‹ Comptes rendus, procès-verbaux, mémoiresChapitre 13 sur 26 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

Ixs Iles

Il faut maintenant dire quelques mots des principales îles situées sur le pourtour de la Bretagne armoricaine et dans un voisinage rapproché de ses côtes. César indique qu'il existait des lies près de la Vénétie lorsqu'il cite, au nombre des motifs sur

(1) BuUet. arch. de TAssoc. bret., 1850, p. 99.

(^) La partie septentrionale du pays des Oèismii devint le Léon ; la partie méridionale, li Comouaille; puis la partie orientale du Léon le Trécoroûr (fondation 4e l'évêché de Tréguier.)

lesquels se fondait la confiance des Vénètes, ce fait que les Ronlains n'avaient aucune connaissance des localités, des golfes, des ports, des îles (1) ; mais il ne nous apprend rien do plus. Nous ne trouvons dans Strabon que l'histoire fabuleuse de l'tle habitée par des prétresses de Bacchus, qu'il a prise de Posidonius. Pline cite un certain nombre d'îles : c Entre l'Hibemie et » la Bretagne, dit-il, sont Mona, Monapia, Ricina, Vectis, Limne,

> Andros ; plus bas (infrà, c'est-à-dire vers le sud), Siambis et

> Âxantos (A)iàs, Samnis et Axantes) (2). » Nous n'avons pas à nous occuper ici des lies voisines de la Bretagne insulaire ; quant à celles d* Axantos et de Slamhis (3), on s'accorde à les identifier avec les lies d'Ouessant (4) et de Sein. Le même Pline, un peu plus loin, dans une énumération d'un laconisme excessif, indique les divisions de l'Atlantique et dit : € de celle-ci (de la Seine)

> aux Pyrénées, sont l'océan gaulois, plusieurs * (complures) îles 1 des Vénètes, qui aussi sont nommées iles Vénétiques^ et, dans

> le golfe d'Aquitaine, Oléron (5). » MM. Desjardins et Kerviler trouvent dans ce texte une raison de croire que c toutes les îles » de la côte, jusqu'à Oléron, appartenaient aux Vénètes, et étaient

> dites Vénétiques. ï Nous ne voyons rien de pareil dans l'énumération très incomplète de Pline, et nous pensons, avec le B®» Walckenaer, que ce nom de Veneticœ insulœ s'applique tout particulièrement à un groupe important formé de Belle-Isle, de Houat, de Houadic (Hédic), etc. (6). D'Anville est du même sentiment.

Pomponius Mêla place la Sena insula en face des rivages Osismiens (7) ; cette situation, dit d'Anville, se rapporte évidemment à l'île de Sein.

(1) c Romanos... neque eorum locorum... vada, portas, insulas novi&se. » Caes!, Bell, gall., 1. IV, c. ix.

(2) Pline, Hist. nat., 1. IV, c. xxx (8) Variantes Samnis et Amnis.

(4) Les noms plus modernes de celte île sont Ossa et Osa, dans Aimoin et dans Guillaume le Breton. Âdrian. Vales. Notic.

(5) « Inter eum et Pyrenaeum Gallicus, insulte complures Venetorum, qu» et » VeJieticae appellantur, et in Aquitanico Sinu, UUarus. r Pline, Hist. nat., 1. IV, c. xxxm.

(6) Walckenaer, t. U, p. 265

(7) < Sena insula... Osismids adversa littoribus. » P. Mêla, 1. III, c. Ti.

Le même auteur qui a parfaitement remarqué que < le nom de Sizun était propre à un canton du continent formant la pointe vis-à-vis de Tile de Sein (1), » n*a pas eu l'idée de tirer du rapr prochement de ces deux mots une discussion étymologique, qui put permettre de transporter le nom de Sena à Ouessant, comme cela a été tenté de nos jours. M. de la Borderie a savamment et amplement rétabli les choses dans leur véritable état (2), qui n'avait jamais été troublé avant la tentative en question.

Nous arrivons maintenant à l'Itinéraire maritime, dit d'Antonin, qui, sans nous donner une énumération complète, à beaucoup près, des îles voisines de notre littoral, indique du moins les principaux groupes et les principales îles. Les anciens manuscrits présentaient des incorrections qui ont été relevées et rectifiées par Adrien de Valois, dans sa Notice, d'une manière qui a rendu les attributions désormais faciles. C'est ainsi qu'on y lisait, en un seul mot, Uxantissina et Vindilissiata, au lieu d'Uxantis, Sina, et Vindilis, Siata (3). Nous nous bornons à rapporter les identifications de d'Anville dont l'évidence est frappante : « Des îles en face du Gotentin, désignées sous les » noms de Sarmea, Cœsarea et Riduna répondent à celles de

> Grenesei, Gersei, Aurigni; » c Uxantis et Sena indiquent les » îles d'Ouessant et de Sein, entre plusieurs îles situées au- » devant de la côte, Vindilis a précédé le nom que porte Belle- » Ile (4). » « Les titres du moyen-âge qui lui donnent le nom de » Guédel (5) nous montrent assçz d'affinité entre ces deux mots » pour reconnaître que Belle-Ile qui ne peut avoir été oubliée

> dans l'Itinéraire, qui en nomme plusieurs autres beaucoup » moindres, est le Vindilis, »

D Siata, dans l'Itinéraire, vient à la suite de Vindilis ; on ne » peut appliquer plus convenablement ce nom qu'à l'île d'Houat, » et il devrait peut-être se lire Huata plutôt que Siata (6). »

(1) D'Anville, Notice, p. 597.

(2) A. de la Borderie, Diablintes, Curiosolites et Corisopites, 1881, p. 22.

(3) « Legi opportere apud iCthicum existimavi Uxantis, Sina, Vindelis, Siata. > Idern à Camdeno observatum jam fuisse animadverti. » Adrian. Vales. Notic. , p. 625.

(4) D'Anville, Notice , pp. 72, 74.

(5) « Bellam insulam nomine britannico &uedel. t D. Lobin., t. Il, p. 101.

(6) D'Anville, Notice, au mot Siatc^.

L'île d*Arica, du môme itinéraire, a" été identifiée avec celle d'Houadic (Hédic) du môme groupe (1). ;

Telles étaient les opinions généralement, on pourrait presque dire universellement reçues jusqu'à notre époque, où elles ont été abandonnées sans hésitation et, selon nous, sans preuves, du moins sans preuves suffisantes. Selon l'opinion nouvelle, les trois dernières îles que nous venons d'indiquer n'existaient pas au temps de la conquête des Gaules, mais il y en avait un groupe, à l'embouchure de la Loire, où il n'en existe plus aujourd'hui, c La célèbre bataille navale, qui ruina la puissance vénète,

> eut lieu, dit M. Kerviler, dans l'archipel guérandais. i^ « Et, » d^abord, il appert, selon lui, du texte de Pline, cité plus haut, }> que le nom d'îles vénétiques s'appliquait à toutes celles qui » s'étendent de Belle-Ile jusqu'à Noirmoutiers (2). » — Nous pensons, et nous avons dit déjà, que le texte de Pline n'implique rien de pareil.

Citons ici textuellement, pour ne pas l'affaiblir, l'opinion nouvelle, qu'il nous est impossible d'admettre, et que nous combattrons. Recherchant la situation du port, chef-lieu du pays des Vénètes, M. Kerviler s'exprime ainsi : « Quel est le point du » littoral sud de la Bretagne où la situation d'un établissement

> maritime soit nettement indiquée ? Il nous parait clair que ce

> doit être dans l'immense baie bordée à l'ouest par la presqu'île j» de Quibéron, à l'est par la côte comprise entre la Loire et la » Vilaine, et fermée au sud par Belle-Ile et le cordon des îles dé, » Houat, Hœdic, etc., alors probablement réunies; ceci nous » conduit immédiatement à donner aux Vénètes le territoire du

> pays de Guérande ; un observateur attentif, au simple aspect » de la carte, ne pourrait .le refuser ; cela forme une baie com--.

> plète^ et bien fermée^ et certainement les Vénètes si puis- » sants, n'auraient pas souffert qu'une autre peuplade rivale » occupât la partie est de cette baie.

» Or, quels sont les seuls points où l'on ait trouvé, sur ce. » littoral, d'importants débris gallo-romains? II. n'y en a que. » deux, c'est Locmariaker et la portion de l'archipel guérandais,

(1) Rec. des itinér. anciens, éd. du marquis de Fortia d'Urban, p. 161.

(2) R. Kerviler, Etude critique sur la Géogr. anc. de la pénins. armoricaine, 1874, p. 46.

» située au pied même de Guérande. Nous n'avons à hésiter » qu'entre ces deux points, et le texte des Commentaires de 9 César va nous donner la solution cherchée (1;. » € L'expédition

> navale de César eut lieu à l'embouchure de la Loire, dans

> l'archipel guérandais (2). »

Lr (c Mare conclusum » est la Méditerranée

Examinons les raisons qui viennent d'être indiquées, nous discuterons ensuite celles qu'on tire du texte de César ; et, d'abord, une question : M. R. Kerviler n'est-il pas dominé, à son insu, peut-être, par la pensée que le théâtre des événements doit être absolument cherché dans une mer fermée, in mari conclu so? Il semblerait en être ainsi, et, qu'après avoir reconnu que ce ne peut être la petite mer actuelle du Morbihan, il croit découvrir qu'en ces temps anciens, il exista une autre mer fermée qui avait pour ceinture, au nord, le Httoral de la presqu'île ; à l'ouest et au midi, une chaîne de collines formée par la presqu'île de Quibéron et les îles d'Houat et de Hœdic, que l'océan n'avait point encore séparées. L'indication de cette mer ancienne et fermée n'est pas nouvelle ; M. de Penhoët, en effet, il y a bien longtemps déjà, émettait l'opinion que le mare conclusum, la mer renfermée de César, était formée par la presqu'île de Qui-

(i> R. Kerviler, Essai crit. âur la (jréogr. anc. de la pénins. armoricaine, 1874, pp. 44, 45.

béron, BeUe-Ile, Houat et Houadic, réunies par des terrains que la mer a depuis envahis, et que c'était sur cette longue péninsule qu'étaient situées les villes des Vénètes, placées, selon César, à l'extrémité de pointes de terre avancées dans la mer (in extremis lingulis) (1).

M. Âthénas, écrivain du même temps, distingué par son savoir, sa connaissance des anciens et son. esprit critique, combattit l'opinion de M. de Penhoët : c Quant à cette vaste baie, » dit-il, que M. de Penhoét suppose avoir existé alors, en avant

> du Morbihan, il est vrai qu'à la basse mer on distingue une

> chaîne de rochers qui, partant d'une des pointes de Quibéron,

> aboutit à l'Ile de Houat, et se prolonge jusqu'à l'île d'Houadic ;

> tout en convenant donc que l'océan gagne journellement sur

> nos côtes, et que la jonction de la presqu'île de Quibéron,

> avec Belle-Ile, Houat et Houadic, a dû avoir lieu dans des

> temps très reculés, je ne saurais admettre qu'elle existât » encore du temps de César. Il parle des îles vénétiques dont » les Romains ne connaissaient pas les abords : <i: neque vada,

> poriiM^ insulas que novisse. » Pline cite également les îles des » Vénètes, veneti(ui$ insulas. Il n'y a pas lieu de douter qu'ils » parlaient des îles qui existent encore aujourd'hui (2). > Les raisons données par M. Athénas ne paraissent pas suffisantes aux auteurs de l'opinion qui étend le territoire des Vénètes jusqu'à l'embouchure de la Loire ; les îles vénétiques sont pour eux les principales « îles de V archipel guérandais^ » admirablement placées, disent-ils, vers l'entrée c de la mer renfermée, du mare conclusum de César. » Mais nous prétendons prouver, ou plutôt c'est César qui prouvera lui-même qu'il ne faut pas chercher de mare conclttsum vers la Vénétie, et que ces deux mots indiquent certainement et uniquement la Méditerranée.

n suffira, croyons-nous, pour établir clairement cette vérité, de rapprocher plusieurs passages des Commentaires qui s'éclairent mutuellement et se complètent au point de fournir une sorte de démonstration : c L'espérance des Vénètes était d'autant plus

> grande, qu'ils comptaient beaucoup sur la nature du pays (3). »

^i) De Penhoët, Lycée armoricain, 47« livrais., p. 431. (2) Athénas, Lycée armoricain, t. S, p. 567.

(^ c Hoc majore spe qaod muUura naturâ loci conQd^baut. »C»s., Bell, gall., ni, IX.

« Les Romains n'avaient point de navires, et ne connaissaient » pas les Keux où ils allaient faire la guerre, bas-fonds, ports,- » lies. Or, la navigation est bien différente, sur une mer entou- » rée par la terre, de ce quelle est sur l'océan, sans abri et sans » bornes (1). » N'entrevoit-on pas dès ici que les Vénètes comptaient sur les difficultés et les dangers qu'allait faire courir aux Romains là navigation sur l'océan sans abri et sans bornes, tandis que, nous Talions voir, ils n'éprouveraient pas eux-mêmes ces difficultés, et étaient accoutumés à braver ces dangers. Pendant la première période de la guerre, lorsque César faisait, par son armée de terre, donner l'assaut aux oppidums (2) des Vénètes, ceux-ci, < dès que la résistance leur devenait impossible » faisaient approcher un grand nombre de navires, qu'ils avaient » toujours à leur disposition, ils s'y embarquaient avec tous leurs » approvisionnements, se retiraient dans les oppidums voisins, » et s'y défendaient de nouveau, à- la faveur de circonstances » locales identiques. Il leur fut d'autant plus facile d'agir ainsi, ^ durant une grande partie de l'été, que nos vaisseaux étaient » retenus par les tempêtes, et qu'il était d'une souveraine diffî- » culte pour eux de naviguer sur une mer vaste et ouverte à 5 tous les vents, sujette à de grandes marées, et qui ne leur y> off'rait que peu et, pour ainsi dire, pas de ports, sur ses % côtes (3). y> César remarque que les navires des Vénètes, aucontraire, étaient construits pour cette navigation sur une mer ouverte et sans abri, a C'est que leurs propres vaisseaux étaient i> construits et prémunis de défense de la manière suivante : » leur carène était un peu plus plate .. les proues extrêmement

(t) « Ac longe aliam esse navigationem in concluso mari, atque in vctstis^ » simo, atque aperlissimo^ ocaeano. > Caes., Bell, gall., 1. lU, c. ix.

(2) Les oppidums. — Nous ne saunons nous plier à Tusage qui paraît s'introduire dejdire un oppidum, des oppida ; pourquoi ne pas dire aussi dans* un oppido, dans des oppidis ?

Le mot oppidum n'ayant pas son équivalent exact dans la langue française^ il nous semble qu'il faut tout simplement Ty recevoir, et le traiter comme un mot français.

Nous ne croyons pas davantage devoir dire, comme M. A. Lallemand, une villa des villss, un pagus des pagi. CM.

(3) Ca^$., Bell.' gall., 1. lil, c. xii. c Summa que eraXvasto a'que aperto mari, 9 m^gnis sestibus... difficultas navigandi.

GÉOGRAPHIE DE LA PÉNINSULE ARMomCAtNE 429

> élevées, et les poupes de môme, établies de manière à résister » à des vagues énormes, et aux grandes tempêtes (1).

» Leurs voiles sont faites de peaux amincies et assouplies/ :» soit parce qu'ils n'ont pas de lin... soit, ce qui est plus vrai- » semblable, parce qu'ils pensent quç des voiles ordinaires ne

> pourraient résister aux tempêtes si grandes, aux vents si

> impétueux de Yo^éan, ni imprimer le mouvement à des navires » si pesants (2).

» L'attaque de ces vaisseaux contre ceux de notre flotte se « produirait dans de telles conditions que notre seule supério- » rite consisterait dans la rapidité de la marche, et la manœuvre » des rames. Pour tout le reste, leurs vaisseaux étaient beaucoup » mieux appropriés que les nôtres à la nature des lieux et à la » violence des tempêtes (3). »

Nous nous trompons bien si, de l'ensemble de ces citations, il ne résulte pas clairement que César veut faire ressortir l'immense avantage que les Vénètes trouveront, pour le succès de la bataille, dans leur habitude de naviguer sur V immense océan, ouvert à toutes les tempêtes, et rinfériorité que les légers navires à rames de sa flotte subiront, au contraire, à cause de leur petit modèle, de leur défaut d'appropriation aux difficultés et aux périls de la grande mer, et, pour les marins de la flotte romaine, du défaut d'habitude de naviguer dans les circonstances qu'il vient de décrire avec une remarquable insistance. Le conquérant, dont la narration est le plus souvent d'un laconisme si grand, qu'on ne saurait le surpasser ni même l'égaler, se complait ici aux

(t) A Namque ipsorara naves ad hune modum factas armatseqae erant : » carinae aliquanto planiores... prorae Rdmodum erectae, atque item puppes ad » magaitudinem fluctuum, tempestatumque accommodatae. » Csës., BeU. > gaU., III, XIII.

(2) « Pelles pro vells alutaeque tenuiter confectse quod tantas tempesUtes » oceani, tantcsque impetus ventorum sustineri ac tanta onera navium, régi 9 velis... posse arbitrai! tur. )» Caes., Bell, gall., III, xiii.

(3) Cses. BHI. gall., 1. III, c. xiii. « Cum his navibus nostrae, classi hujus » modi congressus erat ut unâ celeritate et pulsu ramorum prsestaret; reliqua, Y pro loci.naturâ, pro vi tempestatum, illis essent aptiora et aecommodatiora »

César aurait-il pu, d'ailleurs, donner à entendre que c'étaient les Vénètes qui étaient accoutumés à naviguer k. in canclU''8omari » eux qui, d'après sa narration elle-même, allaient trafiquer dans Vile de Bretagne.

Arch. 9

ASSOCIATION ÈftETONNE

détails, qui peuvent rehausser la gloire de son armée et sa propre gloire. Nous verrons, un peu plus tard, en comparant sa version à celle de Dion Gassius, qu'il n'a certainement pas fait autre chose, dans sa description de la bataille navale, même au delà, et aux dépens de la vérité.

On semblait d'accord, depuis longtemps déjà, pour interpréter les mots de mare conclusum de César par mer Méditerranée, et, selon nous, on avait raison. Ces mots répondaient exactement à ceux de mare intemum et de mare nostrum, employés assez souvent par d'autres anciens (1).

En résumé, nous n'admettons l'extension, à aucune .époque, du territoire des Vénètes, depuis le cap Gobœum jusqu'à la Loire ; nous n'admettons pas davantage l'interprétation donnée au texte de Pline, l'application du nom d'îles vénétiques à toutes celles qui sont comprises entre Belle-Ile et Noirmoutiers (2), et bien moins encore l'argument que M. Kerviler en prétend tirer, à l'appui de sa thèse ; nous croyons qu'il est clair, comme le jour, que les mots de mare conclusum s'appliquent à la mer Méditerranée (3), comme ceux de mare intemum et de mare nostrum ; et nous exprimons même des doutes (ici ce ne sont que des doutes) sur l'existence, à l'embouchure de la Loire, au temps de la conquête, des îles de Guérande (4), de Saille, de Batz, etc. On en verra la raison dans le dernier chapitre de cette étude, où nous parlerons des révolutions que la mer, depuis les temps historiques euxmêmes, a opérées sur nos côtes.

(1) César (1. V, c. î), ttômme la Méditerranée • mare nostrum », et Strabon dit, en parlant d'elle, « celle que nous appelons mer intérieure ou notre mer,

laa mer intérieure, notre mer. — « La Narbonésie est située près de » notre mer, la mer intérieure, et regarde au midi. » « NapSwvwta cv t^

Marcien d'Héraclée du Pont, Périple de la mer extérieure, etc., etc., 1. II, § 19. TAAAIKON, 1. 1, p. 315.

(2) Nous ne prétendons pas que le texte de Pline soit contraire à Topinion de M. Kerviler, nous disons qu'il ne prouve rien, ni pour ni contre.

(3) D est permis de dire que les mots de mare conclusum semblent particulièrement opposés à ceux de mare apertum,

(4) Pour Guérande le contraire est même absolument certain.

OÉOORAPHIfi DE LA PÉNINSULE ARMORICAINE iSi

Page 1