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CHAPITRE III

Éléments itinéraires et archéologiques

. Dartorituin. — Les indications de Ptolémée, qui assignent exactement la même- latitude à Dariorigum et à l'embouchure deVErius fluvius, les importantes ruines romaines découvertes à Locmariaker, où l'on rencontrait les vestiges mêmes d'un théâtre (1), la description donnée par César de la situation des villes vénétiques (2), tout concourt, même le nom de Locmaria Ker, à

(1) Théâtre de Iioemariaker. — L'ancien théâtre romain de Locmariaker était situe au N.-N.-O. de l'agglomération. Sa partie demi-circulaire se développait daps le flanc d'une colline à pente douce, dont la courbe favorisait la disposition des gradins ; les spectateurs avaient en face les eaux du Morbihan, ses îles et ses rivages.

Le diamètre de l'hémicycle avait 66 à 67'" de longueur. G. M.

(2) César après avoir dit c erant hujus modi fere situs oppidorum » n'aurait sans doute pas manqué de nous faire connaître que leur capitale faisait exception à la règle, si c'eût été la ville de Vannes ; comme il n'aurait pas manqué non plus de venir l'attaquer par terre au lieu de perdre un très long temps à attendre sa flotte.

La ville de Vannes, en effet, est située sur le penchant d'un coteau dont la

prouver que la ville principale des Véaétes, au temps de César et même de Ptolémée, doit être cherchée vers l'embouchure du Morbihan. La position actuelle de Vannes ne s'accorde, en aucune manière, avec celle qu'avait nécessairement, en ce temps là, la capitale d'un peuple essentiellement navigateur et commerçant (1). S'il en eût été autrement, il serait impossible de comprendre que CésÉU* ne l'eut pas assiégée et réduite avec son armée de terre, et qu'il n'en ait fait nulle mention dans ses Commentaires. Nous aurons l'occasion de confirmer bieittôt cette assertion. Mais si Vannes, au temps de la conquête, n'était pas la capitale des Vénètes, il est certain qu'à l'époque de la rédaction de la Table de Peutinger (379 à 395), il existait à Vannes une importante ville romaine, Dartoritum, dont elle indique le nom, en l'accomp<'ignant du signe qu'elle attribue aux capitales. Il faut reconnaître tout d'abord que les géographes jusqu'ici ont été, croyonsnous, unanimes pour identifier le Dariorigum de Ptolémée avec le DaHoritum de la Table. La différence entre ces deux noms est pourtant plus grande que celle qui existe entre Vorganium et Vorgium. La chute de la consonne n suffisait à produire cette dernière (2) ; les exemples sont nombreux de changements analogues, et pour n'en citer qu'un seul, pristout près de no us, la chute , de la consonne d a transformé le nom de Redonès en celui de Rennes. La différence entre les noms de Dariorigum et Dartoritum est plus frappante : la voyelle i changée en la consonne t et la lettre g remplacée par un t. Il y a bien quelques consonnes qui sont muables entr' elles, mais ces deux dernières, à coup 3ûr, ne le sont

partie élevée S6 confond avec la plaine qui s*étend derrière elle. Rien n'aurait pu empêcher de Taltaquer du côté du continent et la narration de Césarne permet pas de penser qu'une armée de terre aurait pu arrêter la marche du conquérant vers cette capitale.

Mais une raison plus forte encore, c'est que la ville de Vannes ne pouvait pas être, au temps de César, un port, et un port où auraient pu remonter les grands vaisseaux des Vénètes. G. M.

(1) « Le peu de conformité qu'il y a entre la situation de la ville de Vannes, » et la description que César ttous a laissé des anciennes villes des Vénètes... » démontre que Vannes,* dont la situation ne présente aucune de ces circôns- « tances, ne peut être l'une des villes dont César fait mention^ » Caylus, tome VI, p. 374.

(2) Elle a paru suffisante cependant pour faire admettre la disjonction.

(1) c On ne saurait admettre que les Vénètes aient pu atteindre la haute puis- » sance maritime que l'histoire leur attribue, s'ils n'avaient eu leurs princi- » pauz ports à l'embouchure môme des rivières, afin d'être toujours à portée n de prendre la haute mer. » Ann. Morb. G. Gaillard, 1834, pp. 48, 49.

(2) Gette considération a frappé d'Ânviile et Gaylus. Le port de Vannes ne peut encore aujourd'hui recevoir que des navires d'un faible tonnage. 11 est incessamment obstrué par des alluvions de vases qui en rendent i'attérage difficile. Ann. du Morb., i834, p. 94.

(3) « Quae (classis) ubi cofivenit, ac primum ab hostibus visa est, circiter- 1 CCXX naves... èportu profectœ^ nostris adversœ constiterunt. » Cœs. 1. III..

(4) Locmariaker est placé à l'entrée de la principale rivière de la Vénétie. Deux larges baies, celle du même nom et celle de P. Navalo, offrent aux navires un abri sûr contre tous les vents. Gh. Gaillard^ Ann.'Mu Morb., 1834, pp. 49, 50.

Gésar affirme d'une manière éclatante la prépondérance des Vénè'es sur les peuples gaulois environnants ; mais il en explique clairement le motif qui était leurs navigations commerciales. G. M.

pas ; cependant il faut trouver des raisons plus sérieuses et plus concluantes encore pour appuyer notre opinion. Nous avons fait remarquer déjà que Dariorigum était la capitale, le port principal des Vénètes (1), et Vannes, dans les temps anciens, ne pouvait pas réaliser les conditions d'un port naturel (2), parce que la mer actuelle du Morbihan n'avait pas l'étendue qu'elle présente aujourd'hui ; nous espérons pouvoir le démontrer plus tard. ' . , I^ latitude donnée à Dariorigum par les Tables de Ptolémée i ne convient nullement à Vannes, et s'applique, au contraire, assez ^ exactement à Locmariaker. C'est là qu'était le port des Vénètes i au temps de Gesar ; c'est de ce port et vraisemblement aussi de la ! baie voisine de Quiberon que, l'an 56, 220 vaisseaux environ des j Vénètes et de leurs alliés sortirent pour aller présenter la bataille \ à la flotte romaine, aussitôt que sa réunion fut opérée et qu'elle fut en vue (3). Nous savons fort bien que, dans de remarquables études, publiées par M. A. Lallemand dans V Annuaire du Morbihan (i860), l'auteur croit pouvoir conclure des termes mêmes des Commentaires que les Vénètes n'avaient point de capitale et que Dariorigum n^exlstait pas au temps de la conquête ; mais nous nous incrivons formellement contre cette opinion et ne pouvons nullement admettre qu'un peuple essentiellement commerçant, comme étaient les Vénètes dès longtemps, n'eut pas un. port, un entrepôt principal qui fût le centre de son commerce (4),

le rendez-vous de ses transactions, le siège principal de son Sénat. Nous ne croyons pas qu'on puisse trouver, dans l'antiquité, un seul peuple commerçant, qui n'eût pas une ville principale, une métropole. Ce ne fut pas un port quelconque (1) qui fut le point de départ de la flotte vénétique ; et nous ne pouvons nous satisfaire de l'argument invoqué par notre honorable ami, M. A. Lallemand : « le silence de César, dit-il, n'est pas seule- 3 ment un argument négatif, mais une preuve positive de la non- » existence de Dariorigum, au temps de la conquête (2). »

César dessine à grands traits, dans un but personnel plutôt qu'avec la conscience de l'historien, les principaux épisodes de sa guerre des Gaules. Ce qu'il n'omet certainement pas, ce sont les faits et les détails qui, en signalant les obstacles, peuvent servir à rehausser sa gloire. Si l'on pouvait d'ailleurs tirer de son silence la conclusion que nous combattons (3), il n'aurait pas existé une seule ville, en ce temps, de Juliomagus (Angers) jusqu'à l'embouchure de la Loire. Selon nous, Dariorigum existait déjà, et la latitude, que lui donne Ptolémée, ne peut en aucune façon s'adapter à Vannes, mais bien à Locmariaker. Nous parlerons plus tard de la bataille navale des Vénètes et du théâtre de leur défaite ; notre étude porte en ce moment sur la seule détermination des points géographiques, et sur la discussion des opinions qui s'y rapportent.

M. Desjardins identifie Dariorigum avec Vannes et regarde Locmariaker et Port- Navale « comme le Portus Vindana et sa dépendance (4). Mais Ptolémée place dans ses Tablés Vindanxi poHus à 25' au nord de Dariorigum et à 5' seulement au sud du Gobœum promontorium ; si Ton tient compte des données fournies par notre géographe, les identifications de M. Desjardins ne sauraient être acceptées. En faisant subir même au chiffre de Ptolémée la correction de 2/7««, selon notre théorie, il resterait encore pour la situation de Vindana 17 ou 18' au nord de Dariorigum, et si Dariorigum était Vannes, Vindana portt^ se trou-

(1) « É porta profectae. » Cœs. 1. III.

(2) A. Lallemand, Ann. du Morbihan, 1860, p. i8.

(3) D'Anville, Dubos, Roblen et Caylus... sont du même sentiment que nous»

(4) Desjardins, 1. 1, p. 302.

verait, par cdtte latitude, rejeté au loin dans l'intérieur des terres (1), ce qui est inadmissible. On a vu précédemment^ au contraire, qu'en procédant, les Tables de Ptolémée à la main, et en plaçant Dariorigum à Locmariaker et Vindana port%i8 vers Audierne, nous nous trouvions dans un accord sensible avec le géographe de Péluse.

En résumé, si le Dariorigum de Ptolémée ne peut être placé à Vannes, il n'est pas moins certain que le Dartoritum de la Table de Peutinger ne saurait être plapé à Locmariaker ; la Table en eBet nous le présente sur une route tendant de Portu Namnetum (Nantes) à Vorgium (Çarhaix), dont voici les différentes étapes : « Portu Namnetu — Durétie XXIX — Dartoritum XX — Sulim XX — Vorgium XXIV. ^ Il est manifeste que jamais cette route n'a pu passer par Locmariaker, tandis qu'au contraire les preuves de toute sorte abondent pour établir son aboutissement à Vannes, le Dartoritum que la Table de Peutinger nous présente avec le signe indicatif des villes capitales. Il résulterait de ces faits que l'ancienne et primitive métropole des Vénètes aurait conservé sa prééminence jusqu'après le milieu du second siècle de notre ère, et aurait ultérieurement dû céder cette prérogative à une ville mieux placée pour la facilité des communications avec l'intérieur, à Dartotntum, dont les Romains auraient fondé, créé ou agrandi l'importance. Nous livrons au jugement du lecteur cette solution, qui a l'avantage de nous fournir une explication naturelle et plausible des faits, et de tenir compte des Tables de Ptolémée en même temps que des données de la Table de Peutinger.

A l'appui de la distinction que nous prétendons faire entre les deux noms de villes qui ont été unanimement confondus jusqu'ici, nous avons le droit de faire remarquer qu'il exista, sans conteste, deux assiettes de villes, toutes deux importantes et toutes deux riches en débris ; l'une, la plus ancienne, sans enceinte, a gardé les vestiges d'un théâtre de l'époque romaine (2); l'autre, la

(i) Cette indication démontre qu^il ne s*agit d'aucun point du Morbihan, que Dariorigum soit Vannes, ou qu*il sQit Locmariaker. Le Déan, Ann. du Mort)., 1839, pp. 37, 38.

(2) L'étendue de Tassiette limitée par les ruines se mesure par 600 mètres d« Arch, 4

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assûciauon bretonne

seconde capitale, a conservé jusqu^à nos jours les ruines d^une forte enceinte de murailles romaines, construites probablement dans la fin du ni«, plus probablement dans le cours du iv* siècle. C'est cette dernière qu'au commencement du v® siècle la Notice des Gaules et celle des Dignités de FEmpire désignent également sous le nom de Venetumy et, au vra« siècle, le géographe anonyme de Ravennes, sous celui de Vetietis,

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