‹ Conclusion sur les lois des Douze Tables, contenant 1°. Un examen de quelques points généraux; 2°. Tous les fragmens qui nous ont été conservés, et tels que les savans en ont proposé les textes, avec la preuve de chacum d'eux, et des explications sur les lois qui en sont susceptibles;Chapitre 15 sur 78 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

il devait leur épargner la peine du voyage. Ce raisonnement me paraît plus ingénieux que solide : il suppose que les députés auraient vécu assez de temps chez les Grecs pour en apprendre parfaitement le langage, et pour en étudier les mœurs , le meilleur interprète des lois. 11 faudrait aussi qu'IIermodore, Ephésien, eût appris.de mémoire toutes les lois qui régis-r raient chaque peuple de la Grèce , et qu'il eut pu les écrire ainsi' sous les yeux des Ro-< mains.

Notre académicien croit encore tirer un grand avantage du silence de Çicéron, parfaitement instruit sur l'histoire comme sur les lois de son pays, et qui n'eût pas manqué de parler de cette députation s'il l'eût connue. Mais qui ne voit au contraire que ce même silence est un aveu formel? car du temps de Cicéron existaient déjà tous les écrits des historiens qui ont servi de guides à Tite Live et à Denys d'Halicarnasse , et qui témoignaient hautement du fait aujourd'hui contesté. Cicéron , qui s'attachait singulièrement à redresser toutes les erreurs de son tems, et qui se répand en louanges continuelles sur le compte des décemvirs, n'eût pas manqué de s'élever

contre un mensonge qui leur enlevait une partie de leur gloire.

Enfin , le système général de Bonamy consiste à prétendre que les Romains n'auraient pas daigné accueillir les lois des nations ctrangères. Cependant les Romains avaient pour maxime d'adopter tout ce qu'ils trouvaient de bon chez les autres peuples. C'est ce que Sali luste fait dire à César (i), qui ajoute qu'ils

empruntèrent aux Samnitcs leurs armes, aux Toscans les ornemens des magistrats, et que s'ils remarquaient, soit chez leurs alliés, soit même chez leurs ennemis, quelque bon exemple , ils mettaient un soin extrême à l'imiter , aimant mieux avoir de l'ambition pour la vertu que de lui porter envie.

Il dit encore : « Dans ce temps-là , Ils sui- I ; » voient les coutumes des Grecs ; ils faisaient

» battre de verges les citoyens romains con- * » vaincus de quelque crime , et leur faisaient

» subir le dernier supplice mais la loi Por- » cia, et d'autres lois encore, ordonnèrent » de borner la peine au bannissement. » Ce

(1) Conjuration de Caiilina.

Page 1