‹ Conchologie néogénique de l'AquitaineChapitre 4 sur 350 · C. et P · texte numérisé non relu

C. et P

jaunes, depuis longtemps classiques, que l’on a qualifiés de fatum mixtes parce qu’ils renferment un bon nombre d’espèces burdigaliennes. De semblables faluns existent au Haillan et à Pessac.

Nous ne voulons pas ouvrir ici les discussions intéressantes que soulève l’existence de ces faunes mixtes, pas plus que celles relatives à la coupure entre Y Aquitanien et le Burdigalien que l’on a placée parfois au-dessus du calcaire lacustre inférieur de Sauçais, mettant ainsi dans le Burdigalien le falun de Larriey que nous maintenons dans l’Aquitanien (1).

Ces questions trouveront mieux leur place à la fin de notre travail et comme conclusions précisément tirées de la comparaison des fossiles.

IV. Landes. Lot-et-Garonne. — L 'Aquitanien inférieur est représenté par les argiles blanches de la fontaine de Tierrouge (près de Roquefort); par les argiles à Strophostoma anostomæformis qui, à la tuilerie de Bis (Gaas), reposent directement sur les couches tongriennes à Ampullina crassatina ; et aussi peutêtre par les argiles qui, aux environs de Pouillon et de Saint- Geours-d’Auribat, reposent sur le Nummulitique.

Dans la région des Landes qui confine aux départements du Gers et du Lot-et-Garonne et aussi dans la portion de ce dernier département qui figure sur nos cartes et qui seule nous occupera, l’ Aquitanien inférieur est formé par le calcaire blanc de l’Agenais, à Hélix Ramondi.

L’ Aquitanien moyen de ces mêmes régions présente dans son ensemble les mêmes caractères que dans le Bazadais ; il est formé par des molasses marines ordinairement jaunâtres, parfois grisâtres ou bleuâtres ; elles sont en certains endroits dures et gréseuses, ailleurs sableuses ou argileuses ; on y rencontre aussi des bancs à O. aginensis.

(1) V. 1888, Benoist, Esquisse géologique des terrains tertiaires du S.-0. de la France (Journ. d’hist. nat. de Bord.) et Procès-Verbaux Soc. Lin. de Bord, (même année); — 1889, Fallût, Esquisse géologique du département de la Gironde et Procès- Verbaux Soc. Linn. de Bord., 1888; — 1897, Raulin, Statistique géologique et agronomique du département des Landes (3e partie).

Ces molasses sont visibles dans le vallon de la Gélize aux environs de Sos; dans le vallon de l’Es tampon à Garrouzin; près de Roquefort (La Glotte, Tier rouge, Canenx, pont de Barges), etc.

En divers points (Tierrouge, carrières de Nabias, Pont de Barges, Saint-Just, Sos, etc.), les molasses marines sont surmontées de couches saumâtres à Polamides.

Plus au Sud, aux environs de Dax, V Aquitanien moyen serait représenté, d’après Benoist, par un calcaire tnolassique à O. aginensis sur lequel reposent les faluns burdigaliens de cette localité.

V Aquitanien supérieur débute par un calcaire lacustre gris, à Lymnea , Planorbis solidus, Hélix girondica, etc., visible dans le vallon de la Gélize près de Sos et aux environs de Saint-Avit (château Réault) et de Lucbardez.

Ce calcaire est, par endroits, surmonté de couches saumâtres, à Cyrènes et Potamides (Roquebrune, Moulin de Carreau), puis de couches marines renfermant la faune de Larriey. Ce sont des sables de diverses teintes, jaunâtres, bleuâtres, agglutinés par place, en plaquettes gréseuses ou en bancs épais et durs (Saint- Avit, à la fontaine de Basta; à Roquebrune, Moulin de Carreau, Pouy de la Motte, etc.).

Des couches argileuses leur sont subordonnées en quelques points. La faune de ces gisements est très riche.

A Bournic et en diverses autres localités en amont, sur la Gélize, la roche est à l’état de calcaire, les traces de test ont disparu et les fossiles ne sont plus représentés que par des moules. On y reconnaît bien toutefois la faune de Larriey. Ce calcaire est surmonté d’un banc à O. aginensis.

L’étage se termine par un calcaire lacustre à PL declivis, visible au Moulin de Carreau.

C’est, en somme, la môme allure qu’à Saucats.

Burdigalien. — I. Bordelais. Le Burdigalien correspond à une phase de régression marine. Dans le département de la Gironde, il n’est représenté ni dans l’Enlre-deux-Mers, ni dans le Baza-

dais (1). Il est entièrement marin et constitué par des molasses sableuses à grain fin, tendres, durcissant à l’air, et surtout par des sables calcaires ou argileux, très fossilifères.

La division en Burdigalien inférieur, moyen et supérieur, n’est pas toujours facile à établir à cause surtout des analogies que présentent les faunes des diverses assises.

On rapporte au Burdigalien inférieur les sables rougeâtres du Moulin de l’Eglise ; les sables grisâtres du célèbre gisement du Peloua ; les couches inférieures des environs de Léognau (Château Olivier, Propriété Thibaudeau, Moulin Yaucher, Coquillat), les unes sableuses, les autres molassiques. Ces molasses, qui ont fourni de nombreux restes de cétacés, de reptiles et de poissons (molasse ossifère), sont également visibles à Canéjan, à Caupian.

Le Burdigalien inférieur a été encore signalé au Château du Thil, aux environs de Pessac, à Mérignac (Baour) et au Haillan.

Le Burdigalien moyen a pour type le falun argileux faune de Léognau, caractérisé par une faune de mer assez profonde : Ptéropodes, grands Peclen, grandes Cancellaria, grands Pleurotoma.

11 présente à peu près la même extension que le sous-étage précédent. Outre les gisements classiques des environs de Léognan (Le Coquillat, propriété Carrère, Castaing, Bougés); ceux de La Cassagne (falun jaune) et de Lagus (falun bleu) dans le vallon de Sauçais, nous mentionnerons encore ceux des environs du Peloua ; de Moras, de Monleil, de Pas de Barreau et de Saint-Médard-en-Jalles (La Fontaine), et enfin de Fourcq, au nord de Cestas.

Le Burdigalien supérieur a une extension un peu moindre. Il est bien développé près de Saucats (Gieux, la Coquillière, Pont- Pourquey) ; à Ponl-Pourquey notamment, dans un sable calcaire blanc, on trouve une riche faune littorale avec Macéra, Donax, Solen, Tellma, Nalica, Oliva, etc., mêlée à quelques

(1) M. Fallol (1889, Feuille des Jeunes Naturalistes) rapporte avec doute au Burdigalien la partie supérieure des molasses de Balizac.

formes saumâtres ou terrestres accusant le voisinage de l’embouchure d’un cours d’eau.

Les faluns de Cestas, les couches supérieures du falun de Bougés, et peut-être aussi la marnière du Haut-Livrac, appartiennent au même horizon.

II. Landes. — Le Burdig aliéné st représenté — dans larégionde Sos et de Gabarret — par des argiles, des molasses d’eau douce gypsifères et un calcaire lacustre (Sos, Baudignan, La Peyrie, Rimbès), et aux environs de Dax, par les marnes sableuses dont les travaux de Grateloup ont depuis si longtemps fait connaître la faune. On les a exploités pour l’amendement des terres à St- Paul-lès-Dax (Moulin de Cabannes, Castelcrabe, Mainot), et dans les communes voisines (Vieille, Abesse, Mées, Gourbera, Quillac).

Plus au sud, on retrouve le même horizon sous forme de sables gris-noirâtre ou bleuâtres, avec cailloux de calcaire, à Mimbaste (bois d’Arreyert), à Ozourt (Moulin de Coustillon), à Poyartin (coteau d’Hauriard).

Les sables rouges ferrugineux de Mandillot, près de Dax, qui contiennent beaucoup de formes d’eau douce, représentent probablement le Burdigalien supérieur et peuvent être synchronisés avec les couches de Pont-Pourquey et du bourg de Cestas.

Helvétien. — I. Bordelais. — Nous classerons provisoirement dans Y Helvétien les couches supérieures de nos terrains tertiaires. Le long de la Jalle de Blanquefort, aux environs de Martignas on exploitait autrefois une molasse gris- rougeâtre riche en Echinides, en grands Peclen (P. Besseri) et contenant à l’état de moules bon nombre de formes, en particulier Glycymeris cf. Menardi, Cardita Jouanneli, ce dernier assez rare.

On retrouve cette molasse peu épaisse dans le lit du ruisseau de Saint-Jean d’Etampes, à la Sime, où elle est surmontée d’argiles sableuses, grisâtres avec cailloux roulés et grains de serpentine; Cardita Jouanneli y est très abondante. II en est de même à la métairie de Cazenave où l’argile est rougeâtre.

Dans la vallée de la Leyre, Y Helvétien acquiert une puissance plus grande.

Sa partie inférieure est constituée par des sables fins, jaunâtres avec grains serpentineux, à Glycymeris cf MenardieXPeclen sallomacensis (château de Puységur, Moulin Débat, Moulin du Poivre, Béliet), surmontés de couches à Pecten solarium et Cardita Jouanneti, etc. (Moulin Débat, Moulin du Poivre, Béliet) passant latéralement à des molasses.

Plus haut viennent des sables argileux gris ou bleus, à Pecten latissimus (château de Puységur, Buisseau de Largileyre) et des molasses ou des sables ferrugineux, à Clavalula gothica et à Cardita Jouanneti (Largileyre, Moulin de Dubert, Mios). Ce dernier niveau, très fossilifère, est très intéressant et nous aurons à en reparler.

II. Bazadais. — Dans le Bazadais, d’épaisses couches de molasses tendres, à Pecten , affleurent sur le rive gauche du ruisseau au Nord de Saint-Symphorien, elles sont l’équivalent des molasses de Martignas. Plus au Sud, sur un autre affluent de gauche du Ciron, au lieu dit Marahans, près de Captieux, on a signalé des faluns. Leur faune est mal connue encore; ce que l’on en sait permet de croire qu’ils sont helvétiens. D’après Tournouër, ils seraient synchroniques de ceux de Soset deGabarret et pourraient se paralléliser avec Y Helvétien inférieur de la Touraine.

III. Landes. — Nous plaçons à la base* de Y Helvétien la formation marine de l’Armagnac qui, dans les limites que nous nous sommes tracées, est visible dans la région orientale du département, près du Lot-et-Garonne et du Gers, aux environs de Sos et de Gabarret : c’est une molasse ferrugineuse à Ostrea crassissima, O. Boblayi, Pecten solarium (type Baudignan, Sos, Gabarret, Bimbès).

A ces molasses, tantôt à leur sommet (Baudignan), tantôt à leur base (La Peyrie, à Rimbès, bords de la Gélize sur la route de Gabarret), sont subordonnés des faluns sableux (Baudignan, Sos) ou des marnes argileuses (Gabarret, Moulin Neuf, M. de Rouaillan, les Moulcltes, Parleboscq, Sarrau, etc.). Les faunes de tous ces dépôts sont aussi identiques que le permettait la différence lithologique des fonds sur lesquels elles ont vécu.

La position stratigraphique variable des faluns et des marnes par rapport aux molasses, opposée à ce fait que leur faune malacologique est la même, nous porte à ne voir dans ces trois aspects (marnes, sables, molasses) que de simples faciès semblables, par exemple, à ceux que M. Dollfus a distingués dans Y Helvêtien inférieur de la Touraine : faciès Savignéen (type molasses de Savigné, près de Tours [molasses de Sos, etc.]); faciès Pontilévien (type falun de Pontlevoy, près de Blois [faluns et marnes de Sos, Baudignan, Gabarret]).

Il y a, d’ailleurs, ainsi que l’a fait remarquer Tournouër et que l’a aussi signalé l'un de nous (1), la plus étroite analogie de faune entre les dépôts du bassin ligérien et ceux dont nous nous J occupons ici.

Les molasses à O. crassissima se retrouvent plus au Sud près de Saint-Sever ; à Bastennes et à Gaujacq, elles sont bitumineuses; elles sont très développées à Mont-de-Marsan.

Plus au Sud, entre l’Adour et le Gave de Pau, sont des molasses grisâtres à Echinodermes et à Pecten Besseri (faune de Martignas) : Camarde, Narrosse, Poyartin, Sort, Garrey, Ozourt, Mimbaste, Saugnac, Saint-Geours d’Auribat, etc. Elles présentent des bancs sableux assez fossilifères.

Raulin a signalé depuis assez longtemps, dans le canton de Peyrehorade, région voisine du confluent du Gave de Pau, des marnes plus ou moins sableuses, grisâtres ou bleuâtres; on les qualifie souvent de faluns bleus : Peyrehorade (La Pevrère), Orlhevieille (Tauzia), Saint-Etienne d’Orthe, Belus, etc.

La position de ces faluns dans l’échelle stratigraphique est encore discutée. M. Douvillé (2), se basant sur les Foraminifères qu’ils contiennent, les considère comme burdigaliens. L’ensemble de leur faune malacologique nous engage à les laisser provisoirement dans l’Helvétien.

Nous laissons aussi dans Y Helvêtien supérieur les riches gise-

(1) ÎSOO, Ivolas el Peyrot, Conte. étude paléont. fal. Touraine (Actes Soc. Lin. Bord , vol. LV).

(2) 1906, Bulletin de la Soc. ge'ol. de France, 4e série, t. VI, p. 333.

ments des environs d’Ûrlhez : Sallespisse, Salies de Béarn, Sonars (Le Paren), dont la faune a été étudiée par Balguerie et surtout par notre savant collègue linnéen, M. Degrange-Touzin (/oc. cil.). Peut-être faudra-t-il les réunir, ainsi que les couches supérieures de Salles (Largileyre), au Rédonien (I), qui marque dans le bassin ligérien une phase de régression marine par rapport à P Helvétien, régression qui paraît également s’être produite à la même époque dans le bassin aquitanien (2).

Doit-on enfin placer dans le Tortonien — ou considérer seulement comme un faciès vaseux et profond de l’Helvétien — les dépôts de Saubrigues et de Saint-Jean-de-Marsacq? C'est encore un point sur lequel nous ne voulons pas dès maintenant émettre une opinion ferme. Nous nous bornerons à mettre provisoirement l’indication « Tortonien » pour les espèces que nous aurons à cataloguer de ces deux gisements.

Le rapide exposé qui précède a soulevé quelques problèmes intéressants : réunion de l’Aquitanien au Néogène; place de la coupure entre P Aquitanien et le Burdigalien ; véritable position dans l’échelle stratigraphique de gisements incomplètement étudiés jusqu’ici; présence ou absence, dans le Sud-Ouest, du Rédonien (Tortonien pars), etc. Mais, ainsi que nous Pavons déjà annoncé, nous donnerons, à la fin de ce Travail, une étude stratigraphique détaillée qui, jointe à la révision paléontologique par laquelle nous débutons, nous permettra — nous l’espérons, du moins — de donner une solution à toutes ces questions.

(1) 1000, G. -P. Dollfus, Bull. Serv. carte géol., n. 93, p. 8.

(2) 1906, A. Peyrot, Proc.-Verb. Soc. Lin. Bord.

PEIÆC¥l”OI»t Goldfuss, .1820.

Ainsi que nous l’avons indiqué dans notre préface, nous commençons l’étude des Mollusques conchifères par les Pélécypodes (i), et nous la terminerons par les Céphalopodes, en procédant par conséquent du simple au composé.

Dès le début, nous nous heurtons à une première difficulté : celle de la classification à adopter pour l’exposé successif des Genres représentés dans les couches néogéniques de l’Aquitaine ; il nous répugnerait évidemment de publier nos descriptions dans un ordre quelconque; or, ainsi que l’a avoué Fischer dans. son Manuel de Conchyliologie, il n’y a pas de classification absolument rationnelle de cette Classe de Mollusques. Celle qu’il a adoptée — pour remplacer le système de Lamarck ( Monomyaria , Dimyaria, Heteromyaria ) ou celui de d’Orbigny ( Integropalliata , Sinupaliiata) — est fondée sur la structure des organes respiratoires, selon que l’animal possède deux ou quatre branchies; mais cette méthode l’a conduit à rapprocher des animaux que l’on a toujours considérés comme très éloignés à cause de leurs mœurs, et à écarter au contraire des formes manifestement voisines; en outre, comme elle repose sur l’étude anatomique des Pélécypodes, elle ne peut être d’aucun secours pour les paléontologistes qui n’ont que le test des valves à leur disposition, de sorte que l’ambiguïté la plus complète règne — même dans le Manuel de Fischer — au sujet de la place à assigner aux Genres et aux Familles éteintes. La même objection peut être faite à la méthode de Pelseneer, ou à celle de Cooke, qui ne tiennent compte que du degré de plissement des branchies.

D’autre part, la classification de Neumayr, exclusivement fondée sur la constitution de la charnière, c’est-à-dire sur un caractère qui se prête déjà mieux à l’observation des coquilles fossiles, soulève de sérieuses objections pour certains Genres qui, par lei v charnière, appartiendraient à trois Ordres différents, selon l’âge de la coquille. Félix Bernard a fait ressortir ces inconséquences, et il a essayé d’y obvier dans une certaine mesure : ses admirables recherches — en partie communes avec celles de Munier- Chalmas — sur la morphologie des Pélécypodes, le mettaient à même d’apprécier, mieux que ses prédécesseurs, le rôle et l'influence du développement de la charnière sur les diverses parties des valves. Malheureusement, ce savant est mort avant d’avoir pu compléter, par des conclusions générales relatives à une classification d’ensemble, ses quatre premières

(1) Nous préférons ce terme à. celui de LamellibranchiaLi ou de Bivalvia, parce qu’il s'harmonise mieux avec Gastropoda, Scaphopodu, Pteropoda, Cepkalopoda, etc..., admis pour les autres Classes du même Embranchement.

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