‹ Comptes de dépenses de la construction du château de GaillonChapitre 44 sur 318 · MENUISIERS · texte numérisé non relu

MENUISIERS

La menuiserie, réduite aujourd'hui à un rôle si modeste, pour ne pas dire si mesquin, même dans les édifices publics, en jouait un des plus importants , aux xv® et xvi® siècles, dans la décoration des châteaux, des églises et même des maisons privées. Qui n'a admiré ces stalles, ces dais, ces chaires, ces meubles, ces lambris, ces plafonds en bois, où le ciseau de l'artiste s'est joué avec tant de caprice, de grâce, de profusion, et dont nos églises, quelques châteaux, et les collections publiques ou particulières, nous ont conservé de si beaux spécimens? Le château de Gaillon en était plein.

Parmi les vingt et un menuisiers, nommés dans nos comptes, qui contribuèrent à sa décoration, quelques-uns marquent en première ligne; ce sont :

Pierre Cornedieu, Richart Lemaryé,

Jehan Durois, Michellet Guesnon,

Richart Delaplace, Richart Guerpe,

Racet Delance, Colin Castille,

tous artistes rouennais. Les deux derniers, surtout, jouent un rôle important dans les travaux du château de Gaillon.

Pierre Cornedieu est cité dans le registre de i5oi-i5o2, Piene puis dans celui dei5o7-i5o8. A cette dernière date, il fournissait dix-huit chaires et dix-neuf escabelles moyennant i ytt 5' (p. 3/i6) , ainsi que plusieurs pièces pour les chaires de la chapelle, qui lui étaient payées 36^ 10= (p. 892). Pierre Cornedieu avait été précédemment employé, à Rouen, au manoir archiépiscopal en i5o 1-1 5o2.

cxL INTRODUCTION.

jehaH Dubois. Jehan Dubois et Ricliart Delaplace avaient travaillé, avet Delaplace. le précédent, aux stalles de la chapelle, en décembre i5o8 (p. 392).

Racet Deiance. Racet Dclancc , en septembre de la même année, recevait 5^ « pour asseoir le pendent de la voûte de la chariibre de monsieur dedens la tour » (p. 2 78) , et 5^ 4' « pour avoir besongné de son mestier à faire ung banc, dressouer, chassiz pour le cabinet de la librairie de monseigneur» (p. 332).

Richart Le janvier i5o8, le trésorier de Gaillon comptait à Ri- Lemarye. Lcmaryé Ic soldc de 58*^, « pour ses peines d'avoir fait à

la taille d'anticque de six coulombes servans au revestement de la cheminée et des croisies de la chambre de la tour » (p. 278).

Micheiiet Nous dcvous comptcr, parmi les maîtres menuisiers, Mi- Guesnon. cliellct Gucsnou , qualifié de marcjiietier. Voici l'article qui le concerne :

« Marché fait à Micheiiet Guesnon , marquetier, de faire la marqueterie à lui devisée aux armoires du cabinet de monseigneur, ce passant pour pié de la grant frize x% pour la moyenne m', et pour la petite x^^ , et doyt ledit Guesnon tout livrer; ledit marché fait et passé le xxvi*' juillet mil v" neuf» (p. Il entrait dans cette marqueterie des bois de plu-

sieurs nuances, et particulièrement du bois rouge (p. 39/i). Les bois les plus précieux avaient été mis à contribution pour fembellissement du château de Gaillon; c'est ainsi que nous voyons figurer, dans nos comptes, un banc et une table en cèdre (p. 346).

Un Richart Quesnon, probablement le père de Micheiiet, qualifié comme lui de marcjuetier, recevait, le 18 février i5o2,

REVUE DES ARTISTES. cxu

du trésorier du cardinal d'AniBoise, «4^ t' pour avoir marqueté la table de cyprès. » Cette table était destinée au manoir archiépiscopal. Peut-être, plus tard, fut-elle transportée à Gaillon.

Richard Guerpe ou Carpe, « menusier demourant à Gaillon » RichanGueipe. (p. 123), dans les quatre années qui s'écoulèrent de i 5o4 à i5o8, exécuta de nombreux travaux de menuiserie, particulièrement pour la grant maison et la cour attenante (p. 108- 123); il fut occupé encore à la chapelle du Lydieu, ainsi qu'aux chaires de la grande chapelle (p. 391-392).

C'est lui qui avait fait la clef de voûte en bois, ou pendent de la chambre du cardinal, que le menuisier Racet Delance avait mise en place , ainsi que « les moulles pour les pilliers de la vis de la grande maison (p. ii3); les esquerres, règles et tables à pourtraire ; destinées aux maîtres maçons » (p. 124).

Il avait été chargé, en outre, d'achats de bois, à Rouen, pour la confection des stalles de la chapelle (p. 391), auxquelles il travailla lui-même.

Peut-être était-il du nombre des huit menuisiers qui avaien.t « besongné aux moulures , ymages et marmoucetz du pont de boys du portail neuf,» en septembre i5o8, et de ceux qui avaient « fait au jardin des testes de serf, une biche et une de lévrier, et autres ouvrages. »

Colin Castiile, dont nous avons eu déjà occasion de parler CoHnCastiUe. à l'article des maîtres maçons , clôt la liste des maîtres menuisiers que nous avons donnée plus haut; il était de Rouen.

Le nom de cet habile et laborieux artiste reparaît , à lui seul , plus de cinquante fois dans les comptes de Gaillon, à partir

oxi.ii INTRODUCTION.

(lu mois de juillet i5o3 jusqu'au mois de septembre 1609. Nous lie l'avons rencontré guère moins fréquemment dans ceux de la laljrique de la cathédrale de Rouen, Colin Castille était le maître menuisier de cette église \

Nous allons énumérer rapidement les travaux de cet artiste au château de Gaillon.

En i5o4, il entreprend la menuiserie des pavillon, tonnes, tonnelles, A^olière ou héronnerie, chapelle, oratoire et grand pavillon du jardin. Dans ce dernier, il y avait chambre haute et chambre basse; Colin Castille garnit la chambre haute, tout à ï'entour, de lambris sculptés (p. 1^7-1/18). En 1607, nous le trouvons encore occupé au pavillon central du jardin, qui était en charpente et en menuiserie , et qu'on désignait sous le nom du Pavillon vert ou du Pavillon de la fontaine (p. 2I10- 241). A la même époque, il travaillait, concurremment avec Pierre Valence, aux lambris de la galerie du même jardin (p. 2.38-24 1). Dans une autre occasion , Colin Castille est appelé tailleur d'anticjue.

Le 3o décembre, ce maître menuisier passe un marché général de faire et parfaire les menuiseries du château, moyennant la somme de 4,85o^ tournois (p. 261 ). On y avait compris l'achèvement du cabinet et de la chambre du cardinal, commencés par Piichart Guerpe.

' La porte centrale du grand porlail, qui fui placée en 1 5 1 /( , est le seul ouvrage de Colin Castille que la cathédrale de Rouen ait conservé à notre connaissance; encore est-il dénaturé parles remaniements et les badigeonnages successifs qu'il a subis. On Y remarque des arabesques délicatement Iravaillées.

Colin Castille est qualifié, dans les registres capitulaires, à l'occasion de celte

porte, d'architecte, uichileclor, dénomination qu'on y donne également à un autre maître menuisier, sans que nous l'ayons jamais trouvée appliquée à aucune autre classe d'arlistes.

Colin Castille avait été employé par le cardinal Georges d'Amboise à son manoir archiépiscopal en i5oi-i5o2, et par l'abbé de Sainl Ouen , en 1507-1 5o8 , à sa maison abbatiale. Il y exécuta d'importants travaux.

REVUE DES ARTISTES. cxuii

Ces travaux furent conduits avec une grande célérité , puisqu'au bout de huit mois et demi, Colin Castille, qui était payé au fur et à mesure de leur avancement, avait déjà reçu 4,2 5 sur son marché (p. 262).

Pour donner une idée de l'importance de ces travaux, il nous suffira de citer l'article des comptes relatif au transport des bois adressés à Colin Castille au château de Gaillon : dans le seul mois de janvier i5o8, douze charretiers firent cent dixneuf voyages du Port aux pierres sur la Seine, au château, pour lui amener du bois merein (p. 281). D'autres envois se succédèrent en février et en mars : six charretiers, chargés de bois , faisaient encore trente-cinq voyages à cette dernière date (p. 283). Ces bois venaient de Piouen.

En dehors de son marché , par suite des additions faites aux constructions commencées, ou à raison d'omissions. Colin Castille exécuta quelques autres menuiseries au château de Gaillon , telles , par exemple , que « les bancs à dossier du corps d'ostel neuf, «bâti par Pierre Delorme, qu'il lit à 10' du pied, le plancher, en membrures de deux pouces d'épaisseur, « de la galerie haulte d'entre le portail neuf et le grant corps d'ostel, avec le cabinet de monsieur, moiennant la somme dcLXx^») (p. /io6) , ainsi qu'une partie des stalles de la chapelle (p. SgS).

On peut dire que la menuiserie du château de Gaillon passa presque tout entière par les mains de ce maître menuisier de Rouen.

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