‹ Conclusion sur les lois des Douze Tables, contenant 1°. Un examen de quelques points généraux; 2°. Tous les fragmens qui nous ont été conservés, et tels que les savans en ont proposé les textes, avec la preuve de chacum d'eux, et des explications sur les lois qui en sont susceptibles;Chapitre 35 sur 78 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

culture des sciences , des lettres et des beauxarts, l'enrichit insensiblement d'expressions figurées, de locutions proverbiales , et de mots plus harmonieux. Des termes deviennent surannés; on leur en substitue d'autres qui, même quelquefois, sont loin de les valoir. Lisez attentivement Malherbe et Corneille, vous serez étonné des pertes qu'a faites notre langue , tandis qu'elle s'enrichissait d'ailleurs. Mais quel peuple a jamais consigné dans ses fastes les diverses époques du néologisme ? Dans quel siècle et dans quelle année tel ou tel mot at-il cessé d'être en usage , tel ou tel autre a-t-il été introduit ? Voilà le point essentiel , et qu'il est impossible d'éclaircir. Je n'ai pas besoin de dire qu'il en est de même de l'orthographe , et qu'elle subit également des changemens et des modifications insensibles , auxquelles on ne peut assigner une époque déterminée.

Ceci est encore plus vrai pour la langue que parlaient les Romains avant le siècle d'Ennius. Cette langue, formée d'abord par les Grecs et les Aborigènes , a dû s'augmenter de quelques-unes des expressions dont se servaient les peuples qui ont été agrégés au peuple romain , ou à mesure qu'un étranger , ayant quelque ascendant par ses lumières , est venu s'é-

tablir à Rome. Quelques mots samnitcs , étrusques, ôsques même, auront été insensiblement adoptés, et la langue des Sabins plus que les autres ; d'abord , lors de la paix avec le roi Tatius et de la réunion des deux peuples; et ensuite , lorsque le premier Appius Claudius, suivi de trois miilè Sabins , est venu s'établira Rome (ky.

Tarquin l'ancien, fils de Démarate, et originaire de Corinthe ; Hermodore et d'autres personnages également' illustres, auront aussi, à différentes époques, enrichi la langue latine, jusqu'au moment où l'étude du grec , devenue universelle , a opéré une révolution plus générale.

Appius Claudius Centum-manus , dont j'ai parlé dans un autre endroit, a aussi opéré des change m ens dans l'orthograp he ; mais on n'en connaît pas l'étendue. Les uns prétendent qu'il a inventé la lettre r, et qu'elle était inconnue avant lui ; d'autres pensent qu'il n'a fait qu'en étendre l'usage (/). Et comme il est postérieur aux décemvirs, on ne peut savoir dans quels mots , du tems de ces derniers, on employait cette lettre, et dans quels autres le s lui était substitué.

Nous n'avons point d'écrits antérieurs à

PREMIÈRE BARTIE. 67

ISfroius. I4C6 fragmens de ce poète ne nous ont été transmis que par des écrivains plus modernes. Quels seront donc les monumens que l'pn consultera ? Varron et Festus , qui vivaient dans un teras ou la langue latine faisait les plus grands progrès, ont connu la nécessité de fixer la valeur des termes qui cessaient d'être eji us^ge , et dont la connaissance était nécessaire pour l'intelligence des anciens auteurs. Nous avons les mêmes obligations à plusieurs a u très savans grammairiens ; mais le plus ancien de tous vivait quatre cents ans après les (îecem virs ; ainsi nous ne pouvons savoir si les vieux mots que nous trouvons dans ces vocabulaires , d'ailleurs incomplets , étaient en usage du tems des Douze Tables. Il y avait d'ailleurs des termes consacrés aux lois, et dont ne se servaient ni les poètes, ni les historiens ; et, faute de connaître cette différence, on courait les risques d'en introduire dans les Dpuze Tables qui eussent été rejetés par les dégemvjrs.

Yoilà pour l'emploi des mo^s ; voyons maintenant pour l'orthographe.

Il est certain que Cicéron et Festus , en nous donnant quelques textes , tels qu'ils étaient dans les Douze Tables, ne les ont pas

écrits de la même manière que les décemvirs ; et les manuscrits les plus anciens qui soient venus jusqu'à nous , ne nous donnent aucune lumière pour imiter cette orthographe antique. Ce sont donc d'autres monumens qu'il faut consulter.

Et à cet égard , quelle confiance pouvonsnous avoir dans la plupart d'entre eux , lorsqu'ils sont d'une fausseté aujourd'hui démontrée, mais qui a trompe long-tems l'œil du savant le plus exercé (m) ? On a trois guides que l'on regarde comme assurés : i° une colonne élevée, en l'honneur de Duilius , l'an 494 de la fondation de Rome ; 2 0 une inscription faite , deux ans après , en l'honneur de Scipion , fils dcBarbatus; 3° le séna tus-consul te qui interdit les bacchanales , et qui date dç l'an 568 de Rome. Mais que trouvons-nous dans ces monumens?

l'orthographe usitée à Rome sur la fin du cinquième siècle, c'est-à-dire près de deux cents ans après les Douze Tables. Toutefois , qui nous garantira que ce soit la même , et que deux siècles n'ont apporté aucun changement dans la manière d'écrire , lorsque nous savons que le tems d'Appius Claudius Centum-manus est placé dans cet intervalle ?

Et c'est ici que M. Bouchaud ne me paraît

Page 1