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CHAPITRE XII

Etat des Gaules après la conquête; invasions saxonnes; empire gaulois; déplacement des garnisons romaines; ses effets.

Il est démontré pour nous qu'à une époque indéterminée de l'occupation romaine, les garnisons, qui résidaient dans les villes de l'intérieur de la presqu'île armoricaine, furent transportées presqu'exclusivement sur certains points stratégiques de la frontière maritime. La Notice des Dignités ne nous offre, en effet, à cet égard, pour la région qui nous occupe, qu'une unique exception : un corps de lites-francs reste cantonné à Condate, Rennes.

d) « Mota est Libya^ hyatus terrae plurimis la locis fuerunt... maria etiam ]» multas urhea occupaverunt. j» Trebel. Pollio, in Gallien. c. y.

Venetum, Vannes, où stationnaient les Maures-vénëtes, appartient, pour ainsi dire, au littoral même.

Ce stationnement de tous les corps de troupes, sur nos côtes, semble avoir été la cause du développement que prirent certaines villes voisines de la mer, du déclin de quelques autres, qui en étaient éloignées, et d'un déplacement d'importance, qui en résulta entre ces villes diverses.

Essayons de déterminer les raisons qui motivèrent ces grands événements. Les éléments géographiques ne sauraient, à aucun degré, nous fournir la réponse k cette double question ; il nous faut donc en chercher la solution dans les faits généraux de l'histoire. Il nous a semblé, l'on jugera, que nous y pouvions réussir, et par là jeter un peu de lumière sur cette époque si obscure et si peu connue.

Le titre de Géographie ancienne et historique, que nous avons adopté, nous donne la liberté défaire, quand cela est nécessaire, une incursion dans l'histoire, et elle est ici commandée par les intérêts de la géographie.

En quel temps, et pour quelle cause, la capitale des Osismiens, Vorganium, Carhaix, semble-t-elle avoir été dépouillée de son rôle métropolitain pour voir se partager son ancienne importance ^itre deux villes du littoral, eivitaa Onsmorum, située vers RoscofT, et civitas AquiUmia, Locmaria de Quimper? En quel temps, et pour quelle cause, le Fanum Marti» des Curiosolites a-t-il dû déchoir de son importance pour la voir, en partie, passer â Aietum, Saint-Servan ?

Nous ne parlerons pas, à cette place, de Dariorigum, l'antique capitale des Vénètes, remplacée par Darioritum, parce que nous croyons, on l'a vu plus haut, que ce changement antérieur fui motivé par une cause d'une nature toute différente, l'impérieuse nécessité, au point de vue de l'occupation militaire, d'étabbr des communications faciles et directes entre toutes les capitales et villes principales de la péninsule.

Quel fut l'état général de la Gaule après la conquête? A quels événements intérieurs et extérieurs doivent être attribués les grands changements qui nous occupentf Telles sont, nous le répétons, les questions qui se posent, et que nous allons tentei de résoudre.

La péninsule armoricaine avait été le théâtre, au temps de

ASÔOCtATÎON BRETONNE

César, d'une guerre dans laquelle tous ses peuples confédérés avaient combattu pour la cause commune, et la fatale issue de cette guerre ne pouvait manquer de leur laisser de longs et cruels souvenirs. Notre Bretagne, en ces temps-là, était couverte, sur toute sa partie élevée et centrale, de bois et de forêts où ses habitants, vaincus et fugitifs, durent aller chercher une défense et un abri. Les légions romaines s'emparèrent des capitales et des principaux points stratégiques. Parmi les capitales, les villes de Condate, Rennes, et de Vorganium, Carhalx, placées, pour ainsi dire, aux deux foyers de l'ellipse péninsulaire, présentaient une importance absolument exceptionnelle, et devaient être immédiatement occupées.

L'étude des monuments, leur distribution sur notre sol et les trésors de monnaies impériales, qui y ont été découverts, demon^ treraient l'occupation immédiate des villes, si cette démonstration avait besoin d'être faite (i).

Cet état de chose dut avoir, en général, une longue durée. Quelques écrivains, de notre temps, ont cru, trop facilement, selon nous, à une prompte assimilation, par les Romains, de ces peuplades vaincues. En dehors des villes, romanisées, un peu plus tôt ou un peu plus tard, par le séjour des légions, der leurs chefs, des fonctionnaires impériaux, de tout ordre, et des nombreux trafiquants (2), qui suivaient partout les armées ; en dehors de ces villes, disons-nous, les populations des campagnes conservaient leur attachement aux vieilles mœurs, aux antiques pratiques religieuses, l'amour de l'indépendance et de la liberté, dont César nous parle plus d'une fois, et qui, pour être comprimé, n'en était que plus ardent, et ne devait pas s'éteindre de longtemps. Les exécutions cruelles, la vente des prisonniers sous la couronne (3), le pillage, les transportations, et plus tard les exactions de la fiscalité romaine, n'étaient pas faits pour amener les Gaulois à se résigner à cette servitude nouvelle.

La politique incomparablement habile du conquérant, ses

(1) L*abondance des monnaies du haut empire, dans ces villes, 'en fournit la preuve, tandis qu'elles se rencontrent rarement, ou en petit nombre, ailleurs.

(2) € Cives romanos qui, negociandi cuusâ, ibi constiterant. » Gaes., Bel). gall., 1. VII, c. m et 1. VII, xlii.

(3) Vente à la criée.

efforts constante et si souvent couronnés de succès, pot rompre les nobles Gaulois par les flatteries, les présents | avantages de toutes sortes ; l'initiation aux jouissances civilisation romaine ; les savantes manœuvrer de César faire naître et pour attiser les discordes et les divisions er chefe des cités, exercèrent incessamment leur dissolvan fluence ; mais l'esprit des masses résista, pendant de li années ; le territoire était conquis, les habitants étaient v et dominés ; les esprits et les coeurs gardaient le souvenir regrets de l'antique liberté.

On ne saurait douter que ces sentiments étaient entn par les prédications religieuses des druides. II existait un gonisrae profond entre la religion des Gaulois et le polytl romain, et c'est un fait digne de remarque de voir les | des Gaulois disparaître pour ainsi dire de la scène, & l'arri César et durant les longs séjours du conquérant dans les C 11 ne nous parle, en effet, d'une manière particulière, que druide déclassé, Divitiac, qu'il a su tout d'abord gagm cause et enchaîner à ses intérêts.

On ne doit pas, croyons-nous, attribuer la persécutior les druides furent, de si bonne heure, l'objet, à une autre qu'à l'autorité dont ils jouissaient, et à leur redoutai hostile influence. Rome, en effet, tolérait partout l'es des religions nationales, et allait jusqu'à ouvrir son Gap tous les dieux de tous les peuples vaincus. Il est donc c que ce ne fut point au fanatisme religieux qu'obéirent les reurs en proscrivant les druides. Les Césars, pontifes aup il est vrai, n'étaient pas pour cela enflammés d'un zèle et ardeur si grands pour la défense et la propagation de la n romaine ; mais les assemblées religieuses et les sacrifices nels durent rester, pour les Gaulois, le plus vénérable dernier débris de leur antique nationalité. Le patriotisr entretenait ou s'y ranimait ; là s'exaltaient les souvenirs de lai des ancêtres (2), et c'est au sein de ces réunions, sans <

(1) I Principes ntaumisprgemiisanLdeailo. t Hirlius, Bell, gail-, 1. VU ■ Postremo, in acie prastare înterflci, quam non veterem b«lK g m^oribus acceperint, rec uperare. i Ctes., Be)

que se discutaient et se préparaient les conjurations de la délivrance.

Telle fut la véritable cause des édits impériaux contre le culte druidique (1). Nous ne saurions admettre, ainsi qu'on Ta soutenu, que ces édits eurent presqu'aussitôt pour résultat l'anéantissement de la religion des Gaulois et la disparition du grand corps des druides. Cela eut été contraire à la nature des choses, et ne serait pas admissible, même pour un peuple moins adonné aux pratiques religieuses, et chez lequel les ministres du culte n'auraient pas exercé une si dominante influence. La persécution ne déracine point ainsi une religion ; elle lui prépare, au contraire, le plus souvent, une floraison nouvelle.

Les conspirations se tramèrent alors dans des lieux inaccessibles, à l'ombre des forêts, qui couvraient une grande partie de la Gaule (2). C'est là que furent décidées, sans doute, les révoltes, qui éclatèrent par intervalles, et qui échouèrent successivement jusqu'à la grande levée de boucliers de Vercingétorix, et même aux tentatives audacieuses et désespérées de la Bagaudie. Mais que pouvaient ces peuplades isolées, ou réunies en petit nombre, contre l'unité et la concentration de la puissance romaine ?

Les choses restèrent longtemps en cet état, et l'occupation demeura exclusivement militaire. L'influence des conquérants ne s'étendit que lentement autour des centres occupés et le climat de l'Armorique n'était pas fait pour y attirer les dominateurs, comme celui de la Gaule méridionale, qu'ils appelaient une autre Italie, altéra Italia, Aussi est-il permis de dire que

(1) Auguste interdit le culte druidique, mais seulement aux citoyens romains. Son successeur Tibère, supprima, nous dit Pline, les druides et toute cette race de devins et de médecins. Après lui, Claude, dit Suétone, abolit entièrement cette religion cruelle. Cependant, lorsque plus tard, Tan 69 de notre ère, eut lieu le second incendie du Capitole, les druides prédisaient que : c cet embrasement était le signe de la colère céleste, et, pour les nations transalpines, le présage de Tempire du monde. » Tacit., Hist., 1. IV, c. 54.

(2) « Les principaux des Gaulois s^étant rassemblés dans des lieux écartés et » dans des forêts... déplorent en commun le triste état de la Gaule, font toufes » sortes de promesses et assurent les plus belles récompenses à ceux qui, les » premiers, commenceront la guerre, et se dévoueront jusqu'à la mort, s'il le » faut, pi^ur la délivrance de la Gaule. » Caes., Bell: gall, 1. VH, c. i.

GÉOGBAPHIEDE LA PÉNINSULE AHMORICAINI

notre Bretagne, nulle part, même dans la partie est, l'empreinte marquée de la civilisation romaine, comm lations du midi.

Un trait singulièrement caractéristique, qui nous par l'histoire, semble confirmer, d'une manière éclatai nous venons de dire : Lorsque, vers les dernières v" siècle, les Arvernes méridionaux imploraient les 6 Rome (1), au nom de leur fraternité, et du dévouei bornes dont ils avaient donné les preuves à l'Empire, déjà longtemps que les Armoricains révoltés avaient i magistrats impériaux, et s'étaient constitués en uns république, selon la forme de leur gouvernement anci

Nous croyons donc que la presqu'île armoricaini militairement et tenue en respect par les troupes roir possédaient les capitales et les points stratégiques r pour assurer leur communications entr'elles, nous cr les populations subissaient, mais n'acceptèrent pas, d longtemps, le joug de leurs dominateurs.

Après la conquête de la Gaule, César, nous dit Suel une province et lui imposa un tribut annuel de quaran de sesterces (3) ; mais c'est avec une grande vrai que Cicéron prétend qu'absorbé par ses ambitieux dt entraîné par les événements de la guerre civile, l rant n'eut pas le temps de l'organiser d'une manièri stable (4).

Le pays avait été ravagé et ruiné par les pillages

(t) t Arvernorum, prah <lolor,servitus, qui, si prises replicarent

> se quandam fratrc* Laiio JJcere... ht (Arvertiî) sunt qui sibi s • norum aciem tam'diices fuere quam milites. ■ ApolliD. Sidon.,

> itSiJAouacii fuv touî Popoiouj Sp^ovraî o'mlov tt xar trouai 1 niria-ràaai. > Zosim., Hisl., I. II, c. v,

(3) Sueton-, CaiS. XXV.

(4) Cicer. Oral, de provinc. consularibus.

(5) ( In Galliâ, Tana tenipla que eipilacit, urbcï diruit, sf pius 1 quam ob ileUctum. • Sueton., Cœs, LIV.

GAaar pUle lea Gaules, et jatte l'ergeiit h ses soldat t récompenser de tant de trav.tux et de patience. des soldats

incendies. César ne nous en parle guère, mais le continuateur de ses mémoires, Hirtius, nous apprend, sans les politiques réticences de son chef, que c'était la coutume, dans les invasions, de se faire précéder par l'incendie : c César, dit-il, avait » défendu de mettre le feu aux maisons, afin que l'incendie qui » marche d'ordinaire devant les invasions, ne révélât point (aux » Bituriges) la présence d'une armée (4). Un peu plus loin, Hirtius nous montre César présidant lui-même à une de ces dévastations, dans le pays d'Ambiorix (roi des Eburons.) « César regar-

> dait comme important pour sa dignité d'écraser et de ravager

> citoyens, maisons, troupeaux (2). i Les habitants fuyaient des villes etabandonnaient leurschampspour échapperàla domination du vainqueur (3). Les nations les plus belliqueuses avaient été vaincues ; César ne voyait plus dans la Gaule aucune cité préparant la guerre et en état de lui résister (4). Il faut lire dans Orose la peinture que cet auteur fait de la Gaule ruinée, renversée, épuisée par tant de combats, ayant perdu tout son sang (5). Les cruautés du grand civilisé, contre les Barbares, n'avaient pas manqué non plus ; Hirtius ne nous dit-il pas, dans une page où la naïveté se mêle à l'odieux : ^ César, sachant que sa clémence 9 était connue de tous, ne craignit pas qu'on attribuât à la » cruauté de son caractère une mesure rigoureuse ; et, voyant

1 extrême n'avait été ralenti, dans des jours d'hiver, ni par la difficulté des » chemins, ni par la rigueur de froids insupportables. César promit, à chacun » d'eux, deux cents sesterces (un million de sesterces répond à environ cent » mille francs), et aux centurions deux mille nummes. )» Caes., Bell, gall.,

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