DU ROI
Celles de iù pouces
3tt ùs
Celles de 17 pouces
Celles de 20 pouces
Celles de 2.3 pouces
Celles de 26 à 27 pouces
Celles de 29 à 3o pouces
Celles de 32 à 33 pouces
kl
Celles de 35 à 36 pouces
Celles de 3g pouces
Celles de ki à à 2 pouces
Celles de Uh à 45 pouces
1 Dans un marché qui vient après celui-ci, un charretier s’oblige à fournir aud. Barberay deux cents chevaux entiers rouliers et de trait, garnis de leurs harnais et charrettes, équipages et charretiers , pour voiturer de la pierre de Saint-Leu , Trossy et Vergelé aux travaux de Versailles, moyennant
3tt pour tonneau pris sur le port de Marly et rendu aud. Versailles.
2 Guymont était depuis plusieurs années commis à la manufacture des glaces établie à Paris par Colbert. Voyez la table alphabétique, à la fin de ce volume.
IV. Marché, du 22 mars 168A, avec Fenel et LoistronU pour fournir aux ouvriers qui travaillent aux Bastimens de S. M. à Versailles, logés dans les sales que le Roy leur fait bastir, savoir : le bon pain de ménage, à 1 5d la livre; le bon vin commun, k 5 la pinte, mesure de Versailles; l’eau-de-vie, 125 la pinte, mesme mesure, et pour tremper chaque écuelée de potage gras et maigre, Gd.
La sollicitude de l’administration s’étendait, on le voit par ce dernier extrait, aux plus petits détails. Les précautions prises ici pour défendre les ouvriers contre la rapacité des fournisseurs devenaient nécessaires , vu l’agglomération d’un nombre considérable de travailleurs sur les chantiers de Versailles. Cette population, fort mélangée, n’était pas toujours facile à conduire; plus d’une fois s’élevèrent des séditions tendant à faire élever le prix de la main-d’œuvre. Elles furent durement réprimées.
Le chiffre de la dépense une fois établi et vérifié par le Surintendant, le premier commis, de 1 66 4 à 1680 c’était Charles Perrault, donnait un ordre de payement sur le trésorier des Bâtiments. Ces ordres , toujours rédigés suivant la même formule sont écrits sur de petites feuilles de papier, qui n’offrent aucun caractère officiel. On en rencontre souvent, sinon dans les dépôts publics, au moins dans les collections particulières d’autographes. Nous reproduisons en note quelques spécimens de ces curieux billets2.
1 Un autre marché , du 27 mars 1 684 , oblige les contractants à fournir aux ouvriers la bière à raison de 1 8d la pinte de Paris , et de 9d la pinte de petite bière.
2 I. ff II seroit nécessaire que Monsieur de la Planche payast, s’il luy plaist, au sr Goy, peintre, la somme de quinze cens livres, scavoir : VIIIC+I à compte de la peinture des escuries, tant des murs de face en couleur de brique, que de toute la menuiserie, et VIIe à compte de la mesme peinture qu'il fait aux deux aisles de l’avant-cour de Versaile.Ceste somme sera employée sur l’estât prochain. Ce 9 juillet 1672. — Perrault.*
II. cr 11 seroit nécessaire que Monsieur de la Planche payast, s’il luy plaist, aux nommez Benoist et Colin, terrassiers, la somme de cinq cens livres à
compte de la fouille de l’aqueduc et de la tour qui doit reporter l’eau du canal dans l’estang de Clagny ; cette somme sera employée en l’estât prochain. Ce 17e juillet 1672. — Perrault.*
III. « Il seroit nécessaire que Monsieur de la Planche payast, s'il luy plaist, au sr Papillon, graveur en taille de bois, la somme de cent soixante dix livres, pour plusieurs planches en taille de bois qu’il a gravées pour la traduction de Vitruve. Cette somme sera employée sur l'estât prochain. Ce 2 5 juillet 1672. — Perrault. *
IV. cr 11 seroit nécessaire que Monsieur de la Planche payast, s’il luy plaist, aux srs Hanuches, sculpteurs marbriers, la somme de huict cens livres, à compte des ouvrages de marbre qu'ils font pour le
INTRODUCTION
\xi
Muni de cet ordre, l’entrepreneur se rendait à la caisse du trésorier des Bâtiments, où on lui remettait, contre quittance, le montant de l’à-compte indiqué par le commis de Colbert. Le trésorier devait représenter les quittances pour obtenir sa décharge, et elles allaient ensuite à la Chambre des comptes, qui contrôlait les chiffres sur le registre de dépenses. On juge de l’accumulation de paperasses résultant de cette procédure. Ces pièces comptables, qui encombraient jadis les salles des archives du palais de justice, ont disparu des dépôts publics. La perte n’est pas grave, puisque les registres nous ont conservé l’état complet des dépenses. Toutefois, la manie des collectionneurs, qui a sauvé de la destruction tant de précieux documents historiques, a conservé un certain nombre de quittances provenant de l’ancienne administration des Bâtiments1, et nous a permis ainsi de constater que jamais, ou presque jamais, la date de la quittance ne concorde avec celle de l’enregistrement, bien que toujours le même nom et la même somme se retrouvent sur les Comptes.
Après ces éclaircissements sur le fonctionnement de l’administration des Bâtiments, il convient d’entrer dans quelques détails sur les publications dont nos Comptes ont été l’objet jusqu’à ce jour.
Il y a longtemps déjà que cette importante collection avait attiré l’attention des historiens. Un commis de Jules Hardouin Mansart, nommé Marinier, avait dressé, dès le commencement du xvme siècle, un état détaillé de la dépense de chaque
sallon de l’appartement de la Reyne à Versailles; cette somme sera employée sur l’estât prochain. Ce 1 4 octobre 1672. — Perrault. »
V. tr II seroit nécessaire que Monsieur delà Planche payast, s’il luy plaist, à MrLe Moyne , peintre , la somme de mil livres, à compte des ouvrages de Trianon. Cette somme sera employée sur l’estât prochain. Ce 1 3 novembre 1672. — Perrault. n
VI. f 11 seroit nécessaire que Monsieur de la Planche payast, s'il luy plaist, au sr Le Dru, charpentier de bateaux , la somme de cent soixante et dix sept livres, pour deux balteaux garnis de leurs avirons et crocs qu’il a fournis et voiturés à Versailles pour servir au grand canal. Cette somme sera em-
ployée sur l’estât prochain. Ce a 4 novembre 1672. — Perrault. »
VII. cr Monsieur de la Planche ne fera , s’il luy plaist, ancune difficulté de payer au s1’ Renoist les 368 11 à luy ordonnez et au sr Colin, quoy que le d. Colin n’ayt pas signé la quittance parce que ce Colin est un coquin qui s’en est fuy et qui a fait un vol qui mérite la coi'de, et qui par conséquent ne paroistra jamais. Je suis son très humble et très obéissant serviteur. Ce 28 janvier 1674. — Perrault, n
1 Les Nouvelles archives de l’art français ont donné à diverses reprises des quittances signées par des artistes connus. Voyez notamment la série publiée par M. Ulysse Robert, année 1876, p. l -8 1 .
palais et les résultats de son travail, réimprimé à diverses reprises, ne diffèrent pas sensiblement de ceux auxquels nous sommes arrivé. Nous ne nous trouvons pas toujours d’accord, il est vrai; mais il faut bien faire la part des libertés que les gens les plus instruits et les plus soigneux prenaient alors avec les règles de l’arithmétique. La récapitulation de Marinier, destinée au Surintendant des Bâtiments, resta longtemps enfouie dans les bureaux; et ainsi put se répandre la fameuse anecdote qui montre Louis XIV jetant au feu les comptes de Versailles. La légende fit son chemin, malgré les réserves de Voltaire à qui les comptes authentiques furent communiqués; cette fable ridicule était considérée à l’égal d’une vérité historique, d’un article de foi, et ceux qui s’en servaient pour accabler la mémoire de Louis XIV ne se faisaient pas faute, selon l’usage, d’ajouter quelque broderie au récit primitif, et de chercher à embellir l’anecdote. Grâce à ces additions successives, vers la fin du xvme siècle, les frais de construction de Versailles n’étaient pas évalués à moins de quatorze cents millions1.
Tel était l’état de la question, lorsque le relevé de Marinier tomba entre les mains d’un homme honnête, intelligent, connaissant par métier le prix des choses et ne se payant pas de mots. L’architecte Charles-Axel Guillaumot, possesseur du mémoire de Marinier, demanda vainement, sous le règne de Louis XVI, l’autorisation de le comparer aux registres originaux. Il ne put obtenir cette communication ; mais bientôt la Révolution lui fournit une occasion de pénétrer dans les bureaux et d’acquérir la preuve ardemment cherchée. Toutefois les circonstances n’étaient pas favorables pour mettre au jour un travail tout à l’avantage de l’ancienne monarchie. La publication d’une pareille découverte eût suffi à rendre son auteur suspect. Guillaumot se tut; quand des temps plus calme? revinrent, il se décida enfin à exposer au public le résultat de ses investigations. Il les résuma dans une courte brochure, devenue en peu de temps fort rare, peutêtre parce que son titre singulier2 ne donnait pas une idée bien nette des questions importantes qu’elle traitait.
1 Volney, qui avance ce chiffre dans ses Leçons d’histoire prononçées à l’Ecole normale en l’an m, ajoute que celte somme équivalait à quatre milliards six cents millions. Il va plus loin; il affirme avoir vu ces chiffres sur un registre de l’administration. Or il est constant que le registre consulté par Vol-
ney est précisément le travail de Marinier, qui servit, comme on va le voir, à le confondre.
2 Voici le titre de cette notice : «Observations sur le tort que font à l’architecture les déclamations hasardées et exagérées contre les dépenses qu’occasionne la construction des monuments publics, par g.-A. Guillaumot, architecte, administrateur de la manufacture nationale des Gobelins, inspecteur général des travaux des carrières, membre du Lycée des arts et de la Société libre des sciences, lettres et
INTRODUCTION
WIII
A l’architecte Guillaumot revient donc l’honneur cd’avoir le premier signalé publiquement le chiffre exact des dépenses de Louis Xi V dans les Bâtiments royaux. Malgré son immense intérêt, ce travail passa presquie inaperçu. Il serait oublié depuis longtemps si le hasard ne l’avait fait tomber entre les mains de deux historiens qui, en le mettant à profit, rendirent à son auteur pleine justice. Le cardinal de Bausset jugea ce mémoire si « intéressant p>ar son objet, si curieux et si exact dans ses détails v, qu’il le reproduisit en entier dans les pièces justificatives de son Histoire de Fénelon. C’est par cette réimpression qjue le connut d’abord Gabriel Peignot. L’érudit bibliophile songeait lui-même à le réimprimer pour la seconde fois afin de le répandre davantage, quand il découwrit au fond d’un magasin de libraire les trois copies in-octavo des Comptes des Bâtiiments pour les années i 664 , i665 et 1666 h Cette trouvaille venait à point corrolborer l’ exactitude des chiffres tournis par Guillaumot ; aussi Peignot crut-il devoir me pas se borner à réimprimer le travail de son devancier. Dans ses Documents amthentiques sur les dépenses de Louis A/F2, publiés en 1 827, il présenta une analyse détaillée des trois manuscrits qui confirmaient d’une manière si décisive les assertiions de Guillaumot.’ Le savant écrivain 11e connaissait pas malheureusement la grande collection des Comptes des Bâtiments que l’architecte avait pu consulter. ïll se restreignit donc au contrôle des exercices sur lesquels il possédait un document d’une authenticité indiscutable.
Les précieux registres de l’administration de Colb.ert et de ses successeurs restèrent à peu près inaccessibles au public jusqu’en 18 48. A cette date, les papiers de la Maison du Roi ayant été déposés aux Archives na tionales, les fameux Comptes furent enfin à la disposition des historiens tentés de les mettre à profit. Pendant 1 intervalle de temps qui sépare l’année 1827 de a 848, quelques travailleurs avaient pourtant obtenu 1 autorisation de les consulter. Le nouveau musée installe a Versailles avait attiré l’attention publique sur ce palais et donné naissance à diverses publications dont nous devons dire quelquies mots.
arts de Paris; lues dans la séance publique de cette société le 9 nivôse an ix (3o décembre 1800). Paris, de l’imprimerie de H. L. Perronneau, rue du Battoir, n° 8, an îx (1801)*. In-8° de 33 pages. Gabriel Peignot, qui cite cette notice, constate quelle était déjà presque introuvable en 1827; il I a chercha longtemps vainement; sans doute le titre ,
qui 11’indique pas du tout l’objet essentiel du travail , lui a beaucouip nui.
1 Aujourd'hui conservées à la Bibliothèque nationale, avec les manuscrits français, sous les nosiôio8, 1 Ai 109 et 1A110.
2 Voyez ci-dessus (p. x) le titre exact de celte publication.
La même année où il publiait la deuxième édition de ses Recherches historiques et biographiques sur Versailles \ M. Eckard mettait au jour les Etats au vrai de toutes les sommes employées par Louis XIV aux créations de Versailles1 2, dont les éléments étaient empruntés aux Comptes des Bâtiments. L’apparition de ces travaux causa un certain bruit et provoqua une polémique assez vive entre M. Taschereau d’une part3, et l’auteur des Recherches historiques de l’autre4. On contestait l’exactitude des Comptes de Louis X1Y ; on prétendait que toutes les dépenses faites pour les Bâtiments royaux n’étaient pas consignées sur les registres de la Surintendance, et qu’une partie des dépenses avait été imputée sur d’autres départements. Ces objections ne manquaient pas complètement de fondement; cependant, dans sa réponse, Eckard affirmait l’exactitude parfaite des Comptes. La vérité, comme toujours, se trouve entre les deux opinions extrêmes.
La publication des Souvenirs historiques du palais de Versailles de Vatout ramena sur la brèche le bouillant auteur des Recherches historiques 5. Il répondit à M. Yatout comme il avait répondu à M. Taschereau. Sur ces entrefaites, un ancien secrétaire des Archives de la Couronne, qui avait depuis longtemps entre les mains les pièces du procès, intervint dans le débat. Sous un titre quelque peu prétentieux6, M. Ossude apportait le témoignage d’un juge compétent; malheureusement, il aima mieux faire œuvre de critique que de publier simplement les résultats de ses recherches et s’attacha plutôt à discuter les ouvrages de ses devanciers qu’à donner, comme Eckard avait tenté de le faire, des preuves authentiques et décisives. Aussi Le siècle des beaux-arts et de la gloire n’a-t-il guère fait avancer la question. Il contribua seulement à répandre dans le public la connais-
1 Recherches historiques et biographiques sur Versailles. Biographie sommaire des personnes illustres, célèbres, remarquables, nées dans cette ville, ornées d’un portrait de Louis XIV et d’un plan de Versailles; 2° édition, par M. Eckard. — Versailles, Dufaure, i836,in-8°, 4 1 6 pages.
2 Étals au vrai de toutes les sommes employées par Louis XIV aux créations de Versailles, Marly et de leurs dépendances , etc., depuis 1 66 1 jusqu’en 1710. Supplément aux Recherches historiques sur Versailles par Eckard. — Versailles, Dufaure, et Paris, Dentu, 1 836 , in-8°, 71 pages.
3 Revue rétrospective, ire série, II, 829-882;
2e série, VII, 162 et 48g,
4 A M. Jules Taschereau au sujet des dépenses de Louis XIV h Versailles, 1 836 , in-8°, par Eckard.
5 Coup d’œil sur l’ouvrage de M. Vatout intitulé : Souvenirs historiques du palais de Versailles, par l’auteur des Recherches historiques sur cette ville. — Versailles, Dufaure; Paris, Dentu, 1887, in-8°, 4 7 pages (y compris des Additions aux Recherches historiques et biographiques sur Versailles).
6 Le siècle des beaux-arts et de la gloire, ou la mémoire de Louis XIV justifiée des reproches odieux de ses détracteurs, ouvrage où sont passés en revue les principaux auteurs qui ont écrit sur le règne de ce grand roi, par M. Ossude, — Versailles, Dufaure, 1 838 , in-8°.
INTRODUCTION
sance de ces registres qui allaient se trouver, une dizaine d’années plus tard, à la portée de tous les chercheurs.
En 1 8 48 , comme nous l’avons dit, les papiers de la Maison du Roi, conservés jusque-là aux Tuileries, arrivent aux Archives nationales et entrent dans la section administrative. Les discussions passionnées provoquées par l’installation du musée de Versailles avaient fait place à une indifférence à peu près complète sur toutes les questions soulevées par cette création. On ne songea donc plus à aller demander des arguments à ces documents désormais accessibles. Un seul travailleur, un homme qui a poursuivi pendant sa vie entière l’étude des points obscurs ou controversés de l’histoire versaillaise, M. le docteur Le Roi, conservateur de la bibliothèque de la ville, non-seulement vint consulter pour ses travaux la suite des Comptes, mais prit même la peine de transcrire tous les chapitres relatifs aux dépenses de Versailles. En mourant, il a laissé à la bibliothèque de la ville cette copie, d’une lecture assez pénible, parce qu’elle est entièrement écrite au crayon. Ajoutons que, n’étant pas complète, elle ne saurait remplacer les textes originaux.
D’autres auteurs, l’historien de Colbert1 notamment, ont fait des emprunts plus ou moins étendus à cette collection. Mais personne, croyons-nous, n’avait, songé à entreprendre une publication dont la longueur semblait rendre l’exécution impraticable.
U y a quelques années, ayant eu l’occasion de faire pour un travail spécial le dépouillement de la plus grande partie des registres, nous nous aperçûmes que l’obstacle principal à cette publication, c’est-à-dire son étendue excessive, pouvait être singulièrement réduit.
En effet, dans le cours du même chapitre, le même nom revient souvent à dix, douze et quinze reprises, et, chaque fois, pour le même objet. Les grosses sommes se payaient alors, on suit encore aujourd’hui les mêmes errements, non pas d’un seul coup, après l’achèvement complet des travaux, mais par petites fractions successives, selon l’avancement de l’ouvrage. Etait-il bien nécessaire de conserver chacune de ces mentions identiques? Ne suffisait-il pas de noter soigneusement les
1 Dans les Lettres , instructions et mémoires de Colbert publiés d’après les ordres de l’Empereur sur la proposition de M. Magne, M. Pierre Clément a inséré (t.V, p. 468-498) les listes des gratifications
accordées aux savants français et étrangers de 1 664 à 1 683. Ce n’est pas le seul emprunt, comme on le verra plus loin* que M. Clément ait fait aux Comptes des Bâtiments.
COMPTES DES EATIM ENTS.
dates extrêmes, celle du premier et du dernier payement dans le cours de la même année, et d’indiquer seulement la somme formée par la réunion de ces à-compte? C’est le système qui a été adopté, avec la certitude qu’il conserve dans la publication tous les éléments essentiels du compte : le nom de l’artiste ou de l’ouvrier, la nature du travail, la date précise de l’exécution, la somme reçue, Par surcroît de scrupule, on a mentionné exactement le nombre des à-compte; on le trouvera à la suite du nom auquel il se rapporte, indiqué par un chiffre suivi d’un p entre parenthèses, sous cette forme : (10 p.), c’est-à-dire 10 payements.
Il était de toute nécessité de distinguer soigneusement, dans ce travail de condensation, les sommes payées au même individu pour des travaux différents. Nous avons mis tout notre soin, comme on le verra par l’examen de ce volume, à ne jamais confondre des payements ne s’appliquant pas strictement au même objet. Toutefois, pour la commodité des recherches, si plusieurs payements sont faits au même artisan à différents titres, on les a, autant que possible, rapprochés et mis à la suite. On s’est fort rarement écarté de cette règle.
Ces diverses modifications apportées à l’ordonnance, mais non au fond du texte original, étaient de nature à inspirer quelques appréhensions sur l’exactitude de la copie présentée au public sous une forme plus commode, il est vrai, mais différente de celle du manuscrit. Pour éviter toute chance d’erreur, une collation minutieuse, un pointage scrupuleux de chaque article suffisaient à peine. La nécessité de vérifier toutes les additions du registre nous a fourni un moyen de contrôle rigoureux. En effet, si les additions de la copie se trouvaient d’accord avec les sommes produites par les chiffres du registre, il y avait toute chance, on le reconnaîtra, pour que notre travail de transposition et de condensation neuf donné lieu à aucune omission, à aucune erreur matérielle. Nous nous sommes donc appliqué, au prix de quel travail et de quels calculs, personne ne peut le soupçonner, à ne jamais laisser passer une erreur sans en avoir découvert et corrigé la cause. Il a fallu parfois refaire et vérifier à diverses reprises de longues additions, reprendre un par un les articles de tout un chapitre de plus de trente pages et recommencer d’un bout à l’autre un travail qui semblait terminé. Qu’importe la peine si nous avons pu arriver à donner des résultats définitifs! En pareille matière l’exactitude, nous semble-t-il, est le principal but à chercher. Aussi n’avons-nous rien négligé pour qu’il ne se glissât aucune erreur dans nos calculs et pour que les tableaux qui donnent à la fin de ce volume la récapitulation de
INTRODUCTION
toutes ies sommes portées aux Comptes de 166 lx à 1 6 8 3 offrissent ie résumé définitif des dépenses des Bâtiments du Roi pendant cette période.
Le système adopté a permis de publier en un seul volume dix-sept années, qui auraient bien exigé trois fois plus de place si on eût copié et reproduit textuellement tous les articles des Comptes. Nous comptions réunir dans ce premier volume toute l’administration de Colbert; nous avons dit plus haut les raisons qui nous ont empêché, à notre grand regret, de donner suite à ce projet. Toutefois les dépenses du règne entier de Louis XIV ne demanderont que quatre volumes semblables à celui-ci; la reproduction in extenso des registres en eut exigé dix ou douze au moins.
Les Comptes de chaque année, au moins durant la période qui nous occupe aujourd’hui, suivent un ordre à peu près invariable. En tête figure la recette; nous la transcrivons sans y rien changer; elle complète en certains cas les renseignements fournis par les articles de dépenses. Étienne Jehannot, sieur de Bartillat, qui, en 1 6 65 , échange son titre de trésorier de l’Épargne contre celui de garde du Trésor royal, fonction quil remplit encore, alternativement avec Gédéon du Metz, en 1680, remet au trésorier triennal des Bâtiments ies sommes nécessaires aux dépenses de son département. Ces trésoriers chargés, à tour de rôle, de la dépense, s’appellent Antoine Le Ménestrel, Charles Le Besgue et Sébastien François de la Planche. A partir de 1675, les deux derniers figurent seuls sur les états. Le Ménestrel disparaît; sa place reste plusieurs années vacante.
La direction suprême de cette administration appartenait, on le sait, à Colbert, sous les ordres duquel travaillaient , outre les trésoriers que nous venons de nommer, trois intendants et ordonnateurs des bâtiments, jardins, tapisseries et manufactures, et trois contrôleurs généraux des Bâtiments. Ainsi que les trésoriers, les intendants et les contrôleurs remplissent les fonctions de leur charge alternativement, une année sur trois. Nous connaissons, à partir de 1668, les noms de ces officiers; les intendants s’appellent Coquart de la Mothe et Jean Warin ; ce dernier, qui n’est autre que le fameux graveur, meurt en 1672; il figure encore sur l’état de 1673; ses héritiers paraissent sur l’état de 167Ô; en 1675 seulement, il est remplacé par le sieur Gobert. Le troisième office d’intendant demeure constamment vacant de 1 6 6 4 à 1 6 8 4 . Il semble même entièrement supprimé à cette dernière date.
Les contrôleurs généraux sont : André Le Nôtre, qui reçoit, dès 1668, le titre de contrôleur général ancien et le conserve jusqu’à la fin de sa vie. Vacant jusqu’en
1671, le second office de contrôleur général alternatif est occupé, en 1672, par Charles Perrault; enfin le sieur Lefebvre figure sur les états de 1668 à 1680 avec la même qualité que Perrault.
Après les intendants, contrôleurs et trésoriers , paraissent , en suivant la hiérarchie administrative, un certain nombre d’officiers dont les fonctions s’exercent indistinctement dans toutes les Maisons royales. Nous rencontrons d’abord le premier architecte et le premier peintre du Roi, ayant sous leur dépendance un certain nombre d’artistes de grand mérite chargés d’exécuter leurs instructions. On sait qu’il n’y a jamais eu de premier sculpteur du Roi : les sculpteurs relevaient du premier peintre. Après les artistes, paraissent les entrepreneurs ou gens de métier, comme 011 les appelle dans les états de la Maison du Roi. Les prérogatives et immunités attachées à ces titres font rechercher les moindres offices par des entrepreneurs chargés de travaux considérables. Ce n’est pas sans doute à cause du modique traitement attribué à la qualité de charpentier, de maçon ou de vitrier du Roi, mais en raison des franchises dont jouissent indistinctement tous les titulaires de ces offices.
Outre les officiers cc employés généralement dans toutes les Maisons royales et Bâtiments de Sa Majesté n, comme disent nos Comptes, d’autres individus sont investis de fonctions qui les attachent spécialement à tel palais, à tel jardin. Nous 11’entrerons pas dans l’examen détaillé de ces états. On les rencontre, en 1668 et les années suivantes, à la fin de chaque exercice. 11 n’est pas indifférent toutefois de faire remarquer que tous ces employés, depuis le plus élevé en dignité jusqu’à celui qui remplit les plus humbles fonctions, comme celles de concierge ou de garde-clefs, reçoivent en quelque sorte une investiture officielle. Ils sont nommés par brevet. La plupart de ces pièces, si précieuses pour les titulaires, car le même office se transmet souvent de père en fils pendant plusieurs générations, nous ont été conservées. On en rencontre un grand nombre dans les registres de la Maison du Roi L
Il a paru inutile d’exercer sur le chiffre des recettes le même contrôle que sur celui des dépenses. Ce qui importe, en effet, c’est que le total des dépenses soit exact. On en a dit assez sur le sans-gêne avec lequel les financiers du xvnc siècle traitent les opérations les plus simples pour laisser entrevoir que le calcul des recettes donnerait lieu à plus d’une rectification. On fera remarquer toutefois que Col-
1 Voyez notamment les volumes Ol,io55, 1057 et 1069 aux Archives nationales. Le premier surtout est rempli de brevets de nominations faites dans la période qui nous occupe. Voir aussi le reg. 0,280/1'.
INTRODUCTION
bert, dont l’œil clairvoyant ne laisse échapper aucun détail, ne se fait guère illusion sui la ponctualité de ses subordonnés. Dans une de ces instructions si pré-*cises, si intelligentes, si pratiques, qu’il adresse de temps en temps à ses commis èt qu’il ne se lasse pas de leur rappeler, il s’exprime en ces termes1 : *11 faut faire un bordereau sur chaque estât et vérifier quatre fois le calcul , et qu’il paroisse sur ledit bordereau qu il ait esté vérifié, n Malheureusement Colbert ne pouvait être partout et à tout, et les choses n’en allèrent guère mieux, après ces sages recommandations.
Ai rivons maintenant a 1 examen des dépenses. On observera d’abord que les Comptes, jusqu’en 1680, commencent invariablement par le château du Louvre et des Tuileries. Bien que Colbert ait dû renoncer de bonne heure à l’espoir de mettre a exécution les grands projets qu’il avait conçus pour l’achèvement du Louvre et l’embellissement de Paris, ce ne fut guère avant 1681 que le nouveau lavori, je parle de Versailles, supplanta définitivement le palais du Louvre. Jusque-là la vieille résidence royale ne fut pas entièrement délaissée. Après la construction de la colonnade, il est vrai, les travaux se ralentissent chaque jour. Encore le Louvre occupe-t-il, en 1680, la première place sur le compte. Nous le verrons, en 1681, relégué au dernier rang. Certes, Colbert n’avait rien négligé pour lutter contre cette tendance; ni les conseils ni les reproches, ceux du moins qu’il pouvait se permettre, ne furent épargnés. En dépit de tous ses efforts, dès 1 665 , il ne savait que trop à quoi s’en tenir sur les intentions du Roi. En effet, le 28 septembre 1 6 6 5 , il écrivait au Roi cette lettre admirable déjà publiée par M. P. Clément2, mais qui doit trouver place ici :
ce Vostre Majesté retourne de Versailles. Je la supplie de me permettre de luy dire sur ce sujet deux mots de réflexion que je fais souvent et quelle pardonnera, s’il luy plaist, à mon zèle.
* Cette maison regarde bien davantage le plaisir et le divertissement de Votre Majesté que sa gloire . . .
cc Cependant si Vostre Majesté veut bien chercher dans Versailles où sont plus de 5oo,ooo écus qui y ont esté dépensés depuis deux ans3, elle aura assurément
780,000 livres en chiffres ronds (voir le tableau à la fin de ce volume, p. 187 3), En supposant une somme égale pour 1 663 , on voit que Colbert ne se trompait guère dans ses évaluations.
1 Voy. col. 881.
Lettres de Colbert, t. V, p. x.xxvn et 268.
3 Les comptes de 1 663 nous manquent, celui de 1 66 4 porte la dépense totale pour Versailles à
peine à les trouver. Si elle veut faire réflexion que l’on verra à jamais dans les Comptes des trésoriers de ses Bastimens, que, pendant le temps quelle a dépensé de si grandes sommes en cette maison , die a négligé le Louvre qui est assurément le plus superbe palais quil y ayt au monde et le plus digne de la grand eui de Votre Majesté, etc. . .
cc Vostre Majesté sçait qu’au défaut des actions éclatantes de la guerre, rien ne marque davantage la grandeur et l’esprit des princes que les bastimens; et toute la postérité les mesure à l’aune de ces superbes maisons qu’ils ont élevées pendant leur vie. O quelle pitié que le plus grand roy et le plus vertueux, de la véritable vertu qui fait les plus grands princes, fust mesuré à l’aune de Versailles! Et toutefois il y a lieu de craindre ce malheur.
cc Pour moy, j’avoue à Vostre Majesté que, nonobstant la répugnance quelle a d’augmenter les comptans, si j’avois pu prévoir que cette dépense eust été si grande, j’aurois esté d’avis de l’employer en des ordonnances de comptant afin d’en oster la connoissance1. Pour concilier toutes choses, c’est-à-dire pour donner à la gloire de Votre Majesté ce qui doit luy appartenir, et à ses divertissemens de mesme, elle pourroit faire terminer promptement tous les comptes de Versailles, fixer une somme pour y employer tous les ans; peut-estre mesme seroit-il bon delà séparer entièrement des autres fonds des bastimens, et ensuite s’appliquer tout de bon à achever le Louvre; et si la paix dure encore longtemps, elever des monumens publics qui portent la gloire et la grandeur de Vostre Majesté plus loin que ceux que les Romains ont autrefois eleves.
Cet honnête et fier langage ne laissa pas de produire quelque effet. Bien que le roi préférât au séjour de Paris le palais qu’il avait en quelque sorte créé, les conseils de Colbert contre-balancèrent pour un temps la prédilection ruineuse dont Versailles était l’objet; le Louvre ne tomba pas tout de suite en disgrâce. C’était précisément en 1 665 qu’on appelait à Paris le plus fameux des architectes italiens et qu’on lui demandait des plans pour le palais du Louvre. On connaît les détails de cette curieuse comédie. Le Bernin, accueilli comme un prince, fut bientôt obligé de reprendre le chemin de l’Italie, comblé de caresses et d’honneurs, sans avoir pu faire triompher aucune de ses idées. Les Comptes des Batiments viennent apporter leur contingent de renseignements positifs sur cette aventure et donner le bilan
1 N’est-il pas singulier de voir dans la bouche de Colbert cette étrange proposition ? N’y aurait-il pas quelque rapport entre cette idée du grand ministre et la légende concernant la destruction des comptes
de Versailles?
INTRODUCTION
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des sommes énormes qu’elle coûta. D’ailleurs nous avons le témoignage direct des principaux intéressés. Les mémoires de Perrault, d’une part, et ceux de l’homme distingué qui avait été attaché à la personne de l’artiste italien et qui ne le quitta pas durant son séjour en France, ont fait connaître par le menu toutes les circonstances de cette affaire. La correspondance de Colbert complète le tableau. De toutes ces dépositions des témoins les plus autorisés, il résulte que si le Bernin n’avait pas apporté dans la mission qu’il avait acceptée un caractère bien souple ni bien conciliant, on ne négligea rien à Paris pour lui échauffer la bile et le contraindre à une retraite volontaire. Le champ resta donc libre aux architectes français, c’est-à-dire à Claude Perrault, admirablement secondé en cette circonstance par l’influence que son frère exerçait, en raison de ses fonctions, sur l’esprit de Colbert. Le plan de cet architecte improvisé présentait d’ailleurs des qualités bien propres à séduire l’esprit d’un roi jeune, cherchant toutes les occasions de frapper l’ imagination de ses contemporains et de laisser une grande idée de son règne à la postérité.
L’origine et la paternité du plan de Perrault ont été examinées avec toute compétence dans le Dictionnaire des architectes français de Lance. Ce n’est pas ici le lieu d’entrer dans l’examen de cette délicate question; d’ailleurs nos Comptes ne lo u miraient aucun argument nouveau pour sa solution. Us permettent seulement de suivre, année par année, l’avancement des travaux.
Durant les premières années de la période qui nous occupe, les sommes dépensées au Louvre et aux Tuileries sont sensiblement supérieures à celles des travaux de Versailles. Les tableaux placés à la fin de ce volume rendent la comparaison facile. Vers 1671, le Louvre commence à être délaissé; à partir de 1673, les dépenses tombent a moins de 5o,ooo livres, pour ne plus guère se relever les années suivantes. Cependant, les sommes consacrées à Versailles augmentent sans cesse. De 1672 à 1677, la guerre de Hollande cause un certain ralentissement dans les travaux; mais, dès 1678, ils reprennent un essor qui va toujours croissant. En 1 685, les dépenses atteignent leur apogée. La période de plus grande activité se place entre 1678 et 1687. Elle appartient donc au deuxième volume de notre publication plutôt qu’à celui-ci.
11 11 en est pas de meme du Louvre. C’est sur les six ou huit premières années de nos Comptes que portent les grands travaux de ce palais.
Si nous arrivons maintenant à 1 examen détaillé de chaque exercice, on remar-
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quera d’abord que les dépenses, pour le Louvre comme pour toutes les autres maisons de quelque importance, sont classées suivant une méthode inflexible et rigoureusement rationnelle, ayant pour base la nature des travaux. On suit la marche logique de la construction. En effet, tout bâtiment commence par la maçonnerie; les murs une fois debout, surviennent les charpentiers, puis les couvreurs, après eux les plombiers, et le gros œuvre est terminé. G est alors qu’apparaissent les corps de metier chargés des amenagements inteiieuis, les menuisiers, les serruriers, les vitriers, et le batiment se tiouxe désormais clos, couvert et divisé en appartements. Mais un palais royal ne sauiait se passeï de riches décorations : on fait appel aux peintres, aux doreurs, aux sculpteurs, aux marbriers, aux fondeurs, qui, pendant de longues années, trouveiont dans les embellissements du Louvre, de Versailles et des autres cliateaux, 1 emploi de leurs talents. Il reste encore quelques articles spéciaux qui ne sauraient trouver place dans les chapitres précédents, tandis que leur importance empeche de les reléguer dans cette classe indéterminée qu’on désigne sous le nom de Parties extraordinaires. Tels sont, pour presque tous les châteaux, les ouvrages de pavé, les travaux de plantation et d’entretien des jardins, qui prennent chaque année une plus grande extension, les fouilles de terre, et, a Versailles en particulier, les vaisseaux du grand canal, les conduites des fontaines, etc. Enfin, dans un dernier chapitre, celui des Parties extraordinaires , se confondent tous les articles que leur objet spécial ne permettait pas de répartir entre les divisions précédentes. Telle est, en peu de mots, l’économie générale des Comptes, non-seulement jusqu en 1 680 , mais pendant plus d’un siècle. On peut, grâce a cette classification, connaître la somme affectée à chaque nature de travaux. Naturellement, le chapitie de la maçonnerie l’emporte toujours sur les autres.
Peut-être trouvera-t-on que c’est accorder trop de place à de simples entrepreneurs que de consacrer à leurs ouvrages le même detail, la meme attention quà ceux des artistes proprement dits; mais il nous a paru impossible de cboisn entie les articles pour citer les uns en détail et faire masse des autres. Un texte comme celui-ci 11e saurait être mutdé. Le travailleur qui le consulte ne peut 1 utiliser en toute confiance que si l’on met tous les éléments sous ses yeux, aussi bien ceux qui, au premier abord, présentent un médiocre interet, que ceux dont peisonne ne conteste l’importance. En un mot, en pareille matière, une publication partielle nous semble à la fois inutile et trompeuse. Nous n avons donc pas hésité à citer tous les noms, les plus humbles comme les plus fameux. Et parmi les pre-
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miers, parmi ces artisans obscurs, il s’en rencontre plus d’un, nous l’avons fait plus d’une fois observer1, dont la vie se trouve indirectement mêlée aux glorieux souvenirs de l’histoire littéraire du xviT siècle. Certains de ces modestes ouvriers devinrent par la suite des personnages. Parmi les entrepreneurs de maçonnerie qui reparaissent le plus fréquemment figurent un homme2 qui a laissé son nom à une des rues du vieux Versailles, et un membre de cette glorieuse famille d’architectes que les travaux du dernier de ses membres, Jacques-Ange Gabriel, ont rendue à jamais illustre.
A coup sûr, si les Comptes ne renfermaient pas de nombreux détails sur les artistes et les grands travaux d’architecture, de peinture ou de sculpture, la nomenclature des maçons, charpentiers et autres gens de métier semblerait bien aride; mais les chapitres consacrés aux ouvrages d’art, aux parties extraordinaires, la liste des pensions aux gens de lettres3, enfin cette multitude d’articles de toute nature réunis dans le chapitre final sous la rubrique de Diverses dépenses , dédommagent amplement des longues énumérations d’artisans obscurs.
Pour en revenir au compte particulier qui nous a suggéré ces observations applicables à toutes les Maisons royales, c’est entre 1667 et 1671 que se placent les grands travaux de la façade et de la colonnade du Louvre. Les entrepreneurs Mazière et Bergeron reçoivent, en 1667, 25o,ooo livres environ de ce chef; l’année suivante, il ne leur est pas alloué moins de U 7 7,0 00 livres. En 1669, on leur remet, en dix payements, plus de 600,000 livres; les sommes consacrées à cet objet s’élèvent encore à 5 5 0,0 00 livres en 1670, à plus de 5 00,0 00 livres en 1671. A partir de cette date, les travaux languissent; on les abandonne peu à peu. L’édifice, il est vrai, a reçu son couronnement; les deux énormes pierres dont Perrault a voulu faire l’amortissement du fronton, afin de se donner la satisfaction et l’honneur de résoudre, à grands frais, un difficile problème de mécanique, sont désormais en place. Toutefois, si le gros œuvre a presque atteint son achèvement, il reste encore beaucoup à faire. Les nouvelles constructions n’ont pas de toit et, pendant plus d’un siècle encore, les vastes bâtiments du Louvre garderont
1 Voyez la note 1 des colonnes 73 et 3 sa 3.
2 Voy. col. 10, note 3. ’
3 Donnée partiellement par Gabriel Peignot, la liste des savants et gens de lettres pensionnés par Louis XIV a été publiée par M. Pierre Clément dans
les Lettres de Colbert. Toutes les listes fournies par les Comptes des Bâtiments de i664 à 1 6 8 3 se trouvent reproduites intégralement dans cet ouvrage (t. V, p. 466-498). Elles devaient néanmoins figurer ici à la place quelles occupent dans les registres.