Nuculina Dumasi nov. sp. PI. VII, fig. 7-8 et
Taille microscopique; forme très convexe, ovale-oblique, très inéquilatérale, côté antérieur ovale-arrondi, formant presque toute la longueur de la coquille; côté postérieur obliquement tronqué et rectiligne vers le haut; bord palléal arqué, raccordé avec les contours latéraux par des courbes circulaires; crochet petit, peu saillant, opisthogyre, situé presque d’aplomb au-dessus de la troncature anale. Corselet assez largement excavé; lunule étroite et linéaire, peu distincte; surface dorsale bombée, lisse et très brillante.
Plateau cardinal triangulaire, court, assez haut : cinq dents sériales presque parallèles, décroissant en avant ; lamelle A II mince, saillante, triangulaire écartée des dents sériales; impressions musculaires ovales, allongées, peu inégales; ligne palléale bien marquée, entière, écartée du bord lisse.
R. D. — Si l'on compare notre coquille aux figures (1) de N. ovalis Wood (= miliaris Wood, non Desh.) on remarque qu’elle a une convexité plus forte et que Ail est beaucoup plus écartée des dents sériales; ces dernières sont plus alignées que celles de N. miliaris Desh., de l'Eocène des environs de Paris, qui a d’ailleurs une forme beaucoup plus trigone et une lamelle A II encore plus allongée ; chez N. ovalina Cossm., du Thanétien de Jonchery, la troncature anale est plus haute que chez N. Dumasi , les dents sériales sont contrariées au lieu d'être alignées, et le crochet est plus proéminent.
En tous cas, N. Dumasi vient à propos pour combler — dans le Miocène — une lacune du phylum de Nuculina entre le Tertiaire inférieur et l’Epoque actuelle.
(1) Une excellente figure, bien grossie d'après nature, en a été donnée tout récemment par M. Cerulli-Irelli (Fauna mal. Mar., pi. XXXIII, fig. 15) d’après un échantillon pliocénique de Monte-Mario; seulement cet auteur l'intitule valve gauche, alors que c’est une valve droite, le côté postérieur étant le plus court. Sur cette figure, on ne remarque non plus aucune trace du ligament interne qu’a cru observer M. Dali; les six dents cardinales sont symétriquement disposées, deux au milieu, deux obliques à droite et deux obliques à gauche, tandis que les figures de Wood indiquent des dents perpendiculairement alignées : est-ce bien la même espèce?
Loc. — Saubrigues, une valve gauche (PI. VII, fig. 7-8 el 13-14), col 1 . Dumas. — Toi'tonien.
Cénacle : ARGACEA Lamarck, 1809.
Coquille d’une forme très variable, à lest épiderme et pileux; ligament étalé sur une aréa externe, souvent immergé en partie dans une petite fossette centrale; charnière taxodonte, composée de deux séries de dents courtes ou lamelliformes, semblables ou différenciées en avant et en arrière ; impressions des adducteurs écartées, parfois inégales et inéquidistantes; ligne palléale non sinueuse; couche interne non nacrée; bords souvent crénelés.
Ce Cénacle se distingue des Nuculacea par la position du ligament qui est nettement externe, sur une aréa généralement marquée de chevrons qui représentent ce que M. Dali a dénommé « faciès multivinculaire ». Les autres caractères différentiels (byssus, branchies, palpes labiaux, etc...) se constatent surtout chez l’animal.
M. Dali a divisé ce Cénacle (Superfamille) en quatre Familles : Macrodontidæ (remplacé ensuite à tort par Parallelodontidæ , sous prétexte que Macrodon est remplacé par Parallelodon ), Cyrtodontidæ, Limopsidæ, Arcidæ ; cette dernière peut être elle même subdivisée en Arcinæ et Pectùnculinæ ; quant aux deux premières, elles ne sont pas représentées dans nos terrains néogéniques de l’Aquitaine, et elles ont une origine très ancienne; quelques Macrodontidæ ( Beushausenia , Cucullæa, Cucullaria) se relient d’ailleurs étroitement au G. Area et n’en diffèrent que par leurs dents lamelliformes, parallèles au bord cardinal, soit en avant et en arrière, soit des deux cotés : comme il existe des formes à’ Arcidæ chez lesquelles les dents sont disposées en éventail de sorte que les extrêmes tendent à devenir horizontales, il semble que c'est plutôt par des considérations phylogénétiques que la Fam. Macrodontidæ peut se distinguer des Arcidæ, et nous inclinerions volontiers à n’en faire qu'une Sous-Famille de cette dernière : en tous cas, nous n’avons pas à nous en occuper ici.
Fam. ARCIDÆ Fleming, 1828 ( Arcadæ ).
Forme rhomboïdale, trapézoïdale ou arrondie, inéquilatérale, le côté postérieur étant généralement le plus allongé ; ligament multivinculaire; deux séries de dents similaires,
généralement plus nombreuses à barrière, se rejoignant sous le crochet où elles sont perpendiculaires au bord cardinal et très serrées. Impressions musculaires subégales.
Les deux Sous-Familles (. Pectunculinæ et Arcinæ ) sont représentées dans le Sud-Ouest, mais d’une manière très inégale, la première par un petit nombre d’espèces du seul Genre Pectunculus, extraordinairement abondantes en individus, la seconde par la plupart des groupes du grand Genre Area.
Pour le groupement des Area , il nous semble qu'on n'a pas jusqu’ici tenu suffisamment compte de l’aire ligamentaire dont le plan peut varier beaucoup d’inclinaison par rapport au plan de la commissure des valves; c’est un critérium d’une grande importance qui nous permet immédiatement de différencier Barbatia d’Arca: d’autre part, la fixation du ligament sur cette aréa peut se faire par des liens en chevrons, soit par un résilium complémentaire qui se loge dans une fossette analogue à celle des Limopsidæ : c’est ce qui nous décide à séparer aussi les G. Fossularca et Bathyarca, chez lesquels cette fossette existe. On trouvera donc ci-après ces quatre Genres d ’Arcidæ; quant aux formes crétaciques qui n’ont pas vécu jusqu’au Miocène, nous les passons sous silence.
PECTUNCULUS (Lister) Lamk. 1799.
(= Glycymeris Da Costa, non Belon).
Coquille suborbiculaire, équivalve, équilatérale, convexe, solide, épaisse, intérieurement porcellanée, revêtue en dehors d’un épiderme velouté; crochets opposés, souvent très gonflés; ligament étalé sur une aréa comprise entre le crochet et le plateau cardinal et sillonnée par des chevrons (vinculaires) plus ou moins nombreux; bord cardinal arqué; deux séries de dents courtes, fortes, oblitérées au centre chez les spécimens gérontiques, par suite de l’extension que prend l'aréa ligamentaire; impressions des adducteurs ovales; impression palléale simple; bords fortement crénelés (G. -T. : Area pectunculus Linné, Viv.).
Conformément à l’interprétation de Fischer, on peut restreindre la dénomination Pectunculus aux coquilles ornées de côtes rayonnantes et admettre comme Section Axinæa Poli (1791) pour Area pilosa L. c’est-à-
dire pour les formes simplement ornées de sillons rayonnants et souscutanés; mais il n'y a absolumen que cette différence entre les deux groupes.
Le choix de la dénomination Pectunculus, de préférence à Glycymeris, a fait couler des flots d’encre; nous ne reprendrons pas ici cette discussion superflue, M. Dollfus ayant surabondamment démontré que l'interprétation de M. Dali n’est pas conforme au sens que Da Costa attachait au mot Glycymeris. D’ailleurs on a vu que ce dernier terme doit s’appliquer aux Panopées.
Au point de vue phylogénétique, Pectunculus date de la Craie : on en connaît une espèce certaine dans le Cénomanien du Mans; les espèces non costulées ont précédé les formes costulées, mais les deux groupes se poursuivent parallèlement dans l'Oligocène, ensuite dans le Néogène des Etats-Unis, tandis qu’actuellement on ne rencontre plus dans les mers d’Europe que des Axinæa Les espèces jurassiques ont un tout autre faciès et se rapprocheraient plutôt de Cnisma ci-après défini.
Fischer rapproche encore de Pectunculus le Genre Trigonoarca Conrad (G. -T. : T. maconensis Conrad, Craie d’Amérique), tandis que M. Dali parait le rapprocher plutôt de Trinacria. Nous n’avons pas à prendre parti dans cette question.
En ce qui concerne Cnisma Mayer (1868), dont le génotype est une petite coquille de 1 Eocène moyen (P. nuculatus Lamk.), caractérisée par sa charnière dissymétrique (trois dents en avant, quatre en arrière) et par son galbe oblique, nous n’en avons vu aucune trace dans le Néogène de l’Aquitaine; c’est d'ailleurs un Sous-Genre de Pectunculus, et non pas un Genre de la Fam. Limopsidx , comme l’a suggéré dubitativement M. Dali (Tert. Flor., p. 517); car il n'y a pas de fossette.