‹ Conception actuelle des désinfections terminalesChapitre 35 sur 37 · LEONE · texte numérisé non relu

LEONE

sodique ou d’aldéhyde formique. De toute façon, ils doivent cuire pendant une heure au moins dans une lessive au carbonate de soude. Les linges sans valeur, le coton hydrophile peuvent être facilement brûlés.

Le malade aura dès le début de son affection un matériel strictement personnel pour prendre ses repas. Les assiettes, cuillères, fourchettes seront désinfectées après usage soit par ébullition, dans une solution de carbonate de chaux, soit par trempage prolongé dans de l’eau de javel étendue.

Cette installation effectuée, l’infirmière-visiteuse chef de poste de désinfection revient fréquemment surveiller la bonne application de ses prescriptions ; ses conseils sont toujours fort bien accueillis et son expérience lui permet de se rendre compte dès les premières visites de la fréquence de la surveillance à exercer. Dans les familles aisées, bien logées, com-— préhensives, il est évident qu'elle fera des apparitions espacées, ménageant toute son attention aux milieux qui en ont besoin.

Dans tous les cas l'infirmière doit faire, dès le premier contact, une enquête épidémiologique serrée. Elle s'efforce d'établir la filiation des cas qu’elle surveille ; mais aussi, elle instruit la famille des caractéristiques essentielles de la maladie à laquelle elle a à faire. Elle insiste notamment sur le danger que le malade guéri peut continuer à présenter comme porteur de germes ; elle effectue des prélèvements de contrôle de guérison lorsqu'il s’agit d’une maladie à germe connu,

Ces mesures de désinfection concomitante sont, après transport, guérison ou décès, complétés dans certains cas, comme nous l’avons vu plus haut, par une désinfection terminale.

Celle-ci s’eflectue sous la direction de l'infirmière soit par un membre de la famille, soit par une femme de ménage ; elle est toujours des plus simples :

— la chambre est longuement aérée ; les planchers sont lavés au savon noir et brossés au faubert particulièrement au voisinage du lit du malade; les meubles sont encaustiqués, ou lavés s’il s’agit de bois blanc ou de peinture à l’huile. Les draps sont lessivés ; les couvertures, oreillers, matelas, édredons sont exposés à la lumière, et au soleil de préférence, pendant plusieurs heures sur chacune de leurs faces.

Il s’agit en somme, là, d’un nettoyage ménager soigneux qui permet d’insister particulièrement sur les recoins obscurs, gîtes des germes pathogènes (interstices des planchers, moulures de meubles, angles poussiéreux) qui sont le moins facilement atteints par les agents naturels.

Bien entendu, lorsqu'il s’agit de maladies comme la diphtérie, pour lesquelles une vaccination efficace et sans danger existe l'infirmière n'aura pas manqué, dès le diagnostic posé, de faire vacciner les frères et sœurs qui ne le seraient pas. D'ailleurs, tout cas de diphtérie dans une commune constitue pratiquement une propagande excellente en faveur de l’organisation de séances publiques et gratuites pour les enfants

d’âge scolaire et pré-scolaire.

Affections du type typhoiïde.

Nous ne répéterons pas les prescriptions générales sur lesquelles nous nous sommes volontairement étendus ci-dessus. Il faut particulièrement insister ici sur le danger que présentent les selles du malade, extrêmement riches en bacilles virulents.

Le matelas devra être protégé par une alèze caoutchoutée qui le débordera largement, ou à défaut, par un drap replié en plusieurs épaisseurs et placé sous le siège du malade.

Lors des émissions de selles, qui sont particulièrement fréquentes dans la dysenterie, si des particules viennent souiller occasionnellement le plancher, il faut immédiatement les traiter par brossage au savon et à l’eau de Javel pour éviter le transport par les chaussures des germes pathogènes. Les selles ellesmêmes seront recueillies dans des seaux hygiéniques fermés où elles resteronten contact pendant plusieurs heures avec une solution désinfectante telle que le crésylol sodique à 4 %, le sulfate de cuivre à 50 oct

Pour toutes les maladies et surtout pour celles de ce groupe, la chasse aux mouches doit être faite par tous les moyens possibles : depuis le papier tue-mouches jusqu'aux assiettes contenant du lait et du for— mol, sans négliger les moyens mécaniques.

Ici, l'infirmière visiteuse devra soigneusement rechercher, lors de son enquête épidémiologique, la

cause initiale de la contagion et songer notamment

le

aux légumes crus, aux coquillages, à l’eau d’alimen tation (ce qui peut l’amener à faire des prélèvements qu’elle enverra au laboratoire d'hygiène) et enfin, par interrogatoire de l'entourage, déceler les porteurs qui sont généralement d'anciens typhoïdiques.

Les mesures de désinfection terminale ne varieront guère, mais il pourra être nécessaire de lessiver le matelas, s’il a été souillé et d’immerger sa laine pendant plusieurs heures dans une solution antiseptique.

Avant de terminer ce chapitre, il nous paraît indispensable de rappeler un procédé dont nous avons parlé au début de ce travail. Il consiste en projections dans l’atmosphère de la chambre du malade, d’antiseptiques liquides en nuages aussi fins que possible.

Nous avons vu que le Professeur Trillat avait démontré aussi bien par des expériences de laboratoire que par des essais dans la pratique courante le pouvoir éminemment microbicide de ses aérosols antiseptiques. Cette méthode toute nouvelle pourraitêtre riche en applications futures. Le problème de la désinfection permanente aura fait un grand pas lorsqu'il suffira d'entretenir dans la chambre du malade un léger brouillard antiseptique pour détruire, dès leur émission, les germes répandus au voisinage du contagieux.

La désinfection terminale ne conserverait plus alors qu'une valeur historique et la lutte contre la trans-

mission des maladies serait beaucoup plus aisée.

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Il n’est pas encore possible, le recul du temps manquant, de se prononcer d’une façon absolue sur la valeur de ces procédés. Mais le principe même étant des plus séduisants, ils sont appliqués depuis deux ans en Seine-et-Marne, notamment lors des épidémies scolaires de rougeole, scarlatine et oreillons et lim pression qui se dégage de cette courte expérimenta-

tion est des plus favorables.

Quoi qu'il en soit, l'expérience poursuivie depuis le 1€ janvier 1929, en Seine-et-Marne, a permis de constater que l'état sanitaire de ce département n'avait élé en aucune façon modifié par la suppression, en pratique, de la désinfection terminale aux vapeurs de formol. Les maladies épidémiques n'ont pas été plus nombreuses que dans les autres départements com parativement aux périodes correspondantes. Les épidémies ne se sont pas propagées avec plus de facilité qu'antérieurement. Les économies réalisées dans le budget départemental ont permis de remplacer les équipes de désinfecteurs par un nombre plus grand d'infirmières-visiteuses polyvalentes.

Le fait que la morbidité par maladies contagieuses

n'ait pas brutalement régressé signifie simplement, ce

que nous nous sommes efforcés de démontrer, que la désinfection terminale par fumigation est inutile : sa suppression doit donc rester sans effet, ce qui a bien été le cas.

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Pour obtenir des résultats complets, il faut intensifier l'assistance prophylactique au cours des maladies ; mais une réforme de cette importance ne peut s’effectuer qu'avec le concours de tous, notamment des médecins et des habitants, et c’est 1à, une question de temps, de propagande et d'éducation.

Nous voyons, par cet exemple, que la France n'est pas demeurée en arrière des nations étrangères lorsqu'il s'est agi de rénover les procédés de désinfection. Il est d’ailleurs réconfortant de noter que les Pouvoirs publics avaient, il Y a plus de vingt ans, fait: preuve d’une clairvoyance presque prophétique ainsi qu’en témoignent les instructions suivantes du Ministre de l’Intérieur (26 juillet 1906).

« I ne s’agit point pour commencer la désinfection d'attendre la mort ou la guérison du malade ; à tar— der ainsi, on risquerait le plus souvent defaire œuvre vaine, sans doute, ce n’est pas à ce moment quon pourra effectuer la désinfection totale des locaux occupés par lui, mais nul n’ignore et n’a pas le droit d'ignorer aujourd’hui que, pour être efficace la lutte contre les germes pathogènes doit être entreprise dès le début et pendant tout le cours de la maladie : un typhique, un varioleux, un scarlatineux peut, avant de guérir ou de mourir, contaminer un grand nombre de personnes à l'égard desquelles les Pouvoirs publics assument de ce fait la plus redoutable des responsa-

bilités ».

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