L'EXEMPLE DE LA SEINE-ET-MARNE
Ce n'est qu'après une étude approfondie de la question et une expérimentation de laboratoire très poussée que ce département s’est décidé à faire table rase des anciens préjugés et a modifié ses services de désinfections en appliquant les principes indiqués plus haut.
Mais si des théories sont faciles à énoncer, si des conclusions scientifiques peuvent découler naturelle-
(C3 es
ment d'expériences correctement effectuées, de nombreuses difficultés surgissent lorsqu'il s’agit d'applications pratiques.
Tout d’abord, il a fallu que le corps médical, à qui les mesures prophylactiques en cours de maladies incombent plus particulièrement, soit mis au courant de façon scientifique des progrès réalisés dans la lutte contre les épidémies, des découvertes bactériologiques récentes et de la technique nouvelle qui en découlait.
Des articles documentés, mais simples et courts, ont permis d’arriver à ce résultat tant par la voie du Bulletin du Syndicat médical du département, que par des causeries à l’occasion de réunions professionnelles. Il est à remarquer que cette tâche s’avéra des plus faciles et que la compréhension des praticiens fut rapide et unanime.
Il fallait ensuite faire l’éducation du public et ce fut beaucoup plus difficile. Autant la désinfection terminale par fumigations avait eu de difficultés à pénétrer dens les mœurs des habitants, autant ceux- ci, se montrèrent réfractaires à la destruction de l’idée qu’on avait mis trente ans à leur inculquer.
Malgré les articles de presse, les tracts distribués lors de chaque cas de maladies contagieuses, malgré le dévouement des agents chargés de les conseiller, de nombreuses et violentes protestations ne manquèrent de s'élever dont certaines, eurent des échos véhéments auprès des Pouvoirs publics et même du
ministère. Ce n’est que grâce à une longue patience
ire
alliée à une ténacité irréductible que cette émotion se calma. Il fallut pour cela de nombreux articles de vulgarisation dans les journaux locaux, de véritables conférences aux municipalités et au corps enseignant, de longues conversations avec les plus bruyants.
En même temps que cette tâche s’accomplissait, il était nécessaire d’apporter au règlement départemental de la désinfection, les modifications qui devaient permettre, sans violer la rigide loi, l'application des nouvelles méthodes de prophylaxie.
Dans sa séance d’octobre 1928, le Conseil Général de Seine-et-Marne a décidé essentiellement que :
— le service de désinfection, placé jusque-là sous le contrôle d'un membre du Conseil Départemental d'Hygiène, dépendrait désormais du Directeur de l'Inspection Départementale d'Hygiène ;
— chaque circonscription sanitaire pourrait com prendre un ou plusieurs postes de désinfection ;
— les chefs de poste, qui étaient recrutés parmi les agents des Ponts-et- Chaussées, devraient être choisis parmi les infirmières-visiteuses
d'hygiène munies de leur diplôme d'Etat (x).
Les infirmières-visiteuses ainsi nommées chef de poste de désinfection, reçoivent par une série de conférences, d’exercices pratiques, de conseils dans
1. Dr B. Lamy. La désinfection terminale dans la lutte contre les maladies transmissibles à qui nous avons fait d’ailleurs un certain nombre d'emprunts au cours de cet exposé.
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les cas difficiles, une instruction d'autant plus facilement assimilable que leurs études antérieures les ont déjà préparées à ce rôle d’assistantes prophylactiques.
Les appareils de désinfection existants (étuves, producteurs d’aldéhylde formique, etc...) sont laissés en compte au service des Ponts et Chaussées.
Des notices dans lesquelles l'emploi du formol est banni, sont imprimées pour être remises à l’occasion de chaque cas signalé.
Ce réseau, à mailles très serrées, d’infirmières connues de la population et appréciées par les habitants, couyre ainsi sans lacune et sans fissure tout le département d’un service d’une cohésion parfaite.
Le rôle de ces dévouées auxiliaires est aussi de signaler, dès qu’elles en ont connaissance tout cas douteux apparaissant dans leur secteur ; par ce service d'alerte, d’autant plus efficace qu’il est déclanché précocement, l’inspecteur départemental d'Hygiène est tenu au courant dès son début de toute épidémie menaçant le territoire dont il a la charge. Après ce compte rendu, généralement téléphonique, mais aussi dès qu’elles sont prévenues par les services centraux avertis eux-mêmes par un maire, par un instituteur, par un habitant même, l'infirmière se rend à domicile et, d'accord avec le médecin traitant, fait appliquer à la famille les mesures de prophylaxie adaptées aux conditions locales rencontrées.
Dans les cas graves, lorsqu'il s’agit notamment d’épidémies telles que poliomyélite, typhoïde par