‹ Comptes de dépenses de la construction du château de GaillonChapitre 9 sur 318 · LA GRANT MAISON · texte numérisé non relu

LA GRANT MAISON

La grant maison, ou grant corps d'ostel (pl. II, c), ainsi désignée comme formant le principal bâtiment d'habitation du château, va nous occuper la première : c'est là qu'apparurent les premiers travailleurs.

Nos comptes nous apprennent qu'au mois de septembre i5oi commencèrent les approvisionnements de pierre de taille pour la grant maison. Les carrières de Saint-Leu et de Vernon en fournirent, dans le cours d'une seule année, plus de seize cents tonneaux, les premières, au prix de 7' 6'^, les secondes, de 16' le tonneau, pris à la carrière.

On compte, indépendamment des simples manœuvres, depuis trente jusqu'à soixante maçons et tailleurs de pierre employés au^ travaux, lesquels ne durèrent pas moins de cinq

Lvi INTRODUCTION.

années. Ils avaient été entrepris au mois d'octobre de Tannée l502.

Les ouvriers étaient payés à la journée, ainsi que le maître maçon en chef. Nous nous ferons un devoir de signaler le nom de cet architecte dans la revue des artistes qui fait suite à cette description ; on y verra qu'il était de Rouen et établi dans cette ville.

Le marché pour la charpente de la grant maison fut passé le i3 décembre i5o5 (p. i65). Dès l'année précédente, cinquante milliers d'ardoise étaient entrés à Gaillon pour la couverture (p. 1 1 2 ). En 1 5o8 seulement on achevait de poser les portes et les fenêtres (p. 33o).

Nos registres mentionnent, dans la grant maison, la grande salle, la chambre de ciiir doré, la chambre de parement, la chambre de velours vert, dénominations empruntées à l'ameublement de ces pièces.

La grant maison subsiste encore; c'est un des seuls bâtiments du château qui ait survécu , mais dans sa masse seulement, car sa décoration tant intérieure qu'extérieure a disparu sous le marteau des Vandales; rien de plus misérable aujourd'hui. A peine, du côté qui regarde la campagne, retrouvet-on quelques pilastres , quelques arceaux montrant encore des restes de sculpture. Quant au côté de la cour, il ne présente plus rien.

On devine, par un dessin fait à l'époque de la démolition du château, que nous avons reproduit, planche IX, que cette façade de l'édifice était assez richement décorée. On y aperçoit de petits piliers de style semi-gothique, coupant une chaîne d'archivoltes à anse de panier, garnies de nacelles renversées délicatement sculptées.

Le côté opposé, celui qui regardait la campagne, ainsi que

DESCRIPTION. Lviî

nous l'avons dit plus haut, était flanqué, en hors-d' œuvre , d'une riche galerie à jour surmontée d'une terrasse (pl. II, h):

Huit piliers de marbre , à base et chapiteaux en pierre de Vernon , en supportaient les arceaux. Des médaillons en marbre, somptueusement encadrés, qu'on désigne sous le nom enticcjuailles (p. 274), à raison des personnages de l'antiquité dont ils o£Praient les portraits, accompagnaient les archivoltes des arcades.

On vantait la beauté de cette galerie.

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