CM
(2) Dion dit : a Aussi longtemps que le vent souffla, Brutus n'osa pas s*avan- » cer contre eux. » L. XXXIX, c. 42.
(3) « Expugnatis compluribus navibus... fugà salutem petere contenderunt ; ï) ac jam conversis in eam partem navibus quo ventus ferebat tanta subito 3 malacia ac tranquillitas exstitit, ut se ex loco commovere non possent. » Caes., Bell, gall, 1. III, c. xv.
(4) « 'Ex Tfiç MoOtv QotXwTfiç. » Dio Cass., l.^XXXIX, c. 40. ,
oioORAPHtE DE LA PÉNlNSm^ ÀRHOtUCAtKB i5l
» vent abondant et rapide (1) > et s'avance contr'elle. Ces foita se passent vers Je lever du jour ; la bataille s'engage, dit César, vers, ou peu après, la quatrième heure, qui correspond & dix heures pour nous. Ce sont bien les Vénètes qui prennent l'ofTensive, dont la marche est favorisée par le vent, qui s'avancent à pleines voiles vers la flotte romaine. César, presqu'aussi clairement que Dion, constate les impressions de Bnitua et des commandants de vaisseaux, leurs indécisions et même leur inquiétude. S'il ne nous est pas encore possible d'indiquer et de circonscrire avec quelque précision le théâtre de la bataille, ne paralt-il pas certain déjà qu'il doit être beaucoup plus rapproché de l'embouchure de la Loire que du goulet du Morbihan, et non loin probablement de la cOte guérandaise? Rien dans le texte de César ne s'oppose à ce qu'il en soit ainsi (2), et il n'est pas possible de ne tenir aucun compte de l'indication si précise de Dion, qui concorde d'ailleurs parfaitement avec toutes les vraisemblances. Poursuivons la comparaison que nous avons entreprise entre les textes de nos deux auteurs ; Dion nous indique d'une manière claire le commencement de la bataille : <c Le vent tomba tout à B coup, les flots se calmèrent, les navires des barbares... devin-
> rent, en quelque sorte, immobiles ; Brutus alors, qui ne savait
> quel parti adopter, reprit courage et fondit sur les vaisseaux
> ennemis, avec ses galères (3) légères et rapides, traversant * leurs lignes, tournant autour de celui-ci, attaquant celui-là
> seulj avec plusieurs galères, tel autre avec un plus ou moins
> grand nombre, marchant en avant, en arrière, à volonté, leur
<1) Dio Cass., 1. XXXIX, c. U, «2. Cxs., Bell, gall., 1. lU, cap. xv, ad On.
(3) Il dut mime remarquer que César indique clnireinent la marche en avant de la flotte vénÉte et qu'il n'indique rien de plus que le raKemblement de la Ootte romaine • convenit. >
(3) M. B. Kerviler s'est trompé sur le sens des mots navei longx, qui désit^ent des bitiments de guerre <des galèreij, pur opposition aui navet unerarim, bitiments de charge ou de Iransi'ort, destinés iaccompa^-ner une flotte, ou au commerce. Les dénaraina lions indiquent les lormes; cesderniersavtiient des coques courtes et ramassées et des quilles arrondies.
Les nave* longm présentaient des dimensions elfilées, avec la quille mince et aigùe.
U. Kerviler croit que les bateaux construits dans la Loire étaient des 6ateau« -de rivière. R. Kerviler, Etude crit. sur l'ancienne Géogr. annoric, Bullet. de- I'Amoc. bret., 1881, p. 209.
> faisant beaucoup de mal, 6ans courir de danger. Avait-il le » dessus quelque part, il les pressait sur ce point, trouait et » coulait les navires vénètes, ou bien les abordait et les escala- :» dàit de plusieurs côtés à la fois, attaquant les hommes qui les 2> montaient et en massacrait un grand nombre. Craignait-il » d'avoir le dessous, il battait facilement en retraite et unissait
> par avoir toujours l'avantage (1). »
César laisse volontairement dans un vague absolu les circonstances du premier engagement : Brutus et les commandants particuliers des vaisseaux ne savaient que faire, ni quel ordre de bataille adopter. Ils estimaient que leurs éperons ne pouvaient faire aucun mal à l'ennemi, que leurs tours, quand elles seraient élevées, seraient toujours dominées par les poupes de ses navires... puis, sans transition, une chose, dit-il, nous servit avec un grand avantage... c'était des faux à peu près semblables aux faux murales. 11 explique clairement le parti qu'on en tira pour couper les cordages et abattre les antennes des vaisseaux ennemis. Dès lors, ajoute-t-il, le succès ne dépendait plus que du courage et celui de nos soldats l'emportait facilement (2).
La version de Dion affirme que les Gaulois combattaient avec un courage égal (3) et nous les montre, à la fin de la bataille, exaltés jusqu'au suprême désespoir, et préférant la mort, sous toutes ses formes, aux hontes de la servitude (4).
Arrêtons-nous un instant à considérer, dans son ensemble, le grandiose et émouvant tableau que nous trace Dion Gassius de ce drame national : la flotte romaine au mouillage, à peine réunie, voit venir à elle, dans le lointain, ces grands navires vénètes, aux poupes élevées, aux voiles de peau, gonflées par un vent abondant et favorable, qui leur imprime une marche rapide. Que vont devenir ces vaisseaux longs et effilés, selon le mode de construction des Romains, sous le choc de ces masses imposantes,
(1) DiolCass., Hist.>om., 1. XXXIX, c. 42.
(2) « Reliquum certamen positum in virtate, qulnostri milites facile supera* » bant. » Caes., Bell, gall , 1. III, c. xrv.
(3) €][lIpoTU|jica pi^v yap xàe ToXfAtj o\»^v aùrôSv Sttfs^ot, T^ Dlo. XXXfX, 43.
(4) C'est bien lâ'^caractère que César, lui-môme, leur attribue ailleurs : c Omnes homines naturâ libertati studere, et conditionem servitutis odisse. » C»s., Bell. ^faU., l. Ill, c. x.
QfiOORAPHIE DE LA, PÂNIireULe ARHORICAINB
qai arrivent sur eax à toute^vîtesse 1 Le oommandaDt le jeune Brutus, se le demande avec anxiété ; il va dt ses troupes h terre, pour y soutenir le combat. Tout i vent tombe, les flots s'apaisent, et, à la marche rapide ' eeaux ennemis, succède une immobilité presque complëU alors reprend courage et confiance dans l'agilité et la de ses galères, si dociles k l'énergique impulsion des i il en jette deux ou trois sur le mémej vaisseau véi marias s'élancent à l'abordage, de plusieurs côtés à la f nous a raconté en détail les péripéties de cet épisod imprévu. Les vaisseaux des Vénëtes sont capturés lest les autres ; les vainqueurs en traînent à la remorque, sut il n'est pas resté un seul défenseur ; d'autres, où ils oi l'incendie, s'abîment dans les flots (-1).
Trahis par la fortune et exaltés, à la vue d'un tel jusqu'au paroxisme du désespoir, les Vénètes courent; de la mort pour ne pas subir l'esclavage ; les uns se leur propre main afin de ne pas tomber vivants au pc l'ennemi ; d'autres se précipitent dans les flots pour y t mort, ou pour aller la chercher sous les coups des vai en s'efforçant, en désespérés, d'escalader leurs navires fini (2) ; le soleil se couche ; quelques vaisseaux vénète à la faveur des ombres de lanuit/parviennentàgagnerl la bataille a duré ainsi depuis dix^eures dujmatin jusq du jour.
Avant de formuler nos conclusions et d'indiquer d'un< précise le thé&tre de la bataille navale et le lieu où camp avec son armée, nous croyons devoir examiner encore e quelques opinions contemporaines, desquelles nous i prochons à certains égards, et surtout par les considér lesquelles elles s'appuient, mais desquelles cependant i tons séparés sur les points principaux.
Dans un petit livre sur les antiquités romaines du 1 U. le docteur A. Fouquet a étudié la guerre de César < Vénètes, et a traité ce sujet avec une fidèle inta
(1}DloCasi., XXXIX, 43.
(%Qua j^mlio... bcllum conftatuin «tl. i Cat.,
des textes, une connaissance parfaite des lieux ^ et des aperçus dont plusieurs nous semblent très justes. Il pose la question, à son origine, avec exactitude et avec netteté, c César, » dit-il, part de TAnjou, au commencement de l'été de » Tannée 54 avant notre ère, laissant à D. Brutus, le comman- » dément de la flotte en construction... avec Tordre de le re-
> joindre le plus tôt possible chez les Vénètes, où il se rend
> avec son armée de terre (1). »
M. R. Kerviler nous a dit au contraire, en faisant, selon nous, une évidente confusion : « César, racontant sa célèbre campagne » contre les Vénètes, n'omet aucun détail, sauf le nom du point » du littoral où il a combattu ; il dit seulement qu'il descend la
> Loire avec sa flotte, et qu'il va en Vénétie, in Venetiara, ou in » Venetos, son armée suivant à terre, et assistant, du haut des » collines voisines au combat naval (^2). » C'est évidemment ici le docteur Fouquet qui a raison : César se rend en Vénétie avant sa flotte proprement dite, accompagné sans doute des navires fournis par les Pictons et les Santons, destinés au passage des rivières, et aux approvisionnements de l'armée.
Après avoir passé la Vilaine, et être entré dans le territoire des Vénètes, les plus puissants motifs, dit fort justement le docteur Fouquet, doivent porter César à ne pas s'éloigner de la côte : « Les ennemis ne tiennent point la campagne et, pour les trou- » ver, il faut aller les attaquer dans les oppidums, situés sur les » promontoires et les langues de terres, qui sont transformées » en des îles par la haute mer (3). » En effet, les Vénètes ont dépouillé la campagne de toutes les ressources qu'elle pouvait fournir à l'ennemi ; César ne peut renouveler ses approvisionnements que par mer, et doit rester en communication constante
(1) A. Fouquet, des Monuments celtiques et des ruines romaines dans le Morbihan, pp. 58, 59.
(2) R. Ker\'iler, Etude crit. sur la Géogr. de la presqu'île armor., 1874, p. 46. . M. R. Kerviler se trompe en efifet, selon nous, en faisant partir César de TAnjou en même temps que sa flotte *,. on lit dans les Com^nentaires : a D. Bru- » tum... quumprimum posait, in Venetos proficisci jubetipse eo, pedestribus » copiis contendit. » Cœs., Bell, gali., III, xi. Il nous parait clairement, par ce » texte, que César part avant l'achèvement de la flotte en construction.
(3) A. Fouquet, des Monuments celtiques et des ruines romaines dans le Morbihan, p. 59.
OÊOGRAPHIE DE LA PÊHDISULE ARMORICAINE 101
avec les navires qui l'accompagnent, pour toutes les raisons réunies, car, s'il a besoin d'eux, ils n'ont pas moins besoin de sa protection, et doivent serrer la côte, au plus près de l'armée de terre. Leur intervention dans lés travaux d'attaque des oppidums est indispensable, au temps de la mer haute. En résumé, l'armée et la flotille doivent, autant que cela est possible, ne pas se perdre de vue.
Mais la grande flotte romaine vient de se réunir < convenu ; » elle a été aperçue par les Vénëtes f ab hostibiM visa est. » Leurs vaisseaux sortent aussitôt du port t profectae ex port»; > « le
> port, dit le docteur Fouquet, c'est la petite mer (1), car il » n'est pas, dans le Morbihan, un seul port qui pût contenir t 220 navires envergués et prêts à partir (2). » II entend, comme nous, que c'est la flotte vénète qui court, toutes voiles dehors, contre la flotte romaine.
M. Kerviler, au contraire, intervertit absolument les râles des deux flottes ennemies; on sait que pour lui la capitale de la Vénétie est située'à l'embouchure de la Loire, vers Saint-Nazaire, (l'ancien Corbilo) ; mais ce n'est pas tout, d'après lui, ce furent les navires de la flotte romaine qui vinrent se ranger en bataille devant les vaisseaux des Vénètes surpris, ou du moins attaqués près de leur point de départ, et bloqués : < Il fallait, dit M. Ker- 1 viler, que pour bloquer la flotte vénète, devant le Croisic, et
> la prendre entre deux feux, comme nous dirions aujourd'hui, I Brutus sortit de la Loire, » et comme il faut trouver l'application des mots vaato et aperto mari, répétés plusieurs fois par César, il ajoute immédiatement : < La navigation qu'il (Brutus)
> dût faire, en croisière, dans les parages de la baie des Char-, I pentiers, peut, à bon droit, s'appeler une navigation en vaste » et profond océan (3). > Les mots mari aperto seraient mieux et plus fidèlement traduits par mer ouverte {b. tous les vents), pleine mer que par mer profonde, nous avons traité cette question, en recherchant le sens précis, qu'il faut attribuer aux mots mare conclusum.
Nous touchons ici à un point où la narration de M. R. Kerviler
<1) Telle qu'elle était du temps de César. C. H.
(2) Ibid., ac supra, p. 58.
(3} R. Kerviler, Etude critique sur l'anc. Géogr. armoricaine, 18S1, p. !205.
Àrch. a
162 ASSOCIATION BRETTONNE
nous a, îl faut Tavouer, plus particulièrement étonné : c Le > rendez-vous de la flotte, dit-il, en supposant que ce fusji sent des bateaux d'océan proprement dits, pouvait être sur 3 leur côte (celle des Pictons et desSantons) ; mais rien ne nous » dit non plus que ce n'était pas des hatèaïuc de^ivière, dans le » genre de ceux que canstruvnt César en Loire, plats et destinés 9 à s'échouer, à basse mer, devant les oppida. i Ainsi donc, M. R. Kerviler, qui doute, à tout le moins, qu'une partie de la flotte romaine ôoit venue de la Méditerranée (4), suppose que César, qui nous a fait, jusqu'à satiété, la peinture des grands vaisseaux des Vénètes, de leur science nautique, des difficultés redoutables que présente la navigation sur une mer immense et sans abri, a pu se mettre en campagne contre eux avec des bateaux de rivière (2) ; M. Kerviler, en effet, semble confondre sous ce nom les navires construits dans la Haute-Loire, aussi bien que ceux des Pictons et des Santons (3). Non César n'a pas pu faire, et n'a pas fait cela : les naves longœ, qu'il avait fait construire sur la Loire, étaient des vaisseau^x de guerre, des galères (4) ; ceux qu'il a fait venir de la Méditerranée, car encore une fois, Dion dit positivement que « Brutu^ en amena de la mer tnterieure, Tt montés et conduits, vraisemblablement, par les rameurs de la Provence, étaient certainement des vaisseaux de guerre, des galères aussi (5). Il ne s'agissait plus seulement, comme
(1) « Nous demandons franchement en quoi nos conclusions empêchent la 9 venue d'une flotte de la Méditerranée, si tant est que la flotte romaine en » soit venue. » R. Kerviler, Etude crit. sur Tanc. Géogr. armor., 1882, p. STifi.
• (2) R. Kerviler, ihid., p. 208.
(3) Qui composent, selon lui, toute la flotte.
(4) César distingue clairement les vaisseaux de guerre ou galères des navires de charge. « Navibus circiter Lxxx onerariis coactis contractîsque, quod satis » esse ad duas transportandas légion es existimabat, quod praeterea navium » longarum habebat, quaestori, legatis prsefectis que distribuit. i» Gaes., Bell. » gall., 1. IV, c. xxii.
c ••. Gaesar... naves Umgas, quarum et species erat barbaris inusitatior et » motus ad usum expeditior, paulum removeri ab onerariis navibus, et remis » incitari, et ad latus apertum hostium constitui, atque inde fundis, sagittis, » tormentis hostes propelli ac summoveri jussit. > Gœs., Bell, gall., IV, c. ZXT.
(5) n est impossible qu'il en fût autrement ; César avait 1a perspective, et ne l'ignorait pas, d'une guerre sur terre et sur mer ; il a ordonné, dès la première
OtOGRAPHIE DE LA PÉNINSULE ARMORICAINE 163
dans la première période de la campagne, de concourir, sous la côte, avec l'armée de terre, à l'attaque de» oppidums des Vénètes; il s'agissait, désormais, d'engager uontr'eux une grande bataille navale, ainsi qu'il a été dit et redit, sur une mer vaste et sans abri.
M. A. Lallemand, comme M. R. Kerviler, ne croit pas qu'une partie de la flotte vint de la Méditerranée. Il prétend appliquer les mots c à Tîit fvioOn OaXûrimf > de Dion, à la Loire ; cela ne' nous semble point admissible, et la raison qu'il en donne nous a surpris, et no nous convainct nullement. ( Il s'est trouvé, dit
> H. A. Lallemand, des traducteurs qui ont cru que Dion Cassiua
> voulait parler de la Méditerranée, par ces mots f n tïï; tvtvm
> 9aUff#w > mer intérieure ; mais ils n'ont pas remarqué qu'au » commencement du paragraphe, il vient de dire : < Il marcha * en personne contre les Vénètes, après (1) avoir fait construire, ■ dans l'intérieur de» terres, des barques qui pussent, d'après
> ce qu'il avait entendu dire, résister au Oux et au reflux de
> l'océan ; il les fit descendre par la Loire. > Le texte de Dion
> Cassius, comme celui de jCésar, pour être bien interprété, ne
> doit pas être détaché du milieu ob il se trouve (2). > Il est bien certain que le texte de Dion « et, ayant fait construire des 1 navires dans le milieu des terres (ii -r^ ^aar/tta), il les fit des-
> cendre par le fleuve de la Loire (3) » répond exactement à celui de César : < Il ordonna k Crassus de construire des vais-
> seaux longs dans la Loire (4), > mais il n'est pas moins certain - (le texte offi^ une clarté parfaite) que Dion dit aussi ; < César fut
heure, de construire sur la Loire des vaisseaux de guerre c navet longa» aedi-
t Rcari jubet. * Css.. Bell. galL, in, iz.
César dislingue clairement lui-même les galères, les vaisseaux de guerre,
nave» longre des bâtiments de charge, nauei onerarim. Caes., Bell, gall., IV,
xxn ; IV, XXV ; IV, xxix.
(1) Le texte de Dion ne présente pas le mot aprèt, mais bien le mot et, <toi, (S) A. Lallemand, Camp, de César dans la Vénétie armoricaine, Ann. du
Horb.,1860, p.M.
(3) f Ka) -nMa. Iv n piavftia^. lanOTtuôrat, iiâ « toû Atypou irsTS' > fisû xaTtMfum. I
(4) c Navea intérim longaa aediHcari in Dumine Ugere... Jubet. i Cks-, Bell, gall, I. m, c. IX.
> dans le plus grand embarras jusqu'au jour ou Décimus Brutus
> se rendit de la mer intérieure (« -nîç fw^ortv Bakaaayiç) auprès de Tt lui avec des vaisseaux légers (1). »
C'est, selon nous, une erreur capitale de vouloir confondre le sens du mot fu^oycca, qui, sans contredit, doit être traduit par milieu des terres, avec celui des mots fv^orcv OaXaaovjç. OaWmw veut dire aller sur mer, OaXavdcvç veut dire marin, et eocXawa, qui veut dire mer (^ Ut^ç SaXaoraa, la mer extérieure l'océan), ne peut, à aucun degré, s'appliquer à la Loire, Aeypoç wora^oç. Nous estimons donc pouvoir maintenir, contre MM. Kerviler et Lallemand, l'opinion que nous avons précédemment émise sur la composition de la flotte romaine, à savoir, que Crassus, d'après l'ordre de César, a fait construire des navires sur la Loire, et que Décimus Brutus, commandant en chef (2) de l'armée de mer, a amené des galères de la Méditerranée.
Essayons maintenant de récapituler, en les sentant les uns aux autres, tous les éléments historiques, qui ont pris place dans cette longue discussion, d'en dégager des conclusions concordantes avec l'interprétation fidèle des textes, et d'indiquer, avec toute la précision possible, la réalité desfaits et l'identité des positions.
César a donné l'ordre à Crassus de construire des vaisseaux longs sur la Loire, qui se jette dans l'océan, de lever des rameurs dans la Provence, et de réunir des matelots et des pilotes.
Dion Cassius nous dit, d'une manière formelle, que Décimus Brutus amène, de la mer intérieure, des vaisseaux légers, montés et conduits, vraisemblablement, par les rameurs de la Provence. Il se fait longtemps attendre <r naves tempestatibus » detinebantur (3). "% Il arrive enfin et prend le commandement de toute l'armée de mer. Un rendez-vous commun a été assigné, pour former la flotte de guerre, aux vaisseaux qui ont descendu la Loire et à ceux qui viennent de la mer intérieure (la Méditerranée).
A peine la flotte a-t-elle opéré sa réunion « ubi convenit, > et
(1) i CiQXt ï'i iravTi TGV Kacerapx yiviirOac, fiéxj>i( ou /^txifioç Bpoûfoc » To^ccarf 01 votuatv ht Ttjç fv^oTiv OaXaoroYïç. » Dio Gass., 1. XXXIX, ce. 4Q, 41.
(^2) Il a reçu également le commandement des navires fournis par ïes Gaulois (Pictons et Santons) à l'ouverture de la campagne.
(3)Cae8., BeU. gaU., 1. III, c. xii.
a-t-elle été aperçue par les Vénètea t ac primum ab hostihus > visa est, > les vaisseaux de ceux-ci appareillent, et courent, à pleine voile, sous l'impulsion d'un vent abondant et favorable, contre la flotte romaine, et viennent se ranger en bataille en fece d'elle « profectœ ex poitù, nostris adversee constiterunt. »
César qui nous raconte ces faits, n'ajoute pas un mot qui puisse nous faire croire que D. firutus, de son côté, s'est avancé contre les Vénètes ; il semblerait plutôt indiquer le contraire : Brutus... les tribuns et les centurions... étaient indécis sur ce qu'Us avaient à faire, et sur l'ordre de bataille qu'ils devaient adopter : t Nec satis Bruto... vei tribunis militum, centurionibus » que iKtnstabat quid agerent, aut quam rationem pugns insis- » tereht. »
Dion Cassius afiirme clairement que les. Vénètes se portèrent contre la flotte romaine pendant qu'elle était encore au mouillage (1) : i. tiiEKiï i»ii.0)(tpiaai( atfîait îirowi^Oiiffiiv. > En effet, le verbe vauiaj^ia veut dire être en station dans un parage pour observer, guetter la flotte ennemie, d'où, par extension, mouiller, stationner ; î) ïouio^io, station pour les vaisseaux. Le mot employé nauXo^^nilacHî nous semble même avoir ici une valeur toute particulière. Brutus tient d'abord sa flotteau mouillage pour observer, surveiller les mouvements de la flotte ennemie. Le traducteur latin de Dion dit : « Naves romanorum m statione mai^entes adgressi » sunt (2). » Les Vénètes, en effet, en voyant les vaisseaux légers et effilés des Romains, les prirent en mépris, nous dît Dion, et les attaquèrent, espérant les couler bas, sans peine, avec leurs avirons (3).
Le rendez-vous de la flotte romaine devait être non loin de l'embouchure de la Loire, cela nous semble évident et, s'il en est ainsi, c'est donc, non loin en avant de l'embouchure de la Loire que s'accomplissent les faits que nous venons d'indiquer.
Tout à coup le vent tombe, et se produit la fatale accalmie ; Brutus reprend courage ; les romains s'élancent, à force de
<l)Dio Cass., 1. XXXIX, c. 41.
f2) Annotation de Gros, dans sa tradoclîon de Dion, t. IV, p. 83. (3) » Ai OUÏ Tuûâ oc BïpÇopoi o(a [liiTtw itpiTifov toi'ou*o« vontmaû mmtf»- » ptïOt iTpoç TI TTiv ô-j-rï TÛï ï(ûï xa'i T» ï(ff>y aii-riti n a!ivtivk itrftà tita'nf
9 oavra... » Di" Cass., 1- XXXIX, c *1.
rames, contre les navires gaulois, et les attaquent les uns après les autres, de la manière que nos deux auteurs nous l'ont raconté.
Le combat a lieu non loin de César et de Tarmée de terre, qui, du haut des coteaux voisins, admire et acclame, sans aucun doute, les actes de «ourage et les succès des Romains.
Tout concourt, qu'on nous permette de le dire, les observations mêmes des écri\viins cités plus haut, et qui n'arrivent pas jusqu'à nos conclusions, tout concourt à établir que le campement de César, sur le littoral, devait être voisin du lieu de rendez-vous de la flotte (1).
€ Il ne suffisait pas, dit M. A. Lallemand, que César fut placé » dans un lieu d'où il pouvait apercevoir l'entrée de la Loire et » les manœuvres de sa flotte ; il fallait encore que cette position
> le mit en état de concerter les mouvements de ses troupes
> avec ceux de cette flotte (2). >
M. le D»" Fouquet dit de son côté : c II faut que César reste
» constamment en communication avec ses vaisseaux Il faut
» qu'il soit à la côte pour protéger cette flotte, en recueillir les » débris, si la tempête la disperse, les soldats et les matelots, » en cas de défaite (3). >
La bataille navale, croyons-nous, s'engagea en pleine mer, à une distance peu éloignée des coteaux de Guérande, et César avait établi son camp dans la presqu'île dont l'isthme est encore barré, de notre temps, par l'immense rempart des Grands-fossés. Telles sont les conclusions auxquelles a abouti notre étude. Nous les présentons avec conviction mais avec réserve, parce que, si elles reposent sur un certain nombre de preuves, elles ne se complètent, nous le reconnaissons, que par de simples mais pourtant sérieuses inductions.
Si l'on nous objecte que notre solution entraîne, pour César et son armée de terre, un second passage de la Vilaine, nous répondrons que s'il avait campé dans la presqu'île de Rhuis, comme le croient MM. A. Lallemand et le D' Fouquet, ses com-
(1) c En plaçant César à Saint-Gildas, au S.-O. de Sarzeau, on l'éloigné beau- » coup trop de la région de la Loire. » Desjardins, Gaule rom., 1. 1, p. 284.
(2) A. Lallemand, Ann. du Morb., 1860, p. 44.
(3) Docteur A. Fouquet, Monum. celt. et ruines rom. dans le Morbihan, pp. 59, 60.
GÉOORA.PHIE DE LA PÉNINSULE ARMORICAINE 16'
muTiications avec sa flotte n'auraient point été, selon nous, sufllsamment assurées, en présence de toutes les éventualité: possibles ; les routes. César l'a dit, étaient interceptées par les marées ; les ressources pour les approvisionnements et r^imen tation des troupes auraient pu manquer (1) ; et si la flottt romaine avait eu à subir un échec, elle n'aurait pas été à portét de se réfugier immédiatement sous la protection de l'armée de terre.
La presqu'île guérandaise présente, au contraire et au plus haut degré, toutes les conditions que César devait rechercher : position défensive, protection de la partie de la flotte qui descend Is Loire, voisinage aussi rapproché que possible des peuples alliés de la rive gauche, qui ont fourni des navires, et du territoire desquels on peut tirer facilement tous les approvisionnements.
L'existence de l'immense campement de la presqu'île guérandaise, avec la ceinture que lui font la mer, la Loire et un remparl d'environ trois kilomètres, sans aucune analogie avec les fortifications connues des Gaulois, serait ainsi naturellement expliquée (2), et ce rempart serait l'œuvre des soldats romains attendant l'arrivée des galères, et la réunion de la flotte.
La configuration elle-même du terrain s'harmonise merveilleusement avec les détails et les grands traits du tableau que nous trace César de la bataille navale (3). Des penchants du mont Saint-Esprit et du mont Lenigo, on découvre un admirable panorama ; la vue embrasse, pour ainsi dire, tout le pourtour de la presqu'île, le bassin du Traict, le Grand-marais et le coteau de Guérande ; au nord, le bourg et la falaise de Batz ; le Pouli-
<1) c Pedestria esse itineraria concisa estuariis... neque nostros eierdlus, • propter fruroenli inopiam, diutius apiid se morari passe confldebant. •
Il n'esl pas douteux que la presqu'île de Rhuis avait été dépouillée de toutea les ressources qu'elle aurait pu offrir à l'ennemi.
(2) Les Romains, au contraire, étaient familiers avec la. coutume de ces grands travaux.
Dans la guerre contre les Helvètes, César n'éleva-t-il pas, à l'aide de ses troupes, el sur une étendue de dix mille pas, depub le lac Léman jusqu'au Jura, un retranchement de 16 pieds de hauteur, défendu par un fossé ? Cœs-, Bell, gall., 1. 1, c. vni.
(3) Le plateau de Guérande domine, en général, la mer de 30 ou 40 mètres ; Guérande en occupe le point le plus élevé.
guen et les dunes d'Escoublac, à l'est ; l'embouchure de la Loire, au sud, l'océan, sans bornes du côté du couchant. Le mont Lenigo domine particulièrement la baie du Croisic ; c'est, au fond, la petite anse sablonneuse de la Turballe, puis les rochers, toujours couverts d'écume, de la pointe de Piriac ; plus loin, à travers la brume, l'embouchure de la Vilaine et les côtes du Morbihan ; au-dessus des eaux, les lies Dumet, Hœdic et Houat. Parfois, quand le temps est clair, l'horizon transparent, on aperçoit Belle-Ile. Où César aurait-il pu trouver une position pareille à celle-là? Les conditions de toutes sortes qu'il devait chercher ne s'y trouvent-elles pas réunies à un degré et d'une manière incomparables?
Rappelons encore qu'au moment où la bataille navale allait s'engager, les vents favorisaient au plus haut point la marche des vaisseaux vénètes (Dion le dit en termes formels), venant du nord-ouest vers l'est, sud-est, et que par conséquent la flotte romaine n'en pouvait recevoir aucun secours ; rappelons enfin que Dion dit encore que la flotte vénète arrivait sur la flotte romaine quand cette dernière était encore au mouillage.
Révolutions du littoral de la Bretagne
Il ne nous reste désormais, pour achever de parcourir le champ de notre étude, qu'à esquisser, à grands traits, les changements que les phénomènes naturels ont fait subir à la presqu'île armoricaine.
Si l'on parcourt avec attention les côtes de la Bretagne, on
est amené ft y reconnaître des traces relativement modernes de révolutions, parfois importantes, causées par la mer. Ce sont des débris de forêts sous-marines qu'on découvre sous de vastes plages, les restes de constructions submergées ou enfouies sous les sables, d'antiques voies perdues dans les grèves, ou brusquement interrompues sur quelque point du littoral, tantôt au sommet d'une falaise- abrupte, tantôt sur les bords d'une baie formée par les dernières gi-andes invasions de l'océan. Tout nous prouve que des boul versements s'y sont opérés, longtemps après l'établissement des premiers peuples de cette contrée ; les uas s'y sont accomplis dans la période de temps que l'on nomme an té-historique, et les autres dans les siècles mêmes, qui se sont écoulés, depuis le commencement de l'ère chrétienne.
Suivons rapidement le littoral armoricain, depuis le mont Saint-Michel jusqu'à l'embouchure de la Loire, en coordonnant entr'eux les changements qui y ont été indiqués avant nous, et ceux qu'il nous a été permis de constater nous-même. Nous verrons si de leur ensemble nous pouvons faire sortir une conclusion générale.
La mer, pénétrant dans la Manche, resserrée entre les côtes de la grande et de la petite Bretagne, est plus agitée encore que l'océan ; ses flots plus pressés en battent les rivages d'un mouvement plus court et plus violent (1). La côte septentrionale de notre presqu'île, du Mont Saint-Michel à l'Ile de Batz, surtout, est découpée, sans interruption, en une suite de criques, d'anses, de baies creusées dans les terres, de caps et de promontoires ^avançant dans la mer, parsemée de petites Iles et de rochers.
La grande anse qui sépare le littoral de la Bretagne, courant à l'ouest, de celui de la Normandie, montant au nord, et qui, de notre temps, est tour-à-tour envahie par la mer et abandonnée par elle, présentait à l'époque qui nous occupe un aspect bien différent de celui d'aujourd'hui. La tradition rapporte qu'elle était, en grande partie au moins, couverte par une forêt, qui s'étendait des rochers de Sésambre jusqu'aux environs de Coutances (2).
(1) Desfalaiaes abruptes, aUeignant, sur certains points, une h:iuteur de 100 pieds, atlement, sur cette côte, avec des anfractuosilés sablonneuses, où viennent s'allonger les vagues de ta marée montante.
(2) Laporte, Pechprches sur la Bretagne, t. U, p. 148,
t La destruction et la submersion de cette forêt arrivèrent, » nous dit Deric, vers le commencement du vin" siècle : lamer, » vers cette époque, rompit les dif^ues que lui opposaient les » rochers de Chosey, et en fit une île ; ce n'était que le prélude ■ des ravages qu'elle allait faire dans la suite (1). i
e Dans la plaine de la Bruyère, située entre Dol et ChAteauneuf, » et demeurée à sec, qui faisait partie de cette forêt, on trouve » encore souvent des arbres bien conservés, des glands, des ) faines, des noisettes (2). »
'« Pendant le fameux ouragan du 9 janvier 1735, dit Deric, la t violence de la mer fut si grande, sur lesgi'èves du Mont Saint- » Michel, qu'elle fit sortir, du sein des sables, une prodigieuse B quantité d'arbres... Dans les terres du marais de Dol, qui » n'ont pas été cultivées, ont trouve des arbres presque tout
> entiers (3). >
Baudoin Maison -Blanche parle des « grèves mobiles du Mont » Saint-Michel, où, dit-il, il a vu souvent l'ouragan taire sortir
> des sables un grand nombre d'arbres, témoins incontestables
> de l'existence d'une ancienne forêt, qui couvrit autrefois ces 9 parages (4). »
L'abbé Manet, dans son ouvrage, ayant pour titre De l'état ancien et de l'état actuel de la baie du Mont Saint- Michel, M. Poignant, dans sa brochure intitulée Antiquités historiques et motiume)xta!es..., pages 81, 109 et 110, donnent sur le sujet qui nous occupe d'abondants détails.
Voici enfin un témoignage contemporain puisé dans le compterendu de l'Académie des Sciences, séance du 5 août 1878 ■. « On » trouve, dans les marais du Mont-Dol, des arbres entiers sub- » mergés, enfouis, connus sous le nom de Couêrons, et dont le » corps est dur et noir comme l'ébène. C'est une véritable forêt T> sous-marine ; car la mer a conquis autrefois ces régions, sur » le continent. On y trouve aussi, et c'est à M. Sirodot, le savant » doyen de la Faculté de Rennes, qu'est due cette découverte ,
(1) Deric, Hist. ecclés. de Bretagne, t. I, p. 42.
(2) Laporte, Recherches sur la Bretagne, I. II, p. 148.
(3) Deric, Hist. ecclés. de Bretagne, t. I, p. 42.
(4) Beaudoin Majson-BI anche, M^m. de l'Acad. celtiiiue,
GÉOGRAPHIE DE LA PÉNINSULE ARUORICAINE d71
> de nombreux débris d'animaux disparus, notamment d'osse-
> ments d'éléphants gisants disséminés, entre les blocs de gra-
> nit du bizarre massif du Mont-Dol (1). i
Voici des faits d'un ordœ différent, et dont la signification présente plus d'intérêt encore pour notre étude. M. de (îerville, etl'abbé Deric (2) avant lui, avaient constaté qu'une voie romai ne, tendant directement de Condate (Rennes) à Aiauna (Valognes), traversait les terrains qui forment, de nos jours, les grèves du Mont Saint-Hichel, ce qui, ajoute Deric, avec une vérité un peu naïve, n'aurait pas pu se faire ai la mer les eut couvertes, comme elle le fait actuellement (3). Nous n'avons pas à nous occuper, à cette place, du tracé même de la voie romaine en question : c'est de la géographie, non de la topographie que nous faisons. M. l'abbé Desroches, dont nous avons eu l'occasion de parler, au commencement de cette étude, au sujet du livre dans lequel il plaçait les Vénôtes sur la baie du Mont Saint-Michel, leur capitale au village de Vains, et le combat naval, sous le promontoire de CaroUes, contestant qu'il eut jamais existé une voie à travers la baie ; M. de Gerville lui répondait : (c Je ne suis pas » l'inventeur d'une route à travers la baie ; elle, est tracée dans
> un ouvrage publié, il y a cent ans, par Piganiol, et plus » récemment, vers 1780, sur une carte du diocèse de Coutances,
> publiée par M. Lefranc, alors supérieur du séminaire. J'ai ces
> deux cartes en ma possession (4). » M. de Gerville ajoute : t M. Beautemps Beaupré m'a écrit que la baie du Mont Saintt Michel ne lui paraissait pas avoir été occupée de tout temps » par la mer (5). »
Une autre voie romaine, sortant de Corseul, tendait vers Avranches à travers la même baie du Mont Saint-Michel. Elle a été décrite par M. Gaultier du Mottay, qui a indiqué exactement son point d'aboutissement à la Rance, d'où elle se dirigeait sur Dol, et ensuite sur Avranches, à travers la région unie et hori-
(1) Acad. des sciences, séance du B août f878, Journal of/Uiel.
(2) L'abbé Manet aiTirine avoir vu les tronçons, bombés en dos^'àne, d'une voie romaine dans les grèves.
(3) Deric, tlist. ec«lés. de Bretagne, 1. 1, p. i.
(4) Gerville, Réponse à l'abbé Desroches, 1846, p. 9. <5) ibid., broch. iiv-12, 1815, p. 18.
zontale, qui forme les grèves actuelles du Mont Saint-M dans lesquelles elle disparaît à deux reprises difTérentc trace s'aperçoit encore au point où elle entre dans la gri Roz-sur-Couèsnon, et reparaît sur le contrefort qui parti fond de la baie en deux anses diltérentes.
Bien que nous n'ayons pas à nous occuper, dans cette é de la presqu'île du Cotentln (1), notons, cependant, qu'uni romaine, dont on volt encore dea vestiges, traversait de i la baie d'Isigny, tendant de Bayeux (Augbstodurus) à Val (Alauna) et enfin à Giierbourg (Gorlallum). Cette voie pas Saint-Côine, le Crociatonum de Ptolémée, qui parait ave la première capitale des Unelles, laquelle fut ensuite transf h CoBsedùe, et enfin, dans les derniers temps à Constc Colitances, qui devint la ville principale de toute cette qu'Ile (2), à laquelle elle donna le nom de Cotentln, qu'elle encore aujourd'hui.
Nous allons rencontrer, dans le cours inférieur de la r d'Arguenon, des faits analogues à ceux que nous a prése baie du Mont Saint-Michel. « Pendant les années 1827 et en creusant les fondations des quais de Plancoët, on déci une très grande quantité d'arbres, k une profondeur de 4 à très, au-dessous du niveau du sol actuel. Ces arbres é pour la plupart couchés ; cependant, un petit nombre aval serve la position verticale et ces derniers semblaient ave violemment rompus à une faible hauteur au-dessus des rac ils mesuraient tous environ un mètre de circonférence. ( d'énormes coudriers, dont les noisettes se trouvaient da vase environnante, avec leur enveloppe conservée (3).
» Pendant le mois d'août de l'année 1863 furent exécu nouveaux mouvements de terre : en creusant, depuis ; Lormel à Plancoët, un nouveau ht à l'Arguenon, pour le n
(i) Dans la baie de Grand- Ve; qui forme, avec la Vire, la troulière m du Colenlin, à l'est, on trouve des arbres en grand nombre, couché) tourbe, les branches du même câté, vers l'amont. J. Girard, p. 70.
(2) Walckenaer, Géogr. anc. des Gaules, t. 1, pp. 385, 386.
<3) M. Durocher, savant ingénieur des mines, professeur à la Faci sciences de Rennes en 1856, nous a raconté qu'il avait fait découvrir de! dans la grève d'une petite anse voisine du chlteau du Guitdo, par un du pays, qui y allait fairç habituelle nient sa provision de bois de chaufTi
sèment de son chenal, on constata un fait absolument analogue, k cala près que les arbres, moins nombreux, étaient des chênes, à ne pouvoir s'y méprendre. En rapprochant ces faits de ceux qui ont été observés dans les marais de Dol, n'est-on pas porté à leur attribuer la même cause que celle qui engloutit la forêt de Scissy (1). »
L'opinion commune est qu'il exista. autrefois, près d'Erquy, une ville que les eaux de la mer ont détruite et submergée. Quelques anciens du pays assurent en effet que, dans les marées basses, ils en ont encore aperçu les ruiiies (2). Il faut ajouter qu'une voie romaine, venant de Corseul, et dont on reconnaît encore, d'une manière certaine, les vestiges, de distance en distance, va se perdre sur la grève même, auprès d'Erquy (3). Nous croyons avoir établi plus haut l'identité de Begrinea avec Erquy ; tout nous porte à croire, en effet, qu'une grande partie de la ville antique a été submergée par la mer. Les substructions romaines qu'on y a découvertes sont loin, par le peu de surface qu'elles occupent, d'être en rapport avec l'importance que dût avoir une ville où se trouvaient les ruines d'un temple romain, dont Caylus nous a donné la description, et pourvue d'un port.
Les ports étaient le plus souvent séparés des villes dont ils dépendaient, par une distance plus ou moins grande.
La baie de Saint-Brieuc va nous donner lieu de faire encore des observations du même genre que celles qui précèdent. « Entre Daouët et l'embouchure du Gouëssan est la Treus-trans » ou Cotentin, bourgade ruinée et pleine de décombres ; à > l'extrémité, vers le levant, dans la commune de Plouërin (4),
(1) J. E. G. journal le Commerce breton du 5 août 1868.
La baie de la Fresnaye, où, à marée basse, se découvrent de vasles grèves, était occupée par une forêt, dont on retrouve des débris enfouis dans les sables. J. Girard, p. 86, 1B81, les cdtes de France.
Ci) Dénouai de la Houssaye, Uém. de l'Acad. celt., 1. 1, p. 356, et Biblioth. bretonne, IV, p. 338-
(d) Dénouai de la Houssaje, ibid.. p. 356.
(4) Dans la commune de Pléria, située à l'ouest et près de Saint-Brieuc, une voie antique partant de la petite baie de Saint-Laurent parait se diriger sur Ckirseult. Elle passait au-dessous du village de Pont-Arel.
Ou a découvert, sous cette grève, les restes d'une forêt s
174 A"SS0C1ATI0N BRETONNE
> est un village, près des grèves, où l'on payait autrefoif » droit de coutume ou de marché. Cette correspondance
. k deux lieux parait prouver l'existence ancienne d'un che
> allant de l'un à l'autre et anéanti par la mer, qui a boulev » et beaucoup agrandi ces grèves devenues immenses (1). i
Dans la commune de Pordic se voient, dans un terrain, Aé mais envahi par la mer, les substructions de b&timents, paraissent avoir été ceux d'un balnéaire romain (2).
La plage de la commune de Trévou-Tréguignec, à env deux lieues de Tréguier, fut jadis occupée par une forêt, qi mer a renversée et envahie ; on y rencontre partoijt des tn d'aulne et de chêne, que les habitants exploitent avantage' ment (3).
« A deux lieues de Lannion, dit Ogée, vers le milieu d
* grande anse sablonneuse, d'une superUcie de plus de 1,200 j
* naux, qui commence à la sortie même du bourg de Ss
> Michel, se voit une antique croix de pierre plantée dai » creux d'un rocher.
ï La tradition rapporte qu'elle fut placée h l'endroit où
> barqua saint Efllam, l'an 480, en arrivant -d'Irlande, et » celte grève était encore alors occupée par une vaste fc
> dans laquelle ce saint se b&tit un ermitage (4). >
Cette tradition a été confirmée, au moins en partie, par découverte indiquée par le journal la Gazette de France, di février 1812, d'après un article du Journal des Mines, n" ili la même année.
On y lisait ce qui suit : t Un jour, M. le comte de la Frug » se promenant^ non loin de Morlais, sur la grève de Sa » Michel, après une violente tempête, trouva l'aspect de c » grève absolument changé. Le sable fin et uni qui la coui
> auparavant avait disparu ; on voyait à sa place un terrain n » labouré par de longs sillons ; c'était un amas de détritus
logue à relie de la baie du Mont Saiat-Miuhel. A.cad. des Sdeoces, séanc 27 août 1837, Journal officiel.
(1) Beaudoin Maison-Blanche, Mém. de l'Acad. celt., t. V, p. 166.
(2> BibUoth. bretonne, IV, p. 219.
(3) DlcUonn. d'Ogée, au nom de Ueu.
(4) Ugée, DictioDn. de Brel., au mal Sainl-Michel-en-Grève.
OtoORAPHIE DE Lt^ PÉNINSULE ARMORICAINE 175
> gétaux, parmi lesquels on distinguait des feuilles d'arbres » forestiers... EnÛn, sur tout ce terraia, se voyaient des troncs
> d'arbres renversés dans tous les sens... Les ifs et les chênes
> avaient conservé leur couleur naturelle ; les bouleaux, très » nombreux, avaient gardé leur écorce. Tout ces débris, d'une
> anciennevégétation,ensevelisparquelque révolution soudaine, * reposaient sur une couche de glaise semblable à celle qui
> forme ordinairement la base de nos prairies, etc. M. le comte 1 de la Fruglaye, ajoutait la GazetU de France, ayant poursuivi
> ses recherches pendant un espace de 7 lieues, toujours le long
> de la grève, y trouva partout des restes de cette ancienne » forêt ensevelie sous les sables (1). »
Entre Plouescat et Plounévez-Lochrist, est situé le petit port, relativement moderne de Kernic. C'est là qu'en 1775, la Bellepoule débarqua ses blessés, après son glorieux combat. Les plages immenses de sable qui environnent le Kernic, cou\Tent désormais les restes d'une forêt engloutie, connue sous le nom de Coat-annoz, et qui, d'après une tradition locale, disparut autrefois, sous une invasion de la mer, dans l'espace d'une seule nuit ; les eaux s'engouffrèrent dans la vallée de Pont-Christ, qu'elles transformèrent en un bras de mer (2),
On prétend, dit Ogée, qu'une ville, du nom de Tolente, exista autrefois sur la rive droite de la rivière de Vrac'h, et à son embouchure, dans le territoire actuel de la commune de Plouguemeau. On dit aussi qu'elle fut incendiée et détruite par les Normands, vers l'année 875. L'imagination de quelques chroniqueurs s'est donné libre carrière sur la grandeur et l'opulence de cette ville, dont ils ont fait une sorte de Tyr bretonne ; mais, ajoute l'annotateur de la nouvelle édition d'Ogée, rien, jusqu'ici, n'a permis aux archéologues sérieux d'affirmer l'existence ancienne d'une ville de Tolente.
Nous convenons, avec l'éditeur du nouveau dictionnaire d'Ogée, qu'on ne trouve sur les bords de l'Abervrac'h (le havre des cailloux) (3), aucune trace d'une ville antique; nous con-
(1) Alibé Manet, de l'Etat ancien et de l'état actuel de la baie du UonI Saint- Uichel, 1899, pp. 30, ii.
v3) P. de Courcjr, Bullet. de l'Associât, bret., 1851, p. 136. (3) Ou le bivre de la vieille, de la sorcière, de la Tée (Grtufh.j
venons également qu'on ne peut invoquer aucun texte précis de notre histoire pour établir le fait en question ; et, cependant, ^ nous croyons à l'existence, en ces parages, d'une ville disparue. En effet, une voie romaine, qui est bien un monument historique aussi, vient directement de Carhaix se perdre sur cette côte, et non loin du fort Céson.
Comment admettre qu'un ouvrage aussi important, et d'un si grand développement que cette voie romaine n'ait pas, dans les temps anciens, abouti à un établissement, dont la situation était du reste naturelle, favorable et bien choisie, et dont la tradition conserve toujours le souvenir (1),
C'est là, on l'a vu précédemment, qu'en dépit d'un chiffre de distance, dont l'exactitude est plus que douteuse, nous croyons devoir placer le Geaocribate de la Carte de Peutinger, dont la mer, sans doute, couvre désormais les ruines.
Nous sommes arrivé aux côtes occidentales de la Bretagne. Le pays du Finistère, dans cette partie, regarde l'Atlantique en ffice, et les flots, avec une force qui ne chôme jamais, viennent donner, à ses rivages avancés, un assaut éternel, comme un bélier battant les murs d'une forteresse.
Ici, les falaises rocheuses et abruptes de la côte, incessamment minées, jusque dans leurs fondements, se détachent par fragments et s'écroulent dans la mer dont elles exhaussent le fond. Ailleurs, les coups répétés de l'océan ont ouvert quelque brèche, par laquelle il pénètre jusqu'au milieu des terres, a'emparant des parties basses ou des vallées, qui deviennent sa conquête, et d'où il ne sortira plus. Ainsi ont été taillées, dans le massif de la presqu'île, les grandes baies de Brest, de Douarnenez, ainsi que celle d'Audierne, qui regarde le golfe de Gascogne. C'est le pays des hautes falaises, opposant leure remparts à l'océan, comme des murailles de cent pieds de hauteur.
Il serait curieux et intéressant de retrouver, d'une manière certaine et exacte, les contours que présentait cette partie du littoral, à l'époque qui nous occupe. Nous ne le saurions faire ; essayons du moins de donner une Idée approximative des formes occi-
(1) Quoique nous n'aimions guère les étymologies, nous nous demandons si le nom de Tolente n'a p^s quelque rapport avec les mots Toul-hent, te trou du chemin.
aioORAraiK M bA piNIN«(IU( JJUtORICAINE 177
S de eètie presqu'île anooBicaiiiei l'on ^ plus ançwiui aoulèvemetita du gjobe, puisqu'elle repose pFesqu'eotiirenieDl, sur les tamiino que la géologie nomme primitij» et de tranittwn.
Gosselin préterd i]ue les deux caps Saint-Mathieu et du Raz ont été souvent confondus en un seul par les ancieas. lia formaient, dit-il, selon Pythéas, le promotUoire Calbitim (i). Sans admettre cette confusion, nous sommes poirté du moins, pour les raisons que nous allons dire, à penser que les baies dft Brest et de Douarnenez se sont étendues bien plus loin dan» le4 terres, qu'elles ne le faisaient au commencement de l'ère chré^ tienne. L'assaut direct donné par l'océan, dans cette partie, & notre littoral, suffirait déjà à rendre vraisemblables les conquête^ de la mer ; mais ici encore, les preuves ne nous manc[ueront pas, et nous pourrons citer bien des faits analogues à ceux qui se sont produits sur le rivage de la Manche, et que nous avons indiqués.
On trouve des troncs d'arbres enfouis et submergés, dans une anse formée par la mer, un peu au nord du Conquet, et nommée l'anse dea Blancs-Sablons (en breton Guen-Trez). Ces aigres, qui sont mis k découvert particulièrement par le reflux des plusi grandes marées, soDtconnussous le nom du Ciiat-du(bois,noii;)(2). ' Un peu au aud du même port du Conquet, sur une autre anse^ qui a gardé jusqu'à, nos jours le nom de Porz-liocan, exista, jadis le Salioeanu» portus de Ptolémée, dont, à cause de sa situation, nous nous sommes servi comme d'un point de repère auquel nous avons rappoité les latitudes de ce géographe. Nous avons dit précédemment qu'au xvit* ei au xviip siècle, on y voyait encore dee parties d'une muraille épaisse, construite en ■ briques et fortement cimentée, ayant évidemment formé un quai ; la mer a tout dévoré, et nous u'avons pu réussir nous-méme à en constater aucune trace, en noua rendant du Couquet au iameux cap Finistère (Saint-Mathieu). Sans doute, aftrès une de ce$ grandes marées d'équiooxe, qui laboureot, et, en se retirant, entralnenl: lea sablea de La côte, ua observateur attentif retrouverait çè et là des fragments de briques caractérisés par leur
(1) GosMUn. OÉO^i:- snc., t, IV, p. 67.
(Si Oa ^a tMuvs égaleiawat Tcra Keritoc'h, wi fond de la bau du Vougi},
vers mi-chemin de Golzédoc'h v. l'embouc. de l'Aberrrac'h. ReoHign. \exh,
Arch. n
178 ASSOCIATION BRETO>iN£
forme, leurs dimensions, ou roulés en galets par l'action de la mer, comme nous en avons rencontré dansla baie de RoscoS, et sur les grèves de Coz-guéodet ; mais ici c'est une simple destruction, et nous n'en pouvons rien conclure sur les changemer>ts relatifs de niveau de la terre et de la mer.
Voici la presqu'île de Crozon : près du petit port de Camaret, au village de Kervihan, des afTouillements de la mer mirent à découvert, en l'année 1863, les substructions d'un établissehient antique. On y recueillit une grande quantité de monnaies romaines correspondant à la fin du ii* siècle, époque des Antonins (1). Ogée cite, dans son Dictionnaire de Hretagne, une tradition qui place, vers la pointe de la Chèvre, une de ces villes disparues qu'on désigne, en Bretagne, sous le nom de ville d'/s.
Dans la même presqu'île de Crozon, non loin de cette pointe de la Chèvre, à la suite d'une grande marée, qui, après avoir battu le rivage avec force, avait entraîné, dans son brusque recul, des masses considérables de sable, se montra à découvert une tombelle de forme aplatie, mais évidemment artificielle. L'exploration, qui en fut faite, fournit, avec des débris humains, quelques monnaies frustes pour la plupart, dont l'attribution romaine, du moins, ne pouvait être l'objet d'aucun doute ; mais, après une étude attentive, l'une d'entr'elles fut reconnue appartenir à Claude II, dit le Gothique, qui accéda à l'empire peu après le milieu du ni» siècle de notre ère, en 268(2).
A Douamenez, où nous conduit notre itinéraire, nous avons fait une station déjà, en indiquant et en étudiant les établissements romains du littoral, signalés par des ruines, en même temps que les stations militaires énumérées dans la Notice des Dignités de l'Empire. Il est constant qu'il y a eu là des envahissements notables de la mer, au détriment d'un établissement, situé sur la voie romaine tendant de Cartiaix à la Pointe-du-Kaz. L&, Cambry rapporte qu'il existait, et qu'on apercevait parfois,
(1) Bullet. de l'Assoc. bret., Congrès de 1873, p. 42.
(2) Nous rapportons ce fait de mémoire, n'ayant pu reUDUver une note tris authentique que nous en avions prise ; mais nous croyons ne pas nous tromper.
de son temps, des mui-ailles antiques, couvertes ordinairement par la mer. Cette assertion nous a été conQrmée, à nous-mdme, sur les lieux, par les marins de ces côtes, qui nous ont assuré , avoir vu ces antiques dàbris, enfouis désormais sous les eaux. La petite Ile Tristan est située proche et presqu'en face de Douarnenez ; on peut, à marée basse, y accéder à pied sec ; l'intervalle, qui la sépare du rivage, est alors complètement découvert. Il faut bien qu'anciennement il formât un isthme dominant toujours le niveau de la mer, car on y voit un dolmen de 20 pieds de longueur et qui se trouve aujourd'hui complètement submergé pendant la pleine mer (1).
La voie romaine, partant de Carhaix, dont nous venons de parler, et qui est connue sous lo nom de hent-Ahès, se rend de Douarnenez à la pointe du Raz, où elle se termine brusquement au haut de la falaise. Là existait, dit le chanoine Moreau, écrivain de la lin du xvi' siècle, une ville ou station qu'il nomme, nous ne. savons sur quel fondement, Roc'h-guen-Cap~Sizun. Toujours esl-il que les traces incontestables de la voie romaine impliquent nécessairement l'antique existence d'un établissement romain, en ce lieu. Nous n'avons rien à ajouter à ce que nous en avons dit précédemment, si ce n'est poui-tant un renseignement donné par Cambry, mais que nous n'avons nulle autorité pour confirmer ou pour infirmer nous-mëme ; < Il est certain, » dit cet écrivain, que l'honnête Hervé Chénay, municipal et » pécheur de Douarnenez, trouve dans la mer, à la pointe du » Raz, des murs à 4 ou 5 brasses de profondeur ; son ancre » s'arrête sur ces murs : en la laissant tomber des deux côtés,
• il en suit la direction, sans rencontrer d'inégalités, ainsi que
> cela aurait certainement lieu pour des rochers. Il calcule que
> ces murs sous-marins ont une hauteur de 3 à 4 brasses; , » enân, dans les fortes tempêtes, quand les sables sont em-
» portés par les fureurs de l'ouragan, on aperçoit, au fond de
(1) FréminTille, Antiq. de la Bretagne, Finiatire, p. 61. t D'autres substruc-
• tioiu i Plamarc'b, à 500 mètres de Douarnenez. et en divers points de la baie ■ ne pennetlent pas de douter que cette cûte n'ait été le lieu d'établissements
> importants remontant au moins à la période romaine... La profondeur ordi-
> naire (sicj de la baie étant seulement de 14 i 15 mètres, il suffit, poune
• rendre compte de cette submerûon, d'admettre un enfoncement d'un mètre ' par tiicle. • Jules Girard, les cAtes de France, pp. 98, 09.
ASSOCIATION BRKTÛNMC
* la baie, ée larges troncs d'ormeaux, dont la positioD oftr
• certaine apparence de régularité (i). >
Cette dernière indication ne nous a pas été fournie à: même, lorsqu'à deux reprises différentes, nous avons visi presqu'île du Raz, mais nous y avons trouvé, encore viv la tradition de l'ancienne existence d'une de ces villes (villes basses, villes submergées), comme à la pointe < CSièvre, dans la presqu'île de Crozon et à Douamenez, au de la baie du même nom.
Cambry, du reste, l'un des fondateurs et Je premier des sidents de l'Académie celtique, mit autant de zèle que sa pai connaissance du pays lui procura de facilités, dans l'explor de nos câtes. Il semble avoir apporté, dans cette étude, l'ar naturelle à ceux qui, après avoir longtemps quitté leur [ pour parcourir d'autres r^ons, y reviennent avec cette ci site particulière, mêlée d'amour du sol natal et du désir i bien connaître, au temps présent et jusque dans son pj Nous croyons donc devoir accorder toute confiance, non-S€ ment à l'activité des recherches de Cambry, mais encore sincérité de ses informations, dans" lesquelles nous puise d'autres détails encore, concernant le sujet qui nous occi Leur concordance avec des faits, dont l'authenticité est certa leur servira, jusqu'à un certain point, de confirmation.
En commençant l'étude du littoral méridional de notre ] tagne, nous rencontrons la presqu'île de Penmarc'h. N partie de nos côtes, si ce n'est peut-être celle de Ploumana dans la commune de Perros-Guirec, au nord de Lannion, n'( un aspect aussi grandiose et aussi sauvage : d'énormes enta ments de rochers, battus par les vents de l'ouest et du s onestj et minés par la rage des flots, environnent la presqi comme un rempart cyclopéen. Au milieu de ces rochers, se remarquer la fameuse Torche-de-Penmarc'h, roche creuse, parée de la terre par un intervalle nommé, nous ne savons p quelle raison, le saut du moine. La mer se précipite contrée masse qui l'arrête, la repousse et la disperse autour d'elle écume blanche, en faisant entendre un bruit énorme et soi qui envoie, jusqu'aux environs de Quimper, sa détonation j
(1) CamLiry, Voyage dins le FinUtère, 1790, p.
GÉOGRAPHIE DE L\ PÉNINSOLE ARHORlCAtNB iSl
longée, semblable à celle d'une artillerie lointaine : c'est la Torche de Penmarc'b qui prédit les orages. Une tempête, dit-on, soulevée par les vents de l'ouest, détruisit, en un seul jour, toutes les pêcheries, et broya toutes les barques des pécheurs de Penmarc'h (1).
Rien ne peut peindre l'aspect morne et désolé qu'oflVent désormais ces lieux : la mer démontée, des écueils, du sable, des ruines, et, par la tempête, les sifflements du vent, dominés encore par les hurlements de la Torche. C'est bien là que la mer et les vents exercent une puissance destructive et sans bornes pour accomplir leur œuvre : mais, là aussi s'est produit le phénomène de submersion dont nous avons déjà constaté tant d'exemples. Les anciens marins rapportèrent à Cambry « avoir vu, » au large, entre Guilvinic et Penmarc'h, des pierres druidiques
> à 5 ou 6 mètres de profondeur sous la mer (2). >
« Les Iles des Glénans, dit encore Cambry, furent habitées » jadis ; des marins attestent avoir vu, à une demi-lieue dans » l'ouest de l'Ile-aux-Moutons, un mur, une grande voûte faite » de mains d'hommes, à plus de 8 mètres de profondeur, au » fond de l'eau. On ne peut les apercevoir que par les plus t grands calmes, n
< Dans l'étang de l'ile du Lok, ils ont vu des pierres dtnidiï ques immergées (3). »
A une époque plus rapprochée de nous, une découverte, ftiité sur la côte de la commune de Loctudy (Finistère), est venue confirmer les renseignements précédents, et prouver, de plus, que le phénomène qui nous occupe, continue toujours à se produire, ou du moins qu'il a fait sentir ses eflets jusqu'à une époque très rapprochée de la nôtre :
Nous rapportons les détails donnés, à ce sujet, par le journal l'Impartial du Finistère :
t Un de nos archéologues, M. Le Mesle, vient de faire, sur
> tes côtes de Loctudy, une importante découverte -en explorant ï le littoral . de cette commune. Il avait recueiUi une tradition » d'après laquelle, à une époque reculée, la procession de
{ii Ogte, Diction, de Bretagne, nouv. ëdit., au mot Panmaic^h. (2t Cambrj, Voyage dans le Finistère, t. III. p. 56. ® Ibid., p. 7*.
Itra ASSOCIATION BRETONNE
> Plouivel se rendait aux Glénans, en suivant une allée boi t d'arbres, et un centenaire du pays allait jusqu'à prêter » qu'on en trouverait encore des vestiges, si l'on faisait, à mi 1 basse, des fouilles dans la grève, près du hameau de Kei
> hue (1).
» Voulant s'assurer s'il y avait quelque chose de vrai c ï cette tradition, M. Le Mesle fit creuser le terrain dans l'end 1 indiqué, sur la direction de Plouivel aux iles Glénans. A B un certain temps de recherches, on a en effet trouvé ensev
> sous le sable, des troncs de chênes espacés de deux à 1
> mètres et placés sur une ligne, tendant directement de PI
> vel aux lies dont il s'agit ; on fut même assez heureux i » découvrir les deux côtés de l'allée dont la largeur semble a 1 été de 30 à 32 mètres. Ces lignes ont été suivies, au me
> de fouilles continues, sur un parcoui-s de 130 mètres, et ai s loin que la marée basse a permis de poursuivre les invesl
> tions. Les troncs d'arbres dont les uns étaient encore a 1 bien conservés, tandis que d'autres étaient dans un état c » plet de décomposition, se trouvaient dans une excellente t » végétale, recouverte seulement d'une couche assez minci
> sable.
» M- Le Mesle estime qu'au temps dés grandes maréeî » hauteur de la mer est d'au moins 5 mètres dans la parti » la grève où est située l'allée sous-marine qu'il a pu ejtpk
> Quand aux Glénans, ils sont séparés par environ 12 kilomé » des côtes de Loctudy. »
Nous arrivons à la mer intérieure du Morbihan, que Ptolé et les géographes anciens qui l'ont suivi ne nomment
(1) Toici une aiiU'e preuve de l'alTaissemeiit continu de la presqu'île tonne, durant le mayen-âge :
I II est facile, dit Derïc, de concevoir que l'ile il'Aarun faisail autrefois |
> du continent.
> Pour ce qui regarde l'ile Césambre, voici ce qu'en dit d'Argentré : U
> a gagna bien loin au-defà de Saint-Malo, en sorte que le pays qui est >
> la ville et Céaambre, qui est une ile distante de deux lieues, était » ferme, et voit-on par compte des revenus de l'évéché, du chapitre de I église, que les receveurs faisaient charge du revenu des marais d'eni R ville et Césarobre, et encore à présent (1568), les receveurs en font cha » en deniers comptés et non reçus, i Deric, Hist. ecclii». de Brela t. I, p. 46.
encore bien que la guerre de César dans la Vénétie, point de départ de U conquête de notre presqu'île par le» Romains, eut dû la faire assurément connaître, un peu plut&t ou un peu plus tard, comme ils ont connu la capitale maritime de Dariorigum.
Nous rencontrons ici un fait analogue à celui que nous avons signalé précédemment, d'une voie ramaine traversant autrefois les grèves du Mont Saint-Michel. Nous étions demeuré, de tout temps, incrédule à l'authenticité et k l'exactitude du tracé d'une voie romaine, mettant Vannes en communication avec Locmariaker, voie dont la direction, selon M. Bizeul, après avoir suivi une ligne droite de Vannes, par le pont du Vincin, jusqu'à Pomper, se serait détournée brusquement pour aller passer â Baden. Un tel tracé eut été absolument contraire à la méthode constamment suivie par les Romains, toutes les fois que quelque grand obstacle ne venait pas imposer une exception à cette règle. Durant un séjour à Aradon, en 1862, nous voulûmes en avoir le cœur net, et prenant la voie au pont du Vinciii, jusqu'où nous la connaissions déjà, nous en poursuivîmes les vestiges avec une scrupuleuse et incessante attention ; la voie se prolonge, bien au-delà de Pompef, dans une direction qui continue de se confondre, pour ainsi dire, avec la ligne droite, et nous arrivâmes étonné jusque sur la grève, au village de Locmiquel, ayant alors en face de nous, sur le prolongement exact de la ligne que nous avions suivie, le bourg de Locmariaker, dont nous étions séparé par une nappe d'eau, au-dessus de laquelle s'élèvent deux Ilots (1).
Voici les points de passage de cette voie, que nous avons parcourue et reconnue, pas à pas, de l'une de ses extrémités jusqu'à l'autre : partant de Vannes, elle passe non loin du Pargo, par la Cellette, Logueltas, Langatte, Le Narbont, Le Moustoir, Kerisper, Bocoan, Trévérat, Pouron, et vient mourir, comme nous l'avons dit, sur le rivage, près du hameau de Locmiquel, directement en face de l'antique Z)artori3u»n(2).C'estbienen effet de
(1) I>e grand et la petit Veizit. — • Sur le lieu que U. Tranois a > cbaisi pour Je Ih^âlre du combat naval, vous verrez sur une carte marine
■ que tes plages (/«i te trouvent d'un côté entre les deux île» Veiiii, et de • i'aulre devant Loctnariaker, dreoiifrent... ces fonds renten' à sec ou prest .qu'à sec. > D' Fouquel, Ruines rom. dans le Morbihan, p- 55.
(2) 11 ne semble pas possible de douter que ta voie romaiiie dont Jtous venont
1S4 ASSOCIATION BRETONNt
Sartorkum île ta TaMe de Peutinger à Dariérigvm de Ptolimée, tjue tendait, pour ainsi dire, à vol d'oiseau, la voie romaine qui nous occupe ; mais quelle idée devons-nous concevoir de l'assielte de Cette dernière ville, et des moyens qui furent alors employés pour y accéder? Le bourg actuel de Locmariaker fut certainement b&tl sur une partie de ses ruines ; il suffît, pour s'en con- ■raincre, d'étudier la manière dont »e répartissent les substructions romaines mises au jour, avant et depuis notre temps; mais la, par suite d'un phénomène naturel , analogue à celui que nous avons constaté préoédemment, la mer couvre une autre partie de ses ruines. M. Charles Gaillard, l'un des plus sérieux et plus zélés explorateurs qu'ait eus notre Morbihan, écrivait en 1834(1) : < On m'assure qu'une maison (du bourg de Locmas riaker), construite sur le bord même du quai, a ses fondations
> assises sur des maçonneries antiques. > Aucun doute n'aurait pu s'élever dans l'esprit de M. Ch. Gaillard, s'il avait connu le itianuscTÎt du président de Robien, que nous avons déjà cité, te pkin qui y est joint indiquant l'état des lieux, de son temps, et la confirmation qu"y donne le comte de Caylus, dans stni Recueil d'antiquités (3).
a On trouve, dit le président de Robien, d'anciens bâtiments » dans la mer, des reste» de tours et de murailles dont la plupart » BOnt recouverts pur les vases ; ces murs sont formés, par • assises, sur une forte couche de mortier, composé de briques » et de coquilles ; presque tous ces murs présentent des assises
> de briques dont la longueur est de dix-huit pouces et la lar-
> geur de douze. Ondécouvredanslesjardinsetdansles champs, » à une profondeur médiocre, une grande quantité de murailles,
> ce qui prouve la grande étendue de l'ancienne ville. On a
> trouvé un pavé dont les briques avaient un pied carré, et
d'indiquer le tracé se rendait directement à Locmariaker, devait franchir la rivière d'Aara;, au moyen de travaiii d'art que l'invasion de la mer a dËtmib ou ensevelis sous les vases.
Neserait-œ pas alors qu'aurait été détournée la vai« pour «lier passer ta jiviène d'Aiiray, sur un pont de Ikùs, au-deuous 4e la poînleditc dec Espagnols.
(1) Cb. Ëaillan), Ann. da Morbihan, 1834, p. «7. 0^ Citïhu, ItBC. d'aabq-t t. VI, ji. 376.
OdOORAPHIE DK LA PÉt4INSCLE ARMORICAINE iSS
y d'&atre& bftttments pavés, d'un ciment très dur. Ces mines f pi^sentent encore des fragments de marbre d'ane médiocre
> épaisseur, et qui n'ont pu servir que de revêtements an pla- 1 Cage. >
Relevons dans les explications jointes au plan, les suivantes qui ont directement trait à notre sujet : < 1 Tonr, d'environ 1 la pieds de diamètre présentant 'un mur plus épais' que le»
> autres ; ^ fondemenU trouoé$ dana les grèves, que la mer ) couvre de haute marée ; 3 tour pluê avancée dana la mer, et
> qui a environ 10 ou 12 toises ; il y a des habitants qui ont vu
> d'anciens murs à plus de 60 toises au-delà (1) ; 4 chapiteau
> de colonne trouvé dans la mer, â 10 ou 12 toises du littoral
> actuel, d'après le plan ; 5 petite idolecTor, d'environ 2 pouces ■ de hauteor, et du poids de deux louis ; cette petite flgure
> Panthée a été trouvée par un pécheur, h la pointe nord-est de 1 Locmariaker. >
On voit que le renseignement donné à M, Charles Gaillard méritait de lui inspirer confiance, puisqu'il existe d'antiqaeë Gubstructions dans la grève, à plut de iW mètres du littoral actuel, dans une partie oli, du reste, la mer découvre, encore de notre temps (2). M. Edmond Richer, dans son Histoire de Bretagne, hésitait à placer DarioHg s sur la plage inondée, en
> avant de Locmariaker. » Nous croyons que s'il avait connu les détails, donnés par le président de Hobien, et s'il avait tenu compte du chiffre de latitude fourni par Ptolémée, il n'aurait plus hésité. M. le D' Fouquet, dans son petit volume âéjà cité, dit de son côté : « Let plages qui découvrent en ce lieu (vers l'en-
> trée du Morbihan) se trouvent, d'un côté, entre les deux iles » Veîzit, et de l'autre, devant Locmariaker (3). >
Dans la commune même de ce nom, M. Ch, Gaillard, qui avait étudié le Morbihan sous tous ses aspects, signalait, en 1834, la situation extraordinaire d'une enceinte située sur le rivage de la baie de Saint-Philibert : » Près du village de Lannébric, disait-
> il, se trouve un monument dont je ne crois pas q^i'on ait en-
<I) Cajins, Rcc. d'antiq., (. VI, p. 377.
tfi S. Hiehcr, Hiat. de BnUgne, p. 7, et &• F^uqœt, Baimi ron. djot le HM-bihan, p. 55.
(3) D* &- FoufMt, RDin«s FMt. d4iis l« HOHqtaMa, f). U,
ï encore parlé ; il consiste en un grand carré formé par des » remparts, en rejets de terre, de la hauteur actuelle de 7 ou » 8 pieds, et dont chaque côté a environ 200 mètres de longueur. » Il est situé exactement sur le bord de la mer, sur un terrain » bas et très plat, en sorte que les eaux de la haute mer y pénè- » trent par une ouverture existant au milieu, du côté qui borde * la mei*. Dans le champ le plus voisin, se voit un menhir de » 8 à 10 pieds d'élévation, et tout auprès une butte circulaire 1 dont le diamètre actuel est encore d'une vingtaine de mètres, » et la hauteur de près de 2 mètres au-dessus du sol environ-
> nant (4). ï) Les observations qui précèdent et la conclusion que nous en voulons tirer, on Ta bien compris, trouvèrent un nouvel appui dans la découverte faite en 4867 par M. le D^ de Closmadeuc, d'un monument mégalitique, un douUe cromleckf situé dans l'îlot d'er-Lanic (2), au sujet duquel il formulait la réflexion suivante : « La découverte du Gromleck d'er-Lanic est "» la démonstration la plus frappante du changement qui s'est ^^ opéré dans la configuration du golfe du Morbihan, depuis
> l'édification du monument. Sur cette petite île d'er-Lanic, les » vagues ont avancé de plus de 400 mètres, à partir du deuxième » cercle, dont les menhirs extrêmes sont actuellement à 5 ou
> 6 mètres sous l'eau.
» Cette réduction considérable de la superficie de la petite » île celtique, dont les trois quarts et plus, peut-être, sont » aujourd'hui couverts par la mer, implique nécessairement une
> modification correspondante dans l'étendue et la configuration » de l'archipel morbihannais actuel, comparé à ce qu'il était à j> l'époque où le cromleck a été élevé. >
Il résulterait des observations, produites par M. de Closmadeuc, qu'à l'époque celtique, le golfe du Morbihan n'existait qu'à l'état rudimentaire et n'était représenté que par le confluent de trois rivières venant se décharger dans l'océan par le goulet de Port- Navalo (3).
Nous nous sommes emparé de cette citation, tirée d'un mémoire
(1) Ch. Gaillard, Ann. du Mo-bihan, 1834, pp. 53, 54.
(2) D^ de Closmadeuc, Séance de la Soc. polym. du Morbihan du t&7 juin 1882.
(3) D^de Closmadeuc, Description >U\ monument d'er-Lanic. Société polym. du Morbihan, séanej^ du 27 juin 188^2,
de M. le D^ de Closmadeuc, avec d'autant plus de bonheur qu'elle ae donnait pas seulement un appui de plus à notre thèse, mais qu'elle lui apportait aussi l'auturité d'études faiteR sur les lieux avec une incontestable compétence et un éminenl savoir.
L'opinion du savant docteur a été adoptée, dans sa Géographie ancienne et historique des Gaules, par M. Desjardins qui la résume ainsi : < Entre l'Ile-Longue et le point ;ie plus septentrional de » la presqu'île de Rhuys, se trouvait l'estuaire (1) principal du » Morbihan, ayant sur la mer une issue commune avec la rivière » d'Auray.
> La petite mer du Morbihan n'existait pas plus que le golfe T> d'Auray, lequel est devenu un véritable bras de meraujour- . d'hui (2).
» La plus grande profondeur du Morbihan est actuellement s de 15 â 20 mètres, mais sur un petit nombre de points s'eule- » ment. Le plus souvent il n'atteint pas même 4 mètres (3). »
Lorsque nous commetiçâmes, il y a bien longtemps déjà, à nous occuper de l'étude de la géographie ancienne de notre pays, nous éprouvâmes d'abord une grande surprise en voyant que ni César, ni Dion, ni Strabon, ni Ptolémée n'avaient dit un seul mot de la petite mer du Morbihan, au bord de laquelle, sans parler des oppidums des Vénètes, devait incontestablement avoir été assise la capitale maritime de leur importante, sinon grande cité. César y avait paru en personne, il y avait séjourné longtemps avant ; les navigateurs phéniciens, carthaginois, grecs et romains, étaient venu trafiquer, dans cet entrepôt, des ijroduits des pays maritimes du nord, et des iles britanniques. C'est de cet estuaire ancien du Morbihan que César semble parler, lorsqu'il dit ; c Aussitôt que la flotte romaine fut réunie et s qu'elle fut signalée à l'ennemi, ses vaisseaux, paifaitement » armés et équipés... sortirent du Port : « Naves eorum para- » tissima', atque orani génère armorum ornatissimsc, profectae » ex Portu (4). » Ne semble-t-il pas résulter clairement, de ce passage, qu'aux yeux de César, le Morbihan n'était alors qu'une
(1) Le goulel du Morbihan formait l'embouchure commune des rivières dWuray, de Vannes el de Nojalo. et l'estuaire résultait de leurs confluents.
(2) Desjardins, Géogr. une. et liUtor. de la G»ule, t. I, p. 301. <3) Ibid., p. 299.
<4) C»s., Bell, gall., 1. III, c. xiv.
t^dfe, xin port, où les Vénètes et leurs alliés avaient rassemblé à Favansè un aussi grand nombre de vaisseaux que cela leur avait été possible : < Naves in Venetiam... quam plurimum possunt
> cogunt (1). > Et, plus loin, en rapportant la terrible et irrémédiable défaite des Vénètes, « cette bataille mit fin à la guerre, % car tous les hommes jeunes, et ceux plus âgés, qui avaient
> quelqu'importance et quelque dignité, s'étaient rassemblés et ^ avaient réuni dans le même lieu tout ce qu'ils avaient de
> navires : « tum navium quod ubique fuerat, in unum locum
> coégerant (2). » Est-ce à dire que les 220 navires vénètes étaient mouillés, sans exception, dans la rade intérieure du Morbihan et qu'une partie ne stationnait pas, pour surveiller l'ennemi, sous l'abri des dunes de Quibéron ? Non, sans doute, et, si exact que soit César dans les termes qu'il emploie, il y aurait exagération à les interpréter ici avec une aussi gr^ande rigueur ; mais, toujours est-il que la rade intérieure n'est pour lui rien autre chose qu'un port. Dion Cassius ne peut nous fournir, sur ce point particulier, nul renseignement, puisqu'il se borne à dire : € Les Vénètes, qui n'avaient jamais eu affaire à de pareils
> vaisseaux, en conçurent du mépris, et les attaquèrent pendant » qu'ils étaient encore au mouillage (3). »
On comprend de reste, maintenant, pourquoi non-seulement nous n'avons pas combattu l'opinion des écrivains qui, appliquant à la petite mer du Morbihan le nom de mare co)iclu$um,'Y plaçaient le théâtre du combat naval, maispourquoi nousnel'avons même pas mentionnée. Elle nous était bien connue cependant, et c'est à l'époque même où nous nous occupions le plus activement de l'étude dont nous donnons les résultats aujourd'hui, qu'un savant et sympathique écrivain, M. Tranois, alors recteur d'académie, consacrait beaucoup de talent et d'érudition à la défense d'une si mauvaise cause. Cette thèse, vivement attaquée par M. le B' Fouquet, motiva, de la part de son auteur, une réplique qui ne constitua pas une victoire.
(1) Caes., Bell, gall., 1. III, c. ix.
(3) Dio Cass., I. XXXIX, c. 41. Ce n'«st pas sians intention que nous répétons ce texte déjà cité, parce cju'à notre seiis il n'a pas été, à beattc4»up lypës, assez reman^ué.
aiOQRAPHIE DE LA PÉNINSULE ABHOBICAINE Itt
Nous sommes persuadé qu'en dépit de ces retours de systèmes, ou de ces nouveautés, qui parfois ne paraissait taUati que parce qu'elles ont été abandonnées depuis longtemps, l'opi-^ nion dont noua venons de parler est vaincue pour toujoura.
Mous touchons au terme de notre étude et aux limites du cadre que nous nous étions tracé et dont, à la session du Congrès de l'Association bretonne, à Redon, en 1881, nous avions présenté l'ébauche, les grandes lignes et toutes les conclusions. Nous y avions même compris l'indication des principales voies romaines, l'énuraération et le classement des inscriptions, également romaines, découvertes en Bretagne jusqu'à ce jour : mais nous croyons devoir les réserver pour un travail de topographiâ ancienne et historique, voulant laisser à celui-ci son caractère absolument et uniquement géographique.
Pour terminer, il ne nous reste plus qu'une seule mais bien difficile question à examiner : notre itinéraire nous assigne, pour dei'nière étape, l'embouchure de la Loire ; nous arrivons à ce fameux archipel guérandais, dont les lies nombreuses furent, dit on, l'objectif premier des combats et des sièges du graiid conquérant romain. C'est une vraie bataille que nous soutenons aussi, nous. Nos adversaires sont nombreux ; ils sont également redoutables, et, si notre conviction était moins profonde, nous noua sentirions assurément porté à céder et à noua incliner devant leur science. Mais on a bien vu, déjà, par les pages précédentes, que nous n'admettons nullement l'extension du territoire vénétique jusqu'à la hoire (1), ni par conséquent l'ancieime existence de leur capitale à son embouchure. Nous n'admettons, pas davantage que le nom d'iles vénétiques, fourai par Pline, s'applique à la fois à Vindilis, Belle-Ile, au plateau de Guérande, aux territoires du Croisic, de Batz, de Saille, enfin des domaines de Montoir et de Donges (2).
(1) Nous lie crojons pas qu'on ail le droit de dire que : ■ l'Iine et César ■ atlribuent, aux Vénètes, l'Itégémonie et mârae la domination effective sur > tout le littoral de cette région océanique. > E. Desjardins, Géogr. histor., 1. 1, p. 285.
(3) E. De^ardin^, xbid., p. C81. ( Belle-Ile (VindilU), le Croisic C^iata), Gué> ( rande <A.rica>... Batz (insula feminarum Namnetum). > E. De^to^na, tMd.,
Il faut commencer par rapporter l'opinion que nous combattons dans toute sa netteté et dans toute sa précision : c Tout ce » que rapporte le conquérant du pays maritime, théâtre des
> opérations principales de sa troisième campagne, dit M. Des- » jardins, nous paraît, comme à M. de Kersabiec (1), s'expli- » quer très difficilement, si nous plaçons le champ de bataille » sur les bords du Morbihan... Elle devient, au contraire, très » intelligible, si on la place dans les îles situées vers rembou- » chure de la Loire (2). G* est à M. Siochan de Kersabiec que » revient l'honneur de ce redressement géographique (3).
» Son svstème a rencontré des adhérents, dans ces derniers » temps; M. R. Kerviler l'adopte presqu'en entier, et son » suffrage a une double autorité, d'abord à cause de la valeur
> des travaux qu'il a publiés, et ensuite paice qu'il est de 3 Vannes. Cet antiquaire admet, sans hésiter, que la campagne » de César, contre les Vénètes, a eu pour théâtre les anciennes
> îles des bouches de la Loire, et que ces îles représentent bien
> les Veneticœ insulœ de Pline (4).
» Il faut renoncer, conclut M. Désjardins, à considérer le » Morbihan comme ayant été le pays découpé par les eaux, que f César nous décrit, et ce n'est pas là qu'on doit placer le ». théâtre de sa lutte contre les Vénètes (5).
» De la restitution physique de cette région maritime, telle » qu'elle devait être à l'époque romaine, découle tout un en- » semble de faits, qui modifient les notions reçues jusqu'à ce » jour (6).
> Le Croisic et Bâtz étaient détachés de la côte ferme, c'est » depuis très peu de temps que ces deux anciennes îles ont été
> rattachées à la terre par le pays des salines ; l'étang salé du » Grarid'traict, à l'est du Croisic, témoigne par son nom même » (trajectus), qu'un libre passage existait entre ces deux îles, et
(1) L'ouvrage de M. de Kersabiec est deveuu rare et nous n'avons pu nous le procurer.
(2) £. Desjardins, Géogr. histor. de la Gaule, t. I, p. 'iHl. (3j Ibid., p. 278.
(4) Ibid., p. 296.
(5)/6id., p. 303.
(6) Jbid., p. 285.
OÊOGRAPHIE DE LA PÉNINSULE ARMORICAINE iÔl
1 le plateau, de Guérsnde; dans ce pertuia se trouvait même » une autre Ile, celle de Saille ; l'Ile de Batz est encore désignée s sous le nom d insula Bafm, au ix* siècle (1). > M. Desjardins nous indique de plus, sans lés dénommer, treize autres lies plus ou moins grandes, dont était parsemé le golfe ancien de la Grande-Brière (2).
Tei est aussi clairement indiqué que nous avons pu le faire, la composition de l'archipel guérandais, dont la disposition parait h MM. de Kersabiec, Kerviler et Desjardins, correspondre avec exactitude aux détails de la topographie et de la narration de César. Voilà, selon leur opinion, le théâtre des faits de la première partie de sa campagne ; là sont situés les oppidums, qu'il assiégea successivement et inutilement, durant plusieurs
Deux observations préliminaires se présentent tout d'abord à notre esprit, l^s écrivains que nous venons de nommer sem-. blent être poursuivis, consciemment ou inconsciemment, par l'idée de rechercher une petite mer, une mer fermée, le mare concluaum, qui ne se trouve, sous la plume de César, qu'au sujet unique et exclusif des vaisseaux et de la navigation, et nullement à l'occasion des combats de l'armée de terre. La description très claire, qu'il donne de la situation des oppidums, ne nous semble, en aucune façon, pouvoir s'adapter à des îles : ils sont assis sur des langues de terre ou promonloiret barrés, à la gorge par un col ou par un fossé que la mer remplit en montant, et qu'en descendant, elle laisse à sec.
Le texte de César et celui de Dion Cassius sont, sur ce point spécial, dans un accord parfait, t Dionaflirme expressément, dit • M. Desjardins, que l'océan les entourait, pour ainsi dire toutes » (les places des Vénètes) de ses e.Tux (3). Cela est vrai, mais Dion complète sa phrase de la manière suivante : « L'océan, qui les » baignait presque toutes, et dont les eaux montent et descen- » dent tour à tour, les défendait contre les troupes de terre et B contre les vaisseaux, au moment du reflux, ou lorsque les
(1) E. De^jardins, Gëogr. anc. el histor. de la Gaule, 1. 1, p. 28U. <2) Ibid, planche Yin, (3) Ibid., p. 383.
192 À^SQCUTiQN snrrotiKft
w flots YQnt a^ briser contre le rivage (1). » N'est«*il ps^ 6vJ4enl que les détails contenus dans cette fin de phrase s'sccQrd^nlpV'** faitement avec ceux qui sont rapportés par César.
TraçonS) d'une manière exacte, d'après nos deux auteurs^ le tableau du pays, en général, et des localités particulières qui furent le théâtre des événements :
« Ils savaient (les Vénètes) que les routes de terre étaient » souvent interceptées par les marées, que la navigation des
> Romains serait empêchée à cause de l'ignorance des lieux et
> du petit nombre des ports (2). »
€ Les Romains n'avaient point de navires et ne connaissaient
> ni les bas-fonds, ni les ports, ni les îles des lieux où se ferait 3 la guerre. Us (les Vénètes) voyaient bien que la navigation sur » une mer renfermée est essentiellement différente de ce qa'dte
> est sur l'océan immense et sans abri (3).
» Telle est à peu près (ferè) la situation de leurs o^P^dum^
> que placés à l'extrémité de langues de terre et de promon-
> toires, ils ne sont accessibles, ni aux piétons quand le flotarrive » de la haute mer, ce qui à lieu toutes les douze heures, ni aux 1^ navires, parce qu^en se retirant le flot laisserait les navires efii y péril sur les bas-fonds ; ainsi l'une et l'autre éventualité feraieni^ » obstacle au siège des oppidums (4). »
Les écrivains dont nous combattons l'opinion n'avaient, pas plus que nous, à leur disposition, d'autres détails sur la physior^ nomie topographique des lieux* si l'on y ajoute l'indication du voisinage de l'armée de César ; mais ceux-ci leur parais^nt suffisants pour déterminer leur jugement.
c Nous le demandons, dit M. Kei^viler, à un observateur impaj?- 3 tialy ^ qnel point cette description minutieuse peut elle s'app^- » quer, sinon au pays de la Grande^Brière et de Varchipel y guérandaiB, séparés l'un de l'autre par l'isthme étroili da
0) <. xai h a>xsotvbç iraffotç, a>ç cltrcTv auràç ircptxXv^éov^ airqpoy /^ tû ) irt^b), àiropov ^c xac to» vaurtxw rviv irpovCaXriV, xa< itXi9/A/AupcDV Âvappe»V| 3> fv TCT^ ocfAircoTc^t xac îfv T^ pdt^ca ciro(C(. » Dio Cass., 1. XXXIX, c. 40.
(2) C»s., Ben. gall., 1. HI, c. ix.
(3) Ibid,
v4) Ihid., c. xif.
QtOOBAPHiB DE LA PÏNmsUU ARMORICAINE 193
> Saint-Lyphard,encorecoupéparriinnieaseredoutede9Grandi-
> fossés, clef de toute la presqu'île (1). >
( Je pense, ajoute-t-il ailleurs, que ce fut dans les ile» de la
> Brière que César dut rencontrer la plus longue et la plus éner- * gique résistance (2). >
On voit que la réflexion a. confirmé et maintenu M. Ken'iler dans son opinion première (de 1874), car il dit, en 1882, dans sa seconde étude critique sur la géographie de la presqu'île armoricaine : c Je pense que ce fut dans les lies de la Brière que César
> dut rencontrer la plus longue et la plus énergique résistance...
> Il est à peu près impossible de pouvoir affirmer que le golfe
> actuel du Morbihan correspondait, il y a 1800 ans, à la topo-
> graphie de César ; certaines probabilités sont même contraires » à cette concordance, tandis que la restitution est très facile 1 pour les îles de la Bpière. Par un phénomène bizarre, c'est le
> golfe parsemé d'Iles d'aujourd'hui, qui ne l'était peut être pas
> autrefois, et c'est la plaine de nos jours, qui était certainement » alors un golfe navigable aux Cent-IIes (3). >
Nous tromperions-nous en faisant ici encore la remarque que M. Kerviler semble avoir l'esprit hanté par l'image, évanouie pourtant, du mare conclv.s\tm, qui, ne pouvant pas avoir été le golfe du Morbihan, devrait nécessairement avoir été le golfe de la Grande Brière.
Quoiqu'il en puisse être sur ce dernier point, la description minutieuse de César se rapporterait au pays de la Grande Brière et de l'archipel guérandais ; telle est l'opinion de MM. de Kersabiec et Kerviler, et M. Desjardins vient leur donner l'appui de ea grande autorité, c Nous croyons, dit-il, que l'auteur, M. de
> Kersabiec, a trouvé la solution des grands problèmes vaine- * ment cherchée jusqu'à lui, et que s'il se fut borné à constater
> le résultat de ses découvertes, son livre eut été jugé comme
> un des meilleurs sur cette matière ; mais malheureusement il
> s'est perdu dans le dédale des étymologies (4). > Nous parta-
(1) R. Kerriler, Etude crit. «ur la Gtegr. «ne. da Ui péniiu. BuUet. Aagoc. br«t., 1874, p. U.
(3) Krid.. 1832, p. 306.
(8) nu.
(la Detiardins, Oéasr. «ne. «t hittor. de la Gaula, 1. 1, p. 378. Arch.
gçons le peu de goût de M. Desjardins pour les étymologies ; nous estimons que ceux qui en font \e\xrs arguments principatix se livrent ainsi à une sorte de jeu de hasard, qui a pour résultat tantôt un gain, tantôt une perte pour la vérité ; mais il nous eçt absolument impossible d'admettre la nouvelle et définitive solution découverte par M. de Kersabiec, confirmée par M. Kerviler et enfin sanctionnée par le savant académicien. « C'est dans les îles de la Brière, avait dit M. Kerviler, que César
> rencontra la plus longue et la plus énergique résistance (1). La
> Brière, ajoute-t-il, n'offrait pas alors le spectacle d'alluvions
> émergées qu'elle présente aujourd'hui ; Besné, qui se trouve » maintenant au milieu des terres, entre DoYigeset Pontchâtean, » était cependant encore appelé Vindunita insula, au temps des » invasions normandes ; le mamelon d'Her était dans le même » cas, et les Normands y venaient, avec leurs bateaux, partager » leur butin. Montoire était une ite, Méans, Trignac, Sabine,
> Penhoët étaient des îles ; elles en portent encore le nom, et
> j'ai trouvé des débris romains à 6 mètres de profondeur de » l'alluvion, dans leurs parages. Toute cette région, plus peuplée » d'îles alors que ne l'est aujourd'hui le Morbihan, se trouvait
> dans les conditions exactes du récit de César,,., quant à Brutus, » on semble oublier aussi, ou ne pas s'apercevoir que sa mission, "» dans la tactique de la campagne, était d'investir les Vénètjss
> par mer, pour les prendre entre deux feux, comme nous dirions » aujourd'hui. >
c II fallait donc qu'il sortit de la Loire pour venir bloquer la » flotte vénète devant le Croisic (2). »
Nous avons raconté et expliqué, dans son lieu, la bataille navale d'une manière qui nous semble d'accord avec les textes, et c'est une condition qui nous paraît faire défaut à la narratioa de M. Kerviler.
On a beaucoup parlé de la topographie de César (3), du tableau
(i) H. Kerviler, Etude critique sur la Géogr. de la presqu'ile armoricaine, 18S2, p. 206.
(2) Ihid., pp. 204, 205.
(3) La topographie de César. — On parle sans cesse de la topogrAphiA de César (1) ; qu'est-ce à dire ? Le conquérant a-t-il donc fait une descpption
(1) La topographie c'est la description exacte d'un pays, ou d'une partie d'un pays.
OtOORAPHtE DE LA PÉNINSULE ARMORICAINE Ifô
tracé pur le conquérant des lieux ou allaient se dérouler les évé-
du pajs offrant de* détiili nractéristiques, qui pnUMnt s'appliquer i celui-ci, et ne puissent pas convenir à celui-là 7 Nullement. Il indique uniquement la ùtualion et les mojens de dérense d'un oppidum ou pltildt des oppidums des Vénèles. En giaéraX, ils sont assis sur des langues de terre et des promoa* toires inaccessibles aux pi(>tons, quand la mer est haute, et aux navires lortqu'elle descend, parce qu'elle les laisserait à sec et en péril sur le rivage. Cjsar dit-il comment ces oppidums sont placés les uns par rapport aux autres?' pas davantage ; on peut, sur des navires, se rendre de l'un à l'autre, voili tout. Si parfois, dil-il, les assiégeants, par un énorme travail, élevant jusqu'à la hauteur des remparts une digne, composée de remblais de terre et de blocs de [ûerre, avaient coupé tout accès i la mer, lorsque les ennemis commentaient à désespérer de la défense, ils Taisaient approcher un grand nombre de navires, dont ils avaient ta parfaite disposition, et se reliraient, avec toutes leurs provi- «ons, dans les oppidums les plus voisins. Là, à h faveur des mêmes avantages de position, ils recommençaient à se défendre. Et c'est là ce qu'on appelle la topographie dé Cétar; mais il n'y a rien là qui n'ait pu s'appliquer, pour ainû dire, à tout littoral quelconque. Ah t il ; a encore un trait que nous oubliions ; les routes de terre ét.iienl iuterceplées par les marées.
Où voit-on que les langues de terre et les promontoires sont des lies, ou sont situés dans des lies 1 Les textes, sans offrir une grande précision, semblent Uen ptutdt indiquer des promontoires barrés, à la «orge, par de larges fossés ou pénétrait la mer montante, et qu'elle remplissait. C'est ainsi que nous avons toitiours compris le tette de César, S'il s'agissait d'Iles, il les appellerait inaute et non lingulm ou promonlOFia.
Or, c'était de véritables lies qu'étitit semée la Grande-Brière, M. Kerviler le reconnut positivement -, et, si c'était sur des promontoires de ces lies qu'étaient situés les oppidums, la marine de César eut du jouer, dans ses opérations, im si grand réle qu'il serait bien surprenant qu'il n'en ait pas dit un mot.
D«Bailpttoii des Uanx par CiaaT. — ( Ha savaient que les routes de erre (pedestria itinera) étaient souvent interceptées par les marées, que la navigation serait empêchée à cause de l'ignorance des lieux et du petit nombre déports. (Cees., I. III, c. tl.)
Les Romains n'avaient pas de navires à leur disposition et ne. connaissaient ni les bas-fonds, ni las ports, ni les itei des lieux où se ferait la guerre. Ils comprenaient (perapiciebant) que la navigation, sur une mer renfermée, est tris différente de ce qu'elle est sur l'océan immense et sans abri (ix).
Telle est à peu près (ferè) la situation de leurs oppidums, que placés à l'eilrémité de langues de terre et de promontoires, ils ne sont accessibles ni ■m piétons, quand le flot arrive de la haute mer, ce qui a lieu toutes les IS heures, ni aux navires, parce qu'en se retirant le flot laisserait les navires tn péril sur les bas-fondi. Ainsi l'une et l'autre éventualité feraient obstade an iiég* d«i oppidums (zn>. *
DMorlpUon d** U«nx fc notr» 4poi(a«. — Les promontoires de
neinents de la guerre. Il nous a dit, d'une manière générale, que les routes étaient interceptées pendant le flux (1) ; il a indiqué, d'une manière également générale, la situation des oppidums, en communication avec la terre, à marée basse, et devenant des lies, au moment de la pleine mer ; voilà en quoi consiste sa topographie, rien de plus. Où voit-on là quelque trait, qui ne puisse 8-adapter aux circonstances physiques du Morbihan, et qui s'appliquerait au contraire exactement, selon l'opinion que nous combattons, au pays de la Grande-Brière ? Mais il y a plus. En voici un, dont on ne peut nier l'importance, que pouvait offrir le littoral morbihannais et que l'archipel guérandais ne parait pas réaliser : César, avec son armée de terre, assiège des oppidums, placés sur des langues de terre ou sur des promontoires ; ce ne Sont pas des Iles, et le golfe de la Brière ne présentait, pour la plus grande partie au moins, que des îles, de véritables îles, M. Kerviler le reconnaît lui-même (2). Quelle était, d'un autre côté, la forme du littoral morbihannais à l'époque de César ? Il ne serait pas facile de le dire exactement, M. Kerviler le reconnaît aussi : a On nous objectera, dit-il, que selon notre propre » opinion, la conformation du littoral a changé, qu'elle n'est plus
> la même aujourd'hui qu'autrefois, et que rien ne prouve que
> la description de César ne s'appliquât pas alors au littoral de
> la presqu'île de Rhuys et de Locmariaker ; cela est vrai ; mais » comme César ne désigne aucun nom de lieu, quelle raison
» probante a-t-on pour fixer à l'embouchure du golfe du Morbihan - - » le lieu de la bataille navale plutôt que dans la baie du Croi- ]» sic? (3) » Nous tirons argument de la première partie de cette citation, et nous avons de bonnes raisons, on l'a vu, pour ne pas combattre la seconde. Sur le théâtre de la bataille navale, en effet, nous sommes sensiblement d'accord, quoique nous y
Peulan, de Penerf, de Kercambre et de Sainl-Gildas, du Petit-Mont et de Port* navalo ; les estuaires de BilUers, remontant presque jusqu'à Muzillac, de Penerf presque jusqu'à Arabon, de Kerfontaine et d'Ârzon, présentent autant <le situations analogues à celles décrites par César, et d'estuaires interceptant ou embarrassant la route du littoral. À. Lallemand, Ânii. 1860, p. 42.
(l)C8es., Bell, gall., 1. III, c. ix.
(2) R. Kerviler, Etude crit. sur la Géogr. de la presqu'île armoricaine ; 1882, p. 204.
(3) I6id., 1874, p. 50,
fassions arriver les combattents d'une miuiière absolument différente et même contraire. Le système, consistant h placer la capitale des Vénètes à l'embouchure de la Loire et à faire, de l'archipel guérandais, les lies vénétiques, a en effet conduit M. Kerviler h un résultat, qui est la négation pure et simple des textes de César et de Dion Cassius ; c'est, selon lui, la flotte de Decimus Brutus, qui, débouchant de la Loire, vient bloquer la flotte des Vénètes dans la baie du Croisic. Nos deux auteurs anciens, dont nous croyons avoir fidèlement interprété les textes, disent exactement le contraire: dès que la flotte romaine eut opéré sa réunion et qu'elle eut été signalée, les vaisseaux vénètes, sortant du port, vinrent, à pleines voiles, se ranger en bataille devant elle ; à pleines voiles, avons-nous dit, et il n'y a là nulle exagération, et il n'existe non plus aucune contradiction entre les textes de nos deuxauteurs,car César les fait partir aussi promptement que Dion, et ce dernier nous raconte qu'ils i étaient poussés
> par un vent abondant et rapide (1). » Détails d'une moindre importance, mais non de nulle importance, la flotte romaine ne se composait peut-être, M. R. Kerviler semble le croire, que de bateaux de rivière : ( Rien ne nous dit, écrit-il, que les navires
> pictons et santons... n'étaient pas des bateaux de rivière, dans 1 le genre de ceux que César fit construire en Loire (2). » S'il en eut été ainsi, les grands vaisseaux des Vénètes n'auraient eu devant eux que des bateaux de rivière. Cette illusion n'a pas dû élre sans influence sur tout le système de M. Kerviler. Il ajoute : I la navigation que dut faire D. Brutus, en croisière, dans les » parages de la baie des Charpentiers, peut à bon droit s'appeler
* une navigation dans le vaste et profond océan (3). * Les « naves longue > étaient, nous l'avons dit ailleurs, des vaisseaux de combat, des galères (4).
Le territoire des Vénètes ne bordait donc pas l'embouchure de la Loire, selon nous, et les opérations de l'armée de terre de
(1) ( EyipovTs Sï àvifiSixai mXXùxai aftSpà. t Dîo Cass , 1. XX SIX, c. 41,
(2) E. Kerviler, Etude crit. sur la CéogT. de la presqu'île armoricaine, 1SS2, p. 208.
(3)Ibi<J., p. 'J05. Ce n'est pas profond que dit Cësar, mais • in vasio et aper-
• tisaimo oceano. ■
(4) T. la dictionnaire de Rieh. etc., à ce nom.
César n'ont pas eu pour thé&tre les îles de la Grande Brière. D ne nous en reste pas moins à formuler notre opinion sur Taspeet que présentaient, à l'époque romaine, l'embouchure du grand fleuve et le golfe de la Brière. C'est une question délicate et difficile, parce qu'elle se complique de causes multiples, ayant concouru, chacune dans une mesure particulière, aux changements et aux transformations physiques de la côte et de l'embouchure du grand fleuve (i ). Nous aurons à tenir compte, non seulement de l'action et de l'influence de causes diverses, mais même de causes absolument contraires. En efifet, si la région, qui nous occupe, a subi, elle aussi, le mouvement d'affaissement dont nous avons constaté les effets sur le pourtour de la presqu'île bretonne, la mer a dû conquérir du terrain et faire avancer vers l'intérieur des terres les limites de son empire. Les eaux du fleuve d'un autre côté, depuis que les convulsions delà croûte terresire lui ont creusé son lit, n'ont pas cessé d'y recevoir et de charrier les éléments de toutes sortes, les parties désagrégées du sol, parcelles terreuses ou sablonneuses, feuilles des arbres, débris minéraux et végétaux que les eaux pluviales, ses affluents, et le fleuve lui-môme enlevaient aux collines et aux rivages. Entraînés dans son cours, plus ou moins rapide, ces divers éléments se déposent sur son fond, qu'ils élèvent, ou sont emportés jusqu'à la mer (2). C'est là l'explication de l'encombrement immense et rapide, qui a surélevé, exhaussé et exhausse encore, chaque jour^ les fonds de la grande baie de Bourgneuf. L'effet naturel de cette invasion alluviale est de diminuer incessamment l'énergie du flot montant, de le refouler même, et de faire, sur les rivages où s'exerce sa plus grande force^ reculer la laize de haute mer. L'océan, de son côté, venant et revenant, pour ainsi dire, chaque jour à la charge, résiste, repousse, rejette les sables, dont il finit par former de hautes falaises à la côte ; les vents violents du sud-ouest concourent à compléter son œuvre : c'est une lutte entre le fleuve et la mer. Enfin, l'écorce terrestre de notre région,
(i) La Loire n'a pas moins de 225 à 230 lieues de cours.
(2) Les travaux de la civilisation, qui ont pour but et pour effet d'endiguer les fleuves, pour mettre leurs rives à l'abri des inondations, doivent accélérer Vexhaussement de leur lit, et l'encombrement qui se produit à leurs embouchures.
OtoaRA.PinE DE LA PÉNINSULE ARHOHICAINB 199
Mieore bien qu'elle soit l'une des plus anciennement formées du globe, peut avoir encore éprouvé quelques convulsions, même depuis les temps qu'on est convenu d'appeler historiques. Quelle part d'action doit être faite & chacune de ces causes, à cbacun de ces grands agents naturels de destruction et de transformation? nous le dirons, comme cela nous apparaît, soumettant nos appréciations £> des hommes plus spéciaux, meilleurs juges que nous , et possédant une somme d'observations plus grande , jointe à une plus complète et plus détaillée connaissance des lieux.
Gela bien entendu, nous pensons que le premier réle, la plus notable part, dans les changements qu'a subis la configuration du sol, doivent être attribués à l'action du grand fleuve.
Lorsqu'on remontant, parla pensée, dans le passé, nous songeons au temps où la Loire, avant d'avoir été endiguée par les travaux de la civilisation, grossie parfois par des crues extraordinaires, débordait au loin sur ses rives, et y allait battre, désagréger les éléments que nous avons ipdiqués, pour les emporter avec elle et les disperser dans son cours, nous nous rendons compte immédiatement de l'exhaussement de son lit, et des immenses dépôts qu'elle a faits dans la grande baie, oîi elle vient se jeter. Ce dernier phénomène, remarqué de tout temps, a frappé tous les yeux (1) : « La Loire autrefois, dit Ogée, était » beaucoup plus profonde et plus commode pour la navigation.
> Elle a été encombrée par les alluvions, entraînées dans son » cours par les pluies abondantes, et qui ont formé les bancs de » sable qu'on y voit aujourd'hui... la navigation y devient de » plus en plus difficile. Les sables ne permettent plus aux gros
> vaisseaux de monter jusqu'à Nantes ; les navires de 3 et » 400 tonneaux ne peuvent venir qu'à Paimbœuf, et ceux' d'un » tonnage supérieur s'arrêtent à Mindin, qui est à deux lieues 1 plus bas... le mal va en augmentant, parce que les bancs de » sable arrêtent une masse d'autant plus grande de graviers
> qu'ils présentent eux-mêmes une plus grande surface... L'efifet I de ces amas énormes de sable fera que, dans un siècle,
T perd du terrain sur la côte de Guérande. > Ibid,, p, 336.
âOO ASSOCIATION BRETONNE
» les marées ne se feront peut-être plus sentir jusqu'à Nan* » tes (1). » •
Les alluvions, charriées par le fleuve, repoussent peu à peu la limite du flot, en même temps que les talaises, qui se forment ou qui s'accroissent, font reculer, de leur côté, la laize de la haute mer. II fut un temps où la marée, plus libre à la fois et plus énergique, remplissait et possédait le bassin actuel de la Grande-Brière. La rivière de Brivet venait y épancher ses eaux, un peu en aval de Pontchâteau ; un certain nombre d*iles surmontaient le golfe maritime, qui était en communication, à la fois, avec la mer et avec le fleuve, par deux bouches largement ouvertes (2) que nous avons indiquées précédemment. Un rétrécissement sensible de la Loire, vis-à-vis même du port actuel de Saint-Nazaire, ainsi qu'une courbe marquée que le fleuve forme vers le midi, favorisaient l'entrée dans le golfe d'une partie des alluvions fluviales, qu'en montant, le flot marin refoulait, sur son pourtour. Là venaient tomber aussi les détritus de toutes sortes, charriés par les pluies, qui avaient, de leur côté, pour effet de circonscrire et de diminuer le bassin d'eau de mer. Telle est l'explication des faits, qui nous paraît naturelle, et qui s'accorde sensiblement du reste avec celle de M. Athénas, que nous avons eu déjà l'occasion de citer. « Il est probable, dit cet écrivain,
> que, dans le principe, le bassin de la tourbière formait un
> lac d'eau venue de la mer (3), La tourbe de Montoire, en. » eflet, est en grande partie formée de plantes marines ; puis » les eaux pluviales, descendues des coteaux voisins, y entraî- » nèrent de nombreux débris de végétaux, et même des arbres
(1) « Si nous en croyons quelques historiens, dit encore Ogée, le flux et le » reflux montait, dans le xV« siècle, jusqu'à Ancenis, tandis qu'il se fait à peine 1 sentir aujourd'hui jusqu'à Mauves. % O^ée, Dictionnaire de Bretagne, t. II» p. 219, au mot Nantes.
(2) Entre Donges et Saint-Nazaire, et entre Donges et Lavau ; la première est ce qu'on nomme aujourd'hui l'étier de Méans.
(3) Nous sommes parfaitement d'accord sur les limites du golfe ancien avec M. Desjardins, qui les indique ainsi : « Cette plaine liquide... occupait un » espace circonscrit par Saint-Nazaire, Saint-And)-é-des-£aux, Saint-Lyphard, »(fierbignac, la Chapelle-des-Marais, Sainte-Reine, Crossac, Pontchâteau, n Prinquiau, Savenay.et Lavau.» Desjardins, 1,279. V. Ogée, à Crossac, Besné, etc.
GtOOtUPHIE DE LA PÉNINSULE ARMORICAINE 201
k arr&cbéaau sol, et l'on De doit pas s'étonner de trouver des
> arbres entiers dan» ces tourbières ; ils s'y conservent, pendant
> des siècles, sans s'altérer, et leurs feuilles, comme celles
> des plantes, séjournant sous l'eau, peuvent se convertir en
> tourbe (1).
» Une forte accumulation de plantes décomposées par l'eau,
> dans leurs parties inférieures, a formé la masse de la tour- » bière... le troacart maritime et le scirpe maritime y abon- 1 dent (2). >
SI nos renseignements sont exacts, co serait particulièrement dans son milieu et sa partie inférieure que la Grande-Brière présenterait la tourbe composée de plantes marines, tandis que la tourbe terrestre occuperait son pourtour. Mais comment s'estelle formée, et en quel état se trouvait le golfe à l'époque qui noua occupe, dans les premiers siècles de l'ère chrétienne ? Nous trouvons, à ce sujet, dans la dernière étude de M. Kerviler, des renseignements qui nous inspirent toute conQance, et des indications qui sont de la plus grande justesse : c On
> commettrait une erreur, dit-il, si l'on croyait que l'alluvion » ait pu se déposer uniformément, comme sur un plan horizontal, » dans l'immense étendue de la Brière tout entière. L'enchevô-
> trement des îles produisait des obstacles aux courants, plus » favorables aux dépôts sur certains points que sur d'autres : 1 et le nord de la grande baie, par suite de l'amortissement du 1 courant sur ses rives, a dû se combler beaucoup plus vite que
> ses débouchés, sur la Loire. L'alluvion horizontale n'existe » que sur les points de vitesse à peu près continue, dans le » mouvement des marées i elle suit un plan incliné propor-
> tionnel à la diminution de vitesse dans les parties d'amortis-
> sèment II faut ajouter que le sol naturel primitif, dans toute » la partie supérieure de la Brière, et aux abords de certaines
> lies, se trouvant beaucoup moins profond qu'au voisinage de » la rivière proprement dite et des débouchés dans la Loire,
> l'alluvion l'a recouvert avec beaucoup plus de rapidité (3). »
(1) Athénas, Ljcie armoricsîn. t. X, p. 4B3.
(2) Ibid., p. 452.
(3) R. Kerïiler, Et«de crit. sur la G^ogr. de la prMqa'tle armorii: Bnllelin de l'AsBoc. bret., 1882. p. 221.
ASSOCIATION BRETONNK
C'est évidemment ainsi qu'ont dû s'accomplir les faits successifs qui ont fini par transformer en une plaine tourbeuse. Tancien bassin maritime, ou golfe du bas de la Loire ; et l'habile ingénieur, qui a dirigé les grands travaux du port de Saint- Nazaire, les indique avec une science, une observation et une connaissance des lieux, que nous sommes loin de posséder au même degré que lui, et dont nous sommes beureux de faire notre profit.
Nous trouvons ici un motif de plus pour regretter que M. Kerviler ait cru pouvoir identifier le Brivates portus avec Saint- Nazaire, en dépit du chiffre de latitude qui nous est donné par Ptolémée, et qui place ce port à 15' au nord de l'embouchure de la Loire ; en effet, si l'éminent ingénieur avait partagé notre opinion sur ce point, il n'aurait pas pu se dispenser de nous donner une étude complète de l'état de la Grande-Brière, à l'époque romaine, étude qu'il aurait faite infiniment mieux que nous.
Ici se présente la seconde des questions que nous avons indiquées ci-dessus : quel était, au commencement de notre ère, l'état du golfe où se mêlaient, à l'origine, les eaux de la mer, du grand fleuve et de la rivière de Brivé, qui a gardé dans la partie inférieure de son cours le nom d'Etier de Méan ?
Il est d'abord certain, qu'à une faible distance en aval de Pontchâteau, la petite rivière de Brivé se perdait dans le golfe, puisqu'à une époque, postérieure de plusieurs siècles, les territoires de Besné et d'Her formaient encore de véritables îles. Bcsné est situé à 6 kilomètres au sud de Pontchâteau ; Grégoire de Tours rapporte (1) que deux ermites, Fréard et Seeondel, se retirèrent dans une île de la Loire, nommée Windunitay et qu'ils y furent tous deux inhumés; or, leurs tombeaux sont dans l'église de Besné (2). Lobineau, dans son Histoire, et Tresvaux, dans sa Vie des Saints de Bretagne, n'ont pas cru pouvoir considérer Besné comme étant une île de la Loire, parce qu'il en est éloigné de trois lieues ; mais ils n'ont pas fait attention que
(1) Vit. Patr., c. X, 587-593.
(2) On trouve encore, en 1090, un titre où on lit : a: Insula quae vocatur > Bethene », et un autre titre, en 1123, indiquant « Vindunita insala Brivàta » fluminis. » Dict. d'Ogée, au nom Besné.
8ÉOORAPRIE DE LA PÉNINSULE AnHORICAINB SOS
les eaux de ce fleuve couvrent, chaque hiver, toute la Brière, et que les lies dont elle est parsemée, au nombre desquelles est Besné, redeviennent alors de véritables Iles de la Loire. Le nom de Besné paraît pour la première fois dans une charte de 1090, par laquelle Hélias du Pont fait diverses donations au prieuré de Pontch&teau, qu'il venait de fonder, et qui ont pour objet des terres situées : « in insulA quee Bethene vocatur. •' C'est dans cette même charte qu'est mentionné aussi le don d'une écluse sur la rivière de Brivet, qui borde l'Ile de Besné à l'ouest: f Sclusam in aqu& quœ Briva vocatur (1). «
Dans une autre charte de Louis- le-Gros, en 1123, on voit reparaître l'ancien nom de Vindunita, et il est impossible de ne pas reconnaître Besné dans cette désignation : « Vindunitam > insulam Brivatse fluminis > ; c'est bien, en effet, l'île de Besné, que la rivière de Brivel rencontre la première, et entoure de ses eaux, en se jetant dans la Brière (2) ; et il est clair qu'il n'y a ici nulle contradiction entre l'ile Windunita de la Loire et i'ile Vindunita de la rivière de Brivet (3).
Il en est de même du territoire d'Her, qui était également une lie, bien des siècles après l'époque de la conquête et de l'occupation romaine. Grégoire de Tours rapporte que les hommes du nord avaient formé des établissements, dès avant le vi« siècle, dans les lies de la Loire, lesquelles devinrent encore, au ne* siècle, le refuge des pirates normands. Nous lisons dans le ChrorÂcon britannicum, sous l'année 843, que ces derniers, après avoir envahi et pillé la ville de Nantes, descendirent le cours de la Loire et vinrent aborder à l'ile d'Her, pour y partager leur butin : t per alveum Ligeris navigantes, usque Herio * insulam, regresst sunt. »
Au sud-ouest de Besné existe une autre lie, nommée l'Hedes-eaux ; les habitants prétendent qu'elle était fortifiée dans les siècles passés. Toujours est il qu'en creusant des fossés pour enclore leurs prés, situés sur le pourtour de l'ile, ils ont trouvé des fondations de murailles en briques, qui semblent lui avoir jadis formé une enceinte (4). Il est donc certain que ces territoires
(1)D. Uorice, Uist. de Bretagne, Pr. 1, 473.
(2) Biieul, VMes roro. sortant de Dlain, ISfô, p. 77.
(1) àthénas, Ljcét armoricain, t. U, p. 370. H. Athéttas r*tU dans la daut«
204 ASSOCIATION BRETONrnS
et bien d'autres formaient, à Tépoque romaine, de véritables lle.s, et quQ, bien des siècles après, ces lies étaient encore baignées par les eaux de la mer. La discorde s'étant mise entre les pirates débarqués à Tlle d'Her, pour y partager leur butin,
comme nous l'avons dit plus haut, quelques-uns des prisonniers, qu'ils avaient enlevés à Nantes, profitant de la circonstance, parvinrent à s'enfuir, et à se cacher dans l'île < per abdita insu- Ise » puis à s'évader, à marée basse, pour regagner la ville de Nantes : c Mari retracto, de Herio insula exeuntes, ad urbem » Namneticam venere (1). »
On a fait, à diverses reprises, des découvertes d'objets et d'armes antiques, dans la tourbe, ou dans la vase, du bassin de la Grande-Brière. M. Athénas nous a transmis sur ce sujet des détails dont nous croyons pouvoir tirer parti : c En 1821,
> dit-il, M. OUivault, médecin à Montoire, communiqua, à la
> société académique de Nantes, une épée. de bronze qui avait » été trouvée, en 1785, dans les marais tourbeux de ce pays,
> commune de Crossac, à 30 mètres environ de la partie méri- » dionale de l'Ile-des-eaux, et à l'extrémité de la chaussée qui
> conduit de cette île à celle d'Hei*. Cette épée était enfouie sous
> une couche de tourbe de six pieds de profondeur, à peu près » vis-à-vis un endroit ou la tradition affirme qu'il exista autrefois
> un château, quoi qu'on n'en voit plus aucun vestige (2). >
€ En 1823, des ouvriers, travaillant dans cette même tourbière, » aux canaux de dessèchement des marais de Donges, en ont » extrait, sous une couche de tourbe de dix pieds d'épaisseur,
> une autre épée de bronze (3). >
! Ces deux épées, communiquées à M. Mongez, membre de
I l'Institut, donnèrent à ce savant l'occasion de les comparer à
i deux autres armes semblables et découvertes dans des circon-
( stances analogues, aussi dans des tourbières: « L'une de ces
j » autres épées, dit M. Mongez, fut trouvée, en 1709, sous la
» tourbe, à côté du squelette d'un homme et de celui d'un che-
de savoir si ces a briques sont de fabrique romaine ou gauloise. » Jbid.j p. 285. Les Gaulois ne fabriquaient pas de briques avant l'occupation romaine.
(1) Chiy>nic. britannic. sub. ann. 813.
(2) Ce sont les substriictions de rile-des*eaux dont nous venons de parler.
(3) AthéiiaSy Lycée armoricain, t. II, p. 279.
* val, auprès de Corbie, b Heilly, vallée d'Albert, dépendance 1 de la rivière de Somme. Auprès de cette épée, on trouva quatre
> médailles en bmnze, à l'efBgie de Caracalla, c'est-à-dire datant
> de l'an 21i à l'an 217 de notre ère. >
< Une seconde épée fut trouvée sous neufyieda trois pouces » de tourbe, à Péquigny, au pied de la côte du sud. Elle était » placée & côté du squelette d'un soldat dont la tète était cou- » verte d'un casque de cuivre ; ce squelette était couché, avec
* plusieurs autres, dans un bateau naufragé, et, auprès d'eux,
> on trouva des médailles, en moyen bronze, à l'effigie de Ma-
> rence, c'est-à-dire de l'an 306 ft l'an 312 de noire ère. »
« L'enfouissement de ces épées peut nous fournir des obser-
> vations curieuses sur la formation et l'accroissement de la
> tourbe, et sur l'exhaussement du sol des rivières. Les épéea
> de la Somme ont été trouvées, la première, sous neuf pieds
> trois pouces de tourbe, dans un bateau naufragé ; la seconde » dans un tuf calcaire, à dix pieds de profondeur.
> Le laps de temps entre leur enfouissement et leur décou-
> verte est d'environ 1500 ans, ce qui donnerait à peu près I 8 pouces d'accroissement du sol par siècle.
» L'un des glaives de Montoire n'était recouvert que de six
> pieds de tourbe ; mais l'autre était, comme ceux de la Somme, » sous dix pieds de tourbe (1). »
Il nous a paru curieux de rapporter ces observations, qui ont, tt tout le moins, le mérite d'avoir été faites sérieusement et exactement, sans pourtant que nous croyons en pouvoir tirer, pour notre sujet, aucune induction rigoureuse.
Nous avons à parler encore d'une autre découverte, de même nature que les précédentes, faite en 1842, au village de la Guesne, tout près de l'De-des-eaux, en construisant un pont sur le Brivet, Le creusement des fondations donna lieu de trouver, à une profondeur de un mètre soixante- centimètres, audet$ouidu lit de la rivière, une épée en bronze, du même genre exactement que celles dont M. Athénas a parlé. Cet auteur la regardait comme une arme romaine, s'autorisant de l'opinion de H. Mongez, et s'appuyant sur l'analogie de forme de cette épée avec celles qui sont figurées sur le» colonnes Trajane et Anto-
(1) Alhènai, Lycia amoricain, 1. 1[, pp. 381-285.
njne. AFendroit même où fut trouvée l'arme du pont de la Guesne, dans une vase mélangée de tourbe, se voyaient les têtes de pilotis indiquant évidemment Texistence d'un ancien pont, en ce lieu. Les remblais de la chaussée nouvelle les ont fait disparaître.
Nous citerons enfin le témoignage important de M. Kerviler qui s'exprime ainsi : après avoir énuméré d'autres îles anciennes de la Brière, dont nous avons cité quelques-unes : « Montoire » était une ile; Méans, Trignac, Sabine, Penhoêt étaient des » ile$ ; elles en portent encore le nom, et j'ai trouvé^ des débris ]> romains à six mètres de profondeur de Valluvion, dans leurs » parages (1). >
M. Kerviler ajoute, quelques pages plus loin : « J'ai fait bien D des fouilles dans les marais de Guérande ; elles m'ont donné p lieu de reconnaître la marche rapide des atterrissements, se
> formant les uns en avant des autres ; j'y ai môme trouvé des » salines, qui ont été certainement exploitées par les romains ;
> elles étaient très petites, bétonnées, puis dallées en tuiles à 7> rebords, et séparées entr'elles par de plus larges étiers ; dans x> l'un de ces étiers j'ai trouvé les débris des couples d'une galère » gallo romaine. Ces salines, recouvertes d'une couche de vase,
> sur laquelle l'exploitation se fait aujourd'hui, s'arrêtaient toutes » à cent cinquante mètres, au plus, des coteaux guérandais, au » dessous de Clya et de Quéniquen, tandis que les salines ac- 9 tuelles s'avancent dans le Traic^ jusqu'au delà d'un kilomètre, » il est inexact de dire que cette région n'a subi que de légères
> modifications, depuis l'époque romaine. Elle a été, au con-
> traire, complètement envahie, et l'on peut affirmer, qu'à cette
> époque, elle était parsemée d'îles correspondant à la topogra- » phie de César (2). »
]» Les apports de sable sont considérables, gigantesques même, 9 dans toute la région du bas de la Loire. Orï* constate un relè-
> vement notable du sol, au moins dansi les îles du Pouliguen, » de Batz et du droisic, aujourd'hui réunies ensemble. La pres-
(4) fl. I^ttrviler, Etude crit. sur la Géogr. de la préa(|u*ile armoricaine, ISS'A
(2) Kous avons fait remarquer précédemment qu'il n*y a rien là qui s'accorde particulièrement avec la topogaphie de Céaar.
OtOGRAPHIE Dl LA PÉNINSULE ARMORICAINE 207'
> qu'Ile n'y verse que de petits ruisseaux, il est vrai, mais ce
* n'est pas de là que viennent les apports, c'est de la Loire. '
> Tous ceux qui connaissent le régime des eaux, chargées de
> matières en suspension, & son embouchure, savent que les » courants sous-marins y emportent, à gaucho, dans la baie de
> Bourgneuf, toutes les vases, et à droite, dans la baie du Pou-
> liguen, tous les sables. On se fera une idée de la quantité de
> matières tenues en suspension dans ces eaux, quand on saura » que le bassin à flot de Saint-Nazaire verrait son fond s'élever
> d'un mètre par année, si nous ne pratiquions pas un dévase-
> ment continu. Nous enlevons du bassin et du chenal, en eau
* calme, il est vrai, trois cent mille mètres cubes de vase diluée,
> par an. Tout œla vient, non pat dea eaux limpides de l'océan,
* mais du cours sup^eur de la Loire, et c'est ainsi que se sont
> formés, depuis la période historique, ces immenses attérisse-
> ments de sable, qui unissent aujourd'hui le Pouliguen à la » terre ferme, et qui ont enfoui le vieux bourg d'Escoublac, en
> coupant la voie romaine de Brivates portus (Saiiit-'Nazaire?) à
> Grannona (Guérande), dont on retrouve encore les traces sur
* les deux côtés de la dune (I). >
Nous ne rapporterions pas d'une manière complète, et dans tous ses détails, l'opinion de M. Kerviler, sur le sujet qui nous occupe, si, aux précédentes citations, nous n'ajoutions encore le passage suivant : « Le relèvement des lies extrêmes du Pou- » liguen et de Batz est attesté par la présence de roches per-
> cées de pholades, à plusieurs mètres au-dessus du niveau des » hautes mers actuelles, dans la falaise de Penchâteau. . . Il est » vrai que rien n'indique l'époque de ce relèvement, qui pour- » rait remonter jusqu'aux temps géologiques (2). >
Il y aurait lieu, d'après ce qui précède, de constater ici deux phénomènes de natures complètement différentes : l'isthme du ' Pouliguen, d'une paît, formé par les alluvions du fleuve, serait le simple résultat d'atterrissements successifs, qui se sont accumulés d^uis les temps historiques, tandis que les marques, ' d'origine manne, de la falaise de Penchâteau accuseraient un soulèvement, sur ce point, de l'écorce terrestre.
(1) R. Kerviter, Etude crit. sur la G^ogr. de U preiqu'lle snnoricaîn*, i6t!3, pp. a», 907.
208 ASSOCIATION BtlETONNB
De tous les détails qui précèdent, et dont nous avons été heureux de puiser une partie dans les pages de M. l'Ingénieur en chef Kerviler, nous avons le devoir maintenant de faire sortir nos conclusions. C'est avec une réserve et une humilité, qui ne sont nullement feintes, que nous les proposons, regrettant de n'avoir pu les emprunter à plus savant, à plus spécial et plus compétent que nous. Nous n'avons certes pas manqué de recourir,, à ce sujet, au grand et savant ouvrage de M. Desjardins, mais nous ne nous sommes pas rencontré dans un complet accord avec lui.
€ Pour nous résumer, écrit le savant académicien, disons qu'il 1 s'est produit, sur toute cette côte, un mouvement d'oscillation, Y qui a fait émerger les terrains formant le fond actuel de la » baie de Bourgneuf^ et entourant l'île de Bouin ; le même ex-
> haussement s'est produit au nord de l'embouchure de là Loire,
> dans les environs de Guérande, tandis qu'il semble avoir
> déterminé, par contre, l'elTondrement d'une partie de. la région
> vannetaise', La constatation d'un affaissement de cinq mètres,
> sur ce point, entraîne les conséquences les pliis importantes • :» pour la restitution de la topographie ancienne, et même de
> l'histoire, car elle confirme les explications que nous avons » proposées, d'après M. de Kersabiec pour la troisième campa-
> gne de César (1). »
Il nous paraît ressortir de ces lignes que, selon l'opinion du savant académicien, il aurait existé une sorte de relation entre dçux mouvements inverses subis par les régions de l'embouchure de la Loire et de la Vénétie : la première ayant été mise en relief, au-dessus du niveau de la mer, par un soulèvement, tandis que la seconde donnait lieu, par un effondrement, à la pénétration de la mer par l'embouchure commune des rivières d'Auray et de Vannes, qui déterminait ainsi la formation du golfe actuel ou mer intérieure du Morbihan.
Sur ce dernier point nous professons, depuis de longues^ années, une opinion identique avec celle de M. Desjardins ; sur le premier point nous ne sommes pas arrivé à partager son sentiment. Nous avons constaté, dans les pages qui précèdent un changement notable et continu de rapport entre les reliefs du
(1; E. Desjardias, Géogr. anc. et histcr. de la Gaule, 1. 1, p. 903.
géoghapiiif: de i,a pëninsule armoricaine 209
sol et le niveau de la mer, depuis la baie du inont SaJot-Mioliel, jusqu'aux rivages du Morbihan. Selon nous, la région de l'embouchure de la Loire a éprouvé le même sort, et subi les mêmes changements, tandis que, par une cause absolument difléreute, les énormes et incessantes alluvions du fleuve opéraient seules le relèvement desfonds de la baie de Bourgneuf, et encomr braient successivement son embouchure, son lit et l'ancien golfe de la Grande-Brière.
Les découvertes faites & diverses époques d'ustensiles ou d'armes antiques, à une profondeur de 5 ou 6 mètres dans la tourbe (1) semblent prouver qu'au commencement de notre ère, certaines parties du golfe étaient déjà envahies ; mais il restait encore une grande nappe d'eau au-dessus de laquelle, biei^ des siècles après, se montraient encore des îles, dont quelques^ unes servirent de repaires aux pirates normands. Cependant la formation de lu tourbe continuait ses progrès. Vers le milieu du - IX» siècle, semble-t-il, la mer, en se retirant, laissait presqu'à sec ou guéable l'espace séparant l'Ile d'Her de la terre ferme (2). L'accroissement des dunes faisait reculer la mer, en même temps que l'exhaussement graduel du fond de la baie de Bourgneuf amoi'tissait de plus en plus l'énergie du tlot montant. Cet éloignement de la mer paraîtrait tout d'abord donner une indication contraire au mouvement d'affaissement que nous avons constaté jusqu'ici ; cependant, sans avoir des preuves aussi certaines, des témoins aussi frappants que ces forêts ou ces bois submergés autour de nos côtes, nous croyons pouvoir proposer des inductions qui nous paraissent démontrer que le même phénomène s'y produisit, au moins d'une manière générale.
Le nom de Traict, gardé par le grand c étang salé, situé à » l'est du Croieic » nous semble, comme à M. Desjardins, l'indication certaine « qu'un libre passage existait autrefois entre te > Croisic et Batz et le plateau de Guérande (3). >
L'origine essentiellement latine du nom de Traict, trajectua,
(1) R. Kerviler. Eluile cril. sur la Oéogr. de la presqu'île armoricaine, 18t)j, ^.'221.
(2) Les prisonniers que les plrjles avaient emmenés à l'Ile d'Uer, prolitant de la marée basse, réussirent à s'en écliapper : » Mari rétracte, de Heiio , iiisulà exeunleTi a<l urbem Namnetîc.im venere. > Chronlc. brilann., an, 813.
no
ASSOCtÀTlON BRETONNE
BOUS parait même prouver que ce passage existait enooreà Fépoque de la conquête romaine, et qu'il n'a dû cesser d'être praticable que pendant ou après la période de l'occupation romaine. La mer aurait conquis du terrain vers l'intérieur du continent, et formé cette espèce de golfe qui porte toujours lo nom de Grand-Traict.
Les salines, manifestement romaines (1), dont l'éminent ingénieur en chef de Saint-Nazaire a constaté l'existence et scrupuleusement étudié la situation et le mode de construction, c ces » salines s'arrêtaient toutes à 150 mètres au plus des cc^eaxix » guérandais, au-dessous de Clis et de Queniquen, tandis que t les salines actuelles s'avancent à plus d'un kilomètre dans le > Traict (2). i Nous croyons voir là une preuve de ce fait que la mer s'avance plus loin dans les terres qu'elle ne le faisait au temps de la construction des premières salines. Mais voici encore de curieuses et importantes découvertes, dont nous sommes également redevables au zélé et savant directeur (tes travaux d'établissement des bassins de Saint-Nazaire.
Deux dépôts d'ossements et d'ustensiles en métal ont été mis au jour par l'opération du creusement à 40 mètres de profondeur, des bassins en question.
Le premier de ces dépôts, rencontré à 3 mètres environ audessous des plus basses mers actuelles, et à 7 mètres, en moyenne, au-dessous du niveau supérieur de la vasière, se composait d'ossements d'animaux dont les espèces ont disparu de nos régions, et d'armes ou d'ustensiles appartenant à l'époque désignée sous le nom d'ège du bronze, glaive, poignard, aiguille en os, hache en pierre polie avec son manche, de celles qu'on nomme communément, quoique d'une manière prématurée, selon nous, keltés, etc. Tout cela a été trouvé dans une couche sablonneuse, d'une certaine épaisseur, et remplie de coquilles.
Le second dépôt, rencontré à une hauteur de 2* 50 au-dessus du précédent, et à environ 5 mètres au-dessous du niveau supérieur de la vasière, a fourni des débris appartenant à l'époque de l'occu-
(i) £Ues sont couvertes d^une épaisse couche de vase sur laquelle la culture se fait aujourd'hui.
(â) R. Kerviler, Etude cril. suc la Géogr. de la presqu'île armoricaiae, 1882, p. 207.
GÉOGRAPHIE DE LA PÉNINSULE ARMORICAINI Sil
a romaine, avec poteries caractérisées et une métlaille, en bronze, de l'empereur Télricua (268-275) (i). Les 5 mètres 138, existant au-dessus de ce dépôt, ajoute M. R. KervileP, Jonc mis 1600 ans à se former, et un exhaussement iron 30 & 35 centimètres s'est opéré par chaque siècle, itérium, appliqué au massif existant, au-dessous du dépM îpoque romaine, placerait celle du plos ancien dépôt à OB 500 ans avant notre ère (i).
l'on rapproche ces Faits de la submersion des ruines ines d'Erquy, de celles de la pointe de la Chèvre, de Dousrft, de la pointe du Raz, de Locmariaker el de la voie romaine tendait directement de la ville actuelle de Vannes, l'ancien }ritum, ne trouvera-t-on pas entr'eux quelqu'analogie ? Ne t-on pas porté à croire que le phénomène d'j^aissement dti oent, constaté sur ces divers points, a également étendu ses jusqu'à l'embouchure de la Loire? Ce dépôt, composé de surs objets romains, comprenant une monnaie de l'empereur :us, reposant sur une couche de sable coquiller et recoUd'une couche de vase de S mètres d'épaisseur, nous semble dcer que le niveau de l'ancien sol a changé par rapport ao u de l'eau.
is sortir de notre sujet, quoiqu'on dépassant un peu le cadre lous nous étions tracé, nous ajouterons que sur les côtes icéan, au midi de la Loire, on rencontre les mêmes témoins !ur les côtes de la Bretagne, de la révolution dorrt nous f cru jusqu'ici constater les ellets. Dans les grèves, sous les î, on découvre, de temps en temps, des troncs de chênes, ins et d'arbres d'autres essences, enfouis et submergés is un grand nombre de siècles. Citons encore, sans y attaune plus grande importance qu'il ne faut, des hache» de ï poHe trouvées, en 1878, par un pêcheur, parmi les rochers uin (Vendée) et d'autres haches du même genre, découvertes |ues années avant, dans les lais de mer situés au levant de noutiers (3).
mettons que, parmi tous les renseignements que nous
t. Kerviter, Bull. Asmc. bret., Congrès de Vitré, 1876.
!Wrf.
oumat le Phare de la Loire du t7 sobi 187».
avons puisés à des sources diverses, ou recueillis nous-méme en explorant autrefois les côtes de notre Bretagne, quelques-uns paraissent dénués d'importance ou d'authenticité, il en restera encore assez, croyons-nous, pour former un ensemble de faits pouvant servir de base à une légitime conclusion. A l'appui de cette conclusion déjà ancienne, nous invoquerons l'autorité, incomparablement supérieure à la nôtre, d'un savant ingénieur des mines, M. Durocher, professeur de géologie, il y a une trentaine d'années, à la Faculté des sciences de la ville de Rennes, et dont nous suivions alors assidûment les leçons. A l'issue de ces cours, nous- avions parfois ensemble de longues conversations : un jour l'état ancien de la baie du Mont Saint- Michel et, en général, du littoral de la Bretagne en fit Tobjet, et nous citâmes, à M. Durocher, une grande partie des faits que nous avons indiqués dans cette étude ; il en avait lui-même recueilli et constaté quelques-uns, et nous raconta que, dans une anse de la mer, non loin de l'antique château du Guildo, commune de Créhen, il avait fait découvrir des arbres enfouis dans la grève, par un ouvrier habitué à y aller faire, chaque année, sa provision de bois.
En terminant cette conversation, de deux choses l'une, dîmesnous au savant maître : où la mer à élevé son niveau sur les flancs de la Bretagne, ou la Bretagne, s'affaissant sur elle-même, est descendue au sein de la mer.
c C'est le second fait qui est ie véritable », nous fut-il répondu : « la Bretagne à éprouvé, en effet, un affaissement, sur ses côtes
> septentrionales, aussi bien que sur ses côtes méridionales, à » une époque qu'on peut appeler historique. En certaines par- » ties, peu nombreuses et limitées, à la lieue de grève, près de » Lannion, et en un autre endroit, voisin de Paimpol, f ai au » contraire cru reconnaître des exhaussements du sol, du moins 1 suis-je porté à expliquer ainsi l'existence de plateaux, formés » de sables marins, à une hauteur de 20 à 25 mètres au-dessus » du niveau de la mer ; j'avais songé d'abord à des falaises, mais » elles présentent constamment des formes ondulées, et complé- }} tement différentes de celles de ces plateaux. ^ Faut-il également ranger parmi les exhaussements, qui se sont produits dans les temps historiifues, la formation « des îles extrêmes du Pouliguen
> et de Batz, attestée par la présence de roches percées de pho-
» lades, ^ plusieurs mètres au-dessus des hautes mers actuelles, 1 dans la falaise de Penchûtdau^ * Nous laissons & de plus savants que nous, et en particulier à l'habile ingénieur en chef de Saint-Nazaire, à décider la question (1).
Ainsi donc, depuis les temps historiques même, la péninsule bretonne, cette « terre de granit recouverte de chênes t, comme à dit notre poëte firizeux, à éprouvé un tassement, dans ses antiques assises, et ses niveaux se sont abaissés par rapport au niveau de l'immuable océan. Cette conclusion vient confirmer une fois de plus les rapports, qu'il ne faut pas négliger, de la tradition avec l'bistoire,
La tradition, sans doute, k souffert bien des altérations que lui ont fait subir, et la parole des hommes et l'imagination des poètes ; mais elle contient des parcelles de la vérité, comme les parcelles du pur métal sont renfermées et cachées dans la gangue. C'est elle, c'est la tradition, qui a raconté, de génération en génération, l'antique existence et la destruction, par un cataclysme, de la forêt de Scyssi, laquelle ombragea jadis, de ses rameaux, les grèves actuelles de la baie du Mont Saint-Michel, que maintenant l'océan vient couvrir de ses fiots ; c'est la tradition qui nous signale, dans combien d'anses, parmi celles qui découpent les rivages de la Bretagne, la disparition de ces forêts ou de ces bois dont, peu i peu et successivement, on retrouve les vestiges.
C'est elle qui nous parle de ces villes ou stations disparues d'Erquy et de Tolente, dont la convergence des voies romaines est venue, de notre temps, prouver l'antique existence. Puis c'est la légende du roi Grallon, de Dahut, sa fille, et de la submersion de la ville d'Is ; c'est la découverte inattendue de cette tombelle, contenant les ossements de soldats romains, dormant du sommeil éternel, sous les Ilots qui baignent la presqu'île de Crozon. C'est cette tradition de Locmariaker racontant l'esistence, en des temps immémoriaux, d'une grande ville, dont une partie a été ensevelie sous la mer, qui continue son œuvre et un jour engloutira le reste.
(1, Si nous osioi sommes portA à c Céoh>2ii]ues.
Eh ! bien, presque toutes nos villes antiques du littoral ont en effet disparu. Il est évident qneReginea (Erquy) ne nous montre plus qu'une partie de ses ruines. Nous cherchons vainement Gesocrihate, à l'embouchure de l'Aberwrac'h, où la voie romaine partant de Garhaix, vient expirer au bord de la mer. Le port Saliocan, près du cap Saint-Mathieu, a été sinon submergé au moins dévoré par l'océan.
La ville d'Is de Grallon, qui nous semble devoir être placée, avec plus de vraisemblance, à Douarnenez qu'ailleurs, montre encore parfois ses substructions romaines, aux jours des plus basses marées.
La ville ou station militaire de Blabla (Port-Louis), dont l'existence et l'emplacement sont démontrés par les vestiges de la voie romaine ou plutôt des voies romaines qui y accédaient, ne nous fournit môme pas des ruines. Quelques monnaies des empereurs du lu® siècle, trouvées dans la ville actuelle, ne donnent qu'un renseignement absolument insignifiant. C'est dans la presqu'Oe de Kersahut, parmi les salines marécageuses, que se sont rencontrés le plus d'objets antiques, des tuiles, des fragments de vases, des monnaies, des urnes cinéraires. Ici nous inclinons à croire que la ville tout entière est cachée sous les eaux.
A Locmariaker enfin, nous trouvons, il est vrai, des substructions assez nombreuses, et les derniers vestiges d'un monument qui décèle son antique importance, un théâtre ; mais nous savons, par les renseignements les piùs dignes de confiance (1), qu'une partie de la ville romaine est ensevelie sous les fiots, et que, vers le temps du président de Robien, on pouvait parfois, à marée basse, voir encore, dans la grève, des « substructions éloignées de plus de soixante toises du rivage (2). »
(1) Ceux du président de Robien qui, par sou savoir, son zèie pour la recherche des antiquités et son séjour dans le voisinage , présentent les plus grandes garanties.
(2) Trait caractéristique des rivières de la Bretagne qui se Jettent dans la mer. — Rapprochons des faits constatés sur nos côtes les observations suivantes, qui, si elles ne sont pas, par elles-mêmes, des preuves, ne sembleraient paà du moins sans relation avec le grand phénomène de ra£Eiai$8ement général de la Bretagne.
< Un trait caractéristique des rivières de la presqu^le armoricaine, est U
CéoOEUFHIE DE LA PÉNINSULE AAHORICAINE Hi
C'est avec réserve, et avec une juste défiance de nOus-mémd qoe nous avons abordé l'étude des phénomènes divers qui 9< sont produits, et se produisent encore, à l'embouchure de It Loire. Leur action, à la fois complexe et inverse, rendait difiîciU de mesurer la part qu'on doit attribuer k chacun d'eux, danfl lei changements survenus, pendant la durée et depuis le temps di la période géographique que nOus avons embrassée. Nom aurions reculé devant cette étude, qui exigerait beaucoup plui de Savoir que nous n'en avons, si elle ne s'était imposée à nOui d'une manière absolue.
Il fallait indiquer la raison pour laquelle nous cherchons inu tilement, désormais, sur nos côtes, une partie des villes oi stations romaines, dont les monuments écrits et les voies ellesmêmes démontrent l'antique existence ; il fallait bien auas étudier et apprécier la valeur de ces traits caractéristique! prouvant, a-lH)n dit, que l'archipel de la Loire pouvait répondri seul, ou mieux au moins que toute autre partie de notre région à ce qu'on a appelé, avec une évidente exagération, selon nous la topographie de Cêear.
Nous espérons avoir démontré que les détails de cette topogra phie auraient pu, dans les temps anciens, s'adapter aussi bien e mieux à toute autre partie du littoral qu'à la mer-fel*mée de li Brière, et les assauts, livrés par l'armée de terre du conquérant à des promontoires continentaux qu'à de véritables îles.
Nous croyons avoir établi par le texte précis de Dion , qu n'est en rien démenti par le texte de César, que ce dût être ven l'embouchure de la Loire que s'opéra la réunion des vaisseau: qui avaient descendu ce fleuve, avec les galères, que D. Brutu: amenait de la Méditerranée ; enliiT que ce furent les vaiss^iu:
i> Isf^ur, et surtout la profondeur de leur lit, jusqu'à une distance de plu • aiedrs lieues, dans l'intérieur dus terres. Cette parlKularilé leur permet d
> recCToir et de transmettre l'action de la marée à une asseï grande distanc
> de leur embouchure ; c'est elle qui a donné naissance à cette multitude d
> petits ports méditerranéens, créés dans l'intérêt de l'importation et d
> Teiportation des denrées, de l'intérieur ou à l'intérieur, par le petit cabc
> lage. • Eug. de Fourcy, ingénieur des mines, Notice jointe à la caile géoh gique du Morbîlian, pp. 21, 22.
Les jMrts les plus anciens, autrerois fondés sur les bords dé la mer, sot remplacés par des ports relégués aujourd'hui plus avant dans les terrei.
des Vénètes qui, poussés par un vent favorable, s'avancèrent contre la ilotte romaine, que l'hésitation de ses chefs retenait au mouillage, et non la flotte romaine qui, débouchant de la Loire, vint bloquer la flotte vénète, dans la baie du Croisic.
En ce qui concerne la situation des oppidums, ils étaient, selon nous, placés dans des presqu'îles et défendus du côté de la terre par un vallum élevé de main-d'hommes et par un large fo^sé, que les flots venaient remplir, à la marée montante d). César, décrivant ailleurs les premières opérations du siège d'un oppidum, distingue clairement ce vallum^ du reste des remparts, qu'il appelle munitiones (2).
Si les oppidums de l'archipel guérandais, au lieu d'être euxmêmes de petites îles, avaient été simplement situés sur des promontoires (3) dans les îles de la Loire, il serait surprenant
(1) « Oppidum et naturà loci et manu munitum. » Caes., Bell. gaH., l. III, c. ZXUI.
(2) t Quum alii foèscLS comptèrent^ alii, multis telis conjectis, defensores » vallo, munitionibus que depellerent. » Cses., L lil, c. xxv.
(3) Iles, langues de terre, promontoires. — Ce ne sont pas des îles, de véritables lies, celles que la mer n'enyii*onne que temporairement deux fois par jour c quodbis accidit horarum XXIV spatio fi et qui sont pendant la moitié du temps accessibles seulement aux navires et durant l'autre moitié accessibles seulement aux piétons. C M.
Situation des oppidums des Vénètes. — « Erant ejusmodi fere sitas » oppidorum, ut, posita in extremis lingulis promontoriisque, neque pedibus » aditum baberent, quum ex alto se sestus incitavisset,.-- neque navibus, quod » rursus minuente îestu naves in vadis afflictarentur. Ita utraque re oppido- » rum oppugnatio impediebatur. » Caes., Bell, gall., 1. III, c. xii.
Qu'il y eut de ces promontoires, dominant la mer, qui ne fussient rattachés au continent que par des cols, des isthmes, assez déprimés pour que la mer les environnât complètement à la haute marée ; quM y en eut d'autres ou le vallum avait été couvert par un large fossé où la main de l'homme avait préparé son entrée, tout cela est possible et vraisemblable. C. M.
La Brière, ses îles au temps de César. — Le grand bassin de la Brière pré&entait encore au temps de César le caractère d'un golfe, mais d'un golfe dont l'encombrement était commencé, dont les formations tourbeuses occupaient déjà une partie.
Les deux estuaires principaux, une vaste zone sillonnée par le cours du Brivet, le centre du marais actuel, tétaient toujours dans le domaine des eaux. Des iles, de véiitables îles, parmi lesquelles entr'autres, Yinduuita et Herio, en
cÉoGRAPïiii!: iiE LA pe:ninsl'le armoricaine ï
que nous ne vissions pas, dès la première heure, entrer en scê les navires alliés, car il aurait fallu d'abord transporter troupes de terre dans ces lies (1). On nous rappellera peut-ê
doiaiaaieol la surfuce. La poi'l BrUatei, pincé dans le voiMiu^e et en aval PoBtchiteau, ^tail acteasiUle aui navires de ce temps là. C. H.
A l'époque de César, avons-noiiï dit, le golfe existait encoi'e, et ^tail occi en grande pai tie par les eaui àe la mer : il préïentail de véri1al>les lies.
Noua ne sommes en aucune di^isidenre avec M Kprviler lorsqu'il dit : i
> peut aftinaer qu'à cette époque la Briëre était pai'semée d'iles (1) • ; n lorsqu'il ajoute t d'iles correspondant à la topographie de César i, il nous impossible de recoutialtre ces traits caractéristiques qui lui ont fait dire aille
■ à quel poinl... cette descHplion mittulieuae peut-elle s'appliiiuer, sinon
■ pay» de la Grande-Briéiv el de Farchipel diiérandah'! (2) • et puis enco I ce Tut dans les Uns de la Brière que César dut reni^ontrer la plus longue e I plus énergique résisiance (3). ■ Katia, les oppidums des Vënëtes étaii selon nous, situés sur des langues de terre et des promontoires que la Ui mer veitaît environner artificiellement ou nalvrellemenl, et non dans des i
H. Karriler lait blan attaquer de véritables Ites par l'»px de terre. — M. Kprviler, ré|)ondanl à cette objection : < On ne s'explique
■ César perdatU ton temps dans les rrarais de la Brière, en attendant i
■ Brutua puisse le rejoindre >, dit : t On oublie que la Briéiv n'offrait 1 alors le spectacle d'alluvions émergées qu'elle présente aujourd'hui. Bei
> qui se trouve maintenant au milieu des terres, entre Donges et Pontohâtt
■ étal', cependant encore appelée Vindunita ititula, au temps des invasi 1 normandes ; le mamelon d'Her était dans le même cas, rt les Normant
> venaient, avec leurs bateaui, partager leur biitjn.
• Monloire était' une ile, Uéans. Trignac. Sabine, Penhoêt étaient des :
> Biles en portent encore le nom, et j'ai trouvé des débris nnnains à 6 tac t de profùndeur de l'ulluvion, dans leurs parages.
• Toute cette ri'g ion, plus peuplée d'ifesque ne l'cït aujouid'hiii leMorhJI 1 se trouvait dans les caiidUiong exactu du récit de César.... Quant i Bru
> on semble oublier aussi ou ne pas s'apen^evoir que sa mission, dans la » tique de la campagne, était d'investir le^ Vénètes par mer pour les prer • entre deui Teux, comme nous dirions aujourd'hui.
I II fallait donc qu'il sortit de la Loire puur tenir bloquer la flotte vè.
■ devant le Croisic. » R. Kerviter, Etude critique sur la Géographie di piesqu'ile armoricaine. Bull, àe l'Assoc. tiret., session de iVm, pp. 204, 'iU
(1. M. le docteur Fouquet partage au contraire notre opinion : ■ Il faut, di
■ aller les attaquer dans ces camps situés sur des caps... et qu'ils ont ret
que nous avons dit nous-même, en faisant remarquer, sur certains points, le laconisme excessif de César, qu'on ne devait tirer aucune conclusion de son silence ;, nous répondrons ^ue, sur le point qui nous occupe, le conquérant a jugé à propos de donner des détails très clairs et très précis (1) : ses soldats, par un travail considérable, élevaient, jusqu'd la hauteur des remparU ennemis, des digues interceptant tout passage à la met (2). Le comblement du fossé avait ici un double but , motivé par les circonstances locales, et qui se comprend à merveille. Cette opération fut exécutée pour un certain nombre d'oppidums (3). Se rend-on bien compte de ce qu'eut été une opération analogue appliquée à une île de la Grande-Brière, et à plusieurs c compluribus > de ces îles ? Des digues très élevées, dont le développement total se serait compté par myriamètres, sans doute.
Enfin, selon l'opinion des auteurs de la thèse que nous combattons, les îles de l'archipel guérandaisappaitenaient aux Saiilnites, mais, disent-ils, c les Vénètes, pour être maîtres de toute la baie » vénétique, avaient dû forcément s'emparer de leur emporium,
> ainsi que du pays environnant et lui imposer leur nom (4). » Ces Samnites, en effet, étaient une peuplade maritim^e, et les » Namnètes une peuplade de Vintérieur, César ne les cite pas t parmi les aUiés maritimes des Vénètes (5)... Strabon parle des » Samnites à l'embouchure du fleuve... Enfin, Ptolémée place » les Namnètes au-delà des Angevins et des Manceaux^ et dé-
> signe les Samnites au-dessous des Vénètes, jusqu'à la Loire ; » il n'y a, dans tout cela, aucune contradiction avec le système » que nous avons précédemment exposé. Nous avons dit que
> les Vénètes avaient dû absorber les Samnites, quelque temps
» chéSf en les coupant jusqu'aux eaux vives, de manière qu'aucun accès ne M soit laissé aux gens de pied, quand la mer est ha.ute« ni aux vaisseaux quand » la mer est basse, v Docteur Fouquet, Huin. rom., p. B9.
(1) Quand il parle d'une ile, il l'appelle insala.
C2; « Magnitudine operis... extruso mari, aggere ac molibus... oppidi maenibu^ « adaquatis. » Cees., Bell, gall , l. HI, c. xii.
(3) « Compluribus expugnatis oppidis. » Caes., 1. III, c. xiv.
(4) R. Kerviler, Etude crit. sur la Géogr. de la presqu'île armoricaine, 1874, p. 66.
(5) C'e^ le contraire qui est vrai : « Veneti... socios sibi... Nannetes... excis- ) cunt. » Caes., Bell, gall., 1. III, c. ix.
• ir
> avant l'invasion romaine (1) ; il est donc naturel que S » parle de ce peuple d'après Pythéas. Mais César, qui ne
> des Samnites en aucun passage des Commentairea, n » contre plus que des Vénètes, et, quand il a écrasé la pui t de ceux-ci dans l'ancien Samnium, en ne laissant su
> que les Vénètes, placés au-delà de la Vilaine, le nom d( » nites reparait, et Ptolémée le retrouve. Puis lesSamnit» t éprouvés, disparaissent une seconde fois, devant leurs a ■ envahisseurs, qui ont repris leur antique influence, £
> reste plus que le pagui veneticus. Il faut prendre chac
* anciens géographes ft sa date respective ou à celle des 1 rites dont il se sert ; et ne pas raisonner sur leurs indi< » comme si elles étaient contemporaines. Notre système' I pond précisément & tous leurs textes successifs (2). »
Ainsi donc, dans le système de M. R. Kerviler, les \ s'étaient emparé du Samnium, comme il l'appelle, q temps avant l'invasion romaine ; mais, ce n'est pas tou avaient transporté leur capitale ; t Dans notre opinii » M. Kerviler, Locmariaker fut la capitale primitive des Vi
> mais elle fut remplacée par Corbilon, après la conquèt
• colonie phénicienne du Samnium... Il y a, en faveur d
> bilon ou d'un lieu tout voisin, la remarque faite par 1 Kersabiec, de l'existence au pied de Guérande d'un liei » appelle encore la Ville-aux-blanca, nommé dans les i
> documents Gwened, ou Veneta... Pour nous donc le cl 1 des Vénètes était alors situé dans celte région des Bla;
» Ce que nous accordons, c'est qu'au ii' siècle, au n » où Ptolémée écrivait, Dartoritum » (c'est Dartorigum i Ptolémée) , - « signalé nominativement pour la premier 1 dans l'histoire, comme capitale des Vénètes, se trouvait 1 actuel de la ville de Vannes. Il y avait eu transpositior
Nous avons hien , nous aussi , prétendu faire dis]
(1) ( Les Vénètes n'auraient pas souffert qu'une autre peuplade rivait ) lï partie est de cette baie (celle située entre la Loire et la Vilaine.) ■ ïiler, Etude crit. sur !a Géogr. armoricaine, Wi, p. 44,
(2) Ibid., 188-2, p. t97.
(3) Ibid., uni, p. 53.
(*) Ibid., p. M.
les Samnites des bords de la Loire, et leur nom, et celui du Samnium avec eux, mais une seule fois, et de l'histoire ellemême. Nous espérons y avoir réussi, et nous ajoutons que s'ils y avaient réellement existé, leur nom, croyons-nons, n'aurait pas ainsi disparu et reparu à des intervalles rapprochés, plus que n'ont disparu, à travers les siècles, le nom des Bretons et celui des Gascons.
Nous persistons à penser que ces Samnites des bords de la Loire n'étaient autres que les Namnites, dont le nom avait été défiguré, comme bien d'autres, par des écrivains de l'antiquité. César ne les nomme pas, et fait des Namnites une cité maritime ; Strabon les place sur la rive droite de la Loire, jusqu'à son embouchure (i) ; Vibius Sequester place à l'embouchure de la Loire des Celtes et non des Samnites phmiciens ou égyptiens (2) ; Pline ne fait nulle mention des Samnites, et paraît assigner, aux Nannètes, leur véritable et exacte situation (3). Ptolémée nommant les Samnites, circonscrit leur gisement de manière à démontrer lui-même son erreur : il étend, en effet, leur territoire de l'embouchure de la Loire jusqu'aux limites des Andicaves. Sa géographie, dans cette partie, présente des erreurs manifestes : il met Condate sur la Loire et Condevincum au loin dans l'intérieur, et au nord ; il est évident pour nous qu'il a fait une confusion et une inteiTersion entre Condate, capitale des Redones, et Condivicnum, capitale des Namnètes, qu'il fait toucher à la Sequana (la Sélune) et aux Abrincates.
Longtemps après, au commencement du iv« siècle, Marcien d'Héraclée, reproduisant la même erreui de nom, attribue aux Samnites, non pas seulement l'embouchure de la Loire, mais la rive droite, bordant son cours (4). Nous ne voulons plus rien dire des contes de fées, concernant les femmes samnites, que Strabon rapporte, s.ms y croire, et que probablement lui ont empruntés Pomponius Mêla et Dènys le Périégète.
En rappelant ici très sommairement les arguments que nous avons fait longuement valoir, dans notre discussion sur les
(l)Slrab., 1. IV, p. 190.
(2) Vibius Sequester, de fluminibus.
(3) Pline, Hist. nat., l. IV, c. xxxii {iS).
(4) Géograp. veter. Scriptor. graeci minores.
IRAF-IUK DE LA l'KNINSn.E ABMO
ritoire occupé par Itts Namiiëte i comprendre pourquoi, dans l't )ire et des révolutions qui se so nous ne nous sommes en rie ort l'état de cette région, an ten jIiei-8 de sa campagne contre les i maintenant les laits et les i
étude. Les indications qu'ils n ses assurément pour noua mettr ne exactitude rigoureuse, mais
nous laisser entrevoir selon qu« ■riode de temps, à peu près, se ; grands efTets que nous venons d i sables et vestiges de voies romai es du Mont Saint-Michel ; arb fiètres environ en contrebas du ivrant, aux plus basses mers, dan:
len couvert pai- la mer, sur l'i
joignait autrefois l'ile Tristan lenez ; substructions romaines
; à la pointe du Raz, murs ant
5 brasses sous la mer ; entre P ent mégalithique à 5 ou 6 mèti L ; à une demi-lieue à l'ouest de 1 ins, un mur, une voûte à eni liée sous-marine de Plonivel.
t arbres enfouis à 5 mètres, au i arées ; camp sur le rivage de i de Locmariaker, que ta mer s extrêmes du cromlec'h inféri e golfe du Morbihan, à envin romaine tendant directement de iraissant subitement sous les i ! Locmiquel ; ruines i
■ru devoir, à oette place, lappelei- s s Dous nous fondons pour rcslitue jusqu'à son embouchure.
Soci^h^ poljim. du Morbihan, 1882,
222 ASSOCIATION BRICTOKNK
président de Robien, à {rfus de 120 mètres du rivage^ dans la grère, en face du bourg de Locmariaker ; monnaie de Tétriû^, découverte à Saint-Nazaire, avec d'autres débris romains, à une profondeur de 5 ou 6 mètres au-dessous de la côte voisine.
Tous ces altères, enfouis dans les grèves autour de la Bretagne, et dont un grand nombre sont d'une grosseur remarquable, ont végété sur un terrain sain et sec ; ces édifices ruinés, maintenant couverts par les eaux de la mer, ont été construits dans des po^ sitions qui les mettaient à l'abri, non-seulement dé la mer, mais des plus hautes et des plus terribles marées.
En ce qui concerne notre golfe du Morbihan, si Ton rapproche le chiffre d'environ 6 mètres, mesurant l'immersion actuelle du cromlec'h d'er-Lanic, de celui de 4 mètres, indiquant la profondeur actuelle de l'eau, sur le plus grand nombre de points de cette petite mer intérieure, et si l'on tient compte, en même temps, des ruines romaines submergées en dedans et en dehors du golfe, on sera moins étonné que les anciens n'en aient fait aucune mention, et que César semble ne donner que le nom de port à l'estuaire de ce temps là.
Nous avons lu quelque part qu'un savant ingénieur, M. Bouquet de la Grie, croit pouvoir conclure de ses observations, sur le niveau moyen de l'océan, au port de Brest , de l'année 1834 à l'année 4868, que le littoral obéit de notre temps, au contraire, à un mouvement d'exhaussement qu'il évalue à un millimètre par année.
Nous nous inclinons respectueusement devant l'opinion du savant ingénieur, certain de sa haute compétence et convaincu de notre insuffisance ; nous espérons que nos conclusions, sur les temps anciens, seront admises par lui. Le phénomène contraire, dont nous croyons avoir prouvé la réalité, pour les siècles antérieurs, importait seul à notre étude de la géographie ancienne de la Bretagne.
Nous aurions terminé le plan de notre étude particulière, tel doi moins que nous l'avions conçu, si une dernière question ne nous semblait encore s'imposer à nous : ces changements que nous avons constatés dans la configuration de notre littoral, cette modification, qui ne reste pas douteuse, entre les niveaux de la mer et de la presqu'île continentale, au commencement de notre ère, et presque jusqu'à nos jours, comment se sont-il» opérés ?
PHIK OB LA pAnINSULE AKHORICAl
it d'un affaissement lent, égal, < [uelque mouvement brusque, ina è du nom de cataclysme 1 nais, parlerons-nous avec réserve, enaée, comme une question plut6l Hix qui sont capables d'y répondr ble que les deux modes, que nous ivoir eu chacun leur part d'acti s. La tradition à transmis, jusqu'i ndations, d'invasions de la mer que nous n'y trouvions pas l'écho
« Lea uns, dit Ogée, placent la vill ia port d'Audierne, d'autres au foi , d'autres à l'embouchure de L Il y en a qui la placent à. la pointe <
de Crozon. Des traditions analoj i Locmariaker, à l'embouchure de 1' s points encore. Pendant longtem hre trouvé que des incrédules : c ait Ogée, après avoir rapporté ce i d'Is n'exista jamais, i Nous som ire, que la mer couvre, sur nos côt ibmergées. Comment doncl'histoin lence presqu'absolu ? Ne serait-ce ;, les plus frappants au moins ( . pendant les siècles si profondém
des barbares , par l'écroulemen
par les terribles désordres qui jue l'attention du monde entier l^ands événements et cette incomf is le m" et remplit les iv" et v^ siè is antiques submergées, les arbres (rêves, sont, avons-nous dit, des Dent qui s'est opéré entre le nives t lea niveaux aocieiis du continent 'ont pu végéter et croître que sur li
terrain sain et sec ; Ces édtOei
re de Brett^e, 1. 1, p. 11.
ASSOCIATFON BRETONNE
ruines sont cachées sous les eaux, ont été élevés sur des rivages dominant la mer et à Tabri assuré, non-seulement du flux, mais des plus hautes et des plus terribles marées. Si le niveau des eaux n'a pas changé, comme l'affirme la science, il faut bien demander la cause du phénomène à l'affaissement du continent.
Au temps de l'empereur Tétricus (268-275 de notre ère) dont une pièce a été trouvée à Saint-Nazaire , et de l'empereur Claude II (268-270), dont une monnaie a été découverte sous les grèves immergées* de la presqu'île de Crozon, le cataclysme, qui a détruit les villes romaines de notre littoral, ne s'était point encore produit. Si l'on se rappelle cette voie romaine directe de Vannes, Dartoritum, k Locmariaker, Dariorigum, qui vient se noyer dans le golfe du Morbihan, au village de Locmiquel, et cette autre voie moins directe, certainement romaine aussi , franchissant la rivière d'Auray entre Kerdrec'h et Kerantré , qui va joindre, sans la dépasser, une autre voie romaine tendant à Locmariaker, ne sera-t-on pas porté, comme nous, à voir, dans la création de la dernière, un moyen de communication destiné à remplacer la première de ces voies devenue impraticable ? Le point de passage, sur la rivière d'Auray, est le plus favorable qu'il fut possible de trouver ; l'allongement de parcours est peu considérable; les derniers restes du pont romain encombrent encore le fond de la rivière. Si les études ultérieures viennent confirmer, ce que nous croyons être la vérité, que cette voie n'avait pas d'autre objectif que celui de Locmariaker, ce que nous nous bornons à présenter comme une opinion vraisemblable, plausible même, nous semblerait par là devenir une réalité, et placer, dans la période même^de l'occupation romaine, le commencement sinon la fin du principal cataclysme dont nous avons parlé, c'est-à-dire vers la fin du ni« ou dans le cours du ive siècle.
En ce qui concerne une autre indication, celle fournie par le dépôt d'armes en bronze découvert au pont de la Guesne, dans une vase mêlée de tourbe, à 1™ 60 plus bas que le fond actuel de la rivière du Brivet, elle nous semble concorder avec les conclusions précédentes et dater du commencement de la formation tourbeuse dans le golfe de la Grande-Brière. Nous n'avons toutefois, ici, aucun élément qui puisse donner lieu à des déductions comme celles qui ont été fournies par la découverte de Saint-
GÉOGRAPHIE DE LA PÉNINSULE AlUlORICAtNË
Nazaire, et qui ont permis d'évaluer approximativement l'époque de ce dépôt. Il faut même reconnaître qu'on a trouvé au pont de la Guesne, en même temps qu'un glaive en bronze, diverses armes ou ustensiles en fer, qui ne peuvent guère remonter audelà de la conquête romaine. Rien n'indique, d'ailleurs, que ces derniers objets n'aient pas été rencontrés à un niveau supéiieur à celui des premiers, car il n'a presque certainement pas été f^t là une fouille méthodique.
On nous rendra, nous l'espérons, cette justice que, quand les témoignages historiques ou les preuves matérielles nous font défaut, nous proposons nos opinions sans esprit de système et avec réserve, les soumettant simplement à de plus habiles et pL\is savants que nous. Nous n'avons rien négligé, durant de longues années, pour étudier et connaître, sous tous ses aspects, notre presqu'île bretonne. Il a falHi, pour interrompre ces études aimées ou pour leur mesurer du moins le temps avec parcimonie, que d'autres devoirs plus impérieux nous fussent imposés. Nous avons dit, dans nos préliminaires, les motifs qui nous ont déterminé à revoir, à compléter cette étude ancienne, et à la mettre au jour. Nous avons combattu des idées nouvelles, qui avaient peut-être séduit leurs défenseurs par leur nouveauté même ; nous les avons combattues parce qu'elles ne tendaient à rien moins qu'à l'anéantissement du fonds commun et acquis de toutes les recherches précédentes. Nous n'avons fait souvent que défendre les idées des autres, avec quelques arguments de plus, et sans grand mérite. Quant à celles qui nous appartiennent en propre, et il y en a un certain nombre, qui ne sont pas sans importance, nous avons dit dans quel sentiment nous les livrons à ceux qui s'intéressent à ces études de géographie ancienne.
Nous avons été entraîné par la force des choses, et nous osons dire malgré nous, à une recherche des phénomènes naturels, qui ont été les agents de la transformation de notre littoral péninsulaire ; cette tâche nous paraissait au-dessus de nos forces, et à l'époque où nous commencions nos études de géographie historique, nous étions loin de prévoir qu'elle s'imposerait à nous. C'est en suivant les traces de nos antiques voies romaines, vers les côtes, pour chercher les villes où elles tendaient, que nous y avons été conduit, non d'abord sans un véritable et profond étonnement.
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Revenant alors vers notre vieille histoire, nous lui avons demandé de nous livrer le mot de cette énigme, et elle ne nous a pas répondu. La tradition seule, la tradition générale, partout, sur tous les points, nous parlait des invasions de la mer, de forêts renversées et enfouies sous les sables, de villes submergées : la tradition avait raison.
€ Vers la fin du in^ siècle, la terre d'Afrique fut ébranlée par > les feux souterrains ; des abîmes s'ouvrirent, et la mer, débor- » dant sur les rivages, engloutit un grand nombre de villes. :> Ces événements nous sont racontés par Trebellius Pollio (1).
La Bretagne, placée loin du centre de l'empire, au fond de l'occident, attirait moins l'attention, et n'avait point encore d'historien.