‹ Conclusion sur les lois des Douze Tables, contenant 1°. Un examen de quelques points généraux; 2°. Tous les fragmens qui nous ont été conservés, et tels que les savans en ont proposé les textes, avec la preuve de chacum d'eux, et des explications sur les lois qui en sont susceptibles;Chapitre 25 sur 78 · PREMIÈRE PARTIE. fi · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE. fi

muîgation des lois. Le droit civil est l'objet des dix autres titres. Par ce seul aperçu , on peut se faire une idée de l'étendue de sa collection ; Spiégélius y a joint de savans commentaires , quoiqu'elle fût d'ailleurs accompagnée d'amples interprétations.

Denys Godefroi (i) , qui a suivi la même méthode, nous a donné plus de deux cents lois , en prévenant toutefois ses lecteurs que plusieurs d'entre elles n'appartiennent qu'à Cicéron.

Je crois devoir passer sous silence les noms de beaucoup d'autres qui, dans les mêmes tems , se sont occupés de cette importante matière ; on n'en retirerait aucune utilité , et le travail serait long et pénible. J'observe seulement que les uns se sont attachés à rechercher et prouver les textes, les autres à les éclaircir et les interpréter ; mais on peut se persuader aisément que , parmi tant de systèmes divers que l'on vit éclore , et qui tendaient à expliquer les mœurs antiques des Romains, il y en eut de solides , il y en eut d'ingénieux ; mais on en vit aussi d'extrêmement ridicules.

On s'occupa aussi de conférer les Douze

(i) Ne en 154g, et mort en 1622.

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Tables avec les lois de Moïse et celles de la Grèce. Ce travail peut produire quelque utilité et quelque agrc'ment , par l'espèce de relation et d'enchaînement qu'il présente entre les vérités morales qui composent ces trois législations différentes ; mais il est , quant à présent , étranger à mon objet. Si mes occupations me le permettent un Jour , je pourrai aussi comparer les Douze Tables avec les coutumes et les lois antiques dont nous trouvons des monumens dans Y Iliade et dans Y Odyssée , et Ton y remarquera peut-être encore plus de rapport qu'avec les lois publiées par Sqlon et avec celles des Hébreux.

Il est deux écrivains que je ne puis passer sous silence, et qui ont publié leurs travaux sur la fin du seizième siècle. Jean Rosin , dans son ouvrage sur les Antiquités romaines , donne quatre-vingt-dix-neuf textes des Douze Tables, et Théodore Marcille en donne ccnt(i). Le premier y joint les preuves de leur authenticité, et des commentaires bien capables d'en faciliter l'intelligence , où l'extrême précision

(i) Numériquement parlant ; car , dans ces deux collections, les textes ne sont ni composés ni distribues de la même manière.

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est jointe à l'extrême clarté, et où Fauteur, avec beaucoup de modestie , se contente de rapporter les opinions des autres , en faisant néanmoins présider à son choix une excellente critique. C'est une précieuse collection de presque tout Ce qui avait été dit jusque-là de plus certain et de plus solide.

Rosin, à proprement parler, n'a été qu'un habile et judicieux compilateur. Théodore Marcille va plus loin, et, sans s'inquiéter de ce qu'ont publié les modernes , il fait lui-même les recherches les plus amples et les plus laborieuses ; il multiplie les preuves , il n'en laisse échapper aucune. Celui-là a réuni tous les trésors du nouveau monde savant, celui-ci tous ceux des anciens , et il nous explique en même tems la valeur de chacune des expressions dont ils se sont servis. Ces deux ouvrages réunis offraient tout ce qu'il y avait de mieux alors sur cet intéressant sujet.

De leur côté, les Turnèbe, les Scaligcr, les Saumaise , faisaient passer au creuset de la critique la plus sévère tous les manuscrits de l'ancienne Rome , corrigeaient , réformaient , restituaient des textes , remplissaient des lacunes, et offraient ainsi aux jurisconsultes littérateurs un flambeau propre à les guider au

milieu d'un jour encore douteux , et à éclaircir des ténèbres non encore dissipées.

Voilà ce que produisit, pour la connaissance des Douze Tables, un siècle dont s'honorera long-temps la jurisprudence ; le siècle des Cujas, des Pithou, des Barnabe Brisson. Je n'ai pas besoin de dire que ces grands personnages ont aussi payé leur tribut au droit décemviral.

Avant que de parler de celui qui a mis la dernière main à ce grand ouvrage, je m'arrête à une réflexion. J'ai déjà fait voir quelle avait été l'admiration des anciens pour les Douze Tables : tant d'hommes justement célèbres, qui parmi nous, durant deux siècles entiers, en ont fait l'objet de leurs recherches, de leurs travaux et de leurs veilles les plus assidues et les plus infatigables, n'en avaient pas une moindre opinion. Il faut qu'ils les aient vues d'un même œil que les anciens , qu'ils les aient jugées dans un même esprit, qu'ils y aient reconnu le principal fondement et la première source du droit romain , pour y avoir consacré tant de soins et d'étude. Ceux qui prétendent qu'elles n'ont été estimées que des Romains, ont san& doute oublié cet hommage universel de tous les jurisconsultes de l'Europe moderne.

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