PREMIÈRE PARTIE. l
partager toutes les dignités avec leurs éternels ennemis.
La première victoire que les plébéiens remportèrent fut la création des tribuns. Alors ils virent des chefs ardens à combattre le parti des sénateurs, et qui , par l'exil de Coriolan , révélèrent au peuple le secret deses forces. Ce qui les accroissait encore , c'est que , dans la classe du peuple , il ne se trouvait aucun partisan des patriciens ; tandis que, dans le sénat, deux familles regardaient comme héréditaire l'obligation de soutenir le peuple contre le crédit, la puissance et la fermeté des grands (i), La famille Claudia, fertile en hommes courageux , et qui développaient une mâle énergie , ne pouvait seule soutenir des attaques continuelles et souvent inopinées. Au surplus , de grands hommes ont toujours paru dans les partis contraires , et de grandes choses sont souvent nées de ces débats , qui semblaient devoir amener la ruine de la république.
Cassius Yiscellinus , dans le seul dessein de servir une ambition qui tendait au pouvoir suprême, avait proposé un nouveau partage
(1) Les descendons de Valcriiis Publîcola cl la famille liera tia .
de toutes les terres conquises sur l'ennemi j sans que Ton eût égard à la longue possession qui semblait légitimer les usurpations réelles ou imaginaires qu'il disait avoir été commises. Sa mort fut Un triomphe pour les patriciens ; mais il n'eut qu'une courte durée : l'esprit de Cassius lui survécut. A peine les périls du dehors étaient-ils passés, que la loi agraire, pro^ posée par les tribuns, et quelquefois même appuyée par des consuls , donnait lieu à de nouvelles agitations ; lorsqu'enfin il fut ordonné que des commissaires seraient chargés d'en procurer l'exécution. Ils devaient être nommés par les consuls , et plusieurs de ceux-ci , ayant négligé cette nomination pendant leur magistrature , se virent, en sortant de charge , traduits devant le peuple, et condamnés à une forte amende.
Le peuple avait acquis le droit de juger les grands, lorsque ceux-ci étaient accusés pour crime d'Etat ; mais les grands jugeaient le peuple dans les affaires civiles. Les consuls administraient la justice , soit par eux-mêmes, soit par des juges ou des arbitres qu'ils donnaient aux parties , selon la nature des causes , et les circonstances qui les caractérisaient. Ce qui nous reste de l'histoire de ces premiers ten s