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CHAPITRE VI

Établissement et situation ^des garnisons romaines sur h

littoral de la Bretagne

Après avoir puisé dans les Tables de Ptolémée, dans les itinéraires romains, les éléments qui pouvaient servir à notre étude géographique, et les avojr complétés et confirmés, suivant le besoin, par les données archéologiques, nous rencontrons, devant nous, la Notice des Dignités de l'Empire, ce mémorial civil et militaire des derniers temps de l'occupation romaine, indiquant les corps de troupes qui occupaient la Bretagne, vers la fin du IV® siècle, ainsi que les principales villes ou stations où ils résidaient.

L'état de chose constaté par la Notice ne datait pas alors d'une époque très ancienne, et avait été motivé par les grands événements des ni® et iv« siècles, dont nous avons déjà dit un mot au sujet du castellum de Brest. Il est naturel de penser et il y a des raisons de croire qu'à la suite de la soumission des peuples de la péninsule armoricaine, les troupes de l'Empire s'établirent d'une manière permanente dans les chefs-lieux des cités, à Condate, à Vorganium, à Dariorigum, et dans cette ville dont le nom primitif nous reste inconnu, et qui devait être nommée bientôt Fanum Martis Curiosolitarum ; de même k Condivicnum. Nous avons remarqué déjà, et nous rappelons que les assiettes de ces villes ont partout fourni des monnaies du haut Empire, dans une certaine abondance, tandis que les autres stations et le reste du territoire nous donnent presque toujours des monnaies du iii« siècle. Cependant la Notice des Dignités de l'Empire nous montre les troupes romaines cantonnées presqu'exclusivement sur le littoral armoricain.

C'est qu'entre l'époque de la conquête des Gaules, par Jules César, et les m® et iv« siècles^ les conditions de l'occupation et

OÉOGAAPms Ùt LA PÉNINSULE ARMÛtUGAiNfi 81

de la défense du pays avaient été profondément modifiées. Dès le temps de la première apparition du conquérant sur le Rhin, les peuples de la rive droite de ce fleuve cherchaient incessamment à pénétrer dans les Gaules, et dès lors commença, entre Rome et la Germanie, la lutte, plusieurs fois séculaire, qui ne devait s'achever que par la ruine de l'empire romain ; mais, durant longtemps, la défense des frontières fut tout entière sur le Rhin, et l'habile politique d'Auguste, secondée par celle d'Âgrippa, transportait déjà les Ubiens et les Sicanibres (1) de la rive droite sur la rive gauche du fleuve, afin que la frontière de l'Empire fut défendue par des barbares contre les barbares (2). Rome sut tirer, dès le commencement, un immense parti de ce danger perpétuel des invasions germaines : c Ce n'est pas pour ik la sécurité de l'Italie, disait Géréalis, l'un des généraux de

> Vespasien, aux Sénateurs de Langres et à ceux de Trêves, que 3 nous avons établi tant de postes et fortifié des camps le long ) du Rhin, c'est dans la crainte qu'un roi barbare, qu'un nouvel

> Arioviste ne se fasse le tyran des Gaules..,. Croyez-vous que

> les peuples d'au delà du Rhin aient plus d'amitié pour vous que

> leurs ancêtres n'en avaient pour les vôtres, et qu'ils viennent

> jamais dans les Gaules à dessein de vous secourir ? Non, toutes » les fois qu'ils y mettront le pied, ce sera pour satisfaire leur

> avidité et leurs convoitises ; ce sera dans le but de s'emparer

> d'un pays meilleur que celui qu'ils habitent, ce sera pour 3 sortir de leurs déserts et de leurs marécages, et se transplanter y dans vos fertiles contrées, qu'ils vous contraindront bientôt à » cultiver à leur profit (3). > En même tamps que la politique romaine animait les Gaulois contre les peuples d'outre-Rhin, elle se servait de ces derniers pour défendre et affermir son autorité à l'intérieur de la Gaule, en y transportant, sur certains points, des peuplades de la Germanie (4). On voit entr'autres l'empereur

(1) âtrab. , Vf. Dio Cass., 54. Tac, ann. H, 26. ,

(â) Ces déplacements, du reste, étaient familiers aui Romains et faciles à imposer à des peuples qui ne connaissaient point l'appropriation du sol. Caçs. YI, 22. tac. Germ., 26.

(3) Tacit. hist., 1. IV.

(4) « Les Ubiens passèrent anciennement le Rhin, et sur la preuve acquise I de leur fidélité, ils furent placés au bord même du fleuve, comme défenseurs » et non comme prisonniers. )> Tac. Mor. Germ. XXVIII et XXIX.

Arch. 6

Maximien donner à cultiver les champs abandonnés, dans le pays des Nerviens et dans celui des Trévires, à des tribus de Francs, admis sous les lois de l'Empire (i).

Ainsi était à la fois retardée et rendue, s'il était possible, plus inévitable, pour l'avenir, la grande invasion, qui devait^ au comm^icement du v« siècle, inonder comme un torrent toute l'Europe occidentale.

Tandis que les tribus germaines de l'intérieur débordaient sur la Gaule, les tribus maritimes du nord, s'élançant sur leurs barques, allaient à l'aventure chercher place au soleil sur les côtes de l'Empire, ou faire au moins, des richesses d'une civilisation avancée, qu'elles commençaient à connaître, une abondaitfe moisson.

Vers le milieu du in« siècle, ce n'était plus l'arrivée d'une barque de pirates, c'était celle d'une véritable flotte, dont les audacieux navigateurs, comme une. bande d'oiseaux de proie, venaient jeter sur les côtes armoricaines l'époiçrante et la désolation.

L'an 286, Dioclétien, pour réprimer ces invasions et ces ravages, jeta les yeux sur un chef nommé Carausius, qui s'était distingué dans la guerre contre les Bagaudes, et qui s'était dès sa jeunesse familiarisé avec les choses de la mer ; il l'investit du commandement d'une flotte chargée de défendre les côtes de la Gaule, celles de la Bretagne, et de purger la mer des pirates Franct et Saxons qui l'infestaient incessamment (2). Ce fut sans doute vers le même temps que les troupes romaines, cantonnées dans les villes de l'intérieur, furent placées sur les points les plus importants de la frontière maritime, ou à l'embouchure des principaux fleuves, que les habiles et audacieux pirates (3) ne craignaient pas de remonter pour porter, dans l'intérieur du pays, leurs in-

(i) Eumen in paueg. Constantii Chlori, c. 111. c Quid loqiiar FrancoroA f nationes... ab ultimis barbarise littoribus avulsas, ut in desertis Galliae regio* Y nibus collocatae, et pacem imperii romani cuitu juvarent, et arma delecto. i Eamén. in paneg. Constantim-magni, c. vi.

(2) c Carausius... cum apad Bononiam, per tractum Belgicae et ArtaoncB » pacandum accepisset, quod Franci et Saxones infestabant... » Eutrop., fiist. rom., 1. IX.

(3) c Quorum quot remigès videris, totidem te cemere putes archi-pir^as. > Sid. Apollin., 1. III, ep. 6.

cursions et leurs pillages. Il n'y a pas lieu de douter, non plut, que les romains, comme ils avaient dès longtemps établi des camps et des forts sur la ligne du Rhin (i), édifièrent des cila-^ délies aux points les plus vulnérables de notre littoral : telle est, on Ta vu, l'origine que nous avons cru pouvoir attribuer «u cattellum de Brest, autour duquel, nous l'avons dit, n'ont jamais été reconnus les vestiges d'une ville antique.

Garausius qui, si nous en croyons Eutrope, n'était loi^^méifte qu'un forban, après avoir couru sus aux pirates et les avoir souvent dépouillés de leur butin, loin d'en faire la restitution aux provinciaux qui avaient été pillés, ou aux empereurs, fut soupçonné de laisser à dessein passer les barbares, pour les dépouiller lui-même à leur retour et amassar ainsi des richesses (2). Maximien donna l'ordre de tuer Garausius, mais celui*(â prit aussitôt la pourpre et passa dans l'Ile de Bretagne, dont il s'eo^ para. Nous n'avons point à l'y suivre en ce moment, mais H était nécessaire, croyons^nous, pour éclairer la recherche des stations ou garnisons romaines, dans la presqu'île armoricaine, de faire connaître à la suite de quelles circonstances et sous l'empire de quels événements leur choix avait été déterminé.

Nous avons vu de bonne heure les Sieamhres et les PrcuiCM entrer en scène, et tenter de forcer le passage du Rhin, pour pénétrer à l'intérieur de la Gaule ; nous voyons maintenant les Francs toujours et les Saxons envahir nos côtes, où ces denaiers finiront même par fonder plusieurs établissements, sur les rivages de la Manche, et jusqu'à l'embouchure de la Loire.^

Bien que la Notice des Dignités ne suive pas un ordre rigou^^ reusement exact dans l'énumération des corps de troupe casvtonnés dans le Tractus armoricanus, elle ne parait guèm s'i

(1) Posthume avait fait, pendant les sept années de son régne, construire des forts sur les bords du Rhin, sur le territoire des barbares. A la mort de Pos* thume, les Germains les avaient incendiés et ruinés. Lollien les restaura. Treb» Poil, tregint. tyrann. IV, vit. Loliian.

Probus en augmenta le nombre et y construisit même des villes romaines. FI. Vopisci, vit. Probi.

(2) c Garausius... barbaris sœpe-captis, nec praedâ intégra nec provincialibus » aut imperatoribus missâ, cum suspicio esse cœpisset consulta ab eo admitti » barbares, ut transeuntes cum prseda exciperet, atq^e hac occasione ditaretur. » Eutrop., Hist. rom., 1. IX.

éloigner (1) surtout, comme cela est naturel, en ce qui concerne le littoral. Elle commence par les noms de garnison de la 3« Lyonnaise, c'est-à-<lire, à la Loire, qui en forme la limite méridionale, et continue ensuite par ceux de la 2« Lyonnaise : c'est d'abord Grannona, in littore saxonico ; viennent ensuite BUibia, Veneium, OHsmii, Mannatùzs et Aletum ; ici commence la ^ Lyonnaise, dont les garnisons sont Constantia, Rothomagus, Abrincatœ, Granrumum, etc....

n est évident pour nous, quelque soit le rapport entre les deux noms Grannona et Grannonum, que la terminaison latine distinguait du reste à merveille, qu'ils s'appliquaient à deux localités différentes : Grannona était située dans la 3», et Grannor num dans la 2« Lyonnaise.

Les identités universellement admises de plusieurs des noms de la 3^ Lyonnaise, avec les noms modernes, prouvent, ainsi que nous l'avons dit, que la Notice, partant de la Loire, suit les contours de notre presqu'île, et pénètre ensuite dans la presqu'île du Cotentiny à partir de Constantia,

L'énumération de la Notice, nous y insistons, commence à la Loire, et le premier nom indiqué est celui de Grannona dont la situation, vers l'embouchure de la Loire, se justifie pleinement par les considérations indiquées ci-dessus. Puis viennent successivement Blabia (Blavet), à l'embouchure de la rivière du même nom, sur le cours supérieur de laquelle est situé Sulitn (Gastennec) ; un peu plus dans les terres, au fond du golfe du Morbihan, Viçnctum (Vannes) ; Osismii, près de Saint-Pol de Léon; Mannatias,k Gosguéodet et Aletum, à Âlet. Ici donc commence la 2« Lyonnaise avec Constantia, Coutances et Chrannohum^ Granville.

Observons que la Notice indique, selon nous, avec une clarté qui n'a pas été remarquée, que ni Blabia (2) ni aucune autre

(1) La presqu'île armoricaine, qui seule nous occupe, faisait partie de la 8* Lyonnaise, dont elle comprenait cinq cités, celles des Namnètea, des Redont, des ÇuriosolUe^, des Vénètea et des Osaismiens. Les garnisons distribuées autour de son littoral sont au nombre de six, Grannona, Blabia, Venetum^ Oiismii, Mannatiae et Aletum.

L^Ârmofique comprenait toute la Gaule occidentale entre la Garonne et la Seine. Walcken., t. U, p. 430.

(2) Si Ton avait donné toute la valeur qu'il a, selon nous, au texte de la Notice il ne serait venu à Tidée de personne de placer notre Blabia à Blaye.

garnison ne peut ôtre cherchée, au midi de la Loire, en dehors de la 3» Lyonnaise. L'énumération achevée, en effet, la Notice continue ainsi : c Extenditur tamen Tractus Armoricani et Ner- » vicani limitis per provincias quinqûe : per Aquitaniam primam ) et secundam, Senoniam, secundam Lugdunensemettertiam. » Ainsi donc, de ce grand commandement armorique, qui s'étendait de la Garonne jusqu'à la Seine il), les provinces Lyonî* naises, 2*, 3« et 4«, les plus menacées avec les Belgiques, par les invasions des Francs et des Saxons, étaient défendues par de nombreuses garnisons ; il semble, au contraire, qu'au temps de la rédaction de la Notice, les deux Aquitaines, qui faisaient partie du même commandement, n'étaient pas encore au même degré en butte aux entreprises des pirates, car le silence de la Notice £aiit penser qu'elles étaient dépourvues de garnisons, sur le littoral.

Grannona. —Le tribun de la l»*» cohorte de la Nouvelle- Armorique stationnait à Chrannona^ sur le rivage saxonique. C'est avec raison, selon nous, que Adrien de Valois place Grannona, à Guérande, près de l'embouchure de la Loire et au bord de la mer, dans l'ancien diocèse déliantes ; la sagacité de d'Anville, au contraire, nous semble complètement en défaut, lorsqu'il place Grannona à Port-en-Bessin,danslaNormandie. Ilfondecette opinion sur rindication que donne Grégoire de Tours d'une colonie de Saxons fixée aux environs de Bayeux, et il n'ignore pas cependant qu'ti y avait également des Saxons dans le pays de Guérande, puisque « Félix, » évêque de Nantes, qui vivait au commencement du vi« siècle, » en attira, dit-il, un grand nombre au christianisme, ainsi que » nous l'apprenons de Fortunat (2). » D'An ville nous semble induit en erreur, sur ce point, par l'interprétation qu'il croit devoir faire d'un fragment de la chronique de Nantes, du quel il lui parait résulter que le nom de Gtfsrrandia n'aurait été donné à Guérande que postérieurement à un nom plus ancien, celui i'Aula Quiriaca (3). Ce dernier nom n'indique point une ville, mais une simple résidence « la Cour de Quiriac. >

(1) Nous apprenons de Pline que TAquitaine avait été primitivement appelée Annorique, vraisemblablement à l'époque où les Carthaginois et les Grecs commençaient à explorer les côtes occidentales de la Gaule. Pline, 1. IV, c. 31.

(2) Fortunat. carm., 1. III.

(3) c Gislardus, quem Nomenoïus rex episcopum namnetensem instituerat,

Le Bon /V^alekenaer place Grannona à Gray près du havre de Benûère^ sans aucune apparence de raison, et il faut même lui r^rocber ici d'avoir affirmé Tordre suivi par la Notice (1) et de D'eo avoir t^iu aucun.compte dans la circonstance. M. Desjardins, comme Adrien de Valois, identifie Grannona avec Guérande, et, seloii Dousy il est dans le vrai. MM. le lieutenant de vaisseau Martin, et Tingénieur Kerviler le placent à Cils, à. 2 kilomètres à Touest de Guérande, où ont été découvertes d'importantes antiquités romaines, et ils n'ont peut-être pas tort. Sur le coteau de Crainaguen, à 1 kilomètre de la ville, on trouve journellement aussi de» monnaies romaines, dont k s plus anciennes remontent & Tibère ; plusieurs sont en or (2).

C'étaient là, au moins, les dépendances de Grannona, Sans qu'on puisse tirer une preuve concluante de la ressemblance des deux noms Grannona et Guérande, il y a lieu pourtant, selon nous, d'en tenir quelque compte. La Notice indique plus loin une autre station du nom de Grannonum qu'ils ont cru pouvoir confondre avec la précédente ; c'est là une erreur évidente ; il n'est pas dooteux qu'il faut chercher Grannonum sur les côtes de la Normandie. D'Anville et Walckenaer, avec lesquels nous ne nous aecordons pas, d'ailleurs, n'ont pas hésité du moins à faire cette distinction.

Blabia. — M. le B^'^ Walckenaer applique le nom de Blabia de la Notice à Blaye, sur la Garonne, et commet là à la fois une confusion et une erreur. Nous n'avons pas mieux à faire ici que de citer l'opinion de d'Anville que nous partageons absolument : € nous avons, dit-il, deux positions différentes sous ce nom, car :» je pense, avec M. de Valois, qu'il ne faut pas confondre Bla- "ù bia (9), dont la Notice de l'Empire fait mention comme d'un > poste sous les ordres du général de l'Armorique, avec Blaye » sur la Garonne. Ce lieu de Blabia étant cité avec les villes des

» apud Aulam Quiriacam, quae, ab îpsis Britahnis illius loci incoUs, nunc » Guerandia nuncapatur) hospitatus est. » Chron. Namn. ap. Lob.

(i) Widcken., t. II, p. 430.

(2) Bictionn. d'Ogée, 1. 1, p. 325.

(3) La Table de Peatinger donne à Blaye le nom de Blavia, non celui de BUihia, Le géographe anonyme de Hayenne, de même. ^Etbicus dit ^lavutum,

GÉOGRAPHIE DE LA PÉtYINSULE ARMORICAINE 87

3 Veneti et des Osismii, il ne convient pas de le transporter dans 1 une autre contrée et ailleurs qu'au port formé par la rivière de 1 Blavet, sur la côte de la Bretagne (1). > C'est au commencement du xvir siècle seulement qu'à été donné le nom de Port-Louis à ce lieu, qui s'appelait auparavant Blavet, port de Blavet (2). La confusion dans laquelle est tombée M. Walckenaer n'eut pas été possible, si il avait remarqué que les lieux cités par la Notice dans rArmoricanit$ Trctctiis sont renfermés dans la province Lyonnaise seconde et dans la troisième (3), ce que confirme son texte même. Nous y insistons ; en effet, après l'énumération des lieux où résidaient des troupes romaines, dans la 2* et 3« Lyonnaise, la Notice ajoute : « Cependant le Tractus Armoricani et » Nervicani limitis comprend aussi l'Aquitaine première, et la > seconde, la Senonie, etc.

Quoique Ogée ait assuré qu'on ne trouvait à Port-Louis nulle trace des romains, on y a rencontré, à notre connaissance, et à plusieurs reprises, des monnaies romaines et des débris divers, de même origine (4). En 1851, les paludiers de la nouvelle saline de Kersahut^ près de Gâvre, en détruisant un monticule de terre rapportée, afin de niveler le terrain, ont découvert un vase en terre cuite, renfermant 300 pièces de monnaies, en cuivre, et de différents modules, à l'effigie des empereurs Sévère (m. 211), Dioclétien (c. 304), Maximien (304), Constance (306), Constantin (337) (5). L'année précédente, ils avaient

(1) DAnville, Notice, au mot Blabia.

[ ^2) Avant 1618, « Thévet (Cosmogr. t. Il, 1. xv, p. 600) fait mention du port

) de Blavet, dans le dénombrement qu'il fait des villes de la Bretagne, en 1575. » M. dé la Sauvagère, Rec. d'ahtiq. dans les Gaules, p. 316.

(3) D'Anville, Notice, p. 359. c Certe, dit Adrien de Valois, in tractu Armori- » cano, Venetos, Osismios, Manriatias, Aletum... ponit Noticia ipsaimperii* » qu» ocnnia loca sunt pars Lugdunensis secundse, pars tertiae, inter Ligerim ) et Sequanam ; à quibus plurimum abest Blavia castrum Aquitania Garumnae « adsitum. y

€ Itaque crediderim Blavitam castrum Armoricae maritimum, quod et'Blave- » tum nomine fluvii sui appellant, ibi designari. » Hadrian. Vales. Notic, p. 89.

(4) On a trouvé, dans la grève de Locmalo, une figurine enterre cuite représentant une femme allaitant deux enfants.

(5) Les monnaies trouvées i Port-Louis, à notre connaissance, ne remontaient pas au-delà du iri* siècle.

trouvé, dans le même endroit, un assez grand nombre de vases,en terre cuite également d'oiigine romaine et dans un état parfait de conservation. Enfin deux voies romaines au moins y tendaient, Tune se détachant, près d'Auray, de la voie de Dartoritum (Vannes), à Aquilonia (Quimper), Tautre venant de Carhaix (Vorgium). /

Blabia était la résidence du préfet ou commandant des soldats Carrotietises, ou CamotenseSy selon d'autres manuscrits (1).

Après nous avoir conduits & Port-Louis, la Notice de TEmpire rétrograde un peâ pour nous indiquer, à l'intérieur des terres, la résidence du préfet ou commandant des Maures-Vénètes à Vannes (Venetis).

Venetuxn. — ' L'identité du Venetum de 3a Notice avec le Dartoritum de la carte de Peutinger ne peut être l'objet d'aucun doute. On sait que, dans le courant du ly® siècle, l'usage prévalut généralement, pour rendre plus brèves les désignations géographique, de n'appliquer plus aux villes, que le nom des peuples, dont elles étaient les capitales : ainsi, Redones, au lieu de Cmtdate Redonum, et Venetum, au lieu de Dartoritum Venetorum (2). C'est vraisemblablement dans le cours du iv® siècle que la ville de Venetum fut ceinte de murailles, dont leâ restes importants pnt duré jusqu'à nos jours. Les invasions partielles des barbares et les dévastations qui en étaient la suite, devenaient de jour en jour plus nombreuses et plus redoutables. Il se fit en Gaule quelque chose d'analogue h ce qu'on nomme, en guerre, armements précipités : des remparts furent élevés à la hâte, autour des villes, avec tous les matériaux, sans distinction, qu'on avait sous la main. On ne saurait, en effet, expliquer autrement un fait constaté presque partout où ont été démolies entièrement ces antiques murailles des villes gallo-romaines. Parmi les blocs qui en formaient les premières assises, les fondements, on rencontre dés fragments sculptés, portant parfois des inscriptions, des chapiteaux, des fûts de colonnes, ayant appart*înu sans doute à

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