PREMIERE PARTIE
nous prescrivait pas une autre conduite, et qu'il ne faut pas croire que lesdécemvirs aient confondu une simple difformité avec une monstruosité caractérisée.
En portant la peine de mort contre les magiciens, les Romainsn'ont fait que suivre l'exemple des nations policées ; et , de nos jours, la plupart des peuples qui sont le plus éloignés de la barbarie, conservent dans leur code de semblables dispositions. Enfin, en ordonnant qu'après une année d'habitation avec un homme libre , la concubine prendrait le titre de légitime épouse , et que ce mariage ne pourrait pas être autrement dissous que les autres , les décemvirs ont voulu bannir la licence, empê-
liens que le cœur avait déjà formés.
Quoiqu'il ne nous reste qu'une faible partie des Douze Tables , et que des fragmens qui font apercevoir de grandes lacunes, on n'en saisit pas moins leur esprit général , et l'on remarque un bel ensemble , une sage économie. On reproche aux décemvirs de n'avoir pas été assez avares de la peine de mort , et je vois qu'elle est également ordonnée parmi nous pour les mêmes délits , à bien peu d'exceptions près. On vante la sagesse de la loi Porcia, qui défend
de mettre à mort un citoyen romain , et convertit en simple exil la peine capitale. Le même principe a été décrété dans Tune de nos assemblées législatives ; mais il n'a jamais été mis en pratique , et la question est maintenant , je crois, irrévocablement jugée.
On va voir , au surplus , avec quelle constance le code desdéccmvirs a été sollicité, et de quelle estime il a joui du tems de la république romaine , et même long-tems après sa décadence.
La formation et la publication des lois des Douze Tables a été une transaction entre le sénat et les plébéiens. Depuis l'expulsion des rois, les deux ordres de l'état avaient vécu dans une parfaite intelligence tant que Tarquin fut à redouter ; mais lorsque sa mort eut chassé toute crainte , la division se mêla parmi les Romains, et, depuis ce tems leur histoire ne paraît plus que celle d'une guerre civile et perpétuelle , dans laquelle on voit le parti populaire s'accroître, profiter de ses avantages, en remporter de nouveaux , demander beaucoup , obtenir toujours quelque chose , et finir par confondre en quelque sorte les deux ordres dans un seul ; les patriciens n'ayant plus conservé qu'un vain nom, et se voyant forcés de