CHAPITRE VII
Détermination des limites des cités
La position des villes capitales ayant été préalablement fixée, il devient plus facile de tracer les limites des civitates, des cités, cette expression ayant, bien entendu, le sens, l'acception que
(2) « Prsefectus Lœtorum francorum, Redonas. Notit. dignit. imp. rom.
,.♦ "OtÈL.
gAographib de la pi^aNsuLE armoricaine
lui donnent César, Tacite et autres auteurs, c'est-à-dire, embrassant ensemble une peuplade particulière et le territoire qu'elle occupait.
Nous avons eu l'occasion de dire que la péninsule armoricaine faisait partie de la 3* Lyonnaise, dont elle comprenait cinq cités, celles des Namnitei, des Vënètei, des Osismiens, des Curioso^ lites et des Redanes. On voit tout d'abord que nous n'admettons l'existence, dans la Bretagne continentale, ni des Lexobii, ni des Biduc&ni^ ni des Amhialites, ni des Diàblintes, ni môme des Samnitœ.
Les peuples armoricains de César n'étaient pas, comme on l'a cru longtemps, bornés au territoire que nous appelons la Bretagne (1). C'est à cette erreur qu'il faut attribuer l'entassement (qu'on nous pardonne ce mot), dans notre péninsule, de peuplades qui en ont toujours vécu éloignées. L'ancienne Armorique comprenait tous les peuples dont les rivages portaient, dans les derniers temps de la domination romaine, lé nom d'ArmoricanuS'tractuSy et s'étendait au nord jusqu'aux rives de la Somme. Le commandement armorique pénétrait profondément à l'intérieur des terres ; il comprei^it laSénonaise, c'est-à-dire les pays de Sens, d'Auxerre, de Troyes, d'Orléans, de Paris, etc. ; la 2« et la 3« Lyonnaise, c'est-à-dire toute la Normandie, les bords dô la Loire et la Bretagne continentale. Cette partie était la plus intéressante, au temps où fut rédigée la Notice, parce qu'elle était la plus menacée par les pirates du nord ; mais cependant les deux Aquitaines, qui avaient anciennement porté le nom d'Armorique (2), en dépendaient encore (3).
Motivons très brièvement les éliminations que nous venons d'indiquer.
L'opinion qui plaçait des Lexohii à Coz-guéodet, près de Lannion (4), qu'on appelait, nous ne savons sur quelles preuves, du
(1) Le nom d^Armorique s'est renfermé dans la Bretagne après que les Bretons insulaires, fuyant le joug des Saxons et des Angles, s'y furent établis. D'Anville, Notice.
(2) Pline, lib. iv, c. 31 (17).
(3) < Extenditur tamen Tractus armoricani et nervicanî limitis... per Aquitat jmm primam et secundam. » Notiô dignit. imper, roman.
.(4)Deric dit que Drennalus, envoyé par saint Lin, établit son siège à Lexobie, autrement Coz-guéodet. Deric, Hist. ecclés. de Bret., Jt. I, p. 144.
Arch. 7
■ ^iv
98 ASSOGIATIOK fiHKTONKB
nom de Léxobie^ est abandonnée ; personne n'en parle plus, et nous ne nous attarderons pas à la réfuter.
Le B^^ Walckenaer croit trouver des Biducesii à Saint*Brieuç et des Ambiantes, à Lamballe (1). Selon lui, c les Biducesii
> paraissent avoir surpassé les Curiosolites, au temps de Pto- » lémée. p Voici ce que dit Ptolémée : c Après les Calètes (qui » occupaient la côte septentrionale, à partir du fleuve Sequana),
> viennent les Lexuhii, puis les Veneli, les JBiducesn et enfin
> les Osismii, dont le territoire s'étend jusqu'au promontoire
> Gohœum. » Ptolémée semble, en effet, dans cette énumération, mettre les Biducesii à la place des Curiosolites qu'il ne nomme pas ; mais il y a là une erreur certaine. Ils sont indiqués par César et par Pline. Les Biducesii de Ptolémée sont les mêmes que les Viducasses de Pline, et occupaient, avec les Bajoeasses, le pays qui devint le diocèse de Bayeux (2).
Quant aux Amhialites, le rapport apparent entre leur nom et celui de Lamballe, qui a séduit M. Walckenaer, est, dans la réalité, sans aucun fondement. Lamballe (Lan-Pol) veut dire l'église de Pol, ou sous le vocable de Saint-Pol.
Des Diahlintes, nous n'avons rien à dire. Dans deux gavantes et récentes notices, M. de la Borderie les a ramenés à leur véritable situation, à Jublains, et ils y resteront. Leur territoire ne devint pas un diocèse particulier ; ils formaient une de ces peuplades subordonnées, enclavées dans le territoire d'un autre peuple plus considérable, les Génomans (3).
Nous ne parlerons pas non plus, à cette place, des Samnites^ cette autre peuplade, c colonie phénicienne ou égyptienne, sur
> le territoire de laquelle avait été établi le comptoir de Car- » hilo (4). » L'étude qui les concerne se confond naturellement avec cdle de la position et des limites des Namnetes.
Les limites des anciens diocèses (5), en général, et celles de
(4) Walckenaer, t. H, pp. 254, 255.
(2) D'Anville, Notice, p. 413.
(3) V. Walckenaer, t. n, p. 269.
(4) Kerviler, Assoc. bret., 1873, p. 66.
(5) Quand la prédication chrétienne fut devenue libre, les missiomiai^, les évéques durent porter d^abord leurs pas vers les grands centrés poor y Ir6ttv«r des populations agglomérées et nombreuses i évengéliser ; msi» leiâr iM»
OÉOORAPHIE D8 LA nbflNSULE ARMORtCAlNE 99
leurs subdiyisions, circonscrivaient assez exactement les terri* t&îres de la plupart des peuples de la Gaule, d'après la dernière division que les Romains en avaient faite (i). Nous aurons donc à tenir compte, dans, notre recherche, des limites des anciens diocèses bretons. Toutefois, les changements que, vers le milieu du ix« siècle, Nominoê fit subir aux anciennes circonscriptions ecclésiastiques du nord de la Bretagne armoricaine, Airent tellemehtconsidérables qu'elles ne pourrontnous prêter qu'un secours insuffisant ; nous disons insuffisant, mais réel, parce que là encore Nominoë dut être amené, par la force même des choses, à faire concorder, autant que possible, ces nouvelles circons- |^
cHptions religieuses avec les anciennes circonscriptions civiles I :
préexistantes, à leur donner pour limites, au moins partiellement, des limites consacrées déjà par le temps et par l'usage (2). La 3« Lyonnaise ayant Tours pour métropole, et dont faisait partie notre Bretagne, ne renfermait que neuf cités, tandis que i[-
la province de Tours compta douze diocèses. Les villes épiscopales de cette province, desquelles il n'est pas fait mention dans la Notice des Gaules, sont Tréguier, Saint-Brieuc, Saint-Malo et Dol. Nous laissons à part la ville de Saint-Pol-de-Léon, dont le diocèse était compris dans le territoire des Osismii (3), ainsi que
Meatdt s'étendit au loin sans connaître d'autres limites que celles qui leur étaient imposées par les forces humaines.
Ce n'est sans doute que plus tard que leurs juridictions devenues plus nombreuses se limitèrent pour ainsi dire les unes les autres, et se confondirent avec les circonscriptions civiles, n dut s*écouler une certaine période de temps entre leur mrivée, la prédication et les progrès du christianisme et celui 9Û forent constitués les évéchés. On n'organise que ce qui çûste. Il fallait qu'il se fut formé d'abord des chrétientés. C. M.
(1) Gosselin sur Strabon, trad. 1. IV, c. i, p. 25.
Sanson avait fait la même remarque. Sanson, de l'anc. Gaule, p. 15. 'Goérard la confirme dans son Essai sur les divis. territ. de l'anc. Gaule,
pp. 39, 40.
Deric dit aussi : C'était un usage reçu anciennement et généralement observé que les divisions et l'étendue des évéchés se formaient suivant le local que chaque peuple occupait. Deric, Hist. ecclés., 1. 1, p. 40.
(2) Â. de la Borderie, Bullet. de l'Assoc. bret., t. III, p. 92.
(3) L'évêché de Léon existait longtemps avant Nominoê, et celui de Saint- Malo remplaça l'ancien évéché d'Aleth, lorsque la ville de Saint-Malo se fut élevée près des ruines de celle d'Aleth. Guérard, It Gaule sont les Francs, p. 190.
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n^i? pp^ft^trx;vw9psj.^BTéft?nçi^.dffipiQq pfia|)jte3-,»e»l^pient, les N^^^]^$tft^lesy,é^è^€;?Blle;S)Q#^fl[l«^^Jle§,Ç^rÂ^ qui.ft9^tiitpus,ftQ?a9i^spçir Gépw;.Aif 0Qïp^w«c^»lQfl4^^U Mf(î5iècle, laj,.îJliQ^i5î^i,4ç^, ,Pr;Ç|y^irM:je;5.4fti ViKrwirft ÇQWdia énumèf e^^joi^ttat
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PQf s^W.q, l^s >lÂïpitesi d^sj anoiewea [Qit4^,iw\mi\^^% 4m^l<&/$e^§Ci d% J^çn^fift dp9, sw(iiQi*i p^wpjf». ;i ïïMisjftupftcavîaiçtliOQnfitî^ nous avons la fortune de nous trouver ici dans un accord parfait avec M. Bizeul, qui s'exprime ainsi, dans une étude sur les Osisnm^^ t^ïtote^*»otféW'deâ'f>révhifee»'(ôt ^s ^és^ dë^"PfifeM4^/^ » rédigée sous Honorius, vers les UWtfè'è'é ^'k'iô^lMWWuTO '
» Mâaàë'Jeë' <iedx<:<{>retnHAr3'^ BiëaleB> de '<l«;'odni![u6lte', > sav^r^i fëÉf
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» ment conservé leur nationalité (2). > .0^^ ,Ge qqi
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JRt»fcwp«»oi]K^Pibe(mM';^'iir' fit -pàrtlie» dandioôèsb ^dié Tôttte^/'jUêri? qa^ad itënips<6ù iltfe«ieédé b!Eri^âpiÉ^;ipri^^ ët&Ië'aè^
Momkitïëçi per 'Ghartés-fle^GhatiVe', au imilieu' Ai ' ix« àièète; Vdilàf d)4nè1a^Uniil0'™éfrtdionaûe"dèfe- Nfetitihètèb «bîôn 'fltèë ^ï ffe ^ttftt' bornéBrf)»l»^l€^'«dtfrs^yiÊr'«la ' fcoii^e jusqu'k^sôfi'êttiboUôHdi* {*)!' D'to'aatre^èMë Jo«rtifeuvte^â^^l)^ecrV«é' qUe ^ Itefe ' «mites ' ^^ ffibfeèié' de W&tetwr ttUTf wwd-iOûëSt;' -atoalétot' feté'pdètfeëi 'àttcîèhhèWfehtatjidelâ ^iérf^bottierf^aétttèîteâ'éc îtife5(tfà'^Ià"i*Jvfêré''dli' 'ëèiteiibTi|'
en deçà de cette rivière, faisait partie du diocèse de NaiTf(es*'(|5]*i^
'ïlf'l '»h TiioUiif . 'ni'>'» I. 'j'ifti.'rr-» '^rfc^ffi r.( l'-ifiioDr. rir» linU
(1)0 oc AftVi9P MTtt çu Il(XTOv«i>v,Tt xat riapLvcTcDv cxbaAAf(. otcab.. lib. IV.
m^^^rrofir/irr^ MF) fîoi if.-nr.n 'i.I . » ((jf. ir , »f^^/'r^o^> r^. f;['>h n'ilrr'iu.7
(3) On sait qu'Auguste, en donnant plus d'étendue à l'Aquitaine, recula ses bornes jusqu'à la Loire. D'Anville, Notice, au mot Liger.
(4) Gésaf iwÉàk attS8i<les NaktoSteé'ad nmtibre'aesTcilêâFttHié'éi^dis'^ûèiëi et dont le territoire est bordé par la ip6kr.„ , yy .j,r j^.ir . ,^,,,..^vT * r»
(5) Chron. Briocense, act. SS. ord. S. Benedicti. € Messiacum territorii namnetici. i Ap. D. Loblneau.
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402 ASSOCUTION BRETONNE
On lit encore dans le Chronicon-Briocense, rapporté parDom Lobineau, qu'un évèque installé par Nominoê sur le siège de Nantes, et qui s'était maintenu, après la mort de ce prince, dans une partie de ce diocèse, le long de la Vilaine, étendait sa juridiction, c tisp que a4 Semenonem, » jusqu'au Semnon. Voici donc les Nampète3 bornés au sud par le cours de la Loire, à l'ouest par celui de la Vilaine et au nord par la rivière du Semnon. Il ne reste h indiquer que leur limite orientale. Cette limite doit être coûfonr due, selon nous, et l'on s'accorde généralement à l'identifier avec ceUe des anciens diocèses de Nantes et d'Angers, qui ne diffère pas notablement elle-même de celle des départements de la Loire-Inférieure et de Maine-et-Loire.
On voit déjà, 'nous l'avions annoncé, que nous demeurons inébranlablement incrédule à l'existence de ces fameux Samnites, peuplade ou colonie phénicienne ou égyptienne (i).
César, qui a du camper vers l'embouchure de la Loire, ne dit pas un mot des Samnites, mais il compte les Nannètes au nombre des peuples maritimes qui s'associèrent aux Vénètes et leur fournirent un contingent de vaisseaux, dans la grande lutte d'in-^ dépendance contre le conquérant. Le témoignage de Strabon est formel : « c'est entre les Pictons et les Namnites (2) que la Loire i> débouche (3). -» Il ne nous semble pas qu'on puisse met^e en doute la parfaite exactitude de Strabon sur ce point ; il vient dé dire un peu auparavant : « c'est entre les Bituriges-Vibisques et ^ les Santons.... que la Garonne débouche dans l'océan. » Nous sommes ici sur le littoral, les renseignements ne manquent pas : il s'agit de l'embouchure d'un des plus grands fleuves de la Gaiale, et de côtes qui étaient parfaitement connues, du temps même de César.
Doit-on accorder la même créance à cette . histoire de l'île mystérieuse, habitée par des Bacchantes Samnites, histoire racontée déjà si souvent, d'après la narration de Strabon, qui n'y croyait guère et la rapportait seulement sur la foi de Posidonius? Il faut bien en parler encore, puisque le sort des Sam*
(1) Notice géogr. par M. R. Kerviler, Bull, de TAssoc. bret., 1873, p. 66.
(2) « NafAvÎTat. > Strab., lib. IV, c. il, § 1.
(3) « *ExÇaX>fc. » Ibi4,
Gi06RAl>HnS I>B LA PÉNINSULE ARMORICAINS ' 103
Rites de la Loire y semble en partie attaché : < Dans l'océan, % dit Strabon, mais pas tout à fait en pleine mer, et juste en face 1 de l'embouchure de la Loire, Posidonius nous signale une lie 1 de peu d'étendue, qu'habitent, soit-disant, les femmes des » Samnites. Ces femmes, possédées par la fureur bacchique,
> (Perchent, par des mystères et d'autres pratiques religieuses,
» à apaiser, à désarmer le dieu qui les tourmente elles ont
1 coutume, une fois l'an, d'enlever la toiture du temple de Bacchus » et de le recouvrir dans l'espace d'une même journée, avant le » coucher du soleil, chacune d'elle apportant sa charge de ma- » tériaux ; mais s'il en est une, dans le nombre, qui, en trav<'iil-
> lant, laisse tomber son fardeau, aussitôt elle est mise en pièces
> par ses compagnes, qui, aux cris d'évoé, évoé, promènent, 1 autour du temple, les membres de leur victime, et ne s'arrêtent » que quand la crise de fureur qui les possède, s'est apaisée
> d^elle-méme. Or, ce travail ne s'achève jamais sans que quel- » qu'une d'entr'elles se soit laissée choir, et ait subi ce triste
> sort.
» L'histoire des corbeaux dont parle Arthémidore tient encore 1 phu de la fable, ajoute Strabon. >
On a placé l'Ile des femmes Samnites à l'embouchure même de la Loire, et on a conclu, avec une apparence de raison, que sur la rive du fleuve, et au bord de la mer, habitait une peuplade Samnite. Etant données l'authenticité de Thistoire et l'exactitude de la situation assignée à l'île fameuse, la contestation serait impossible, car Strabon ajoute, toujours sur la foi de Posidonius : que ces femmes passent sur le continent pour avoir commerce avec leurs maris ; mais voici une autre histoire, racontée par Pomponius Mêla, qui pourrait bien avoir trait à la même île, et aux mêmes femmes, malgré des variantes importantes : c L'Ile de
> Sein, située dans la mer Britannique en face des Osismiens.
> est célèbre par un oracle du dieu des Gaulois (gallici numinis),
> dont les prêtresses, vouées à une virginité perpétuelle (il faut :» reconnaître ici une différence notable), sont au nombre de » neuf. Les Gaulois les appellent Cènes (1), et les croient douées
(i) Pomponias Mêla dit c Gallicenas vocant » qu*on avait d'abord traduit par « on lès nomme GalUeèneft. » L'union des deux mots vient évidemment de rerreur d'mi manuicrit.
> da pouvoir singulier de déchaîner les vents et de soulever le&
> flots par leurs cantiques (carminibtM), de se métamorphoser
> en tels animaux qu'elles veulent, de guérir les maladies qui » pour d'autres restent incurables, de connaître et de prédire :» l'avenir ; mais elles n'accordent ces faveurs qu'aux navigateurs ) qui viennent dans leur île, dans la seule intention de les con-
> sulter (1). »
Nous avons hésité à remplir quelques pages de ces légendes de féerie antique, à propos de géographie ; mais, puisqu'on en a fait des arguments de géographie, il le faUait bien, et nous irons jusqu'au bout. Il semble que File sacrée qui nous occupe soit une île flottante que le caprice des vents fait voguer d'abord vers l'ouest puis ensuite vers le nord ; Festus Avienus, dans son poème intitulé Descriptio orhis terrœ, qui n'est qu'une traduction libre de Denys le Périégète, raconte ce qui suit: « Plus loin, près des y> lieux d'où vient le soufle glacé de l'aquilon, deux. îles élèvent,
> au-dessus des ondes, leurs larges sommets ; leur sol est fertile 1 et d'une vaste étendue ; situées dans les parages, où le Rhin va
> se perdre dans les eaux de l'Océan occidental, elles nourrissent 3 les races féroces des Bretons. Là du miheu des flots d'une vaste
> mer, sort une petite île. Des chœurs nombreux de femmes y » célèbrent les fêtes du beau Bacchus ; ces jeux sacrés se pro-
> longent jusque dans la nuit. Elles font retentir l'air de leurs
> cris et la terre du bruit incessant de leurs pas. Les femmes des » Bistoniens, près du fleuve Absinthe, en Thrace, elles-mêmes,
> ni les Indiens des rives du Gange, aux flots impétueux, n'ob- » servent, avec autant de zèle, les fêtes instituées en l'honneur
> de Bacchus.
» Si de là l'on dirige son esquif, à travers la vaste mer, vers
> l'Ourse, fille de Licaon, on verra paraître les vastes sommets de
> Thulé (2). >
Le poème géographique de Denys le Périégète a trouvé un autre traducteur encore que Festus Avienus, c'est le grammailien Priscien (3) de Césarée et sa traduction présente un détail
(1) Pomponius Mêla, lib. UI, c. vi.
(2) Avieni descriptio orbis terrae, vers 745 et suivants.
(3) « Rhenique Britannides ostia cemunt... nec spatio distant Nesidum
> Ùttora longé, in quibus uxores Amnitum bacchica sacra concélébrant; .
6É00RAPHIK DE LA PÉNINSULB ARMORICAINE
lOK
que nous ne saurions négliger : c U existe deux autres lies dans » Tocéan, vers les ourses glacées ; les Britannides découvrent
1 les bouches mêmes du Rhin Les rivages des Nésidesti'en
1 sont pas éloignés ; c'est là que les femmes des A mmtes (sic) » célèbrent les mystères de Bacchus, ornées de guirlandes et dé
> couronnes de lierre. »
Nous voici arrivés bien loin de Tembouchure de la Loire, en vue des bouches du Rhin et de Thulé ; mais nous pouvons y revenir en un instant et, après cette digi*ession, nous demander s'il y a lieu de tenir un compte quelconque de Targument tiré de l'existence des femmes Samnites ou Amnites de Vile, à Tappui de l'existence des Samnites de la Loire (1). Nous avons voulu faire ressortir ce fait que Strabon parle des Namnites de notu, et des Samnites, ou au moins de l'île et des femmes Samnites, sur la foi d'autrui, et sans même accorder à cette histoire une véritable créance. Les citations d'Avienus et de Priscien nous semblent prouver qu'il avait en cela raison.
Pline ne fait aucune mention des Samnites, mais il nomme les Namnètes, et les place au point où se termine la presqu'île armoricaine (2).
Nous arrivons maintenant à Ptolémée qui mentionne deux' fois les Samnites et une fois les Namnètes. En rapprochant les deux passages où il parle des premiers, on obtient ce qui suit : c Occidentale littorale sub Osismiis tenent Venett, quorum civi- 1 tas Dariorigum ; sub quibus Samnitœ appropinqùantes Ligeri
> fluvio. In mediterranneâ autem Samnitis septentrionaliores
> Ândicavae (3). > Ainsi les Samnites s'étendent de VembouekWé de la Loire jusqu'à la limite des Andicavés ; ils occupent, '!dbtW long du fleuve, ce que nous appelons maintenant le pays Nantais ; et leur occupation n'a pas été passagère,^xç)^ppie^cODirV^rpensé,
> hederae foliis tectaeque corymbis. (>c«âi]iAtNM|«Ksrliinc>(inT*biM^''«*<I^
> tum, ad Tbulen renies, qu» nocte^^dtqciuEe treki<ï0t tit«ni&rfadiis.'v*ri)MfrfS),i
Pcrieg. ap. Priscian, vers M6, 587, 588, 589. "îr! n . ^iio/ irs-»!»//
(1) Nous avons tenté, y aurons-nous réussi, d^^^tuMpi^df absoktménfc. Hgirgliment tiié de read^^çf^s,ffii«M4«W«?'?f^«Pï^it^ Açs,f#^
ge0grapn|£».~| ►,^^,^j.„;,„p «^[f.^-, ,-,f,.^j .-imtUTt m .--^l rJqtt-iri \ -*h •»• p rirjr. >•-.;• »
(3)Ptolém., l. II, c. vn.
"r. fj ,l\rA . Sfirvrr^xr»
iOfi ASSOOATION BRETONNE
earlonctçmps après Ptot^ée, &u eommeneemont du if siëele, Ifvcien d'Héraclée, dit encore : « Fluvium (Ligerim). Aeeolitr s gms Samnitarum (1). >
XprèBle^ Andicavœ, voisins des Samnitœ, Ptoléméa nomme 1m Aut«rci Cénomani, puis les JVamnttec, dont la cité principale est Condevineum (Condivicnum), et ensuite, jusqu'au fleuve Seguanoi, les Abrincatui dont la cité principale est Ingma (2). Il faut remarquer que notre géographe, dont l'habitude constante est de joindre & l'indication du nom de chaque peuple le nom de sa capitale, n'a indiqué aucune ville chez les Samnitœ, mais uniquement Condevincjtm, chez tes Nantnitœ.
Le texte de Ptolémée présente, en cet endroit, dit le B"" Walckenaer, une erreur et une répétition évidentes. On voit encore ici des traces de ce combat d'éléments différents, qui résulte de la diversité des sources, où il a puisé ses descriptions pour les régions du littoral et celles de l'int^eur (3).
César, qui dirigeait, en personne, sa grande expédition contre les Vénètes, nomme les Nannètes (i) et ne connut pas les Samnites; Strabon affirme que la Loire se jette dans l'Océan enta% les Pictons et les Namnètes. Il encadre dans sa narration l'histoire des femmes Samnites, sur la foi de Posidonius, qui neconnaissait que le midi de la Gaule, et sana en garantir, loin de là, aucunement l'authenticité. Pline place les Nannètes au point ou se termine, vers l'intérieur, la péninsule armoricaine.
Ptolémée, dont la géographie présente de nombreuses erreurs, en ce qui regarde les peuples et les points géographiques ds l'intérieur, ne pourrait jamais en être accusé plus justement qu'alors qu'il place Condate sur les bords de la Loire et donnd
(1) « na[MiKDÛiTi et tS, iroTaiiS, (Lifn) tencnïreu t9 (&mî. > Gcogr. vetrT. Scriptor. gned minores.
(2) Selon nob^ epinion, la Stqutitia indiquée ici est It Selama «u SeauBC. L>e nom de ceUe rivîËre a éU icrit Saquana^ Stgontt, Sigona, Seeana. Htir, Valeùî, Nolic., p. 510.
(3) Walckenaer, 1. 11, p. 362.
(4) M. Kerviler dit lai-mème : ■ Les Vénètes ne deviient appeler i lenr t secours q'ie de) peuplades maritimes; toutes celles qu'énumère César le sont » en effet, sauf les Namnètes, voisins directs (tie) de la mer, en tous cas rin- > rains de la Loire, i Kervilar, Etade critique tur la Gêaçr. dt ta p^eifit'Oe armork., 1874, p. 57.
OÉOORAPHa DELA PÉNINSUU ARMORICAINE
iOV
pour P9iipl# Umitrppbe aiu Abimiete les AbrineçUui. Il nous semble qu'il y a ici une aorte d'évidence, et notïs pe ppuvonf loieux foire pour terminer ce qui concerne les Namnètes qu^ de reproduire la ferme et nerveuse conclusion, sur ce point, 49 U. Bizeul, auquel nous serons heureux de rendre juf^tice en toute occasion.
« Ptolémée, dit M. Bizeul, nomme deux fois les Samnitf^, ' > Saftvcrac ; la première, il les place au-dessous, c'est-à-dire, au » midi des Vénëtes et près de la Loire ; la seconde au sud-ouest
> des Andicaves. Ces Samnites occupaient donc incontestable* » ment le pays de Nantes ; ils étaient donc les mêmes que les
> Amnites, les Namnites (1).
> En disant que les Samnites sont au-dessous, c'est-à-(|ire au ^ midi des Vénètes et près de la Loire ; en ajoutant que les An^
> décaves les touchent à l'orient, il n'a plus laissé sur le terri-»
> toire Nantais, aucune place pour les Namnètes
» On attaquera tant qu'on voudra les textes et les copistes ;
> mais je crois impossible de répondre à cette double mention
> des Samnites occupant l'emplacement précis des Namnètes de
> César, et des Namnetœ rejetés fort loin au nord-est, tout cela
> dans le même chapitre et par le même géographe (2). i Nous nous approprions complètement cette conclusion qui n'a
d'autre inconvénient que d'enlever une grande partie de son intérêt à Thistoire romanesque des magiciennes Samnites.
Nous n'admettons pas plus, à l'embouchure de la Loire, de peuplade Saranite, issue des Samnites de l'Italie, qu'en Italie une colonie des Samnites de la Loire. Les deux affirmations contraires ont eu leurs partisans, mais elles ne se soutiennent plus(3).
(1) Bizeul, des Namnètes, p. 19.
.(2) Bizeul, des N^unnètes, p. 34. M. Bizeul a été heureusement de plut m plus infidèle à la règle quMl s*étsût faite, en commençant, dé n*avoif plus aucun commerce avec les géographes anciens et modernes, et nous sommes heureux d'en recueillir les bénéfices.
(3; Dès que Ton admet la correction du 2 en N, tout rentre dans l'ordre vrai et il ne reste plus que la confusion et lès erreurs de chiffres de Ptolémée.
A.UX autorités nombreuses, citées en faveur de cette opinion par M. Bi^ul, il faut ajouter celle du savant helléniste, M. MiUèr, de Tlnstitut, dajos son édition du Pédple de Mareien d'déraclée (1. n, p. S5). Cette opinion est d*un grand poids pour nous.
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106 ASSOCIATION BRKTONNI
Nous ne voulons pas dire assurément qu*il n'ait pas 'existé là quelque comptoir phénicien ou carthaginois, dès les temps très anciens ; on le sait bien, si Ton n'a pas oublié les préliminaires de cette étude géographique.
L'antique Carhilo, dont parle Strabon, qui n'existait plus de son temps, mais que Polybe a cité avec Marseille et Narbonnè comme d'importanteis villes commerciales de la Gaule, Corbilo emporium ad Ligerim, fut peut-être un de ces comptoirs pbtoi^ ciens. Nous nous abstenons d'en indiquer la situation pftrdèil<que toute donnée pour cela nous fait absolument déMûTt^l^i^r/ ^"''^^ "■
En traçant ci-dessus la limite ocddeiflfiîé ihi^'tôfrïtbifë^^des Namnètes, nous obtenions le mème^uMàtp9Ûi'hE'limi1te<^0tién^ tdé'de celui des^ Vénèb^/ NiMid efdyoné^etb^'prboêdëriihmédfàéertfëilt'9' lèT'fébhërélie' dte^^llintrelè "Aw ftéfrîCt)ft<è 'cTsfethiéif ^qui a'Setin'é^lléU', dlitiâ^cèS^des^ëfs^lèîifipéi àlR^ie^iriidfibi^ que nous ne p&^fiûhi^ psk'^^J îV^i»Nëtk^''Ae^-t!JSmé ffdëUi lmiiteFdeëi<féiltàle d^t' W ritdti^f ^flétfqûédei CMdV^fiPtiÉftif ^pli-
éitébïèât Vtkbéi^? '■'^''*'» f- 'nnnoq'n nh nMi<;^rif|fnr ;^roT> ^i^.învn * ^b ^.'nufiffif,'/ ;--.'^b xr»'i'rq .trf'»ni'"»'ffJr|rn'-»*f Inr.qrr'no ;/)1rfifTfr.<î ^.""ib f f Pn firnt ,i;/^ hinrr ifi; nmi lia] >.')i'^.(0'i i^^'^r.mr,'/'. p/ib i? ^IV^p/k) u
■rrr.r '»b nri if,q oï.nm:; '»fîiî T»/"»Irf.'^»'l> otrp .!n.'^rfj'r/-nonni oTliir.'h
César^"* Straftiéth'^ "FMapooios IMlai^ ^limnel (9toiéiiléef tbiiti teèliH' tMn.iie» lOrfsiMfîi/'BlriceQifnndef oès^^Utpurcf qaètàBrrihdiqiteiil^la s>tuatidn}lleQiT^triUn»M B^estréimt^ eoddenlalaiâe^riaaBffètdgneq César ler^ilomiÉèç au'iirefni&rrangl pàniii MiaUséâ^desQ^énèlfte;) déSii^ldfgtiaBde^Mto qe^rceufii^ieareQtrkidfDateniréoisttede'COii^^ quérant. Strabon place les Osismii auprès des Veneti et sur les
'H «si'prdbablê^'dH'tti'eésjiiItliAsjtiiaeni'd^eér eitfoH W0^iani> eif rq«nH)|)a
(1) Hadrien de Valois le place à Couêron ; a Antiquirùs'fùïtèmponuni'C&l^ i>'*Ai)i|(8riiifc>;«g»'€oiffOif, .^lri6o8roA f«M>oredideifimi(cifuin|ièra«n ^M&^is Y du«luisilitt«ri^iair«UBfit« Aift^4rj^VMeA(yJMiCï,(#.'4^<>rirq nf?^^ -^n ii f^ kv/
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OioOIUPUlE Dt LA PÉNIMSUUC AtUIOtUCAINC
bords de Tocéan : c En sortant du territoire des Yeneti, dit-il, 9 on entre sur celui des Ornmtî... qui habitent un prpmontoiire >. assez avancé dans l'océan , mais moins pourtant que ne l'a dit > Pythéas (1). » C'est certainement du promontoire Gobœum que Strabon veut parler.
Pomponius Mêla, dans sa description des rivages extérieurs de la Gaule, dit qu'après l'embouchure de la Garonne, le continent forme une courbe s'avancant dans l'océan depuis le pays des Santons jusqu'à celui des Osismiens, à partir duquel il va présenter de nouveau son front au septentrion (2).
Cela nous parait indiquer que, selon Mêla, le territoire des Otismii s'étendait, jusqu'à l'extrémité même de la Bretagne et à tous ses rivages méridionaux.
Mêla dit encore que l'ile de Sein (Sena insula) est située en fckce des rivages osismiens, dans la mer britannique. Ces mots de mer britannique peuvent causer quelqu'étonnement à ceux qui; ne savent pas que les anciens étendaient ce nom bien audelà encore, au sud du promontoire Gohosum. Nous avons cité, plus haut, le géographe; Vibius Séquester disant que la Loire se jette dans Vocéan britannique (3). Un autre géographe, iËthicus, dans sa cosmographie, partage l'Océan Atlantique en diverses régions qui sont, en partant du septentrion, la mer de Thulé, la mer britannique, la mer des colonnes (d'Hercule) et le détroit d'Hercule (4).
Pomponius Mêla, avec une précision plus grande, nous montre les Pyrénées s'étendant, à l'occident, jusque sur les bords de l'océan britannique (5).
Pline, après avoir dit que la Gaule lyonnaise comprend les
Xi)Strab., 1. IV, c. m.
(2) c A Garumnae exita, latus illud incipit terrae procurrentis in pelagus et i».ora... ab Santonisad Osismios usque'deflexa. Ab illisenim iterum ad septen- » triones frons littorum rêspicit. » P. Mêla, lib. UI, c. ii. Galliae ora exterior.
Mêla ne pourrait certainement pas s'exprimer ainsi, si les presqu'îles de Crozon et du Raz avaient appartenu aux Vénètes.
(3) t Liger... in oceanum britannicum evolvitur. » Vib. Seq. de fluminlbus.
(4) « Mare Tillae, mare britannicum, mare colfunnas, Hejr<mii$ fretum. » £thic. cosmograpbia ; Oceani occidentalis situs.
(5) P^rensus primo hinc ihBHtannicum procurrit oceanum. » P. Mêla, 1. % c. VI. Hispanise ora citerior.
re. -- > ■ -,
ÀSSOaATlON BRrrONNE
Vf
Lexoviif les Veltoca^se», les. Galletes, les Veneti, les i4&rtncatui; les Osismii, ajoute que la Gaule forme une presqu'île remarquable s'avançant dans Tocéan, ayant, depuis les limites extrêmes (à fine) des Osismiens, six cent vingt-cinq milles de circuit.et cent vingt-cinq milles de largeur, et au-delà de laquelle sont les ttannetes (1^. Ce texte dç Pline ne brille ni par un ordre ni par une clarté parfaits ; mais de quelque manière qu'on veuille l'entendre, il est du moins constant que cet écrivain dépeint notre Bretagne comme une péninsule qui s'avance dans l'océan et dont l'extrémité occidentale était habitée par les Osismiens, tandis qu'au levant les Nannètes venaient immédiatement au-dessous d'elle, c'est-à-dire à son midi.
Nous arrivons au témoignage de Ptolémée : « La côte septen* » trionale, dit notre géographe, à partir du fleuve Sequana, est » occupée par les Caletœ,,. Après eux viennent les Lexuhii;,
> puis les Veneli, les Biducesit, et enfin les derqiers (2), les i> Osismix, s'étendent jusqu'au promontoire Gobœum et ont pour
> cité Vorganium, »
c La côte occidentale, souè les Onsmii, est occupée par les » Venetiy dont la cité est Dariorigum, et au-dessous sont les i> Samnitœ qui vont jusqu'au fleuve Liger (3). 3 Ainsi donc les Osismiens s'étendent jusqu'au promontoire Gohœum; ils occupent, selon Ptolémée, la presqu'île du Raz, cela est certain ; on est, en effet, universellement d'accord pour placer le Gohceum à l'extrémité de cette presqu'île. Ils confinent aux Veneti, mais où est leur limite du côté de ces derniers ? Elle se confond, selon nous, avec celle qui sépara les évêchés de Gornouaille ou deQuimper et de Vannes. La légende de saint Menoulf, rapportée dans la bibliothèque du P. Labbe, tome II, et dans les Boilandistes, tome III de juillet, nous apprend quecesaiiit, quittant la Grande-Bretagne, vint aborder dans cette partie du territoire des Osismiens, où saint Chorentin était évéque (4). Or, le siège
(1) ... Peninsulam spectaiiorem excurrentem in oceanum, à fine Osismioriun il çircuitu dcxxv-m. Passuum cervice in latitudinem cxxv-M. Ultra eam Nan- > nete8,3 Pline, BM. nat., 1. IV, c. xxxn (18).
^(3) « Ultiini usque ad Gob«um promontorium Ostamii. » Ptolém., c. Vii (S). Celtogalat. lugdun.
(3) Occident^de autei^ littorale latu$ sub Osismiis tenent Veneti. » Ibid,, ac supra.
(4) c Pervenit in minorem (Britanniam) in provinciam civitatis qu» ab anti-
OÉOORAPHIC DE LA PÉNINSULE ARMORICAINB 111
de saint Ghorentin était Quimper, saiis aucune contestation possible. Ainsi, dit d'Anville, de ce que, dans la vie de saint Gildas, on lit que saint Pol fut évoque des Osismiens, on ne doit pas (inclure que le nom û'Osiimii ne s'applique qu'au diocèse de Léon. Le même nom s'appliquait également au diocèse de Quimper. Il en lésulte que le territoire des Osismiens s'étendait du littoral septentrional jusqu'au littoral méridional, embrassant toute la Comouaille (1). Le diocèse de Quimper n'était qu'une frovince de la cité des Osismiens (2), qui occupaient la partie occidentale de la Bretagne dans toute sa largeur (3).
Cette opinion, après avoir eu cours pendant longtemps, a été récemment discutée, et même rejetée par plusieurs écrivains. MM. Le Men et Longnon ont été les premiers à l'attaquer ; M. R. Kerviler n'a pas seulement suivi leur sentiment, il a fait valoir de nouveaux arguments à l'appui de leur thèse. Selon ces écrivains, le territoire des Vénètes, loin de s'enfermer dans les' limites de l'ancien diocèse de Vannes, s'étendait jusqu'au promontoire Gobceum et enserrait toute la Comouaille. L'Ile de Sein n'était plus la Sena insula ; ce nom était transporté à l'Ile d'Ouédsant, placée plus exactement, disent-ils, dans l'océan Britannique. Le texte de César, dans le troisième livre de ses Commentaires, l'immense autorité qu'il reconnaît aux Vénëtes;^ ne permettent pas de leur attribuer des limites aussi étroites que celles de l'ancien évèché de Vannes. Les ports du littoral méridional leur appartenaient presque tous. Un argument puisé dans Ptolémée, et qui lui parait décisif, vient enfin, selon M. R. Kerviler, trancher la question. Le géographe d'Alexandrie ne dit-il pas : c La côte » occidentale sous les Osismiens, tuh OsistniU, est occupée par > les Vénètes ; > or, on sait que le mot au&, chez les anciens, voulait dire au midi. Donc les Vénètes occupaient toute la partie méridionale de la Bretagne jusqu'à son extrémité, au midi de* (hismiens. Ce texte de Ptolémée, ajoute l'éminent
> quis Otxintpf ufft nancapatur, cujus S. Chorentinal autistes «rat. » B&bttoth. Labbe, t. U.
(i; D'AhyiUe, NoUce, au mot 0$i$mii.
(S) t Proninciam civitatis qu« ab antiquis Oximoriun nuncuiMlai'. % BUHIioth.
(8) D'AnvUle, Notice, au mot Vorganium.
112 ASSOaATION BR£T014N£
ingénieur, ne concorde-t-il pas parfaitement avec les textes de César piûrlant de la puissance maritime des Vénètes et leur attribuant la possession de presque tous les ports de cette côte (1) ? Il n'y a donc^ encore une fois, conclut M. R. Keryiler,. place pour aucun doute ; c pour peu qu'on veuille traduire simplement
> et sans idée préconçue les textes de César et de Ptolémée, le
> territoire des Vénètes s'étendait jusqu'à la pointe de Crozon (2). » Nous répondons, puisque c'est avec un texte de Ptolémée
qu'on prétend rendre la démonstration irréfutable, que cet autre
texte du même géographe « ultimi u«gu« ad Gobœum promaft-
Y torium Osismiii^ est absolument inconciliable, avec l'opinion
I qui étend le territoire des Vénètes jusqu'à la pointe du Raz et
leur attribue les baies d'Audieme et de Douarnenez. Il est cer- . tain que le nom de Sena insula s'applique à Tile de Sein, et M. de la Borderie, dans sa savante, et selon nous, victorieuse Notice sur les DiablinteSy CuriosolUes et Corisopites, a fait complète justice de ces tours de force d'étymologie, par lesquels on voulait interdire à l'ile de Sein de se nommer Sena et contraindre l'île d'Ouéssant à quitter son nom d'Uxantia pour prendre celui de Sena ou bien encore d' Uxantissima. En ce qui concerne la mer Britannique, nous avons prouvé que les anciens étendaient ce nom jusqu'à l'embouchure de la Loire et même jusqu'au Pyrénées.
Au dire de César, les Vénètes possédaient presque tous les ports du littoral méridional de la presqu'île (3). c Et, comme le?
> anciens géographes, dit M. Kerviler, n'en signalent qu'un fort
> petit nombre au nord, à peine un ou deux, on doit en conclure » qu'ils possédaient tous ceux du sud (4). »
Ce raisonnement n'est certainement pas rigoureux ; dans l'opinion que nous soutenons, il les possédaient^ en effet, presque
(1) • Paucis portibus... quos tenént ferè omnes. » Caâs., 1. HI.
(2) R. Kerviler, BuUet. de TÀssoc. bret.^ 1874, p. 40.
(3) R. Kerviler, Etude critique sur la Géogr. de la presqu'île armoricaine, 1874, p. 39.
l4) 4 Paucis portibus interjectis quos tenent omxté$ ferè. i Caes. I. III. c La » phrase de César s'applique parfaitement, an contraire, à toute l'étendue 9 de la côte sud de la presqu'ile armoricaine. » R. Kerviler, Etude critique sur la Géogr. de la presqu'île armoricaine, 1874, p. 99.
GÉOGRAPHIE DE LA PÉNINSULE ARMORICiONE 113
tous, encore bien que nous refusions de leur attribuer le Vïndana portus, qui était aux Osismiens, habitant à l'extréfhité occidentale de la courbe formée par le littoral méridional de la Bretagne ^1).
Mais voici le texte de Ptolém^e qui a semblé décisif aux partisans de l'opinion que nous combattons : c Occidentale autem > littorale lat us, sub Osismiis, tenent Veneti. t c Suivant eux, ce y texte est formel ; qu'en conclure, disent-ils, sinon quelesVénètes » occupaient les baies de Douarnenez et d'Audierne, ou, pour » mieux dire, les presqu'îles de Crozon et du Raz... ils occupaient » au moins les évéchés de Vannes et de Quimper, séparés des » Osismiens par une admirable frontière naturelle, la chaîne » des montagnes d'Arrèz (2). »
Ces conclusions nous paraissent hors de proportion avec le sens que la saine critique doit attribuer au texte : c Sub Osismiis tenent Veneti » ; s'il ne faut pas, selon nous, renoncer à tirer des Tables de Ptolémée tout le parti possible, il n'importe pas moins de l'étudier d'assez près pour ne pas attribuer à certaines des indications qu'il donne, une rigueur et une exactitude plus grandes qu'elles ne le méritent. C'est ce qu'a fait évidemment M. Kerviler. Il est très vrai que, dans l'usage des anciens géographes, le mot sub est employé pour indiquer le midi, et le mot super le nord, par rapport à un point ou à un lieu déterminé ; mais il est également vrai qu'ils ne savaient mettt'e aucune exactitude dans les indications relatives à l'orientation. Ptolémée ne place-t-il pas les Samnites au midi (sub) des Vénètes (3) 9 Pomponius Mêla ne met-il pas l'Irlande au nord (super) de l'île de Bretagne (4) ? Strabon ne donne-t-il pas les Pyrénées pour limites à la Narbonnaise à l'occident, et les Cévennes au nord ?
Les Vénètes sont au-dessous des Osismiens, comme les Samnites, selon nous Namnites, sont au-dessous des Vénètes, il n'y a pas plus de précision ici que là.
(i) c Ora... ab Santonis ad Osismios u^ue de flexa. » P. Mêla, 1. III, c. il. (2> R. Kerviler, Bullet. de TAssoc. bret., 1874, p. 38.
(3) c Veneti... sub quibus SamniUe. »
(4) ft Super Britanniam Ivema est. i Mêla, 1. III, c. vi.
Arch. 8
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n nous reste a parler d'un texte de César sur lequel MM. Le Meo et Longnon ont appuyé leur thèse, et qui parait à M. Kerviler avoir une véritable valeur ; c'est celui oU Tautêur des Commentaires dit que la cité des Vénètes avait, de beaucoup, la plus grande autorité sur le littoral de ces régions (1).
Résulte-t-il de ce texte que la grandeur du territoire des Vénètes dut être proportionnée à Timportance de leur autorité, de leur influence ? nullement. César se charge lui-même de nous en expliquer très clairement les causes : c'est, dit-il, qu'ils possèdent un grand nombre de navires, avec lesquels ils ont coutume de se rendre dans les ports de l'île de Bretagne, qu'ils surpassent tous les autres dans la science et la pratique des arts nautiques, et que, maîtres du petit nombre de ports qui se trouvent situés à une certaine distance les uns des autres, sur cette mer orageuse et sans abri, ils y perçoivent un tribut sur ceux qui fréquentent ces parages (2).
Les Vénètes devaient leur grande influence à leur puissance maritime, au commerce et à leur richesse. Ce furent souvent, dans les siècles passés, des peuplades ne possédant qu'un territoire peu étendu qui acquirent 1' « amplissima auctoritas > dont parle ici César, témoins les Phéniciens, les Carthaginois, les Grecs de Massilie, les Vénitiens, etc. L'Angleterre forme-t-elle <un des plus grands états de TEurope? Il est évident qu'il n'y a aucun argument à tirer du texte de César en faveur de l'excessive extension qu'on a voulu donner au territoire des Vénètes, En résumé, pour soutenir l'opinion que nous combattons, il a fallu transporter le Gohœum au cap Saint-Mathieu, où les Tables de Ptolémée ne permettent pas de le placer (3) ; il a fallu également transporter
(1) c Hujus civitatis est longé amplissima aucloritas omnis orae maritîmae > regionum earum. » Caes lib. III, c. viii.
(2) c Quod et naves babent Veneti plurimas, quibus in Britanniam navigare 1» consueverunt, et scientiâ atque usu nauticarum rerum caeteros antecédunt, 1» et in magno impetu maris atque aperto, paucis portibus interjectis quoê » tenent ipai omnes ferè, qui eodem mari uti consueverunt habent veeiigalea. » Caes., 1. m, i\. vni.
Ptolémée ne mentionne chez les Osismiens que deux ports, Vindana et Saliocanua, dont le premier seul est situé sur le littoral méridional.
(3) Il est hors de doute que le Gobonum est un cap occidental de la presqulle du Raz, et que le territoire dès Osismiens s*étendait jusqu'à ce promontoire.
l'Ile Scna à Ouëssant et VUxaniU ailleurs. Ajoutons que, par la même occasion, M. Le Men a fait couler le fleuve EvUm dans le lit de la rivière d'Aulne. Libre de tout esprit de système, nous n'acceptons cependant rien de tout cela, et nous défendons ici tout simplement, en les fortifiant par de nouvelles preuves, des opinions qui avaient cours bien longtemps avant nous (1).
Les écrivains, qui attribuent aux Vénètes tout le littoral méridional de la Bretagne, depuis le promontoire du Raz jusqu'à la Loire, se sont sans doute laissé influencer par la ressemblance entre les noms de lieux : ils ont cru devoir attribuer le Vindana aux Vénètes par le motif unique du rapport, assez éloigné pourtant, de ces deux noms entr'eux ; cette preuve n'est rien moins que suffisante. Ils ont forcé le sens du texte de César, quand il dit : Les ports étaient peu nombreux, et ils les possédaient presque tous ; ils ont interprété les termes « hujns civitatis sst longé amplissima auctoritas » d'une manière que rien ne justifie. En ce qui concerne Vorganium, ils ont obéi à l'idée préconçue que la racine de ce nom impliquait nécessairement une situation au bord de la mer, ainsi que La Tour d'Auvergne l'avait prétendu. Nous croyons avoir opposé, à toutes ces raisons, de bonnes raisons ; on jugera. Il nous reste à compléter l'indication des limites des Osismiens, et nous le ferons en quelques mots, parce que toutes les opinions, à notre connaissance, s'accordent sur ce point: leur territoire était borné à l'est par le cours inférieur du Trieux, Tetua fluviuê, et celui du Leff', qui, de ce côté, répondent exactement à la limite de l'ancien diocèse de Tréguier. Sur les autres côtés, au nord, au midi et au couchant, la mer formait les limites des Osismiens.
Nous avons insisté, au commencement de ce travail, sur l'avantage, la nécessité même d'une étude d'ensemble, dans laquelle tous les résultats se tiennent et se contrôlent les uns les autres. Après avoir démontré iiTéfutablement, nous le croyons du moins, que le territoire des Osismiens s'étendait du littoral septentrional jusqu'au littoral méridional de la Bretagne, nous demanderons à. ceux qui prétendent placer le Vorganium de Ptolémée à l'em-
(1) D'An ville et Walck^naer s'accordent à attribuer aux Osismiens Texlrémité de la Bretagne tout entière. D'Anville, Notice, au mot Osismii, et Walckenaer, Géogr., t. T, p. 380.
bouchure de l'Abervrac'h, si cette opinion leur semble encore pouvoir être soutenue, même indépendamment des raisons que nous avons fait valoir à l'article de Varganium. La situation de Garhaix, au contraire, sur un point à la fois central, dominant et fertile ne répond-elle pas cent fois mieux aux conditions que devait réaliser la ville principale, Varganium ou Vorgium, de ce peuple Osismien ?
Il n'est pas étonnant, il est naturel plutôt qu'après les développements et l'importance que prirent, vers la fin de l'occu* pation romaine, et par les motifs que nous avons indiqués, les chefs-lieux de pagus , Aquilonia et- OsUmii , ce vaste territoire ait été divisé plus tard en deux évéchés, l'un septentrional et l'autre méridional. Sa configuration, non moins que son étendue, rendait ce résultat nécessaire et inévitable. Ces deux évêchés ont ils été précédés, à l'origine, par un évêché unique comme l'ont pensé MM. Bizeul et Halléguen ? Le premier avoue qu'il ignore où en était le siège (1) ; le second le place à Btesi'Osismii (sic) pour des raisons dont nous croyons avoir prouvé l'inanité (2). Nous ne connaissons aucun texte qui puisse confirmer ou infirmer l'opinion de M. Bizeul.
Le même motif, qui nous a engagé à rechercher les limites de la cité des Osismiens avant celles du territoire des Vénètes, nous induit à placer, dans notre étude, les Redones avant les Curiosolites, dont la limite, du côté de Test, sera ainsi impUcitement déterminée, par celle des premiers, à l'ouest.
D'Anville donne, pour limite entre les Redones et les Curiosolites la Rance, dans tout son cours (3). « Il est évident, dit le
> Ro" Walckenaer, que le territoire des Redones embrassait
> non seulement le diocèse de Rennes, mais encore celui de » Dol.... Il ne faut pas toutefois, comme d'Anville, leur attribuer
> encore la partie du diocèse de Saint-Malo, située sur la nve
> droite de la Rance, qui parait avoir fait partie des Curioso-
> lites (4). »
(1) Bizeul, Bull, archéolog. de l'Assoc. bret., 1850, p. 156*
(2) Halléguen, VArmorique bretonne, celtique, romaine et chrétienne, 1865, p. 132.
(3) D'Anville, Notice» au mot Redon*-».
(4) Walckenaer, 1. 1, p. 383.
Nous partageons l'opinion de d'Anville et du B^ Walckenaer, sauf la restriction de ce dernier touchant Tévèché de Saint- Malo. Le géographe Sanson avait avancé déjà que les diocèses de Dol et d'Aleth avaient été formés aux dépens de celui de Rennes. Disons dès maintenant pour quelle raison nous croyons, avec d'Anville, que la partie en question de Tévéché de Saint- Malo appartenait, comme l'évéché de Dol, au territoire des Redbnes. Plus on remonte vers les temps anciens, dans l'étude de la géographie, et plus on trouve que les limites naturelles, telles que les cours d'eau et les chaînes de montagnes ou de collines, les lignes de partage des eaux servaient, pour toutes sortes de raisons, à circonscrire entr'elles les peuplades voisines. On a donné pour racine au nom de la Rance le mot celtique ran (1), qui veut dire division, partage, mais ce n'est certainement pas là un ai^gument qui puisse suffire. Un autre argument qui nous semble meilleur c'est que la Rance, dans toute la partie de son cours qui bordait l'ancien évéché d'Aleth ou de Saint-Malo, forme une grande nappe d'eau, on pourrait presque dire un bras de mer agité souvent, et qui interdit, entre les deux rives, les communications constantes et faciles ; c'est bien là une limite naturelle. Celle de l'évéché de Saint- Malo, au contraire, sur la rive droite et du côté du levant, partant du midi de Cancale pour arriver au midi de Saint-Suliac, semble ne réaliser absolumentaucune condition de frontière. Ces considérations qui sont loin, nous le reconnaissons, d'avoir la valeur d'un texte, ne sont pourtant pas non plus de celles dont on ne doit tenir aucun compte. En ce qui concerne l'évéché de Dol, nos arguments seront meilleurs ; nous les considérons même comme décisifs.
César range formellement les Rhedons au nombre des peuplades maritimes dont les territoires sont baignés par V océan (2). Dira-t-on qu'il s'est trompé? Voici un second passage non moins formel qui confirme le premier. Il s'agit des contingents que les cités de l'occident doivent envoyer au secours de la place assiégée
(1) Cette induction a d*autant moins de valeur que la forme primitive du nom de la Rance est Rendus o*i Rinctius.
(2) c ... Venetos, Unellos, Osismios, Curiosolitas, Sesuvios, Aulercos, Rhe- » dones, quae sunt maritimte civitates oceanum que cUlingunt, » Cses., 1. II,