PREMIERE PARTIE/ fcj
donne une haute idée de la noble intégrité de ces magistrats ; mais la plupart des questions qui se présen taien t à j uger é taient d'autant plu» délicates , que les Romains n'avaient point alors de droit positif. Beaucoup de lois royales étaient abrogées parle non usage. D'ailleurs, les rois de Rome en avaient peu fait pour fixer les règles à suivre dans l'administration de la justice. Des coutumes, seulement transmises par la tradition , offraient au peuple et aux juges un code incertain dont ceux-ci étaient les interprètes et les arbitres : l'erreur était facile et la plainte inévitable.
D'un autre côté, la dureté des créanciers , soulevant fréquemment une populace indocile , donnait lieu à de nombreux procès où le juge , riche et patricien , ne pouvait que tenir difficilement la balance. Enfin , le pouvoir judiciaire , confié aux grands , était un éclat de plus qui offusquait et blessait les tribuns, et fournissait tous les jours une nouvelle matière à leurs harangues séditieuses.
Les choses étaient dans cet état , lorsqu'on l'an 292 de Rome , la loi Tercntillaiul proposée pourlaprcmière fois par un tribun dupcuple(i).
(1) Caïus Tcientillus Arsa. Les uns assignent pour dpoque
iG CONCLUSION SUR LES XII TABLES.
Elle portait en substance que des commissaires seraient chargés de former un code qui contiendrait des règles générales d'administration publique et un système complet de jurisprudence , dont on ne pourrait s'écarter dans les jugemens , de sorte que la volonté du magistrat serait assujettie à celle de la loi.
Cette proposition ne manqua pas d'occasioner de nouveaux troubles. Le sénat avait pour lui la fermeté des consuls soutenus par le courage des jeunes patriciens, des guerres successives, la prise du Capitole par un Sabin, la contagion et d'autres fléaux ; mais c'étaient de faibles ressources contre l'opiniâtreté des tribuns. L'exil de Céson fit voir au sénat toute la difficulté de sa situation. Il crut avoir beaucoup gagné en permettant au peuple de porter à dix le nombre de ses tribuns, et en lui cédant le Mont-Avcntin , à condition qu'on ne parlerait plus de la loi Terentilla ; mais la condamnation de Romilius et de Veturius lui apprit que le parti populaire ne se contentait pas de ces avantages.
l'an 291 , d'autres l'an 293 ; ce qu'il y a de certain , c'est que ce fut sous le consulat de L. Lucrctius Tricipitinus et de T. Veturius Gcminus.