‹ Comptes rendus, procès-verbaux, mémoiresChapitre 7 sur 26 · HIC SITA EST · texte numérisé non relu

HIC SITA EST

VIXIT AN LXV G FI lANVARI

VS m POSVIT

(2) La borne de Saint-Méleir, dédiée à Tempereur Victorin, mentionne Vordo Curiosolitarum, Les ruines du fanum et les indications de la Table de Peutinger fournissent également une preuve,

de 24 lieues gauloises, entre Rennes et Corseult ; et celle de ^4 lieues gauloises, entre Fanum-Martis et Reginea, répond à celle de 12 lieues gauloises et demie environ, sur la carte, entre Corseult et la mer près d'Erquy^ La concordance est parfaite, et l'analogie des noms Curiosolites et Corseult est frappante. Quel était le nom de cette ville antérieurement à l'occupation romaine? Aucun texte ne nous l'apprend. Elle dût être occupée de très bonne heure par les Romains à cause de l'esprit d'indépendance qui animait les Curiosolites et de la grande part qu'ils avaient prise à la première révolte des peuplades armoricaines. Une garnison y fut établie, un temple édifié et consacré au dieu Mars. Mais lorsque, vers la fin du 111® siècle, les incursions de plus en plus fréquentes des Saxons et leurs pillages, contraignirent à porter la principale défense sur les côtes, les soldats de Mars (1) reçurent l'ordre d'aller prendre garnison à Aleth, pour concourir, avec la flotte romaine (2), à la défense des embouchures de la Rance et de l'Arguenon (3).

On a trouvé à Corseult un très grand nombre de monnaies romaines, et les laboureurs en recueillent presque chaque jour. Les plus anciennes sont des pièces consulaires de l'époque même de la conquête, des monnaies de Jules César, d'Auguste et d' Agrippa (4). On en a trouvé également, et en grand nombre, de Néron, de Vespasien, de Titus, d'Adrien, des Antonins, etc. (5). La série se continue, sans grandes interruptions, jusqu'au déclin de l'empire et au règne d'Honorius (6). Les monnaies qu'on rencontre ensuite, dit Lobineau (7), sont celles des rois gothiques du VI® siècle. Ajoutons enfin que nous avons recueilli nous-mêmes, k Corseul, des mains d'un fermier qui demeure auprès du temple, des pièces celtiques à la lyre, des monnaies romaines du III® siècle, et des pièces de Charlemagne ou de Charles-le- Chauve portant les mots Carlus et Metullo (8).

(1) Milites Martenses.

(2) Sous les ordres de Carausius, lieutenant de Madmien,

(3) L'Arguenon est la principale rivière du territoire des Curiosolites.

(4) Statist. illust. de Dinan, p. 43.

(5) Lycée armorie, 1. 1, p. 404.

(6) Ann. Dinannais, 1836, p. 88.

(7) Vie des SS. de Bretagne, vie de S. Melaine.

(8) c Les deniers à la légende CAHLVS REX FR environnant une croix, et

Tout semble indiquer que la destruction de Corseult a été l'œuvre du pillage et de l'incendie. Au milieu des ruines éparses et parmi les décombres de cette cité, l'on rencontre presque constamment des cendres et du charbon, des pierres et des briques calcinées. Comment et à quelle époque elle a péri, nous n'avons point à le rechercher dans une œuvre qui est uniquement géographique ; nous avons dû seulement rass3inbler les faits qui prouvent son existence et son opulence antiques, et lui assurent dans le passé le rôle de capitale (1).

Reginea. ^- La Table de Peutinger indique une voie romaine partant de Condate, Rennes, passant à Fanum Martis, Corseult, et venant aboutir, sur le bord de la mer, à un lieu nommé Reginea. Nous avons remarqué précédemment que la distance de 25 lieues gauloises, indiquée par la Table, entre Condate et Fanum Martis, s'accordait parfaitement avec celle de 24 lieues gauloises, sur la carte, entre Rennes et Corseult ; celle de 44 lieues entre Fanum Martis et Reginea, répondant à un peu plus de 12 lieues gauloises, sur la carte, entre Corseult et le rivage de la mer, près d'Erquy, /convient également bien. D'un autre côté, le sol de cette commune a gardé les traces d'un vaste établissement romai n . On y retrouve encore les vestiges de son ancienne grandeur: les ruines d'un aqueduc, de nombreuses fondations, présentant l'appareil romain, s'y croisent dans tous les sens (2). L'ingénieur Ogée et l'abbé Ruflfelet y virent mettre au jour une salle pavée

» portant au revers le monogramme, par un K ou un C indistinctement, entouré » de la légende circulaire METVLLO^ appartiennent à Charlemagne et non à- 9 Charles-le-Chauve. » F. de Saulcy, Rev. numismat. franc., p. 355, 1837.

(1) Il nous a semblé nécessaire de constater, par des détails archéologiques, l'importance de Tantiquc ville des Curiosolites, méconnue ou plutôt oubliée durant tant de siècles. C'est cet oubli même qui a fait attribuer à Locmaria de Quimper une importance et un nom qui ne lui ont pas appartenu, et dont ses ruines ne sauraient éveiller l'idée.

A Corseult, au contraire, tout se réunit pour prouver l'occupation précoce, sa permanence, le grand développement, l'opulence, et présenter enQn tous les détails caractéristiques d'un important chef-lieu de cité. C. M.

f Les ruines romaines de Corseult et la ressemblance plus ou moins éloignée » du nom de ce village avec le nom des Curiosolites, paraissent à M. Le Men » des arguments de très peu de valeur. » Kerviler, 4*' Mém., p. 55.

(2) Biblioth. bret., 4,238,

en mosaïque, dont les dessins et les couleurs étaient assez bien conservéH (1). Le président de Robien a joint à son manuscrit un plan de l'ancien temple de Reginea. On y a trouvé beaucoup de monnaies romaines, et on en trouve encore, de temps en temps. C'est au village du Pussoir, à quelques centaines de mètres, au nord du bourg d'Erquy, que la tradition place l'assiette principale de la villq antique. < De là partaient deux voies romaines

> bien empierrées, et allant toujours en ligne droite : l'une (dont 1 nous avons déjà parlé) conduisait à Fanum Martis, Corseult,

> et à Condate, Rennes ; l'autre conduisait au pays des Osis- 3 miens, et jusqu'aux extrémités de l'Armorique.... Ces routes, » connues dans le pays sous les noms de chemin Noë, chemin- -» chaussé, chemin des Romains, sont encore entières en bien » des endroits, et si solides qu'elles demeurent sèches même en » hiver. On les suit pendant 3 ou 4 lieues et on les retrouve de » distance en distance, surtout la seconde (2). :»

D. Lobineau semble avoir été le premier à signaler les ruines romaines d'Erquy et à identifier cette localité avec Reginea; le président de Robien. et le P. Montfaucon partagèrent le même avis ; tous deux ont reproduit les dessins et le plan du temple d'Erquy ; « le P. Monfaucon nous a donné, dit le président de » Robien, la description du temple d'Erquy. Il la doit, nous f apprend-il, aux soins de D. Lobineau, qui la lui avait envoyée

> avec le plan de l'enceinte des murs, qui sont à présent ruinés » *et dont il ne reste que quelques pans.... Ce temple, qui est à » l'un des angles de l!enceinte, est octogone ; il a 5 toises et demie » de diamètre, y compris l'épaisseur des murs. A.u dedans delà » première enceinte des murs du temple, il y en a une autre, » aussi octogone, qui laisse, entre-deux, une petite allée d'environ ]> 3 pieds de largeur. A l'autre angle de la même grande enceinte, » mais en dedans il y a un autre petit temple rond, qui n'a pas

> plus de 3 toises de diamètre, sans y comprendre les murs.... » L'issue de ces temples est hors de la grande enceinte , qui à » 24 toises de longueur sur i 7 toises de largeur : c'était appa- » remment le lieu ou s'assemblait le peuple... Par les recherches

(1) I6ùi. On y a de nouveau^ en 1832, découvert une mosaïque bien entière, mais qui malheureusement fut détruite.

(2) Journal le Çreton dç gantes, numéro du 8 novembre 1827.

» que j'ai faites, dLÎoute le président de Robien, j'ai découvert » que le temple était pavé d'une mosaïque, qui a été détruite par » les habitants (1). »

D'Anville identifie Reginea avec Erquy. Deric, dans son Introduction à l'Histoire ecclésiastique de Bretagne^ Ruflelet dans ses Annales Briochines ont suivi le même sentiment.

L'ingénieur Ogée, qui écrivait à peu près ^i la même époque que Deric fixa aussi remplacement de Reginea à Erquy (2).

M. Bizeul, d'après sa méthode, qui consistait à « laisser là les

> livres et à aller uniquement chercher sur notre sol cette his- • toire armorico-romaine qui nous manquait (3). » M. Bizeul alla chercher Reginea à Erquy, mais il n'y trouva, dit-il, « qu'une » déception profonde ; il n'y vit qu'une simple maison de cam- ]» pagne, et n'y aperçut pas trace de la voie romaine (4) indiquée » par d'Anville et par tous ceux qui ont parlé de cette localité,

> après ce géographe (5). » Cependant, par un retour inattendu, il revient aux livres, s'adresse à la Table de Peutinger et à d'Anville : «. Presque tout dans cette carte est problémathique (6) » et « ce que dit d'Anville, que Reginea était un port de mer, » semble contredit par la carte de Peutinger elle-même (7)....

> II a été le premier à placer Reginea à Erquy, et je crois qu'il ) y a été principalement amené par cette analogie qui, dit-il, » subsiste entre le nom actuel d'Erquy et Tancienne dénomina- » tion de Reginea^ analogie que je découvre, je l'avoue, avec un » peu de difficulté (8). > M. Bizeul a connu tous les renseignements et tous les témoignages qui précèdent ; il les a cités plus longuement même que nous, mais il ne lui ont pas semblé suffisants pour l'amener à l'opinion de Lobineau, de d'Anville, de

(1) Robien, Manuscrit, Bibliot. de Rennes, chap. ti.

(2) Ogée parle d'après Texamen des lieux qu'il a fait lui-même, de vestiges de murs anciens, où Ton trouve des monnaies et du pavé eu mosaïque.

(3) Bizeul, BuUet. de l'Assoc. bret., t. I, Mémoires, p. 4.

(4) Ibid., t. m, p. 64 et 67.

(5) Ibid,, t. A/I, p. 72.

(6) Ibid., U m, pp. 56, 57.

(7) Ibid., p. 57.

(8; Ibid., p. 57.

Deric, de Ruffelet, d'Ogée, et à leurs conclusions, voici ce qu'il nous propose de substituer : c En voilà bien assez pour convain- :» cre les plus incrédules, qu'il a existé à Erquy un établissement » romain. Cependant je trouve qu'il nous manque un renséigne- 3 ment très nécessaire pour que nous puissidhs bien juger de ï l'importance de cet établissement : c'est l'étendue et la confi- » guration du terrain où ont été rencontrées les substructions, » et que couvrent encore tous les débris très caractérisés dont » nous avons parlé. A défaut de cette explication ne pourrait-on » pas se borner à croire que les ruines du Pussoir ne sont autre » chose que celles d'une villa romaine, et non pas d'une ville

> dans le propre sens de ce mot (4)? »

Tout en rendant hommage, au commencement de cette étude, à la science et au zèle de M. Bizeul pour l'avancement de nos études historiques, nous lui avons adressé cette critique qu'il se laissait dominer par des préjugés excessifs contre des auteurs qui, pour s'être parfois trompés, n'en ont pas moins fait souvent preuve d'une science etd'une sagacité incontestables. Nous avons cru devoir justifier ce reproche et nous pensons y avoir réussi.

Pour nous, nous adoptons sans réserve l'opinion de ces auteurs, que d'Anville résume ainsi : c Tout ce qui convient aux If circonstances de cette position, l'analogie même du nom avec

> l'ancienne dénomination de Reginea, se retrouvent dans Erquy. » Tout autre point maritime de la Bretagne paraît trop près ou

> trop loin de Rennes. Il est évident aussi, à l'inspection de la » Table, qu'on ne peut chercher Reginea qu'au terme li'une

> route qui rencontre le bord de la mer (2). »

Avant de terminer ce qui concerne Erquy, nous croyons intéressant de signaler un ouvrage de fortification en terre, situé à l'extrémité de la Pointe de la Garenne, à un kilomètre au nord du bourg d'Erquy, et qui est appelé dans le pays, le Chastelier. Cette fortification est assise sur une sorte de promontoire défendu de trois côtés par des pentes abruptes, et du côté de l'intérieur des terres, par une double ligne de larges remparts, séparés par une douzaine de mèti'ès et se développant sur une longueur de

(1) Bizeul, BuU. de TAssoc. bret., t. III, p. 63.

(2) D'Anville, Notice des Gaules, au mot Reginea. Le dernier fait indi(iué par d'Anville saute aux yeux, quoiqu'en puisse dire M. Bizeul, à la simple inspection de la Carte de Peutin^^er.

7 à 800 mètres, avec un fossé extérieur (1). Ces lignes traversent le promontoire et descendept, sur ses flancs, jusqu'à la plage. Est-ce l'assiette d'un antique oppidum, ou d'un camp romain destiné à la défense des côtes? Ce fut peut-être l'un et l'autre.

Il existe de nombreux vestiges antiques et importants dans cette partie de la Bretagne. Le Président de Robien en indique dans les communes de PlébouUe et de Pléhérel, la première située à l' ouest-nord-ouest de Matignon, sur la rive droite du cours d'eau nommé le Frémur ; la seconde sur sa rive opposée au midi du cap Fréhel : c Dans le mur de l'église de Pléboulle, » dit M. de Robien, est enclavé un buste de Mercure. »

> Un grand nombre de fragments de colonnes et de restes » d'autels qui se voient dans ces deux paroisses, montrent qu'il » y avait anciennement, dans ces lieux, quelques temples con- » sacrés aux fausses divinités (2). » Nous avouons ne connaître ces curieux détails que par le témoignage du savant Président.

Lorsque nous aurons dit quelques mots de Duretie et de Sipia, nous aurons épuisé la série des points géographiques au sujet desquels les. Tables de Holémée et la Carte de Peutinger nous fournissent des éléments de détermination.

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