‹ Comte et ClotildeChapitre 2 sur 22 · PREFACE D'AUGUSTE COMTE · texte numérisé non relu

PREFACE D'AUGUSTE COMTE

Paris, le 12 Dante 62 (samedi 27 juillet 1850).

our compléter cette dédicace exceptionnelle, je crois devoir y joindre la seule composition publiée par ma sainte collègue. Cette touchante nouvelle, dont la principale situation caractérise essentiellement la fatalité conjugale de l'infortunée Clotilde, fut insérée au feuilleton du National les 20 et 21 juin 1845. En la reproduisant ici, j'espère fournir aux juges com pétents un témoignage direct de l'éminente nature, intellectuelle et morale, de l'ange méconnu qui préside à ma seconde vie.

A la suite de cette production caractéristique, je publie ma lettre inédite sur la commémoration sociale, qui aurait paru avec la Lucie sans la coupable malveillance d'un célèbre journaliste, aujourd'hui discrédité. Cette petite composition offre un certain intérêt historique à tous ceux qui connaissent maintenant la Religion de l'Huma-

t; PRÉFACE D' AUGUSTE COMTE

nité. Ils y verront les premiers germes distincts et directs d'une immense synthèse morale et sociale surgir spontanément d'une pure effusion privée. Ma réaction normale du cœur sur l'esprit se trouvait ainsi manifestée plusieurs années avant que j'en eusse construit la théorie définitive.

Je termine ce complément naturel de ma dédicace par une canzone inédite, que MI>je de Vaux voulait placer dans sa Wïllelmine, quoiqu'elle l'eût composée en 1843. Ces gracieuses strophes, dont Pétrarque aurait peut-être envié la suavité, pourront indiquer la souplesse et la variété d'un talent appelé d'ailleurs aux plus hautes attributions. La tendance poétique de cette âme d'élite se prononçait involontairement dans ses moindres inspirations. Elle serait, par exemple, assez caractérisée d'après cette mélancolique inscription, secrètement placée, à vingtdeux ans, sur une ancienne Journée du Chrétien, que je conserve religieusement: « Souvenir prête cieux de ma jeunesse, compagnon et guide des « heures saintes qui ont sonnée pour moi, rappelle « toujours à mon cœur les cérémonies grandes et « suaves de la chapelle du couvent!... »

Page 1