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du procureur des bourgeois, des quatre quarteniers, des élus, répartiteurs des impôts, désignés aussi par le vote de la bourgeoisie : c'est le conseil des Vingt-Quatre, qui jusqu'au xvii^ siècle conservera avec son nom les attributions dont il est investi à son origine. Enfin, les difficultés d'un ordre plus général et dont la gravité entraînerait une plus lourde responsabilité sont soumises tous les quinze jours, le samedi, à la décision des cent pairs. Toutes ces réunions étaient présidées par le maire, dont le pouvoir restreint à une durée annuelle rachète sa brièveté par le nombre et le prestige de ses attributions. Juge civil, commercial, criminel même, sauf le cas de meurtre ou de mutilation, il donnait, par l'apposition du sceau municipal, l'authenticité aux conventions, percevait les impôts, gérait les finances, administrait la tutelle des mineurs, dirigeait la police et commandait la milice de la ville.
Cette autorité considérable disparut à la suite des émeutes de 1381 et 1382, dont la seconde est connue dans notre chronique locale sous le nom de la Harelle. A cette époque la commune est mise sous la main du Pioi, et Charles VI, dont le règne désastreux a soulevé contre les exactions et la rapacité d'un prince inconscient un peuple affamé et misérable, supprime avec la mairie les privilèges municipaux et l'autonomie rouennaise. L'étoufTement des libertés de la cité commerciale et maritime ne pouvait pourtant se prolonger et l'activité spontanée des institutions inséparables de sa prospérité importait à des souverains toujours empressés de remplir le tonneau bientôt vidé des Danaïdes en demandant aux subsides de la bourgeoisie les ressources indispensables pour combler la permanence de leur déficit financier.
discussions commerciales et aux réunions générales de l'Hôtel-de-Ville, chargé de la voirie, le bailli avait deux lieutenants, un lieutenant-général et un lieutenant-commis. Le vicomte de Rouen, dont la charge était purement administrative et judiciaire, était son subordonné.
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Le 6 avril 1391, une ordonnance de Charles VI rétablit sur des bases analogues à l'état de choses antérieurement existant le corps municipal, dont le fonctionnement, dégagé peu à peu des attributions judiciaires et militaires du passé, va se cantonner exclusivement dans le domaine bien large encore des intérêts communaux. La charge de maire demeurait supprimée et l'administration s'exerçait par six échevins, chiffre auquel de douze et de huit leur nombre fut définitivement réduit, qui avec le receveui'^t le procureur de la ville formaient un pouvoir exécutif dont les droits étaient assez semblables aux attributions actuelles de nos maires assistés de leurs adjoints. Ce conseil ordinaire de la cité s'adjoignait une fois par semaine les avocats pensionnaires de la ville, les quarteniers et d'anciens échevins, et devenant alors le conseil des Vingt- Quatre, il délibérait sur les affaires d'une certaine importance ; lorsque des cas spéciaux requéraient un examen plus attentif, une assemblée qui se grossissait des gens d'égUse, des notables et des officiers royaux était convoquée pour leur solution.
Sur une liste votée tous les trois ans par les bourgeois et comprenant huit noms de conseillers anciens et seize de conseillers nouveaux, le Conseil des Vingt-Quatre, constitués ainsi électeurs du second degré, choisissait, avec l'agrément, jamais refusé, du bailli qui présidait, deux échevins anciens et quatre modernes ; ce renouvellement par tiers du corps échevinal par le mécanisme d'une nomination suivie d'une élection, l'on pourrait dire d'une sélection, permettait aux derniers élus, qui prêtaient serment de bien remplir leurs fonctions, d'être initiés par ceux qui restaient en charge aux détails multiples de leurs devoirs. Garantie par le libre suffrage qui la leur confiait, leur gestion se bornait désormais à la surveillance des officiers municipaux, à la disposition des finances et au maniement des affaires de la ville. Nommé par eux, le procureur général de la commune veillait h la conser-
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valioii de ses droits et l'influence de celte compagnie, dont les services méritent la reconnaissance de la postérité, se répandait dans la cité par les quarteniers, qui paraissent avoir appartenu à des familles socialement inférieures à celles des échevins et dont l'emploi finit par devenir un échelon pour monter à leur rang. Élus, dans les mêmes conditions que les échevins, au nombre de quatre par l'assemblée des bourgeois sur la justification d'une résidence de trois ans au moins dans leur quartier (^juillet 1656), ils représentaient les quatre quartiers principaux de Rouen : Cauchoise, Beauvoisine, Saint-Hilaire, Martainville, commandaient la milice bourgeoise de leur circonscription et avaient pour lieutenants les centeniers, les cinquanteniers et les dizainiers.
Autour de ces représentants de la cité se groupent des officiers salariés et nommés par eux, des pensionnaires de la ville, procureurs, avocats, rappelant assez exactement les conseils ou comités consultatifs institués aujourd'hui auprès de nos administrations officielles, résidant quelquefois au loin et dont les prétentions à certaines préséances, l'ambition de certaines prérogatives ou la liberté d'allures occupaient fréquemment des instants que la municipalité aurait plus utilement dépensés. Au xv" siècle, la nomination d'un avocat lui est annoncée en ces termes :
'< 8 janvier li [08]
» Très chier s', nous nous recommandons l'i vous tant et si » affectueusement que plus povons. Si veulliez savoirque nous » avons entendu que vous avés très à cueur le bien, profit et » honneur de la ville de Rouen, tant en général comme en ') parlicuUier, dont nous vous remercions et gracions, et pour » ce avons eu délibéracion ensemble de vous retenir à la pen- )) cion de la ville à dix 1. t. par an, et aussi, pour ce que vous
') avés ainsi très h cnenr ledit fait, et que nous en sommes » acertenés, pour ce que besoing estque aucunes fois vous » en besongnés, s'il vous plaist à soliciter les besongnes et » causes dicelle ville par de là, tant en parlement, es » requestes, devant les généraulx, en la chambre des comptes, » le prevosl dud. lieu de Paris, le prévost des marchans et » aillieurs, devant autres juges aud. lieu de Paris, où lad. ^) ville de Rouen pouroit avoir à besongner, que il vous plaise » à ce faire et du labeur et paine par vous pris en ce, tant en » escripture comme autrement, la ville vous en paiera et con- » tentera aveuc la pencion dessus dicte. Si vous prions que » vous aies eu gré, ainsi que dessus est dit, et sur ce nous » rescripre, par le porteur de ces présentes, votre bonne » volonté.
» Les tous vostres
;; A honnorable homme pourveu et sage maistre )) Jehan Doulle, advocat en parlement, noire très » chier s'" et espécial amy. »
et sa reconnaissance lui dicte la lettre suivante :
« A mes très chiers et honnourés seigneurs, toute humble » recommandation devant mise, plaise vous savoir que j'ay )) receu voz lettres, faisans mencion comme il vous a pieu, » de vostre grâce, sanz mérite ou decerte précédensi, de moy » retenir ù la pencion de la bonne ville de Rouen, dont si » humblement de tant comme plus puis vous mercie, et pour » ce que en voz dictes lettres vous touchés que besoing est » d'entendre à soliciter et faire ce qu'il appartient es besongnes » et negosses touchant le fait de lad. bonne ville, tant en par- » lement, es requestes, devant les généraulx, es comptes, » devant le prévost de Paris et des marchans et aillieurs » en lad. ville de Paris, Messi'S plaise vous savoir que, es
» juridicions dessus dictes et aillieurs, par tout à Paris oii lad. » ville de Rouen aura à faire et les singuliers d'icelle, tou- » chant les drois de lad. ville, dont il vous plaira à moy » chargier ou mander do votre eiitencion, je feray tout le » mieux que je pourroy, combien que mon povoir soit peu » de chose, et par expérience le pourra l'en mieux savoir; et » aussi nacturelment tenuz y suis, car j'ay esté lonc temps » noury en lad. bonne ville de Rouen, et suis extrait et natif du » pais. Mes très chiers Segneurs, commandés moy comme à » votre créature et serviteur, prest d'accomplir à mon povoir » vos bons plaisirs. Le benoet fds de Dieu vous ait en sa )) sainte garde et lad. bonne ville et les singuliers d'icelle. » Escript à Paris le 11* jour de janvier. Votre clerc et servi- » teur, J. Doule, advocat en parlement. »
Le 11 octobre 1447, Karados Garin, conseiller en cour laie est « retenu par les conseillers de la pension de la ville en » cour séculière au lieu de Guillaume de Groismare, décédé, » aux gages de 100 s. par an. Au xvn*^ siècle, après avoir admis Louis Gréard comme avocat pensionnaire de la ville, sans s'arrêter à ce qu'il n'en est pas originaire, on décide que l'on reviendra à la pratique constante de ne plus nommer à cette fonction que des Rouennais. Dans cette liste de noms, jadis célèbres, aujourd'hui presque oubliés, il convient parmi les premiers de signaler à la même époque celui de Jacques Goquerel, appelé bouche d'or par ses contemporains et qui, pour avoir préféré à son titre de pensionnaire la qualité de syndic de son ordre dans une contestation soulevée entre le barreau et les échevins à propos de leur rang dans les cérémonies publiques, se vit exclu des réunions de l'Hôtel-de-Ville où, quelques mois après, des excuses de pure forme motivèrent son rappel. Parmi les seconds citons, pour en finir avec ces fonctionnaires, Laurent Renault, que sa susceptibilité avait écarté pendant huit années des assemblées municipales et qui