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C. XXXIV

d'Alise. Toutes les cités dont le territoire touche l'océan, et qu'ils nomment armoricaines, au nombre desquelles on compte les Curiosolites, les Rhedom, etc., enverront six mille hommes chacune (1). Les Rhedons étaient donc une cité armoricaine, dont le territoire atteignait l'océan. On peut, sans nulle exagération, mettre l'épisode de la guerre vénétique au nombre de ceux de la guerre des Gaules qui ont causé à César le plus de perplexité, et motivé de sa part les plus sérieuses informations personnelles sur la situation et les ressources de tous les peuples de la presqu'île armoricaine. Si pourtant l'on sépare de la mer les Redones par les Diablintes, comme on prétend en séparer les Namnites par les Samnites, que devient l'o^cactitude de César qui, dans deux passages concordants, met la cité des Redones au nombre des cités maritimes, dont le territoire atteint l'océan (2)? Que devient l'indication si précise de Strabon qui dit que c'est entre les Pictons et les Namnites que le Liger se jette dans l'océan (3)? Nuls témoignages cependant ne pourraient être plus affirmatifs, plus nets et mieux informés. U ne s'agit pas seulement ici de la différence d'une ou de deux lettres pouvant provenir uniquement de l'erreur d'un copiste, mais de textes précis. La limite des Redones, au nord, était formée par la mer (4) ; elle se dirigeait vers le Mont Saint- Michel et l'embouchure de la rivière de Sénune ou Sélune, que Ptolémée donne, sous le nom de Sequana^ pour limite aux Ahrincatui (les Unelli de César), et que le géographe anonyme de Ravenne nOmme encore Segu^ gna. Après avoir remonté le cours de la Sélune et suivi celui de son affluent, la Glaine, la frontière des Redones, du côté de l'est, se confondait avec celle des évêchés de Rennes et du Mans, dans cette partie ; elle suivait au midi, on l'a vu déjà au sujet des Nalnnites, le cours de la rivière du Bruc ou Semnon. Ils étaient

(1) « ... Universis civitatibus quae oceanum attingunt quae sunt in numéro » Curiosolitœ, Rhedones^ etc. » Caes., 1. VU, c. lxxv.

(2) Vid. supr.

(3; Strab., 1. IV, p. 190. £t ces Namnètes qui envoient dès la première heure des vaisseaux de guerre au secours des Venètes n'auraient pas eu une côte maritime! (Caes., 1. III, c. ix.)

(4) M. de la Borderie ayant débusqué les Diablintes des murs de Gwic-Aleth^ et même de son territoire, il n'est pas daos le cadre de ce travail de les poursuivre jusqu'à Jublaiiis, et nous n'en avons rien à dire.

bornés à l'ouest par la Vilaine, le Meu-Inférieur, une ligne se dirigeant de Bréal vers Hédé, et enfin pac le cours de la rivière de Rance.

Les limites des Namnëtes, des Osismiens et des Rhedons, étant une fois déterminées, en leur entier, les frontières orientales et occidentales des Guriosolites, ainsi que celles des Vénètes, se trouvent fixées par cela même. Il nous reste à rechercher celles qui les séparaient du côté de l'intérieur: interrogeons, pour nous guider dans cette recherche, les conditions physiques de notre sol, et les circonscriptions ecclésiastiques de nos anciens évêchés, avant 1789.

Quelque faible, dit M. de Boblaye (1), que soit le relief des montagnes de la Bretagne, elles sont assez remarquables par la rapidité de leur élévation et l'aspect de leurs formes. Elles sont désignées, dans leurs parties principales et occidentales, sous les noms de montagnes d'Arrèz et de montagnes noires (2), qui circonscrivent le bassin de l'Aulne ; la branche méridionale des montagnes noires, se relevant à l'orient de Carhaix, se dirige vers la chaîne d'Arrèz à laquelle elle ne se rattache pourtant que par une ligne de jonction hydrographique ; ce ne sont pas des montagnes, comme l'indiquent les anciennes cartes, qui séparent les affluents des rivières de l'Aulne et du Blavet, mais un sol plat et de peu d'élévation. La chaîne, désormais unique, se dirigeant, à peu de chose près, de l'est à l'ouest, arrive à la forêt de Coat-an-Noz, au sud de Belle-Isle-en-Terre, où elle semble se terminer à un col évasé, par lequel passe la route de Callac. Elle se montre bientôt de nouveau, faiblement indiquée d'abord par la ligne de partage des eaux, mais reprenant son caractère dans la petite chaîne de Lanfains, près de Quintin, et dans celle du Menez de Moncontour, au-delàdelaquelleellenese prolonge pas.

La presqu'île armoricaine se trouve ainsi partagée en deux versants, dont l'un aspecte le nord, l'autre le midi. Les conditions climatériques , la direction et la distribution même des cours d'eau donnent à l'un et à l'autre des caractères différents.

(1) Descript. phys. et géolog. de la Bretagne, par M. Puillon de Boblaye, chef d'escadron d'état-rnsgor.

(2) Elles sont nommées, dans leur ensemble, Kein ar Breiz, échine de la Bretagne.

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Dans les montagnes du Haut-Corlay et de La Harmoye, la rivière d'Oust prend sa source, et, d'un cours rapide, coule vers le sud-est, formant une frontière naturelle différente, mais qui dût aussi sMmposer de tout temps, comme limite séparative entre les peuplades de la presqu'île.

c La nature de ces limites, dit M. de la Borderie, doit les faire -» considérer comme anciennes et comme les frontières de Tan-

> tique Domnonée, qui était bornée, au sud, par la chaîne des Y montagnes d'Arrèz, par l'arête montagneuse qui relie les » monts d'Arrèz aux monts du Menez, par le cours de VOust, de * Lanfains jusqu'à la hauteur de Ploërmel, par la forêt de Bré-

> kilien, et, au-delà jusqu'au Couësnon, par une ligne qui ne

> devait pas s'éloigner de la frontière méridionale des évêchés » d'Aleth et de Dol (1). » Puisque nous venons de nommer la forêt de Brékilien, qui couvrait, sur le sol armoricain, unasurface considérable, il est naturel de la localiser et d'en tracer ici les limites. « Elle s'étendait, dit encore M. de la Borderie, d'orient » en occident, depuis Montfort jusqu'à Quintin, Corlay, jusqu'à

> la paroisse de Paule où le nom de Brécilien est resté attaché ï> à un village et à un château, entouré de remparts en terre et i> remontant à une haute antiquité ; et, du nord au midi, de Saint- » Launeuc au moins jusque vers Ploërmel ; elle couvrait tout » l'espace compris entre ces différents points, et reliait en un

> seul bloc les bois et forêts actuellement distincts et séparés » de Goulon, de Penpont, de Gaël, de Saint-Méen, de la Har- » douinaye, d'Hillion, de la Nouée, de Loudéac, de L'Hermi- ^ tage, etc. On peut donc dire que la forêt de Brékilien remplis- 1 sait presqu'en entier l'intérieur d'un triangle, formé au nord îi par les montagnes du Menez, au sud-ouest par le cours de la » rivière d'Oust, et à l'est par une ligne irrégulière, qui, de » Ploërmel, remontait vers Saint-Méen, en passant par Plélan

> et Montfort (2). »

Tout nous porte à croire déjà que cette grande ligne, médiane de frontières naturelles, formée par les montagnes, vers l'occident, par le cours de la rivière d'Oust, vers le sud-est, fut, dès les temps anciens, une limite entre les peuplades de la presqu'île

(1) A. de la Borderie, Bullet. de l'Assoc. bret , t. IH, pp. 102,103.

(2) A. de la Borderie, Bullet. de TAssoc. bret., t. lU, pp. 97, 99.

. ,'*JL-

armoricaine ; mais si, de rexameii de ces conditions physiques du sol, nous passons à celui des circonscriptions ecclésiastiques de nos évéchés, avant 1789 (1), nous reconnaissons que la limite méridionale des évéchés de Tréguier, de Saint-Brieuc et de Saint- Malo se confond avec les frontières naturelles que nous venons d'indiquer. C'est que vers le milieu du ix® siècle, dans le remaniement des circonscriptions qu'il crut devoir faire pour fonder et assurer l'indépendance de la Bretagne, Nominoë découpa tout simplement l'évêché de Tréguier dans le territoire des Osisraiens, et ceux de Saint-Brieuc et de Saint-Malo dans le territoire dejg Curiosolites (2).

Ainsi donc les Namnètes avaient pour limites: au nord le cours du Semnon, au midi la Loire, à l'ouest la mer, à l'est la frontière des Cénomans, telle qu'elle sépare ou à peu près les évéchés actuels.

Les Vénètes avaient pour limites, en plein nord, le Blavet supérieur, jusqu'au dessus de Pontivy, au midi, la mer, à l'ouest, le cours de l'Ellé, et à l'est, celui de la rivière d'Oust, jusqu'à la Vilaine, et le cours inférieur de la Vilaine jusqu'à la mer. Nous sommes bien loin, on le voit, d'admettre la double extension qu'ont donnée à leur territoire MM. Le Men, Longnon et Kerviler, d'un côté jusqu'à la Loire, de l'autre jusqu'aux presqu'îles du Raz et de Grozon inclusivement. Nous en avons indiqué les principales et, selon nous, décisives raisons ; en voici quelques autres qui, pour n'être qu'accessoires, ne doivent cependant pas être omises, à notre sens. L'ancien diocèse de Vannes, n'ayant éprouvé aucun changement avant 1789, doit représenter, dans toute son intégrité, l'étendue et les limites du territoire des anciens Veneti (3). Le dialecte breton, parlé dans le pays de Vannes, aurait pour limite, à l'ouest, selon M. Paul Sébillot, la rivière de l'Ellé (4). On a signalé des différences tranchées, tant par rapport au dialecte, qu'au costume et même aux habitudes et

(1) Carte de la Bretagne divisée en ses neuf évéchés, par Hubert Jaillot, géographe du roi, 1706.

(2) Plus une petite partie dans celui des Rhedons.

;(3)Deric, Hist. ecclés.,.t. I, p.l40. Walckenaer, 1. 1, p. 378.

(4) Les limites du breton et du français^ et les limites des dialectes bretons. P. Sébillot.

ASSOaATION BRETONNE

aux moeurs des habitants des deux rives de ce cours d'eau (1). Nous nous bornons à enregistrer cette dernière observation sur laquelle notre ignorance de là langue bretonne ne nous permet de porter aucun jugement.

Les Osismiens avaient pour limites principales : au nord-est, les cours du Trieux et du LelF, au sud-est, celui de TEUé ; de tous les autres côtés ils étaient bordés par la mer (2).

Le territoire des Guriosolites, baigné par la mer au nord, se terminait au cours de la rivière d'Oust, au sud-ouest, à ceux du Trieux et du LelT, au nord-ouest, et avait pour frontières principales, au levant, la Rance, le Meu-Inférieur et la Vilaine.

Les Redons enfin s'étendaient, du rivage de la mer au nord, jusqu'au Semnon, au sud, et confinaient vers le couchant, aux Guriosolites, et aux Cénomans, au levant, sur les limites indiquées plus haut pour ces deux dernières peuplades.

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