PREMIÈRE PARTIE. 6l
façonnaient eux-mêmes, et qu'ils vendaient aux peuples voisins.
Comment donc imaginer que les Romains, nation demi-grecque d'origine , dont la langue était enrichie par celle d'Homère, auront, pendant quatre siècles , emprunté pour la rédaction de leurs lois le jargon barbare d'un petit peuple méprisé , dont le nom devenait une injure?
Je crois que ce qui aura induit en erreur Terrasson , c'est qu'en effet les deux dernières Tables , rédigées sous le second décemvirat , et dont les dispositions étaient moins agréables, comme moins favorables au peuple , ont été appelées Oscœ Tabulas; mais c'était un terme <le mépris, qui même faisait assez voir qu'on n'aura point employé la langue osque dans la , rédaction de ce code pour lequel en général la vénération des Romains a été si grande.
Ils avaient d'ailleurs, à cette époque, beaucoup d'estime pour une autre langue: c'était celle des Toscans. « Je vois dans nos an- » nalcs, dit Tite Live (i), que l'on faisait » alors étudier la langue étrusque à la jeu-
(i) Livre IX.
» nessc romaine, comme on lui fait mainte - » nant apprendre le grec. »
On s'étonnera peut-être de ce que j'établis ainsi mes preuves , sans m'occuper de réfuter celles de Terrasson. La raison, en est simple : il n'en donne aucune. |1 avance , comme certain, ce point dont je viens de démontrer la fausseté, et il part de là, avec une étonnante assurance , pour restituer , dans ce qu il appelle la langue osque , non seulement les lois royales , mais encore tous les fragmens des Douze Tables : et , par ce travail même , il nous prouve que sa langue favorite n'est autre ebose que l'ancienne orthographe des Latins.
A l'aide de divers monumens, il nous indique à quels caractères nous devons reconnaître la langue osque. En voici quatre seulement qui suffiront pour fair% voir combien il a erré.
Les anciens Romains écrivaient en pour in préposition. Ils se servaient du k au lieu du c ; ils mettaient en aï la diphthongue œ y et ils employaient , au lieu du z, le d suivi d'un s , de manière que pour Mezenùus on écrivait et Ton •prononçait Medsentius.
Mais qui ne voit que ces quatre caractères appartiennent à la langue grecque, et non