‹ Comptes rendus des échevins de Rouen, avec des documents relatifs à leur élection (1409-1701). Extraits des registres des délibérations de la ville et publiés pour la première foisChapitre 4 sur 11 · XXJ · texte numérisé non relu

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sur sa déclaration « qu'il renonçait à donner son avis et mar- » cher quaprès les anciens conseillers éclievins et hors de » charge et ne prendre ancune scéance qu"aprez eux, » fût autorisé « à prendre sa scéance au costé gauche du procureur de la ville >>.

Qu'à ces ofhces l'on joigne ceux du procureur, du maître des ouvrages, du receveur et du clerc de la ville ou grefher, « aux gaiges de oO 1. tournoys (15 août 1446), » et l'on aura, sauf les modifications partielles successivement introduites par le temps, un aperçu nécessairement succinct, mais à peu près complet du personnel qui, du règne de Charles YI à celui de Louis XIY, présida aux destinées miniicipales, scrupuleusement fidèle à ses traditions de travaU et d'honneur, maintenant même pendant les trente années de la domination anglaise l'attitude prudente et ferme qui obligea l'envahisseur ù respecter de 1419 à 1449 son existence et les privilèges dont il était le gardien, laissant dans les documents qui conservent la mémoire de ses délibérations la trace ineffaçable de son dévouement aux intérêts de ses concitoyens et d'une indépendance discrète et efficace, exempte de forfanterie comme de timidité, dédaigneuse de la menace et de la rigueur, supérieure à la flatterie et à la corruption, digne en un mot de la reconnaissance de la postérité, permettant en définitive de ne regretter que comme une exception blessante pour la foi monarchique de la capitale normande la substitution du pouvoir anonyme des éclievins à Faulorité plus éclatante des maires dont Rouen, pendant deux siècles, avait connu l'administration bienfaisante, sage et patriotique.

Les registres des délibérations delà ville de Rouen jusqu'à 1789 ne composent pas moins de ((uarante gros volumes (|iii, malgré les lacunes constatées de 139(3 à 1403, 1411 à I4i7, 1472 à 1490, 1501 à 1505 et du 14 juillet au 26 septembre 1562, relatent les incidents les plus saillants de la vie muni-

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cipale dont l'histoire reste ù faire, si riiiventaire sommaire dressé par l'éminent archiviste du déparlement suffit à démontrer le puissant intérêt qui s'attache à leur connaissance. C'est à M. Gh, de Beaurepaire qu'il appartiendra, après que les autres documents déposés à l'Hôtel-de-Ville auront été l'objet de l'examen auquel il est convié à se livrer par notre municipalité, d'exposer avec la sûreté d'un jugement toujours appuyé sur d'exactes investigations les phases traversées par une organisation dont aucun ressort ne lui demeurera caché : entreprendre avant ou après lui une tache qui lui revient serait assumer une responsabilité devant le fardeau de laquelle les plus hardis reculeraient, et s'exposer, dans le premier cas, à commettre de^ erreurs ou des omissions que sa bienveillance s'affligerait d'avoir à rectifier ou à réparer ; dans le second, à risquer des répétitions dont la lecture fastidieuse prouverait une fois de plus qu'un moissonneur aussi vigilant ne laisse rien à glaner derrière lui. Le coup d'oeil rapide que nous avons dû nous contenter de jeter sur les institutions communales, complété par les procès-verbaux qui montrent le jeu de la votation des bourgeois et le développement de leur existence civique, suffira, nous l'espérons, à en expliquer la portée et à en faciliter la nette compréhension.

L'on a vu que tous les trois ans, à la saint Martin d'été, le 4 juillet, d'après une longue tradition, l'on procédait à la nomination des échevins. L'intelligence parfaite des formalités usitées pour les opérations électorales, la pratique habituelle de leur mécanisme, souvent changé au moins dans ses dispositions secondaires, m'ont semblé comporter, préférablomont à la sécheresse d'un résumé on la rigoureuse précision serait presque impossible à atteindre, la mise sous les yeux du lecteur, à titre d'exemples faciles à saisir, d'un certain nombre de procès-verbaux relatifs à ces scrutins, point

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accessoire, on le devine, de ce travail, mais son accompagnement en quelque sorte obligé.

Multa reuascentnr quœ jam cecidere, constate mélancoliquement le poète après le sage qui n'a rien vu de nouveau sous le soleil. Ils ont raison et l'on étonnerait aujourd'hui plus d'un homme politique en lui ap]M-enant que la date de naissance des comptes rendus par les élus à leurs électeurs de l'exécution du mandat que ceux-ci leur ont conféré est antérieure de plus de trois siècles aux temps où il serait disposé à placer leur invention. Tous les trois ans en effet, le plus ancien échevin sortant exposait à l'assemblée électorale les faits accomplis au cours de leur gestion par ses confrères et lui, les travaux projetés ou opérés, les charges acquittées ou restées en souffrance, les impôts perçus ou à recouwer pendant cet exercice, et chacun de ces récits où perce une franchise honnête, où respire une vitalité plus convaincante que les considérations que leur texte suggérerait, est un tableau de mœurs sévèrement dessiné, une page d'histoire locale, quelquefois générale, simplement tracée, dont la réunion et le rapprochement, en instruisant notre âge au respect de ses aînés, constituent l'image vraie et émouvante des temps dont nous avons recueilli l'héritage. Le premier de ces documents dont le Conseil de la Société de l'histoire de Normandie a bien voulu nous confier la publication se place en 1532 : les lacunes que les événements, les négligences du greffier ou les hésitations de l'échevin, souvent plus homme d'afl^iires que lettré, dont la modestie se refusait à la transcription in extenso sur le registre officiel de la harangue adressée à ses confrères bourgeois ont introduites dans le recueil destiné à les contenir, font supposer que tous les discours triennaleuient prononcés ne nous sont pas parvenus et regarder comme fâcheuse, malgré le ton emphatique et l'érudition de mauvais aloi dont sont entachés plusieurs des rapports qui nous ont été con-

serves, l'absence de relations qui jettent sur l'existence de la cité une lumière aussi vive et la révèlent sous son aspect le plus intime.

Telle que se présente la série incomplète des réferts triennaux des échevins, elle offre le témoignage incontestable de leur zèle pour la ville qui les a nommés, l'enseignement le plus précieux et le moins suspect pour l'histoire de leurs concitoyens, l'exemple le plus digne d'être proposé à l'imitation de leurs successeurs et à la gratitude de la postérité. Dans la revue des événements dont ils retracent le cours, l'on retrouve à chaque pas le souvenir de leurs efforts et la trace de leurs épreuves. A peine établis, ils ont à lutter contre la rapacité envahissante des officiers et des courtisans de Charles YI qui tentent de se tailler une part fructueuse dans les emplois municipaux, s'attribuent des monopoles ou suscitent des proscriptions que la bourgeoisie est forcée de racheter ou de conjurer au prix des sacrifices les plus onéreux. Puis vient l'occupation ennemie, contre les exigences de laquelle, pendant plus de trente ans, le corps de ville se défendra avec une résignation patiente et un entêtement habile, jusqu'au jour où la cité reconquise à la France, après avoir assisté en frémissant au supplice de Jeanne d'Arc, trouvera son amour pour la grande patrie récompensé par de nouvelles exactions et par des charges écrasantes, en dépit desquelles, grâce à la persévérance énergique de ses magistrats municipaux, elle verra néanmoins insensiblement grandir son importance et sa prospérité. Pendant les guerres de religion, sous la Ligue et la Fronde, étrangers aux passions des partis, ils en sont les victimes, tour à tour rançonnés par les rebelles et par la royauté, sans cesse préoccupés de ménager, au profit de Futilité de la commune dont ils sont les tuteurs, les finances follement dépensées pour fomenter les troubles qui accablent le royaume. A chaque instant la ville estsacrifiée aux

inipôls dont elle est frappée par le pouvoir central : pour la solde des gens de guerre, pour les prodigalités royales, l'on prend l'argent destiné à réparer ses ponts, à subvenir à l'entretien de ses pauvres, à construire ou réparer ses halles ; ses administrateurs protestent, portent leurs réclamations jusqu'à l'oreille royale qui les accueille avec plus ou moins de faveur, suivant que des besoins insatiables le permettent, heureux lorsque leur résistance aux demandes tyranniques des fermiers n'est pas suivie de la saisie de leurs biens ou de l'arrestation de leurs personnes.

Situation toujours critique et que chaque mutation politique, chaque changement de règne compromet davantage. Ce sont les entrées somptueuses des souverains dont il faut faire les frais et ces cérémonies officielles se terminent rarement sans un emprunt et un don gracieusement accordé par les sujets au monarque qui a daigné leur rendre visite. Souvent l'avènement au trône se révèle au pays par la création de nombreux offices, dont la suppression à beaux deniers comptants fait entrer dans les coflres de l'État ou la cassette des partisans des fonds ainsi extorqués aux bourgeois. A cet égard, Henri III mérite une mention spéciale. L'on sait qu'en 1584, embaiTassé de la rémunération qu'il voulait octroyer à son grand prévôt Du Plessis, il lui avait accordé la disposition de l'évèché de Luçon, scandaleuse gratification qui fit entrer, à l'âge de vingt-deux ans, Richelieu dans les rangs de l'épiscopat. Cette simonie mal déguisée et que sa situation besoigneuse ne suffisait pas à justifier avait été précédée par un procédé dont les seigneurs polonais qu'il venait de quitter pour la cour de France auraient vraisemblablement avec indignation réprouvé l'inventinii plus ingénieuse que morale, et le premier gentilhomme du royaume dans lequel il arrivait, ne trouvant honteux aucun expédient qui lui permît de battre monnaie, vendit, par ses édits de juin ioTG et du 20 janvier

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