie de la nature , que Ton n'y trouve aucun des défauts de la miniature , tandis qu'on y admire toutes les qualités de la peinturé en grand. Ciels profonds et sensiblement arrondis en voûte , air rendu visible ^ vigueur et dégradation des plans ^ horîson vaporeux et riche ; toulse réunit pour faire de ces étroits panneaux des cbeis-d^œuvre inappréciables.
COMra-BBNDU OU SALON D l^FOSlTIOlf. 143
Une pJa^, W 419. — Un hiver, 420
11 «emble que la GoDunÎMion Directrice , en plaçant
ocddeux tableaux Tun auprès de Tautre , ait voulu rendre plus embarrassant le choisi de Tamateur. Ko effet l'hiver est si vrai , si froid y si bruineux ; sa çlaee est si naturelle , si transparente , si bien rayée par le fer des patineurs ; son petit ciel si fin ! mais la petite marine est si séduisante ! comme sa mer est mobile , comme la vague déferle avec grâce sur ce sable où vient de s'étendre en cercle la vague ascendante! comme son ciel est orageux et triste! le temps se gâte , il fait bien du vent sur cette plage ; mais on y reste charmé. ^
Les tableaux de M. Schelfout sont du très-petit nombre de ceux que les artistes ont empreints d\in sentiment. L'exécution sans doute est pour beaucoup clans le succès de ces ouvrages ; mais sans la pensée , vraie aussi , que le peintre a mise dans sa composition , toutes ces vérités de détails ^ qui nous frappent dans cet ensemble y ne produiraient qu^un effet médiocre. La marine de M. Scheliout fait réfléchir^ elle émeut ; elle prouvera, nous Tespérons > â ceux de nos paysagistes qui ne s^at-
* Baoteur, mèlre, 0,SS ; largeur, oiilre, 0,43.
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tachent qu'à de» efleU bizai res , que les moyeos simples , habilemeDt employés , sont les phis sûrs pour produire une sensation durable ; que lexécution délicate des détails De gâte point un tableau , quand d'ailleurs il est conçu avec ensemble et harmonie.
Nous ne placerons pas Tombre d'une critique auprès de Téloge que nous venons de faire : nous ne pensons pas qu un seul reproche puisse être adresse à ces deux tableaux^ qui nous ont montré le peintre hollandais dans tout Féclat de la belle réputation si justement acquise , depuis longtemps , â son talent.
Dans les éloges qui précèdent, nous n'avons été que récho de tout le public ; nous avons dit ce que tout le monde a dit en voyant ces deux chefs-d^œuvre. Nous les avons jugés comme s^ils étaient les seuls que nous eussions vus du maître. Eh bien ! ces peintures si fines, sivraieS; si parfaites en tout point^ ue vous paraîtraient plus que des esquisses , si vous aviez vu V Hiver que possède le cabinet de M. le comte de Jouj^lie. A côté de celui-ci, les autres pâliraient. Aussi terminerons-nous cet article en disant , que , dans ce genre , M. Schelfout n'est vaincu que par lui-même.