CHAPITRE V
Éléments itinéraires
Duretie. — La Carte de Peutinger indique une voie romaine qui de Portu^Namnetum conduisait jusqu'à l'extrémité de la
(l)Habasque, Not. hist. sur les Côles-du-Nord, t. III, p. 125. (2) Président de Robien, Manusc. de la biMiot. de Rennes, p. 21.
Bretagne, en passant par Duretie, Dartoritum, Sulim, Vorgium, et aboutissait enfin au rivage de la mer (1). Entre Nantes et Vannes, il est un pointqui fixe immédiatement notre attention, et qui répond aux conditions déterminantes, aussi bien par Timportance des vestiges romains qu'on y rencontre, que par la concordance approximative des distances sur la carte, avec celle des distances indiquées par la Table de Peutinger (2) : c'est rancienne ville de Rieux, située sur le bord de la rivière de Vilaine, et dont les siècles, il est vrai, ont bien diminué l'importance ; mais, une tradition ancienne et persistante affirme l'existence d'une ville en ce lieu, c Rieux était une ville considérable autre- » fois, dit le vieil Ogée (3), par l'avantage de sa situation, par :» ses fortifications, et pp^ un château très fort qui dominait » le cours de la Vilaine. 11 ne reste plus qu'un des fauxbourgs » qui porte encore le nom de ville ; la charrue passe maintenant » sur les anciens murs. Il existait, sur la Vilaine, un pont de > bois qui se rompait apparemment pour laisser un passage » libre aux navires, et qui subsistait encore en 4543 (4). » Ce qui semble prouver qu'il était en charpente, c'est qu'on aperçoit encore plusieurs rangs de pieux de bois, qui, à basse mer, se montrent sur le rivage, et se continuent, dit-on, sous l'eau, de manière à gêner encore la remontée des plus forts navires. Le château de Rieux était assis sur un monticule défendu de trois côtés par la Vilaine, puis par un petit cours d'eau,, qui se jette daps cette rivière. « Il y avait autrefois, dit encore le vieil Ogée, D un port ou bassin sous le château, mais il est transformé » depuis bien longtemps en marais et prairies. » Sur la rive gauche de la Vilaine, dans le territoire de la commune de Fégréac, se rencontrent, en grande abondance, les débris romains et, dit encore Ogée, {< de l'extrémité du pont, et en face du château, » part un chemin pavé qui tendait dé Rieux vers Fégréac. Ce » grand chemin doit être de construction romaine ; il ressemble
(i)A ùesocribaté.
(â) D^Anviile, Notice des Gaules, au mot Duretie.
(3) Ogée, Diction, de Bret., t. H, p. 678.
(4) Â cette époque il fut remplacé par un bac. c Le bac qui lui a été subs- Y titué, dit Caylus, porte encore le nom de passage du Pont. » Caylus, t. VI, p. 172.
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» parfaitement aux autres ouvrages qui nous restent de ces con- . > quérants. Il sortait, dit-on, de Nantes, passait le pont de Rieux ) et aboutissait à Vannes (1). »
Ajoutons que ce pont se trouvait placé sur la ligne directe de Dartoritum, Vannes, à Juliomagus, Angers.
Sipia. — La même Carte de Peutinger nous indique sur une voie allant de Condate, Rennes, à Juliomagus, Angers, la station romaine de Sipia ; et la distance marquée xvi lieues gauloises, entre Condate et Sipia, nous conduit au passage d'une petite rivière nommée la Seiche, au lieu qui est appelé Visseiche (2).
Des vestiges romains abondants confirment cette identification : on a en effet trouvé souvent dans le bourg, ou dans ses environs, des cercueils en calcaire coquiller ; et, dans le cimetière actuel, entre le bourg et la rivière, on rencontre parfois des substructions appareillées et cimentées à la romaine. On y a signalé aussi de ces foyers ou fourneaux iu:xtaposés à un grand réservoir de chaleur dont Taire supérieure, en briques et béton, est supportée par de petits piliers carrés en briques, et qu'on nomme hypocaustes. Ces hypocaustes appartenaient sans doute à des balnéaires.
En 1443, le pont de Visseiche fut le théâtre d'une bataille entre Robert, comt^ de Vitré et Conan III, duc de Bretagne. Conan fut battu et poussé jusqu^à Châteaugiron. Si nous citons ce fait, c'est pour l'accompagner d'une remarque qui n'est pas étrangère à la recherche et à l'étude des voies romaines : jusque vers le xii« siècle, les marches des armées suivent souvent la direction de ces routes antiques qui étaient encore presque les seules voies importantes de communication.
(1) Diction. d'Ogée, t. If, p. 678.
(2) D'Anville, Notice des Gaules.