PREMIERE PARTIE
celles de Lycurgue ; elles ne sont nullement Comparables aux nôtres ; c'est un désordre et une confusion vraiment incroyables. Tant il est vrai que tous les autres peuples , sans en excepter même les Grecs , n'ont point égalé les Romains par la sagesse et par la prudence, n
Ce grand personnage , placé entre le tems du vieux Caton et Celui du triumvirat, voyait dans les Douzes Tables le plus ferme soutien de la république , et dans leur oubli la première Cause de la ruine de l'état. Il savait ce qu'avait prédit Caton. La mort violente des deux Gracchus, les divisions d'un tribun (i) qui soutenait le parti du sénat , et d'un consul (2) qui embrassait la cause de la populace, et voulait confisquer les biens des sénateurs , étaient pour lui autant de symptômes du désastre de Rome , causé par le mépris des lois (e).
Les Romains commencèrent à négliger les Douze Tables à l'énoque où s'introduisit chez eux la philosophie des Grecs , et Caton leur prédit qu'ils perdraient la république.
En l'an de Rome 5g8 , les Athéniens , con-
(1) Drusus. (a) Philippe.
damnes à une amende de 5oolalcns pour avoir dévasté Orope , députèrent au sénat romain pour faire révoquer cette condamnation. Ils confièrent cette mission délicate à trois philosophes, Diogène le stoïcien, Carnéades de la secte académique , et Critolaus qui professait la doctrine d'Aristote.
« Ces trois chefs de secte furent bien ac- » cueillis: on fit droit à leur demande; mais ils » ne se contentèrent pas d e sauver larép ublique, » ils voulurent mettre à profit , pour les intérê ts » de la philosophie , le séjour que leur mission » leur permettait de faire à Rome. Ils y ouvri- » rent des écoles particulières ; et tout ce qu'il y » avait dans cette capitale du monde de jeunes » gens distingués par la naissance et par les » talens , y accoururent avec une telle affluenc c » et une telle assiduité, que le vieux Caton , » craignant que cette nouvelle doctrine ne por- » tât atteinte à l'austérité des mœurs antiques, » proposa de les renvoyer poliment, afin que » la jeunesse reprît ce qu^on regardait alors » comme étude fondamentale , ou , pour » mieux dire, unique, celle des lois. Les vieil- » lards , même les plus instruits , faisaient » semblant de mépriser les autres connais- » sances (/). »