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CHAPITRE II

Application des latitudes de Ptolémée aux points

géographiques de la Bretagne

Après avoir terminé la description des côtes de l'Aquitaine, comme il le dit lui-môme, Ptolémée continue son énumératîon à partir de Tembouchure de la Loire jusqu'au promontoire Gohceum et au Saliocanus portus situés sur le littoral occidental de la presqu'île armoricaine ; du port-Saliocan, il reprend sa marche vers le levant et indique les divers points de la côte septentrionale de la môme presqu'île. Cette marche est natu« reUe : on peut môme dire qu'elle était imposée au géographe par l'ordre et la clarté. Elle ne doit, avons-nous dit, sans une raison solide et démontrée, subir aucune interversion, aucun déplace^ ment.

Parmi les points dont l'identification avec les lieux modernes est incontestable, figure le Saliocanus portvs. En jetant un regard sur la carte, on peut se convaincre que sa situation nous fournit un repère, un point de départ excellent, pour marcher à la détermination des points géographiques, l® de la côte septentrionale, 2<> de la côte méridionale, 3» enfin de ceux de l'intérieur de la presqu'île.

Saliocanus-portus (Ptol. SaXcoxavoç'Xcpiv.) •— Une anse ou rade foraine, située entre le cap Saint-Mathieu et le Conquet, porte encore de nos jours le nom de Porzliocan ou Porzliogan. Si nous n'avions d'autres preuves, pour identifier ce lieu avec le Saliocanus portus, que la ressemblance des noms; qui cependant est frappante, nous nous garderions prudemment de toute affirmation ; mais nous lisons dans Deric (1) « que les anciens » habitants du pays montrèrent, en 1694, à Dom Pelletier, les

(1) Deric, Hist. eccl., 1. 1. p. 23.

1 ruines d'un quai qui dominait la pleine mer d'environ trois » toises. Ils affirmèrent avoir vu des anneaux où l'on amarrait » les navires. D. Pelletier, reconnut lui-môme la place d'un de

> ces anneaux. j> Dom Lobineau confirme le même fait en ces termes : « Pour ce qui est de Staliocan, on en trouve encore » des restes à Portz-liocan, rade auprès de Saint-Mahé, où il y a » eu autrefois un port bâti de briques et de ciment, comme on

> en peut juger encore par les vestiges. » Le président de Robien, qu'on peut regarder comme le fondateur de l'archéologie bretonne, et dont la saine critique n'a guère été surpassée, exprime une opinion identique. D'Anville, qui connaissait les détails indiqués ci-dessus, a suivi le même sentiment. Enfin, mon savant ami, M. A. de la Borderie, a publié dans l'Annuaire historique de la Bretagne (i) un texte datant du x« siècle, qui rapporte que le Portus Saliocan avait été ravagé par les Normands, dans le siècle précédent. Il est vraisemblable que le Port Saliocan (2) exista longtemps avant celui de Brest, qui n'a acquis son importance que postérieurement à la ruine du premier. Brest n'était encore, en 1631, qu'une simple bourgade dont l'église était succursale de la paroisse de Lambézélec. Nous parlerons de Brest à propos de Gésocribate.

On a compris par tout ce qui précède, que les chiffres de latitude des Tables de Ptolémée ne sauraient s'accorder avec les chiffres correspondants de la carte moderne. Il aurait suffi d'une seule de ces confusions, entre les stades de valeur différente, dont nous avons parlé, pour rendre'ce résultat impossible. Et, en effet, lalatitude attribuée par le géographe de Péluse kSaliocanus portus est de 50® 15' (3), tandis que celle de la carte moderne est de

(1) Ann. histor. 1861, p. 165.

(*2)Les Romains plaçaient le mot portus après le nom topographique : Sicor P.. Brivates P.^ Vindana P.. Navale P.. etc. Les Celtes le mettaient avant ; Pornic, Port-Nayalo. Porz-liocan, etc.

(3) Nous avons relevé ce chiffre dans plusieurs bonnes éditions grecques et latines. M. Léon Régnier, dans l'édition grecque et française qu'il a donnée, a cru devoir admettre le chififre de 50°.

- Nous sommes convaincu que ce chiffre péché pair omission et nous espérons que l'ensemble de cette étude le démontrera clairement par ses résultats con* cordants.

L'édition toute récente du F A AAIKQN donne comme nous le chiffre de 50° 15'.

4S<' 30' ; mais si les chifEres des latitudes anciennes se trouvaient ofliir entr'euâc une exactitude relative, et les mêmes rapports^ qui existent entre nos latitudes actuelles, nous serions certainement fondés à en tirer parti pour la détermination qui nous occupe. Tentons cette expérience, en prenant pour point de départ notre Saliocanu$ portusy et en nous dirigeant d'abord vers le levant, par le littoral septentrional.

Titus fiuvius. — Le premier point géographique qui, dans rénumération de Ptolémée, vient à la suite de Saliocanvs P. est Tiii ou Teti fluvii ostia (1). La différence de latitude, entre ces deux points, donnée par Ptolémée est de 25' ; celle de la carte moderne est de 26 ou 27', à l'embouchure du Trieux que Ton s'accorde à identifier avec le Titiis. Il y a là une approximation d'autant plus frappante que la latitude de l'embouchure d'un fleuve ne saurait être déterminée avec une grande précision. Quant au choix que notre géographe a fait du Trieux, il se justifie à tous les égards. Ce fleuve a un cours total de 7 myriamètres, dont les deux derniers sont navigables, à l'aide des marées, jusqu'à Lézardrieux. A partir de ce point, il devient un véritable bras de mer, et va se jeter dans la Manche, vis-à-vis de l'île de Bréhat. Lézardrieux offre un atterrage important, où les vaisseaux de guerre eux-mêmes pourraient trouver un mouillage sûr, et, dans les dernières années du xvii* siècle, Louis XIV ordonna d'étudier la question de savoir si un port de refuge ne serait pas à la fois très utile et très bien placé à l'embouchure du Trieux. Le cours de cette rivière et de celle de Châtelaudren formaient autrefois, dit-on, au N. et à l'O, la limite du pays de^Goëllo.

Argenus 11. — Après l'embouchure du Titus^ nous rencontrons dans les tables Argents fl. ostia (2) dont la latitude indique 15' de plus, au N., que celle de Saliacanus p.

(l)Ptol. « TtTOu-TijTou irorafAou cxSoXac. »

(2)PtoI. Apcyévouç, vel Apyivouç-iroTa^ou cx^oXotc* « La rivière d'Ar-gneii- » aoun ou d'Argoésne, aujourd'hui d'Arguenon, en latin flumen Argenus, » jette dans la mer près de l'antique château du Guildo qui dominait son em- » )>oucbure. » De Tétat ancien de la baie du Mont St-Michel, par Tabb^ Manet, pp. 4, 5.

oiOGRAPHlE DE Là PÉNIN8UUS ABMORICAINE

Le texte ktin de Ptolémée fait un fleuve à*Argenu9, tandis que le texte grec nous laisse dans le doute de savoir si c'est une vUle ou un fleuve. De là est né un motif d'incertitude auquel est venu se joindre une cause d'erreur, la ressemblance des noms d'4*^ cents fi. de Ptolémée et de la ville d'Arœgenuœy indiquée comme capitale dans la table de Peutinger. D'Anville place VArgeni$ fluvitis, à la rivière d'Aure et Anegenucs à Bayeux, c une affinité

> si marquée entre ces deux dénominations ne permettant pas, 9 dit-il, de désunir la ville d'Arœgentue de la rivière qui porte » le même nom (1). >

€ Le fleuve nommé Argems^ dit le Bfi^ Walkenaêr, est la' » rivière d'Avranches, à l'embouchure de laquelle est Argenne,

> et cette rivière n'a point, comme on l'a cru, de rapport avec » la position d*Arœgemuje de la table (2). »

M. Desjardins, donnant la prééminence au texte grec de Ptolémée sur le texte latin, pense qu'il ne s'agit pas d'un fleuve, identifie VArgenis avec VArœgenuœ de la Table de Peutinger, et la place à Vieux (3).

Fidèles à la méthode et aux règles que nous nous sommes imposées, nous objectons à d'AnviUe et à M. Desjardins, !<> que Ptolémée indique l'embouchure de V Argents avant les VeneH ou VneUi, habitants du Cotentin ; ^ qu'il lui attribue la même latitude qu'à Ingrcna (4), Avranches, et que cette condition ne permet pas de l'identifier avec Tembouchure de l'Aure unie à la Vire, qui est située au-delà des Veneli, et à une latitude notablement plus élevée vers le nord. Nous ajoutons, en ce qui concerne la différence entre les Tables latines, qui font suivre le nom Argenis de fluvii ostia et les Tables grecques qui donnent seulement le nom A^itiôç qu'elles sont^ l'une et l'autre, anciennes, et qu'il est très naturel de penser que les Tables grecques ont péché par omission, plutôt que les Tables latines par addition. Par ces raisons, nous croyons devoir placer Y Argenis fi, ostia à l'embou-

(1)D*Aiiv.Notic.

. (2) Walkenaêr, 1. 1, p. 393,

^)Desjard. 1. 1, p. 141.

(4) Capitale des Âbrincatui. Ptûl. 1. 11^ c. viu. César ne fait pas mention de^ Aloincatai ; il est évident qu'il les confond avec les Venti^i ou Unelli. WaUinit« 1, pp. 385, 86»

26 ASSOaATION BRETONNE

chure de TArguenon, nommée dans les anciens titres Argoèna (i). Le cours total de cette rivière est de 4 myriamètres. Elle est navigable, à Faide des marées, depuis Plancoêt, à partir duquel elle forme un petit bras de mer.

La différence de latitude, selon Ptolémée, est de 15* ; elle est de 13' sur la carte moderne. Le B«» Walkenaër identifie TArgeniê avec la Sélune qui satisferait également aux conditions de latitude, mais le nom de Sélune est très ancien ; le géographe anonyme de Ravennes nomme cette rivière Segugna (2).

Revenant actuellement sur nos pas, nous allons, à partir de ' Saliocanus poritM^ nous diriger d'abord au midi vers le promontoire Gobamm, et ensuite de l'ouest à l'est, jusqu'à l'embouchure ' de la Loire.

Orobœum promontoriuxn. (Ptol. TaSaiw œcpov.) — Si l'on avait suffisamment remarqué que le cap Gohœum est séparé de Saliocanus p. par 30' de latitude méridionale, dans les Tables de Ptolémée, jamais on n'aurait dû le confondre avec le cap Saint-Mahé ou Saint-Mathieu. Il nous faut chercher le Gohceum à une assez grande distance au sud du précédent ; mais nous apercevons immédiatement que cette différence de 30' porte au loin dans la mer, au midi de nos caps occidentaux. Immédiatement aussi nous nous sommes demandé si, dans cette partie de ses Tables, Ptolémée (3) n'aurait pas puisé ses éléments dans un périple dont l'unité 4e mesure aurait été un stade différent de celui qu'il avait employé sur le littoral septentrional (4).

(1) D. Lobin. Il, 139.

(2) Le nom de la Sénune a été écrit Sequana, . Segona, Sigona^ Seoana, Hadr. Valés. Notic. p. 510. c Sequanam, pi'ope castra Constantia (Goutances) » fundi in mare, deceptus À.m. Marcellin. scripsit. » Hadr. Vales. Notic. p. 518.

(S) Ou Marin de Tyr.

(4) c La distance dés Pyrénées au Rhin, dit Gosselin, se trouve partagée en 1» deux parties à peu près égales^ par la grande saillie des caps occidentaux de » la Bretagne connus de Pythéas sous le nom de CaWium. A ce points la di- 9 rection de la route change subitement pour se porter du N, 0. au N. £. Cette Y circonstance divisait la route en 2 itinéraires, v Gossèlin, t. IV, p. 66, 67.

lies 2 itinéraires. — Les vaisseaux de la flotte de Germaiiicus, dispersés par la tempête, virent la Norwège qu'ils crurent être Tile de Thulé, et arrivèrent près du promontoire des Ombres ; mais il parait certain qu'ils ne doublèrent pas ce promontoire, car ils auraient vu nécessairement les côtes élevées

GÉOGRAPHIE DE LA PÉNINSULE ARMORICAINE !2f7

^otre géographe entendait et croyait toujours se servir du stade de500« n faudrait donc, pour rétablir l'harmonie, diminuer les chiffires de latitude dans la même proportion qui existe entre les modules de stade de 500 et de 700 au degré, et, par suite, faire subir, au chiffre de latitude de Ptolémée, une réduction de 2/7"»». Or, le résultat de cette opération diminue le chiffré de latitude 30', entre Saliocanus et Gobœum, à peu près exactement de 9' et le laisse à 21'. Cette différence de 21' de latitude méridionale porte à peu près exactement, à partir de Saliocanus, sur un cap dans le voisinage d'Audieme que nous trouvons positivement sur d'anciennes cartes appelé Cobestan et Gobestan. C'est là que le B®» Walkenaër a cru devoir placer leGohceum promontarium et notre opinion sur ce point incline vers la sienne. Cependant le voisinage de ce cap et de celui qu'on nomme là Pointe^du^Raz est si rapproché, et la différence de leurs latitudes est si faible, que nous ne voudrions pas opposer une contradiction formelle à l'opinion de ceux qui identifient le Gohœutn avec la Pointe-du-Raz.

La forme avancée et dominante de ce dernier cap, dans Vétat actuel de notre littoral, semble, en effet, appuyer cette opinion.

Dépourvus d'indications suffisantes, en ce qui concerne le "Vindana-portus nous ajournons pour le moment la recherche de sa situation pour la subordonner ultérieurement à celle des autres points géographiques.

Dariorigum (Aapiopc^ov.)— Nous rencontrons, immédiatement après, le Dariorigum de Ptolémée. La différence de latitude que donnent ses Tables entre Saliocanus et Dariorigum serait de 1® ou 60', Si nous faisons subir à ce nombre la réduction de deux

septièmes, comme précédemment, il reste 43'. On voit tout

de la Suède et ils n'auraient pu se dispenser de mentionner une découverte si importante que. les géographes romains auraient mentionnée à leur tour. ïïs avaient entendu parler vaguement des îles de Baltia, Basilia, Seandia et n'auraient pas manqué de rapporter ce que les navigateurs romains auraient vu et signalé au-delà du cap Skagen.

Or, ces découvertes n'ont pas été connues de Marin de Tyr.

n semble donc parfaitement naturel de penser qu'il n'a pu mettre en œuvres, dans ses Tables, autre chose que les éléments de Pythéas, pour la côte septentrionale de l^Armorique. ^- ^'

V. le Dict, hist. ou Biogr. univ. Michaud. id. à l'art. Marin de Tyr, '

ASSOCOÀTION BRETONNB

d'abord que cette latitude né saurait convenir à Vannes fi), et il apparaît ensuite qu'elle convient, à très peu de chose près, à Locmariaker, où se rencontrent de très importantes ruines romaines, et où nous avons vu, nous-mêmes, les derniers vestiges d'un amphithéâtre romain, qui donne un caractère partie culier d'importance à cette localité.

Erii il. ostia (Ptol. 'Hpcov irowfiou IxfoXaî.) — Ptolémée donne exactement, à VErii fi. ostia, la même latitude qu'à Darto- Hgum (2).

Presque tous les géographes jusqu'ici ont identifié VEritis fluvius avec la YUaine ; observons d'abord ^que l'embouchure de cette rivière est à 4' au sud !de l'entrée du Morbihan et à 8' de Locmariaker ; mais cette raison ne serait pas suffisante.

La Vilaine prend son nom de celui de Vicinania ou Visnonia, qu'on rencontre déjà dans les bas siècles de l'empire, et Ton n'en trouve un autre nulle part dans les écrits du moyen-âge. Grégoire de Tours la nomme Vicinonia^ Frédégaire Vicerwnia, et Aimoin l'appelle Visnon. Si d'Ânville a mérité quelque part les dédains dont nous avons voulu le défendre, en commençant ces pages, c'est à coup sûr au sujet' de la question qui nous occupe en ce moment. Il s'est livré à de véritables tours de force, en cette occasion : ne pouvant tirer aucun parti du nom Vicinonia qui est à peu près différent de HeritiB, autant qu'un nom puisse l'être d'un autre, il cueille sur la carte un nom de village, Tréhiguier, qu'il traduit librement en trajeetunt Erii, passage de VErius, et ailleurs il transforme le nom de Duretie (Rieux) en Dur-Erie, pour les besoins de la même cause. Cela ne vaut guère, ou plutôt ne vaut rien. Toutes les conditions réunies nous portent à identifier l'embouchure de l'Erius avec celle de la rivière d'Auray, le goulet du Morbihan. On comprend aisément que rien n'ait pu porter d' Anville à confondre l'embouchure d'une rivière avec le goulet de notre Morbihan ; on ne croyait certainement pas, de son temps, qu'à l'époque romaine l'état

(1) n y a 12 ou 13* entre rentrée du Morbihan et Vannes.

(2) Il est probable que Tobservation, pour déterminer la latitude, n*a été faite qaVi un seul de ces deux points ; la différence entr'eus n*excède pas 4*, et Ptolémée ne comptait que de 5 en 5'.

des lieux pût être absolument différent de ce qu'il est aujourd'hui, comme nous espérons le démontrer plus tard. Sur l'identification de TErius (Hpcoç) avec l'Auray, Gosselin est du même avis que nous. La rivière d'Auray porte son nom ancien, et c'est elle qui l'a donné à la ville, construite au moyen-âge, dans le voisinage du château (1).

c On voi^ dit Grosselin, qu'il n'existe aucun rapport entre ce » nom (Vidnonia ou Vinonia), et celui de Tréhiguier, tandis » que l'analogie des noms s'aperçoit encore, dans ceux d'Auray 9 et d'Erius(2) ». H nous a toujours semblé difficile d'admettre que'Ptolémée n'eût fait, dans ses Tables, nulle mention de l'embouchure du Morbihan, connue des Romains, au temps même. de César ; si cependant l'Aùray n'était pas YErios, il en serait ainsi. Si, au contraire, l'entrée du Morbihan est VErii fluvii osHa^ et Locmariaker Dariorigum, tout marche bien : les lieux, témoins de la victoire de César, ont leur in^cation géographique, et les latitudes, que Ptolémée attribue à ces deux points, sont sensiblement exactes. Celle dé l'Erius convient mieux à l'embouchure de l' Auray qu'à aucun autre point qu'on ait indiqué ou même que l'on puisse indiquer encore.

La rivière d'Auray, qui a un cours de 24 ou 25 kilomètres et qui forme maintenant, dans sa partie inférieure, une sorte de bras de mer, était le principal des trois cours d'eau qui sillonnent le Moii)îhan.

Ligeris fl. ostia (Ptol. Acytcpoç iroraitoû hnSoXai.) — La différence de latitude entre Saliœanus portus et Ligeris fluvii ostia de Ptolémée, après avoir subi la réduction de deux septièmes, est de i» 15'. La différence correspondante, sur la carte moderne, n'est, si nous prenons approximativement le milieu de l'embouchure de ia Loire, que de 4** 8' ; c'est l'écart le plus grand que nous ayons rencontré, mais il y a bien des raisons qui peuvent ici coi^buer à l'expliquer: premi^ement l'embouchure des fteuves qui coulent du midi au nord, ou du nord au midi, a donné la

(i) La iriUe d*Auray, nommée dans un acte de Hoêl !•', duc de Bretagne, n^étatt taaioote qu*aiie humble bonrgade à laqueUe un chftteau^fort uvaft donné naissaaoe* Aim. MerlK 1832, p. 33.

(2) Gosselin, Géographie des anciens, t. IV, p. 74*

facilité d'une détermination plus exacte, pour le chiffre de la latitude, que ceux qui viennent se jeter dans la mer, en suivant une direction de Test h l'ouest, comme dans le cas présent ; secondement l'embouchure de la Loire s'ouvre sur une étendue d'à peu près trois lieues de largeur, c'est-à-dire de près de 6' et demie ; troisièmement enfin, la grande courbe suivant laquelle se développe le lit de la Loire, dans la dernière partie de son cours, et que lui ont imposée les conditions géologiques de ses rives, a dû, dans tous les temps, infléchir son talweg vers la rive gauche, que son chenal principal serre en effet de beaucoup plus près que la rive droite. Si l'on supposait enfin que l'observation de latitude aurait été faite, en terre ferme, sur la rive gauche et vers la Pointe de Saint-Gildas(l), la latitude donnée par Ptolémée ne s'éloignerait pas beaucoup d'une exactitude relative : la minute de degré est approximativement de 18^2™ ; • or, la Loire, à son embouchure, à près de 6' 1/2 'de largeur, et nous avons trouvé tout à l'heure un écart de 7' ; mais c'est une simple hypothèse, et nous ne trouvons ici rien de bien satisfaisant (2). Si l'on tient compte de la difficulté de déterminer avec précision la latitude d'une embouchure comme celle de la Loire, de l'imperfection des instruments et par suite de celle des observations des anciens, ainsi que' de leur usage de ne compter qu'en nombres ronds (3), des changements enfin que les alluvions séculaire» ont pu causer, on ne sera pas étonné de ce dernier résultat.

Nous avons laissé derrière nous, depuis le promontoire Go-. hœum jusqu'à l'embouchure du Liger, deuxpoîntsgéographiqués, pour la détermination desquels nous n'avions rien de plus que leurs latitudes, dans les Tables de Ptolémée : Vindana portu» et Brivates portu$. Essayons d'en indiquer les situations.

Vindanâ pointus (Ptol. Ou{ JavA XtfjwîvO -r- Si, comme plusieurs géographes, on identifie le promontoire Gobceum avec la pointe du Raz, opinion contre laquelle nous ne trouverions pas d'objeo-

(1) La Pointe Saint-Gildas forme bien la limite extrême de la rive gauche de la Loire.

(2) Il est vrai du moins que ce que tios cartes nomment le Grand chehal de la Loire serre la rive gauche du fleuve de beaucoup plus près que la droite.

(3) Gosselin, Hech. sur la Géog. ancienne, t. lY, p. 335é

tion sérieuse (1), le Vindana portm viendrait se placer naturellement à A.udieme ; si, au (Contraire, comme Gosselin, Walkenaër et nous, on le confond avec l'ancien cap Gobestan, on devra cherchar le Vindana vers la situation de Plovan, bourg auquel s'attache la tradition d'un ancien port de mer.

D'ÂJivjUe^ plusieurs géographes après lui, et enfin M. Desjardins, placent le Vindana p, de Ptolémée h Locmariaker. Il nous semble que cette opinion vient uniquement d'une préoccupation fondée sur la ressemblance des noms Vindana, Venetia. £a effet, les Tables de Ptolémée donnent 5' seulement de différence de latitude vers le midi, entre Gobœum pramontorium et Vindana partie ; et elles placent Vindana p. à 25' au nord deDariorigum. Ces chiffres démontrent clairement qu'à moins de mettre de côté les latitudes de Ptolémée, et, de n'en tenir absolument aucun compte, le Vindana portus ne doit être cherché sur aucun point du littoral du Morbihan, et moins encore si l'on admettait que Dano-^ ngfum fut Vannes. Si nous n'avions répudié tout emploi des chiffres de longitude de Ptolémée, nous ferions remarquer aussi que la longitude de Vindana le porte à près d'un degré dans l'ouest de Dariorigum. A Plovan, s'attache, avons nous dit, la tradition d'un ancien port (2), et, dans une prairie peu éloignée du bourg, on a mis au jour des pans de murs de construction antique. A Audieme, au fond d'une baie couverte d'écueils, le port offre un abri tpès sûr. Des environs de la petite ville, la vue s'étend au loin, jusqu'à la pointe du Raz et même à l'île de Sein.

t Dans les environs d'Audierne, les fouilles ont fait rencontrer quelquefois des sépulcres ayant la forme de grandes auges en pierres, couvertes, les unes d'une tablette plate, les autres d'une seconde auge renversée (3). » A défaut de preuves concluantes,, ou plus nombreuses, nous laissons sur cette fixation la question indécise, nous contentant d'avoir grandement rétréci, croyonsnous, le terrain de la recherche, et d'avoir éliminé, le Vindana de Locmariaker, où il n'a rien à faire.

(1) La latitude s'y accommoderait à peu prèâ.

(2) La côte de Plovau présenté des amoncellements de sable, au milieu desquels sont deux ou trois étangs à demi-salés, alimentés qu'ils sont tour à tour par la mer et par de petits cours d'eau qui viennent s'y jeter. Ogée» Dict. de Bret., au mot Plovan.

(3) Baudoin Maison-Blanche, Mém. de l'Acad. celtique, t. lU, p. 222.

ASSOCtATrON BRETONNE

Brivates portos. (Ptol. B^twimç X^pniv.) ^ On alongtemps confondu Brivate$ pariug avec Gesacribate, séduit par une prétendue ressemblance entre ces deux noms, qui, à notre sens, n'existe pas, et cette opinion, si nous ne nous trompons, a des défenseurs même en notre temps. On aurait dû remarquer cependant Tordre rigoureusement exact dans lequel Ptolémée indique les divers points géographiques de notre littoral. Pour nous, comme pour ceux qui identifient YErius ft. avec la Vilaine, Brivates doit être cherché au nord et dans le voisinage de Tembouchure de la Loire. C'est dans le bassin où vient se jeter la rivière nommée le Brivet (1), après avoir passé à PontchÂteau, que nous croyons devoir le placer (2). On lit dans un titre du XII® siècle € Vindunita insula Brivatœ fluminis. » On ne peut méconnaître que le nom du port et celui de la rivière conviennent à merveille, et il semble naturel de penser que c'est le port qui a donné son nom à la rivière, plutôt que la rivière au port. En effet, le radical Briv qui se rencontre dans un grand nombi*e de noms de lieux veut dire pont, cela ne fait aucun doute. « Le » nom de BHvodurum, dit d'Anville, désigne indubitablement 9 le passage d'une rivière sur un pont (3). » Et ailleurs : «: BHva-- » harœ répond à Pons-Isarœ, firtvoif, en langue celtique, » désigne un pont. Le VettM BrivcUe (Brioude), appelé eastrum » dans un diplôme du xi^ siècle, désigne le pont qui existe à » Vieille-Brioude (4). »

La petite ville de Pontchâteau était nommée indifS^emment, dans les anciens titres, le Pont ou le château du Pont (Pons, castrum pontis). Dans l'un de ces titres, le seigneur de Pontchâteau se qualifie dominus de Ponte ; et, dans un autre, Relias, de Po^itis Castro. Enfin une charte du duc Alain Forgent le désigne

(i) L^ttsagô a prévalu de iraduite le nom ancien Brivata par le Brivet.

(2) PontchAteau situé sur le sommet dn fifllon de Bretàgaue. —

Pontchâteau est situé sur la route de Nantes à Audieme, par Vannes, et à 1 endroit où devient navigable la petite rivière du Brivé, qui traverse les marais de Montoir, et va de là se jeter dans la Loire.

Pontchâteau est situé sur le sommet du coteau septentrional de la Loire qui porte le nom de Sillon de Bretagne, Ogée, au nom. nouv. édîl,

(3) D*Anv. Notic. pp. 473, 177.

(4) D*Ânville, Notice, p. 17S.

SOUS le nom de dominns de Ponte. Il est donc à croire qu'un

pont et un castrum existaient là de toute ancienneté. Et, en effet,

c'était le passage d'une voie romaine se dirigeant vers l'embou-

i chure de la Vilaine, L'existence; de cette voie nous est attestée

de la manière la plus certaine par le président de Robien, et,

après lui, par le comte de Caylus (1) dans son Recueil d'antiquités.

I II est vrai que M. Bizeul, qui croyait sincèrement que Blain

! avait été la capitale primitive des Namnètes, ne l'admettait pas ;

mais quiconque lira le manuscrit du président de Robien et les

K minutieux détails qu'il donne sur la construction des voies

f romaines ne pourra garder aucun doute sur ce fait que le savant

\ président affirme l'existence de celle-ci, et qu'il connaissait les

voies romaines et leur mode de construction aussi bien que nous. Gosselin et Walckenaer placent le Brivates portus « à un petit • » village nommé Brivain, situé, disent-ils, au pied des collines » de Guérande, où la mer battait autrefois, et à l'entrée d'un l » petit vallon, qui formait peut-être son port (2). » M. Desjar-

dins croit en reconnaître la situation vers les retranchements r antiques de Saint-Liphard : « c'est, dit-il, vers le rétrécissement

» du canal naturel de communication de la mer, au nord-ouest » de l'étang ancien de la Brière, que nous parait devoir être y> cherché le Brivates portus (3). » M. R. Kerviler, qui a constaté l'existence de substructions antiques à Saint-Nazaire, croit devoir identifier ce lieu avec Brivates. Enfin, M. Ramé, dans un article que nous regrettons de n'avoir pu nous procurer encore, place le port en question près des sources mêmes du Brivet, et vers un village, qui porte aussi le nom de Brivet,

Les latitudes de Ptolémée font remonter le Brivates portus à 15' au nord de l'embouchure de la Loire, et, sans prétendre être

(1) a On peut suivre, pendant Tespace de 12 lieues, la voie qui conduit de » Poyxtchâteau aux environs de Vannes et vient aboutir à la Vilaine dans le » seul endroit où la descente puisse être^facile... Sur le fond même de l'ancien > chemin est bâtie la maison noble de Noë (Noyé). 9 C*« de Caylus, t. VI,. pp. 37(\ 371. C'est une voie romaine absolument distincte de celle indiquée dans la Table de Peutinger.

(2) Gosselin, t. IV, pp. 73, 74. Walckenaer, 1. 1, p. 377. J'ai vainement cherché sur mes cartes ce petit village de firivain, le deruier autear a voulu probablement parler de Saint'-Bréven, situé sur la rive gauche ; cela n*est pas admissible.

\ (3) Desjardins. 1, 292.

Arbh. 3

ai

arrivé jusqu'à une démonstration, nous proposons de le placer sur le Brivet, non loin et en aval de la petite ville de Pontchâteau ; cette situation s'accorderait, mieux que les autres, avec la condition de latitude indiquée par Ptoléraée. C'est à Pontchâteau que la rivière du Brivet commence à devenir navigable et son cours inférieur a porté et garde encore le nom à'estier de Méan (1). « C'est à Pontchâteau, dit M. Desjardins, que le Brivet se per- » dait jadis dans les étangs, à 29 kilomètres de son embouchure » actuelle dans la Loire (1). » Et nous avons cité plus haut le témoignage de Grégoire de Tours appelant du nom de Vindunita msula le territoire de Besné.

Vorganium et Vorgium (Ptol. Ooopyaveov.)— Nous sommes arrivé à un point important de notre géographie ancienne, la détermination du lieu où doit être placée la cité de Vorganium, à laquelle Ptolémée donne le titre de capitale des Osiamiens,

P'Anville plaçait Vorganium à Carhaix, et l'identifiait avec le Vorgium de la Table de Peutinger. Il regardait le second de ces noms comme une simple contraction du premier, par suite de la chute de la pénultième consonne n. Des altérations analogues ne sont pas rares dans la Table (2). Le B**" Walckenaer identifie également Vorganium et Vorgium (3), mais il croit en reconnaître l'emplacement au village de Keverguen (Kervéguen) près de Concameau. Selon lui <r les anciens ont dû comme les moj> dernes, pratiquer une route le long du rivage, et non à tra- » vers les montagnes escarpées qu'il faut franchir, pour arriver ]» à Carhaix. Il ajoute que les mesures de la Table ne sauraient » aucunement convenir à Carhaix. Sans discuter encore, nous avons le droit de dire que la première raison est bien faible, et que la seconde est absolument contraire à la réalité.

Dans un article publié dans V Annuaire de la Société d'Émulation de Brest, il y a près de 30 ans, notre érudit compatriote, M. Lejean, est le premier, si nous ne nous trompons, qui ait nié l'identité de Vorganium et de Vorgium, Pour lui la syllabe

(1) CEstuariuni, lit dans lequel pénètre le reflux de la mer.

(2) Desjardins, 1. 1, p. 279, 80.

(3) Walckenaer, 1. 1, p. 379. c Presque tous les noms y sont défigurés. »

(4) Walckenaer, 1. 1, p. 379.

initiale du premier nom commande de rechercher la situation du lieu auquel il s'attache, dans le voisinage de la mer, et, s'étayant du témoignage peu concluant de Camden, il le place à Morlaix. Pour Vorgium au contraire, M. Lejean ne voit aucun inconvénient à le soumettre aux conditions de distance de la Table de Peutinger et il le met à Garhaix. e: Vorgium, dit-il, » doit venir de Gor ou Gioor, hauteur, élévation.... La position }» de Vorogium, Voroux, près de TAllier, rappelle le nom aussi » bien que la situation de Vorgium, et convient, de tous points,

I à Garhaix, situé sur une hauteur très dominante, tandis que » le nom de maritime n'eut été qu'un contre-sens ridicule. »

A vrai dire, la grande différence entre le Varg de Vorganium et le Vorg de Vorgium nous parait quelque peu subtile. Si nous reprenions le raisonnement, en le modifiant ainsi : Vorganium doit venir de Vor ou Givor^ hauteur, élévation, et de canougan, blanc, clair, comme qui dirait mons lu^idus ou clarus mons, il ne serait pas plus mauvais. M. Halléguen, un peu plus tard, persistant à séparer Vorganium de Vorgium^ a placé le premier à Douamenez, où l'on trouve en efîet d'assez abondants vestiges romains, et maintenu le second à Garhaix. Mais un peu plus tard encore (en 1865), dans son volume ayant pour titre : VArmorique bretonne; celtique, romaine^ qui ne manque ni de recherches érudites, ni de détails intéressants, le même auteur consignait une opinion en partie différente : prenant acte du jugement de la Gommission de topographie des Gaules, qui, après avoir placé d'abord Vorganium à Garhaix, s'était ultérieurement rangée à son avis, et avait déclaré cette identification t tout à fait inadmissible >, M. Halléguen proposait sa localisation à Brest (1).

Enfin, en 1873, on put croire, et l'on crut, que le sort de Vorganium allait être irrévocablement fixé. La découverte, ou plutôt le déchiffrement, la lecture de l'inscription de la fameuse borne milliaire de Kerscao allait enfin livrer le dernier mot de l'énigme.

II est vrai, et nous en avons la preuve écrite, qu§ la lecture de cette inscription présentait des difficultés bien grandes. En effet, la borne avait € été martelée et repiquée avec un véritable achar^ » fiement », selon les expressions employées par M. Le

(i; Halleg. loc. cit. pp. 130, 132.

Men lui-même (1), aussi l'étude et la lecture commencées en 1865, n'ont donné lieu à une conclusion définitive qu'en 4873 (2), € où Von parvint enfin à tirer parti de la dernière ligne, quelque mutilée qu'elle fût (3). » Voici qu'elle fut cette conclusion : «: l'inscription de la borne épigraphique de Kerscao marque la > position de Vorganium à 8000 pas de son emplacement. Selon ^ M. Le Men (4), la dernière ligne est ainsi conçue :

(1) Bull. arch. Finist. 1875} p. 118. Il serait trop long d'indiquer ici toutes les variantes auxquelles a donné lieu le déchiffrement, si difficile et si long, de la borne mutilée de Kerscao ; mais il est un détail qui présente une importance capitale^ et que nous pouvons affirmer pour Tavoir constaté noos-méme.

Le signe présentant la forme d*un F, que Von traduit généralement par le chiffre 5, n*a pas la longueur entière des lettres qui le précèdent, et pourrait aussi bien avoir été la moitié supérieure d'un X. Si cet X avait précédé un L, par exemple, au lieu de 5, cela ferait 40, XL, et la Table de Peutinger donne XLV à Gesocribate, placé à quelques kilomètres plus loin, à Textrémité de la voie romaine, sur le littoral.

Quoiqu'il en soit, la borne a été c martelée et repiquée avec acharnement :», d'une part, et de l'autre, la latitude de Vorganium, 50° 15', place cette ville à Garhaix, ainsi que nous croyons l'avoir démontré.

Nous insistons, on le comprendra, sur ces faits, parce que c*est là une des (|uestions les plus importantes de notre géographie ancienne. L'opinion, qui transporte Vorganium à l'embouchure de rAbervrac'h, n'a pas eu seulement pour effet de déplacer la capitale des Osismiens ; c'est cette opinion encore qui a entraîné ses partisans à enlever à cette peuplade, toute la région du Midi. Comment admettre^ en effets que la capitale d'un territoire, s'étendant des rivages septentrionaux aux rivsiges méridionaux de notre presqu'île, aurait été placée d'une manière aussi absolument excentrique qu'à l'embouchure de l'Abervrae'h ?

Il nous semble que toutes ces considérations, en faveur de l'opinion que nous défendons, se prêtent un solide et mutuel appui, et qu'en prouvant comme nous croyons le faire, que le territoire des Osismiens comprenait la Comouaille méridionale et la presqu'île qui se termine au cap Gobœum, à Toccident, nous aurons presque démontré déjà que leur capitale ne peut pas être cherchée à l'embouchure de l'Abervrae'h, car enfin Vorganium était leur capitale : «: TcXc\»Ta?oi o(

^ /Acp^pe TOI) Fo^ato'j âxpurfjp/ou OfftVfAiot, Sv iroXcç Ouopyàviov. ^ IHol. Géog. l. II, c. VHI.

(2) Bull. arch. Einist. , 1875, pp. 113, 114. -

(3) Ibid., p. 1 12.

(4) ft II fallait que la difficulté pour la lecture de l'inscription et Tindécision » de M. Le Men fussent bien grandes pour qu'il ait cru d'abord lire les six » lettres GANIVM, là même où il a fini par liie dans le même nombre de lettres 9 VORGAN. » Ibid., p. 121.

VORGA MP Vin.

» et suivant la lecture de la Commission de topographie dés Gaules:

YORGAN MP VIIII.

M. Le Men crut pouvoir écrire alors : c Vorganium était une » importante station maritime, un port de mer. > Et « le can-- » tonnement maritime, placé par la Notice des Dignités de TEm- » pire k'Osismies, convient à Vorganium, qui était une cité ma- » ritime (1). » Pour avoir, il y a bien des années, procédé tout autrement que M. Le Men, nous étions arrivés à un résultat absolument différent. Partant du même point de repère, Saliocanus portu8, que nous avions une fois adopté, nous trouvions, dans les Tables de Ptolémée, que la latitude de Vorgranttim plaçait cette capitale à 5' de latitude sud de Saliocanijis et, traçant un parallèle à cette distance, nous trouvions qu'il passait, à peu prés exactement, à Garhaix.

D'un autre côté, pour ce qui concerne le Vorgium, nous prétendions arriver à sa détermination, au moyen de la distance donnée par la Table-itinéraire de Peutinger, à partir d'une station, celle de Sulim, dont nous croyions et nous croyons encore: pouvoir fixer l'emplacement avec une complète certitude; la détermination de celui de Vorgium s'en déduit.

L. — Il existait, sur la voie romaine de Vannes à Garhaix, une station intermédiaire du nom de Sulim ; à la pointe de Castennec, dans la commune de Bieuzy, existent les vestiges d'un antique oppidum, fermé par un énorme rempart en terre, à la gorge, et défendu par des pentes abruptes, bordées par la rivière du Blavet, sur tout le reste de son périmètre. Dans l'intérieur de son enceinte git une borne renversée sur laquelle se lit l'inscription suivante :

IMF. CAES. c. VIBIO — TREBONIANO. G. XII — PF. AVGVS IMP. C. Xni. T. L. V. MORGRVlvrANO — III AVG.

On a trouvé, à de nombreuses reprises, dans l'aire intérieure, des

(1) Ballet. Assoc. bret., 1873, p. 58.

monnaJes romaines et des firagments divers de la même origine; assez loin, à l'extérieure de l'enceinte, se rencontrent aussi les fragments de briques, les tessons de vases et les vestiges d'habitations romaines. La situation, la forme étrange du mamelon, le relief du terrain, la ceinture formée par les eaux du Blavet, tout concourt à faire de cette position une sorte de citadelle naturelle. Nous ne parlerons que pour mémoire, à cette place (1), de la fameuse statue d'Isis, nommée par les Bretons ar coz Gouard, qui y a été également trouvée, et qui a été transportée depuis dans les bois de Quinipily, où elle e^t encore. Qu'on nous permette cependant de placer ici un détail curieux à son sujet : sur le bandeau frontal de la«tatue sont, bien certainement, les trois lettres HT ; d'autres ont cru c y voir LIT, mais c'est bien HT » affirme M. Mérimée (2) ; ces trois lettres ont mis à la torture l'esprit de bien des archéologues, sans qu'aucun, à notre connaissance, en ait pu jusqu'ici tirer la moindre indication. Or, on lit dans l'histoire romaine, éclaircie par les médailles de J.-L. Schulz, que les monnaies de la famiUe Julia, frappées en mémoire des conquêtes de Jules César, dans la Gaule et dans la Germanie, portaient, derrière la tête de Vénus, les trois mêmes lettres HT. Au revers de ces monnaies est représenté un trophée composé de différentes armes, au pied duquel est un prisonnier nu, à genoux, les mains enchaînées derrière le dos ; à côté on lit CAESAR.

Nous trouvons donc réunis à Castennec les souvenirs des soldats aMcains, d'Isis et du conquérant des Gaules.

L'existence d'une voie romaine venant de Vannes à Castennec, et se continuant jusqu'à Carhaix est indubitablement avérée ; une autre voie, à notre connaissance, se dirige de Castennec, en passant près d'Auray, à Locmariaker. Il n'est pas indifférent de noter que la station militaire de Castennec est seulement à 11 kilomètres de Pontivy, ou Napoléon P' avait décidé la création d'un établissement militaire, dont la garnison pourrait se porter rapidement sur tous les points du littoral de la presqu'île armoricaine. C'est qu'en effet les considérations de la stratégie resteat les mêmes dans tous les temps.

(1) V. à la fin une note sur cette statue.

(2) Mérimée, notes d'un voyage dans l'Ouest de la France, p. 226.

Le citadelle de Castennec a reçu des habitants du pays le nom de camp de la Gward; mais l'ancien nom deSulim a laissé des traces dans plusieurs noms de lieux du voisinage : un bois, ainsi que deux hameaux, ont gardé le nom de Coêt-Sulan (bois de Sulan), et une ferme est appelée Kersulan.

Si maintenant nous relevons, dans la Table de Peutinger, la distance qui sépare Sulim de Vorgium, nous trouvons qu'elle est de 24 lieues gauloises, qui répondent, sur la carte moderne, à 22 lieues gauloises et un tiers, entre Castennec et Carhaix. Le faible et inévitable écart entre ces deux nombres provient de la réduction des pentes à l'horizon, et démontre clairement que la voie romaine de Castennec à Carhaix suivait à peu près une ligne droite, selon la méthode habituelle des Romains, quand ils n'avaient pas de raisons impérieuses d'agir autrement.

La distance entre Castennec et Vannes, offre également une exactitude qui ne laisse rien à désirer : les 20 lieues gauloises de la Table répondent à une distance de 49 lieues gauloises, sur la carte, et il y a jjj^ de faire la même observation que dessus touchant la rectitude de la voie.

En résumé, si partant de Sulim, nous ouvrons le compas de 24 lieues gauloises, nous rencontrons, à son extrémité opposée, Vorgium à Carhaix ; et si nous traçons un parallèle à 5' au midi de Saliocanus portus, nous trouvons, aussi évidemment Vorganium^ à Carhaix ; donc Vorgium égale Vorganium (4).

(1) Nous avons exprimé déjà, an sujet de la latitude de Saliocanus P., pour laquelle M. Léon Rénier croit devoir donner la préférence au chiffre de 50° sur celai de 50« 15' fourni, par un certain nombre d*éditions grecques et latines, une opinion contraire à celle du savant académicien. Cette question, ayant, pour notre étude, une importance décisive, nous croyons devoir y revenir. Voici les chiffres de M. Léon Renier : Vorganium, 50<» \6\ et Saliocanus Portus, 50» ; mais le chiffre de 50o 15' pour Saliocanus, se rencontre, on le sait, dans bon nombre d'éditions latines et aussi dans des éditions grecques. Disons, d'abord que les meilleures éditions ne sont pas exemptes de fautes.

Il ne nous semble pas téméraire de supposer une erreur de copiste, par omission plutôt que par addition de chiffres. Nous croyons, d'autre part, que lorsqu'une étude repose, comme la nôtre, sur une base unique, et se forme de résultats qui se contrôlent les uns les autres, la concordance.sensible du chiffre de 50» 15', nous ne dirons pas avec le chiffre de latitude de Vorganium, puisque la position de Vorganium est contestée, mais avec les chiffres de latitude de tous les autres points géographiques du littoral de la péninsule a véritablement la valeur d'une preuve. Pour le cas contraire, où l'on adopte

Voilà ce qui semblait démontré pour nous, il y a un grand nombre d'années déjà (1).

La situation de Carhaix, l'importance incomparable des vestiges romains qu'on y découvre sur une grande surface, dès qu'on y remue la terre, colonnes, statues, mosaïques, ruines d'aqueducs (2), voies rayonnant dans toutes les directions, monnaies de divers types et de divers modules, dont la série ininterrompue commence dès le haut empire (3), tout cela démontre une occupation importante et qui paraît commencer peu après la conquête.

On ne saurait douter que les Romains se soient dirigés de bonne heure vers la cité osismienne, presqu'aussitôt après la terrible défaite des Vénètes et de leurs alliés. Les conditions de la conquête et l'opportunité de profiter de la stupeur causée par ce grand désastre, leur en faisaient une loi. Aussi rencontronsnous les monnaies du commencement de l'empire à Carhaix aussi bien qu'à Corseul : il fallait s'emparer satin retard des principales villes de la presqu'île armoricaine. Le fameux inilliaire de Kerscao, érigé entre les années 4i et 54 de notre ère. fournirait lui-même le témoignage d'une occupation précoce. Notons enfin que le nom de l'ancienne paroisse de Carhaix est Plougrwer (le plou, plehs, guer, de la ville), et celui de l'ancien archidiaconé et comté de Poher en Ponkaër (le pagus de la ville), comme Locmaria&er (Dariorigum), a aussi lui le pagus de Poukaër et la paroisse de Locmariafccr.

Faut-il dire quelques mots de cette princesse ou duchesse Ahès, qui aurait plus tard donné son nom à Ker-Ahès et à un assez grand nombre de voies romaines dans notre pays ? Il est à remarquer que le nom de chaussée, voie-Ahès et de hent-

pour SaliocaniLS^ le chiffre de 50>, le désaccord est flagrant, général et considérable.

Nous avons fait remarquer précédemment que la leçon de 50o 15* a été également adoptée par le TAAAIKQN 2YrrA*EI2 EAAHNIKOI, texte et traduction nouvelle publiés en 1878 par Edm. Cougny^ pour la Société de l'Histoire de France.

(1) En 1857, lettre de Tauteur à M. A. de Courson, touchant la Géographie du Cartulaire de Redon.

(2) Corret de Kerbeauffret, cité par Ogée, Dict. de Bret., 1. 1, p. 142.

(3) Nous avons vu nous-même trouvera Carhaix, en très grand nombre, des monnaies de la colonie de Nîmes, à Teffigie d'Auguste et d'A grippa.

j Ahès est attribué à plusieurs voies, qui ne tendaient pas à Car-

i haix (1), et qu'ainsi le pouvoir de la légendaire duchesse sein<^

[ blerait s'être étendu sur presque toute la Bretagne, si Ton en

^ jugeait par ces dénominations. *Nous dirons, sans y attacher une

grande importance, qu'il n'est pas impossible que ce nom d'Ahès personnifiât la puissance et la domination romaines (2), de la même manière que les indigènes de l'Inde nommaient Old Lady (la vieille dame), la puissante compagnie dos Indes orientales (3). Ainsi peut-être s'expliquerait une vieille légende du xir siècle, laquelle raconte que la duchesse Ahès entreprit autrefois de « faire un grand chemin ferré, par où allast à Paris, > la cité (4) » ; mais la vue d'un oiseau mort, sur le bord de la

(1) M. Bizeul dit avoir trouvé la tradition de Toiseau mort sur la voie Ahès, entre Guer et Carentoir ; sur celle de Blain à Châteaubriant et à Vannes, ainsi qu'aux environs du château de la Chèze, dans un titre concernant la fondation de Fabbaye de Lantenac. Biz. Bull. Assoc. bret., 1. 1, p. 14.

(2) i Une voie nommée pavé ar vroac'h (pavé de la vieille) est attribuée à la princesse Ahès. » Lettre de M. de Kerret aux Bénédictins en 1696, Blancs- Manteaux.

(3) Revue de France, livrais, du 15 février 1877, p. 472.

(4) La princesse Ahès et le chemin ferré.

Mais celle dame ot ung moult fol pensé, Qui cuidait vivre tous jours en jeune aé Elle fit faire un grand chemin ferré I Par eu alast à Paris la cité,

Car le pays est de bois tout planté.

A Quarahès, ce saichez de verte.

Fut le chemin commencé et fondé...

De maintenant avait un cler mandé

Tous ceux mourront qui sont de mère né.

Lors a la dame un grand soupir jeté Hélas, dit-elle, pourquoi fumes-ûous né !

Ja ne sera le chemin achevé

Moult me repens doat j'y ay tant oupvré.

Bullet. de TAssoc. bret., t- I, p. 12, 13 des Mémoires. — Le poème complet a été publié par M. Jouon des Longrais pour la Société des Bibliophiles bretons en 18^1, >ous le titre Conqueste de U», Bretaignepar Charîemaigne,

42 ASSOaXTION BRETONNE

route, et . la réflexion qui lui fut faite : c ainsi mourront tous » ceux qui sont de mère nés >, lui inspira de sombres pensées, et lui fit abandonner pour jamais son dessein. Le vieux poème semble avoir conservé la tradition d'une grande entreprise que la crainte de la fin prochaine aurait fait abandonner, et il est à noter que les traces intermédiaires de la voie de Carbaix & Rennes, cherchées par tous les archéologues, n'ont pu être retrouvées encore par aucun d'eux (1). Ces observations nous ont paru assez curieuses pour être indiquées ici, quoique nous ne leur accordions, nous l'avons dit, qu'une médiocre importance.

Après avoir repris et examiné, une à une, les preuves qui avaient déterminé notre opinion ancienne, sur la position de Vorganium à Garhaix, nous ne voyons rien, dans celles qu'on nous oppose, d'assez fondé et d'assez incontestable pour nous la faire abandonner. Nous maintenons donc une conclusion que nous croyons pouvoir résister à l'assaut de ceux qui la combattent, appuyés sur la borne inscrite de Kerscao, dont le déchiffrement a duré si longtemps, et dont la lecture est demeurée encore si douteuse.

Pour en finir avec les latitudes de Ptolémée, se rapportant aux points géographiques de la région qui nous occupe, il ne nous reste plus à chercher, dans ses Tables, que les noms de Candate et Condivicnum. Nous commençons ici à nous éloigner de cette zone du littoral pour laquelle la multipUcité des matériaux et la condition plus favorable des obsei*vations des anciens avaient, de son propre aveu, fourni à notre géographe ses meilleurs renseignements.

Condate et Condivicnum {KoMrt-Kovhoxityxo^.) — Ptolémée indique, pour Condate une latitude de 47® 20', et pour Condivicnum de 50® 0'. Ces données ne conviennent, à aucun degré, ni à l'une ni à l'autre des deux villes de Nantes et de Rennes ; elles renverseraient d'abord leurs situations ; elles placeraient Condivicnum loin et au nord de la Loire (2), en même

(1) « La voie... qui prend à Forient de Carhaix est fort entrecoupée^ et est » bientôt perdue. » Robien, Manuisc. p. 51.

(2) Gondlvlcnam, assiette antique. — t La rivière d'Erdre coulait où • sont aujourd'hui le^ rues de FonteneDe et de la Poissonnerie. La ville était

temps qu'au nord de Condate. Ce quMl y a ici de particulier,

c'est que la latitude attribuée à Condivicnum convient sensible-

I ment à Condate, Si le chiffre de latitude donné par Ptolémée à

Condate était de 48« 20', au lieu de 47<> 20', nous n'hésiterions

pas à croire à une interversion de chiffres entre ces deux villes,

dont les noms commencent par les mômes quatre premières

lettres (4). La convenance de 50^ 0' à Rennes, par rapport à

i notre point de repère Salioeahus'portiM, nous paraîtrait rendre

évidente la légitimité de cette supposition. Si Ton remarque de

plus que nous lisons dans le texte de Ptolémée : c les Namnetœ^

i > dont la ville est Condevincum », « ensuite, jusqu'au fleuve

j^ » Sequana, les Âbrincatui, dont la ville est Ingena y> et qu'il

fait ainsi les Namnètes voisins des Abrincates ; si l'on remarque

que d'un autre côté il dit encore : « sur les bords du Liger, les

I > Rhedones dont la ville est Condate » ne sera-t-on pas porté

ï de plus en plus à trouver notre hypothèse vraisemblable et

même plausible. Ce sont bien les Rhedones en effet et non les

Namnètes, qui sont voisins des Abrincates, dont la capitale est

Ingena (incontestablement Avranches), et du fleuve Sequana

qui, non moins évidemment, est bien la Selune (2). Ajoutons

que la relation des latitudes, entre Ingena 50® 45' et Condate,

mis à la place de Condevincum SO^' 0', confirme exactement la

Tt circuitée par cette rivière et la Seil, les rues du Port-Maillard, des Chape- » liers, Bossuet, Mabli et des Cordeliers, jusqu'au Port-Communeau ; ainsi son » enceinte avait une figure triangulaire.

Y Ce n*est que sur cel espace de terrain qu'on retrouve les ruines de Tan- V cienne ville, parmi des terres rapportées, sur une profondeur de 6, 7 et > 12 pieds.

» Les autres fouilles faites dans les rues circonvoisines, en remontant vers » la cathédrale, découvrent le sol primitif, à 2 pieds de profondeur. )> Notice sur Nantes, par M. Fournier, architecte-voyer : Société des sciences et arts, 1808. Citée par Delaporte, t. U, p. 211 des Rech. sur la Bretagne.

La capitale des Namnètes occupait une partie du terrain où est maintenant la ville de Nantes ; on croit que c'était à peu près celle qui depuis fut enceinte par les murailles, dpnt^on voit encore les vestiges. Delaporte.

(1) La latitude de 48« 20' est celle donnée à Ratiatum ^Rezé), qui n'est pas à plus de 2' au sud de Nantes.

(2) On voit que Ptolémée met Condate sur les bords de la Loire, et fait de Condivicnum la capitale d*un peuple limitrophe des Abrincates et séparés d'eux par la Sélune,

modification proposée. Si nous étions parvenus à faire accepter cette hypothèse, qui est nouvelle, il faudrait admettre en même temps la correction des chiffres de 47® 20' en ceux de 48® 20' à attribuer à Condevincum. Ainsi se trouverait rétablie, au moins d'une manière approximative, la relation entre les chiffres de Condevincum, de Ratiatum et de Ligeris flUiVii ostia.

Nous professons cette doctrine, nous l'avons dit au commencement de notre étude, qu'il ne faut pas supposer facilement des erreurs dans les textes anciens ; c'est un procédé dont on a souvent abusé pour favoriser tel ou tel système. Nous nous sommes imposé la loi de nous borner à constater ce qui est certain, à discuter ce qui est douteux, à découvrir, si nous le pouvons, ce qui est inconnu, et à proposer enfin ce qui nous semble probable, et s'accorde avec les faits connus ; mais ici l'erreur s'accuse d'elle-même, et l'impossibilité où nous plaçait la méthode que nous avons a3optée, de passer sous silence des chiffres qui nous causaient de l'embarras, nous a contraint de les discuter et de proposer une solution que nous ne croyons pas inacceptable (1).

Les points géographiques de notre région une fois fixés, en nous guidant pas à pas par les chiffres de latitude des Tables de Ptolémée, il n'est pas inutile de faire remarquer que notre géographe semble avoir dirigé ses choix d'une façon méthodique et systhématique. Ce n'est point au hasard, nous semble-t-il, qu'il les a adoptés, mais au point de vue de leur importance aussi bien que de leur distribution (2) : les capitales, cela va de soi, les embouchures des principaux fleuves aussi ; mais les divers points, qu'il indique sur notre littoral, sont répartis, distribués comme des jalons destinés à délimiter les dimensions principales, et à esquisserlesformes de notre péninsulearmoricaine. Nous n'avions pas, disons-nous, en ce qui concerne les deux villes en question,

(1) Si nous n'avions fait des latitudes de Ptolémée notre principal et presqu*unique critérium, nous aurions pu nous dispenser de discuter les positions de Condate, de Condevincum et de Ligeris fluminis ostia^ dont les identifications sont certaines ; mais il convenait de rester^ jusqu'au bout, fidèle à Tapplication de notre système.

(2) « La géographie n'admet que des descriptions générales^ telles que celles Y des golfes, des grandes villes, des nations, et des fleuves remarquables. > Ptolémée, Géographie, 1. 1, ch. 1.

à demander, aux Tables de Ptolémée, les moyens de déterminer leurs situations ; l'identification de Condate avec Rennes et celle de Condiviaxum ou Condevincum avec Nantes ne font doute pour personne. Nous nous occuperons plus amplement de Nantes, lorsqu'un peu plus tard .nous étudierons le gisement des Namnètes et les limites de leur territoire.

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