TRANSITION FINALE
Octobre. — Êpanchement total. Cheminons appuyés l'un sur l'autre, mon cher philosophe; laissons le temps nous guider et nous faire. (Sa lettre du i Octobre.)
Vos lettres me font toujours du plaisir et du bien. . . Adieu, cher homme, aimez-moi, et soyez sûr que je vous le rends bien. (Sa lettre du 18 Octobre.)
Il faut à notre espèce, plus qu'aux autres, des devoirs pour faire de.:- sentiments. (Sa lettre du 25 Octobre.)
Voilà ce que je comprends le mieux du dixneuvième siècle: c'est la tendance universelle des êtres vers la raison toute simple. En voyant les plus modestes intelligences participer naturellement et sans effi rts à toutes les clartés obtenues, je sens chaque jour davantage que la science a seulement besoin de résider au sommet des sociétés pour les enrichir tout entières: et, ma foi, je me console de n'être pas initiée aux merveilles
JS PRIÈRES QUOTIDIENKES
du carré de Fhypothénuse. (Sa lettre du 30 Octobre.)
Novembre. — Abandon sans réserve. S'il vous fallait ne m'aimer qu'un quart d'heure par jour pour votre repos, je souhaiterais, de tout mon cœur, que la chose eût lieu demain. (Sa lettre du 2 Novembre.)
Je me chauffe et je me vêtis en femme délicate, grâce à vous. (Sa lettre du 8 Novembre.)
A vous, en retour, la pensée si douce d'avoir ranimé un être anéanti, d'avoir versé du baume dans un cœur ulcéré ! (Sa lettre du 9 Novembre.)
Que ne suis-je sûre de vous rendre heureux par des liens plus intimes! je n'hésiterais pas à les former. (Sa lettre du 18 Novembre.)
Vous êtes le meilleur des hommes; vous avez été pour moi un ami incomparable; et je m'honore, autant que je me tiens heureuse de votre attachement. (Sa lettre du 28 Novembre.)
C'est donc uniquement à vous, ma Clotilde, que je devrai de ne pas quitter la vie sans avoir dignement éprouvé les meilleures émotions de la nature humaine. (Ma lettre du 2-4 Novembre.)
Décembre. — Familiarité continue. Rallions-nous habituellement, ma Lucie, à ces su-
PRIÈRES QUOTIDIENNES Jy
blimes conceptions, qui rattachent directement notre affection mutuelle à l'ensemble de l'évolution humaine. (Ma lettre du 9 Décembre.)
Comptez sur l'attachement le plus tendre que je puisse éprouver. . . J'ai pour vous aujourd'hui plus que le cœur d'une parente... Il faut ne pouvoir pas vous rendre heureux pour ne pas le faire. . . Quel que soit notre sort, j'espère que la mort seule rompra le lien fondé sur mon affection, mon estime et mon respect. (Sa lettre du 10 Décembre.)
Cette incomparable année a fait surgir en moi le seul amour, à la fois pur et profond, que comportât ma destinée. L'excellence de l'être adoré permet à ma maturité, mieux traitée que ma jeunesse, d'entrevoir, dans toute sa plénitude, le vrai bonheur humain. (Ma lettre du 26 Décembre.)
ÉTAT NORMAL {Images espéciales et fixes)
Janvier. — Intimité complète. Vous avez le cœur d'un chevalier, mon excellent philosophe. (Sa lettre du 18 Janvier.)
Nous avons tous encore un pied en l'air sur
gO TRIERES QUOTIDIENNES
le seuil da la vérité... Je ne peux puiser ma morale que dans mon cœur, et l' édifier que sur le pur sentiment. C'est assez le lot d'une femme, au reste. Elle gagne à marcher modestement dernière le convoi des novateurs, dût-elle y perdre un peu de son élan. . . Si j'étais un homme, vous auriez en moi un disciple enthousiaste: je vous en offre, en indemnité, une sincère admiratrice. (Sa lettre du 15 Janvier.)
Votre noble ascendant a profondément lié l'essor habituel de mes plus hautes pensées à celui de mes plus tendres sentiments. Ne soyez donc pas surprise que je veuille secrètement inaugurer ce seizième service annuel par un souvenir spécial de ma bien-aimée. Cette courte effusion doit me préparer mieux au ministère que je vais remplir, en faisant spontanément prévaloir la disposition d'âme la plus favorable à mon office philosophique. (Ma lettre du 25 Janvier.)
Février. — Parfaite identité. Votre cœur est le sanctuaire où je dépose tout ce que constitue ma vie: les petits comme les grands événements, tout vous en e.-t connu; et vous savez que je n'ai encore fait de mal qu'à moi. (Sa lettre du 12 Février.)
PRIERES QUOTIDIENNE- gj
Dans mes heures de souffrance, votre image plane toujours devant moi. (Sa lettre du 23 Février.)
Les âmes ardentes et scrupuleuses rencontrent bien des Golgotha dans ce monde; mais, du moins, elles échappent souvent aux regrets comme aux remords. (Sa lettre du 24 Février.)
Mars. — Union définitive. Les méchants ont souvent plus besoin de pitié que les bons. (Sa lettre du 2 Mars.)
J'ai beaucoup de choses amicales à vous dire. Il faut que je cesse pour aujourd'hui. Recevez l'éternelle a-surance de ma tendresse. (Fin de sa 86e et dernière lettre, du 8 Mars 1846.)
Pour devenir un parfait philosophe, il me manquait surtout une passion, à la fois profonde et pure, qui me fît assez apprécier la partie affective de la nature humaine. (Ma lettre du 11 Mars.)
Au milieu des plus graves tourments que puissent jamais résulter de l'affection, je n'ai pas cessé de sentir que l'essentiel pour le bonheur c'est toujours d'avoir le cœur dignement rempli. (Ma 95e et dernière lettre, des 18 et 20 Mars 1846.)
Vous me donnerez une boucle de vos cheveux. (Son effusion verbale du 20 Mars.)
Vous m'avez aujourd'hui fait profondément sentir le prix de notre noble pureté, qui nous a permis, devant votre mère, de tenir tendrement votre main dans les miennes, pendant que je contemplais i'angélique physionomie dont l'altération passagère rend plus touchante la suave beauté. (Fin de ma dernière lettre.)
Je n'ai pas de beauté, j'ai seulement un peu d'expression. (Son effusion verbale du 22 Mars.)