PREMIÈRE PARTIE. 3l
esprit prophétique lorsqu'il écrivait à son ami (d).
Les Douze Tables, exposées dans le Forum , lurent détruites par les Gaulois à l'époque que j'ai déjà rappelée. On en fit faire de nouvelles ; et, soit dans la crainte d'un pareil événement, soit que l'usage s'en fût introduit dès le commencement, on les fit apprendre de mémoire aux en fan s ; ce qui se pratiqua jusqu'au terns de Cicéron.
Cet homme consulaire, qui allia si heureusement la philosophie à la jurisprudence, nous apprend (r) avec quel enthousiasme les grands hommes qui l'ont précédé parlaient des lois décemvirales , qu'ils mettaient sans difficulté au dessus de celles des autres peuples, ils les voyaient comme un livre en quelque sorte universel , où les historiens pouvaient rechercher les mœurs et les coutumes antiques, le jurisconsulte et l'homme d'état trouver l'institution et l'image d'un gouvernement parfait, une belle distribution et une savante économie , tant pour les matières du droit civil que pour la police et le droit public. Que si l'on veut
(i) Liv. I de /'Orateur.
faire ses délices de l'étude de la philosophie la plus relevée, c'est dans les Douze Tables qu'il faut en chercher les sources. Il est vrai qu'elles ne forment pas un, code volumineux, parce que les décemvirs, qui les avaient composées d'abord , les retouchèrent et les corrigèrent ensuite ; mais elles contiennent presque autant de maximes que de mots. Quelles douceurs , quelles délices ne goûte-Uon pas dans la lecture de ce premier monument de l'antiquité!
Quelles connaissances riches et fécondes! elles font aimer la sagesse , elles inspirent l'horreur du vice ; on y voit la vertu récompensée et comblée d'honneurs, la fraude proscrite, et le crime puni par l'ignominie, par l'exil, par la mort; on y apprend à réprimer la cupidité, à dompter les passions , à conserver ses biens , à ne point porter atteinte à ceux d'autrui , et même à ne point porter envie à son prochain.
Ainsi parlait Crassus devant les plus grands hommes de son tems, qui tous applaudissaient aux louanges qu'il donnait à leurs lois ; et il ajoutait : « Vous trouverez encore cette satisfaction dans l'étude que vous en ferez , qu'elle vous apprendra combien votre patrie s'élève au dessus des autres par la science des lois. Voyez celles de Dracon , celles de Solon et