PREMIERE PARTIE
lois, qu'il regardait comme le chef-d'œuvre de la raison humaine , ont disparu avec les autres monumens dont s'enorgueillissait l'Italie (i). Les te'nèbres de la barbarie sont venues obscurcir cet horizon', autrefois si resplendissant de lumière , et elles ont , ainsi que les volcans, couvert le berceau et la patrie des lois. Le territoire de Rome renferme plus de trésors dans son sein que sa surface n'en présente à l'admiration du voyageur. Ainsi une grande partie des Douze Tables est disparue avec la République de Cicéron, la moitié de son traité des Lois, les écrits dHortensius , et ceux de Panœtius, les tragédies d'Ennius et celles de Pollion. Tite Liye , Dcnys d'Halicarnasse , Tacite , Pline le jeune, et tant d'autres écrivains immortels, qui ont également subi les ravages du tems, ne sont venus jusqu'à nous qu'altérés et mutilés , et nous n'avons , de cette belle et riche antiquité , que des débris qui attestent moins notre opulence que notre misère.
Ce beau code de l'équité naturelle , les Pan- ,
(i ) Il paraît que les tables sur lesquelles on les avait gravées existaient encore du tems de l'empereur Septime-Sévcrc. Elles étaient encore écrites du tems de Justin ion .
4o CONCLUSION SUR LES XII TABLES.
decles, avaient subi le même sort, et nous ea serions privés pour toujours, si, par un de ces étranges hasards qui viennent, de loin en loin , nous frapper d'étonnement , le seul exemplaire que nous puissions consulter , relégué pendant plusieurs siècles , et oublié dans une petite ville de la Pouille , n'était devenu , dans un moment de pillage, la proie d'un soldat qui, frappé de l'éclat de sa couverture, y attacha plus de prix qu'au trésor qu'elle renfermait , et , ne pouvant l'en détacher, retira ce livre précieux de l'indigne lieu qui l'avait recélé jusque-là.
On voit que je veux parler,du manuscrit célèbre qu'aujourd'hui^ l'on conserve avec tant de soin à Florence. A peine fut-il connu (i) , que , d'un concert unanime , tout ce qu'il y avait en Europe d'hommes respirant l'amour de la science , se livrèrent sans réserve à l'étude du droit romain.
Mais on reconnut bientôt qu'il manquait un autre chef-d'œuvre. Les Douze Tables incessamment rappelées, Gaïus qui les interpréta fréquemment cité dans le Digeste , inspirèrent
(1) Vers le milieu du douzième siècle.