r-11 l 'ror ^® Meynal
plusieurs lois dans les comptes des années i5o8 et 1009, avec la désignation de Genevois, masson et tailleur de marbre, était, non de Genève, comme de prime abord on est porté à le croire, mais de Gênes; ce qu'il y a de certain, c'est qu'il vint directement de Gênes en France, pour y conduire la fontaine de marbre qui fut placée dans la cour du château de Gaillon (p. 363). Il avait dû quitter cette ville dans le mois de novembre 1607, d'après un article de nos comptes, qui mentionne, à la date du 28 janvier 1609, le dernier payement fait à Bertrand de Meynal, de i4 mois de gages, à raison de 10 livres par mois , « qui lui ont esté ordonnés pour avoir compaigné et assiz la fontaine de mabre » (p. 356). Dans ce dernier travail, on doit comprendre la taille et la sculpture du bassin inférieur de la fontaine, qui fut exécuté surplace.
Après avoir terminé la pose de la fontaine, Bertrand de Meynal fut employé à la décoration de l'autel en marbre de la chapelle. Il y travailla, à raison de cinq sous par jour, dans les mois d'octobre, novembre et décembre de l'année i5o8 et dans les premiers jours du mois de janvier suivant (p. 356). C'est sans doute à lui qu'on doit en partie les délicieuses arabesques, formant l'encadrement du bas-relief qui décorait cet autel, dont feu Alexandre Lenoir nous a conservé le dessin ' .
J'arrive à Geraulme Pacherot. Cet artiste est qualifié, dans Geraulme
1 • . T -M Pacherot.
nos comptes, de maçon itanen; mais us nous apprennent, en même temps, qu'il était établi à Amboise (p. 343), où il avait été attiré, sans doute, par le cardinal d' Amboise. Ce ne serait
' Musée des monuments français , tome II, planche 83.
civ INTRODUCTION.
pas le seul exemple d'artistes venus d'au delà des monts qui se seraient fixés en France.
Geraulme Pacherot travailla , comme son compatriote Bertrand de Meynal , à la fontaine de marbre (p. 3 1 7 ) ; il y plaça six roses de cuivre doré (p. 3 18). Ce fut lui qui fut chargé de conduire, cle Gaillon à Tours, «la tumbe ou table de marbre, où sera le s' George en la chapelle, » dit le registre de i5o8, et de la livrer au sculpteur qui devait exécuter ce bas-relief.
A son retour au château de Gaillon, le 29 juillet i5o8, Geraulme Pacherot passa marché de faire l'appui, ou acoutouer, «d'auprès du portail neuf» dans la cour, à raison de 7^ 10' la toise (p. 337 ).
Nous le voyons, plus tard, occupé, du mois d'octobre 1 5o8 au mois de septembre 1 609 , à travailler à l'autel en marbre de la chapelle, en compagnie de Bertrand de Meynal et de Jehan Chersalle (p. 358-36i). Le prix de la journée de ces trois artistes doit nous donner la mesure de leur talent respectif, Jehan Chersalle recevait 4' 6^ par jour, Bertrand de Meynal 5% Geraulme Pacherot 7' 6^. Cette grande différence, en faveur de ce dernier, prouve suffisamment que c'était un artiste d'un talent distingué.
Aussi serons-nous moins étonné de voir Geraulme Pacherot chargé de la composition d'un arc de triomphe, de l'arc triampfant, que, d'après un article de nos comptes, nous supposons avoir été érigé en verdure^, soit pour orner quelque partie du jardin, soit pour célébrer l'arrivée au château du cardinal d'Amboise ou peut-être de Louis XII. Geraulme Pacherot tra-
' Voir ci-après, aux imagiers, article ^ En effet, on y parle du buis et de
Coulomb. l'if de l'arc triomphant, liés avec de la corde
REVUE DES ARTISTES. cv
vailla seize jours à cet arc de triomphe, pour lesquels il reçut, le 5 novembre i5o8, six livres tournois (p. 434)-
Pour épuiser la liste des maîtres maçons du château de Gaillon, il ne nous reste plus qu'à parler de Pierre Valence et de Colin Byart, aux noms desquels nous ajouterons celui de RouUant Leroux.
Le nom de Colin ou Nicolas Byart \ « maître maçon en la Coiin Byart. ville deBlois, » paraît pour la première fois dans les comptes de Gaillon, à la date du 3o mai 1 5oyi, en ces termes : « A esté ratiffiéà monsieur le gênerai de Normandie, qu'il avoit baillé à maistre Colin Brian, dès le pénultième jour de may mil et quatre, pour ung voyage qu'il a fait deBloys à Gaillon, visiter les bastimens, par quictance rendue par mond* sieur le gênerai, la somme de lxx' » (p. i33).
A un an de là, le cardinal d'Amboise, qui se trouvait à Blois, envoya de nouveau Colin Biard en Normandie, pour visiter ses édifices de Gaillon et de Rouen :
« A esté donné, » dit un article du 2 à mai i5o5, « à maistre CoUin Byart qui a esté envoyé de par monseigneur de Bloys à Gaillon et Rouen visiter les édifices que mondit seigneur y fait faire, la somme de dix escus soleiP, qui vallent xviii*^ v' » (p. 126). ^
Colin Biard, vers la fin de la même année, fit un troisième voyage à Gaillon : « Paié, le samedi xx® jour de décembre mil cinq cens et cinq, à Colin Biard, maistre maçon en la ville de Bloys, comme il apert par sa quictance, la somme de xvii^ x', K et en marge : « Colin Byart en don à luy fait d'Evreux » (p. 1 66).
' Nous le trouvons écrit Biart, Byart, ^ L'écu soleil était en or, à la taille de
et même Brian. yo au marc, et à 23 carats | de fin.
cvi INTRODUCTION.
Au mois de mars de Tannée suivante , Colin Biard apparaît à Gaillon au moment où l'on jetait les fondements de la chapelle du château (p. 162).
Le 28 juillet, il va, en compagnie du capitaine du château de Gaillon , « à Saint Leu d'Estrés pour chouessir la pierre de la chappelle de la grant maison» (p. i83). Le 8 août, il faisait un second voyage aux carrières ; il était accompagné du maître maçon Guillaume Senault : « Paié à maistre Colin Biard et maistre Guillaume Senault, ainsy qu'il apert de la descharge des dessusditz pour despence à aller à la pierre à Vernon et Lovyers, xx'» (p. i85). Le 29 août, sans doute à leur retour, ils recevaient, en outre, 10' pour leur dépense (p. 186).
Le nom de Colin Biard est rapporté , pour la dernière fois , dans les comptes du château de Gaillon, à la date du 26 septembre 1 5o6 ; encore cet article pourrait-il bien faire double emploi avec celui ci -dessus, du 28 juillet. Au surplus, en voici la teneur :
« Pour la despence du cappitaine et maistre Colin de quant ils furent à S'-Leu, xxxv^ » (p. 189).
Colin Biard , à la différence des autres maîtres maçons que nous avons cités jusqu'à présent, ne travailla pas de ses mains au château de Gaillon, et n'entreprit aucune de ses constructions ; il fut simplement consulté parle cardinal d'Amboise, dont il paraît avoir eu toute la confiance, et chargé par lui d'inspecter les travaux et de les diriger. Non que nous pensions qu'on doive le considérer, dans facception moderne du mot, comme l'architecte du château de Gaillon, ,mais bien comme un des architectes. Nous voyons, en effet, dans une certaine circonstance, le maître maçon Guillaume Senault, celui qui construisit la grande maison et la tour avoisinante, lui être assimilé.
REVUE DES ARTISTES. cvii
Ces deux artistes ayant été mandés, de Gaillon à Rouen, le \k septembre i5o6, pour émettre leur opinion sur la construction de la tour de Beurre ^ de la cathédrale, sont désignés collectivement, dans les registres capitulaires , où ce fait est consigné , sous le titre de « maistres maçons des œuvres du cardinal d'Amboise à Gaillon. » Dans la consultation de même nature, qui fut faite à Bourges, en décembre de la même année, dont nous avons déjà parlé à l'article de Guillaume Senault, si Colin Biard est qualifié de « maistre masson de Gaillon, » Guillaume Senault est désigné sous le même titre. Il est à remarquer, d'ailleurs, que Colin Biard ne fit que de courtes apparitions à Gaillon, entre les mois de mai i5o/4 et septembre i5o6, sauf, peut-être, dans cette dernière année ^; qu'avant qu'il eût été appelé au château de Gaillon, Guillaume Senault avait déjà commencé la construction de la grande maison sur ses propres dessins; qu'après que l'artiste blésois eut quitté Gaillon , pour n'y plus revenir, Pierre Fain passait marché pour ses grands travaux, et Pierre Delorme, à deux et trois ans de là, pour les siens, sauf l'aile de la cour qu'il construisait plus tard.
Nous avons dû insister sur ces faits, non pour ravir à l'artiste de Blois la part qui lui revient dans l'érection du château de Gaillon, comme architecte, mais pour la restreindre à ses véritables limites.
Nous sommes porté à croire que le dessin dont nous donnons le fac simile dans fatlas qui accompagne la publication de ces comptes (pl. XIV), et qui paraît se rattacher à un projet de décoration de la chapelle de Gaillon, est de la main
^ On l'appelait ainsi, des indulgences accordées, pour le carême, aux fidèles qui avaient fait des dons en argent pour la construction de cette tour
Il dut séjourner trois mois environ, soit à Gaillon, soit à Rouen, à cette époque.
cviii INTRODUCTION.
de Colin Biard. En effet, ce dessin, qui est du temps et qui était conservé dans les archives du château de Gaillon, porte une marque tracée à la plume, véritable signature du dessin, qui se compose d'un triangle renfermant un B , lettre initiale de l'artiste Llésois. Ce curieux spécimen acquiert, de cette circonstance, un prix tout particulier'.
Colin Biard méritait, à coup sûr, la confiance dont le cardinal d'Amboise l'avait investi; c'était un artiste d'un mérite éprouvé. « Colin Biart, » disent les précieux documents découverts par M. le baron Girardot de Bourges, « depuis son jeune aige a toujours esté meslé et entremis du faict de massonnerie, et entr'aultres a esté à conduire le commencement des pons Notre-Dame de Paris. Depuys fust appellé par le seigneur de Guyer (Gyé), maresciial de France, à veoir, faire et visiter quelqu'œuvres du chasteau de Verpré et au chasteau d'Amboyse, et depuys au chasteau de Blois, qui sont choses somptueuses et de grant entreprise, et a toujours hanté et fréquenté plusieurs maistres expérimentés audict mestier^. %
On croit que Colin Biard était né en i^6o.
Colin Biard n'est pas le seul artiste que le château de Gaillon ait emprunté aux rives de la Loire. Pierre Valence, maître maçon de Tours, fut, comme lui, appelé à Gaillon pour en visiter les bâtiments; mais il y parut plus tôt que Colin Biard, y vint plus fréquemment, et y séjourna davantage^. Il fit plus que son compatriote; il y déploya ses talents tour à tour comme maçon, menuisier, charpentier, peintre, hydraulicien ;
' 11 nous a été communiqué par M. Albert Lenoir, qui le tenait de feu son père.
' Bulletin archéologique , année i8/i3, page li6Q.
' Le nom de Colin Biard est cité sept fois dans les registres du château de Gaillon, celui de Pierre Valence près de quarante.
REVUE DES ARTISTES. cix
car Pierre Valence était un de ces artistes à la façon des Léonard de Vinci, des Michel-Ange, des Bandinelli, maniant également bien le compas, le pinceau, l'équerre, le ciseau.
Le nom de Pierre Valence n'était pas entièrement inconnu; nous l'avions déjà signalé à propos de l'érection du tombeau du cardinal d' Amboise dans la cathédrale de Rouen ' ; voici dans quelle circonstance:
Le neveu du créateur de Gaillon, Georges d' Amboise II, ayant résolu d'élever à son oncle un mausolée digne de ce prélat et de la basilique dans laquelle il avait choisi sa sépulture , avait jeté les yeux, pour l'exécution de ce monument, sur Pierre Valence. Il envoya devers lui, à Tours, «pour avoir son oppinion sur le faict de ladite sépulture, et pour sçavoir s'il voudroit entreprendre l'ouvrage d'icelle avec ses compagnons. •> Pierre Valence, sans qu'on sache le motif de son refus, n'accepta pas. A son défaut, le maître maçon de la cathédrale de Rouen, Roullant le Roux, eut la gloire d'élever le magnifique mausolée que nous admirons aujourd'hui.
Pierre Valence précéda de dix-sept mois Colin Biard à Gaillon. «A Pierre Valence,» dit le registre de i5o3 (p. ii), «pour un jours de luy et ung cheval qu'il a esté à Gaillon, payé le xi*" de janvier mv" et ii ( i 5o3 ) , xv'. »
Quelques jours après, Pierre Valence était envoyé de Rouen à Blois , et recevait trente sous pour son voyage : « A Pierre de Valence, pour xii journées qu'il a vacqué pour aller de Rouen à Bloiz, avec mons"" de Sauveterre, le xxiiii de février, xxx'. »
Le 2 0 février, il était de retour à Gaillon, où «il toisoit la vigne là où monseigneur veult faire faire une allée et pavillons » (p. 1^2); le 29 avril, il revenait à Gaillon « veoir et visiter la place où monsieur fait faire la grande tonnelle » (p. 48) .
' Voir Tombeaux de la cathédrale de Rouen.
ex INTRODUCTION.
Le 2 à juin de la même année, Pierre Valence faisait une nouvelle visite, dans le même but : « Pour la despence de Vallence, qui estoit venu pour visiter la tonne» (p. 26).
Le 12 d'août, il reparaît visitant « les tonnes et aultres édifices que monsieur fait» (p. 5^-55). Le 3o du mois suivant , le payeur de Gaillon porte sur son registre une somme de à' 2*^' « pour la despense de Jehan Valence, qui estoit venu à Gaillon pour visiter les tonnes, maison et oratoire que on faict dedens le parc, pour luy et son cheval» (p. 67); et, le 2.5 mai 1 5o/i, i 3 sous pour une nouvelle visite, faite en commun avec deux maîtres charpentiers, «aux tonnes, maison du Lydieu et chapelle» (p. 70).
Le 2 4 août, même année, on note deux voyages de Pierre Valence à Gaillon, pour inspecter « les ediffices de monsieur le légat, » payés 8' 6^^' (p. 76). Le 3i, en compagnie du maître menuisier, nouvelle visite des pavillons et tonnes (p. 77). En septembre, octobre, novembre, apparitions réitérées «pour revisiter les édifices de monseigneur; les volleries (volières) et le pavillon » (p. 92, 101 ).
La fréquence de ces excursions et la modicité du salaire prouvent suffisamment que Pierre Valence venait, non de Tours ou de toute autre ville éloignée, pour se rendre à Gaillon, mais simplement de Rouen, où il était, en effet, occupé aux travaux du manoir archiépiscopal. Un article, inséré par erreur dans les comptes du château de Gaillon, et bâtonné depuis, nous apprend qu'à cette époque il faisait, dans la galerie du jardin archiépiscopal, un pavé esmaiUé, pour lequel, d'après farticle, il recevait, à valoir, une somme de 3 o*^ (p. 1 32). Le 2 4 décembre i5o3, Pierre Valence (Pierre de Vallence [sic] avait fait, pour le même palais de Rouen, «un cerf avec les armes et ordre du roy, » qui lui était payé 10" 4' 1 1"^'-
REVUE DES ARTISTES. cxi
A un an de là, Pierre Valence était appelé, comme maître charpentier, à la conférence tenue à la cathédrale de Rouen, « pour sçavoir se la neuve tour de ladite esglise seroit admortie ou achevée à esguille ou à terrasse. » Malgré l'avis unanime de Pierre Valence et de ses confrères , qui « dirent tous ensemble que elle seroit mieulx à esguille, » la tour fut tei minée en terrasse et à couronne, suivant la mode qui commençait à s'introduire en Normandie et qui entraîna le Chapitre. Celui-ci n'en fit pas moins délivrer aux maîtres maçons et aux maîtres charpentiers de la conférence trois pots de vin et un grand pain, de 3' h^, en sus d'une indemnité de 5' pour chacun d'eux.
Le cardinal d'Amboise étant venu passer quelque temps à Gaillon, vers la fin du mois de février 1 5o5 , y fit venir Pierre Valence, ainsi que le témoigne le compte de cette année-là : «a esté payé du viii'' mars, à Pierre Vallence, pour ses vacations qu'il a esté l'espace de dix jours, au mandement de monseigneur, qui estoitlors à Gaillon, pour luy deviser des affaires dud. Gaillon, pour ce lxxv' » (p. ^2). C'était 5' 6^ par jour. Nous nous le rappelons, le maître maçon Guillaume Senault recevait, par jour, 7^ 6*^^; mais il travaillait de ses mains.
Nous allons bientôt voir Pierre Valence imiter ce dernier, et occupé d'autres travaux que ceux de visite et de conseils.
Au commencement de l'année i5o6, il entreprend la conduite des eaux du parc dans le château. Ici s'ouvre, dans nos registres, une série de payements pour ce travail long et difficile. Le premier article, sous la date du 9 février i5o6, est ainsi libellé : « Paié à Valence, sur la somme qui doibt avoir de faire venir la fontaine d'auprès la ch appelle du parc au chasteau de Gaillon, par quictance faite le ix'' jour dudit moys, c*^. » Suit, presque semaine par semaine, jusqu'au
cxii INTRODUCTION.
26 septembre i5o6, le payement d'à-comptes «pour la fontaine, pour le cours de la fontaine, » dont le total s'élève à 1,260^ (p. 1 7 1-189).
Dans l'intervalle , Pierre Valence avait été appelé auprès du cardinal, qui devait être à Blois ou à Amboise; nos registres portent une somme de lo^, payée, le 26 avril, à « Pierres Valence, pour aler devers monseigneur» (p. 176).
Au fontainier va succéder le menuisier. Pierre Valence prend la varlope et le ciseau. C'est lui qui coupe et sculpte les lambris de la grande galerie du jardin (p. 2 36-2 44); du mois d'avril au mois d'octobre (i5o6) il poursuit avec ardeur et mène à fin cet important travail.
De la grande galerie du jardin, il passe, dans le parc, à la chapelle et à la chambre du Lydieu; il en taille les lambris, qui lui sont payés sur le pied de 35' la toise fp. 279). Il avait fait, en tout, trois cent cinquante-deux toises de menuiserie.
Lorsque la grande fontaine de marbre, donnée par les Vénitiens au cardinal d' Amboise, fut arrivée au château de Gaillon, Pierre Valence, cjui avait amené les eaux destinées à l'alimenter, dut naturellement être chargé de la mettre en place :
«A Pierre Valence, fontainier, dit le compte de i5o8, et ung Ytalien, la somme de vingt six solz six deniers tournois, pour III jours dud. Valence, qu'il vint pour visiter la fontaine, et à l' Ytalien pour sa despense, par quictance du VIII'' avril » (p. 3 1 7).
L'Italien dont il est ici fait mention n'est pas nommé, mais il nous paraît hors de doute qu'il ne s'agisse du génois Bertrand de Meynal, qui avait été chargé, comme on l'a vu plus haut, d'amener la fontaine de Gênes en France, et qui travailla à sa pose.
Du moment que la fontaine fut entrée dans la cour du
REVUE DES ARTISTES. cxm
château de Gaillon , Pierre Valence fut exclusivement occupé à son organisation. On lui accorda un traitement fixe de 20*^ par mois , qu'il toucha en avril et mai (p. 3o2 , 3o3, 3 17). Bertrand de Meynal était sous ses ordres ^ Pierre Valence dut retourner à Tours en juin i5o8. Il en fut rappelé en octobre : « A Pierre Valence, pour un voyage estre venu de Tours à Gaillon, par quictance du xxiiii^ jour d'octobre v" huit, xtt »
Au mois de février de l'année suivante, il revenait à Gaillon « pour visiter la fontaine » (p. 354)- C'est la dernière fois que son nom reparaît dans nos comptes.
Pierre Valence avait amené avec lui son fils en Normandie.
Germain Valence travailla, avec son père, au château de Gaillon, et entreprit même le pavage d'une portion de la cour (p. 354, 397, 398), ce qui peut faire supposer que c'était un homme fait, et que son père, par conséquent, étaitavancé en âge.
Si on ne connaissait Roullant Leroux que par ce qu'en disent les registres du château de Gaillon, son nom ne mériterait pas d'être ici mentionné. On ne l'y cite que pour avoir présidé, en i5o8, au transbordement de la fontaine de marbre envoyée d'Italie (p. 3i3); mais le nom de cet artiste brille d'un tel éclat à Rouen, dans les travaux du Palais de Justice, et dans ceux de la cathédrale, au grand portail, à la tour centrale, au tombeau, surtout, de Georges d'Amboise^, que nous n'avons
' Vers la même époque, Pierre Valence était appelé à Rouen , par Tabbé de Saint-Ouen, pour organiser la conduite des eaux d'une fontaine en marbre qu'il faisait exécuter dans le jardin de son manoir abbatial.
Cet artiste, de talents si variés, avait
fait, pour le même abbé, «deux armaries de carreaulx esmaillés , où sont les escuchons et armaries de mons', assis au devant du corps de la maison , sur la court. » Elles lui furent payées 3* i o'.
' Voir mon ouvrage sur les tombeaux de la cathédrale de Rouen.
CXIV INTRODUCTION
pu résister au désir de l'exhumer des registres du château de Gaillon , et de le placer à côté de ceux des artistes qui dotèrent la France de ce beau monument.
On se demande, à la suite de la revue que nous venons de passer, quel est celui de ces artistes qu'on peut regarder comme l'architecte du château de Gaillon. Nous répondrons, et le lecteur le répétera sans doute avec nous, aucuns et plusieurs.
Tous ces maîtres maçons (ce mot n'effarouchera pas sous notre plume, on sait ce qu'il veut dire) étaient, pour la portion qu'ils exécutaient, indépendants et créateurs. Ils n'agissaient pas sous l'impulsion d'une pensée unique et directrice, personnifiée, comme cela eut lieu plus tard, dans un artiste en chef, dominant tout, auquel on a a23pliqué la dénomination d'architecte. En France, rien de semblable dans les premières années du xv^ siècle. Ceux même qu'on consultait purement et simplement, comme nous en avons vu des exemples pour Gaillon, ne l'étaient que par occasion et en leur qualité de praticiens, non spéculativement, si on peut se servir de cette expression; la pensée, à cette époque, n'était pas encore séparée de la main, l'artiste, de l'ouvrier. Aussi, le plan général, l'harmonie de l'édifice, convenons-en , pouvaient laisser à désirer; ils se ressentaient de cette liberté laissée à chacun. L'unité souffrait; mais quelle variété, quelle originalité, quelle perfection de conception et d'exécution combinées, dans les parties!
A plusieurs donc, non à un seul, le mérite et la gloire d'avoir construit le château de Gaillon. S'il fallait désigner ceux qui ont le plus de droits à se la partager, nous nommerions, sans hésiter, les trois artistes rouennais, Guillaume Senault, Pierre Fain, Pierre Delorme, auxquels nous adjoindrions Colin Biard, deBlois,et Pierre Valence, de Tours. On
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le voit, l'Italie n'a rien à revendiquer ici; l'école française y brille seule et sans partage.