SUR LA TROISIÈME TABLE
LOI U
Chez les Romains , l'unité monétaire s'appelait as; c'était nne livre d'airain , et elle se divisait en douze onces.
L'intérêt se payait tous les mois ; et il y avait douze espèces d'intérêt.
i°. On appelait summa usura , ou as usurarius , l'intérêt qui se payait sur le pied d'un pour cent par chaque mois , et qui rapportait à la fin de l'année douze centièmes du capital.
2°. Usura deunx s'entendait de celui qui rapportait par an 1 1 centièmes.
3°. Dextans , i o centièmes.
4°. Dodrans, 9.
5°. Bes , 8.
6°. Septunx , 7.
7 0 . Semis, 6.
8°. Quincunx, 5.
9°. Triens, 4-
io°. Quadrans , 3.
Sciions , 2.
12°. Unciaria, 1.
l34 CONCLUSION SU 11 LES Xll TABLES.
Uncùirium fenus était donc l'intérêt à un pour cent par an , payable par douzième tous les mois ; et c'est de celui-là qu'il est question dans la loi. ( V. Rosini, Antiquit. Roman. )
C'est cette échelle usuraire, prise à rebours par Terrasson , qui a induit en erreur cet écrivain , et lui a fait croire que l'intérêt fixé par les Douze Tables était de douze pour cent par an. .
loi iv et suivantes.
J'ai cru devoir copier à la suite de ces lois le fragment <TAulu-GeIle , qui les contient toutes , parce que c'est le meilleur commentaire qu'on en puisse donner. .
Il me semble , en effet , qu'avec le texte de cet au-, teur on peut résoudre aisément les plus grandes dif-> ficultés qui aient été proposées ; c'est ce que je vais essayer en peu de mots.
I. Plusieurs interprètes , à la tête desquels on voit le savant Bynckershoek , n'ont pu se persuader qu'il fût permis de couper le corps d'un débiteur; et ce que la loi dit de la personne , ils l'ont entendu des biens seulement, ou du prix qu'on retirait de la personne en la vendant comme esclave ; mais Aulu-Gelle , qui écrivait dans un tems moins éloigné des décemvirs (i), ne permet aucun doute à cet égard ; car Phavorinus ,
(i) ïl écrivait du tems de l'empereur Adrien.
SECONDE PARTIE. , l35
accusant cette disposition de barbarie, dit positivement : Quid enim videri potest efferatius ? Quid ab hominis ôh genio diversius , çuàm qubd membra , et artus inopis debitoris, brevissimo laniatu , distràhantur sicut nunc bon a distrahuntur. Ainsi , du tems d'Aulu-Gelle , citaient les biens , et , du tems des décemvirs , c'était le corps des débiteurs qu'il était permis de partager.
Il est donc- inutile d'entrer dans de longues discussions pour savoir si , par le mot caput , les décemvirs ont entendu le sort principal , et , par pcena, les* intérêts ; ou si , par ces expressions , capite pœnas dabant , on a seulement voulu dire que les créanciers privaient leur débiteur de sa liberté (i). Si l'on eût ainsi entendu le texte du tems d'Aulu-Gelle, où tous les commentaires sur les Douze Tables existaient encore , Caecilius , pour réfuter son contradicteur , ne serait pas obligé de citer en exemple le respect religieux avec lequel les Romains observaient la bonne foi , et les inconvéniens qui sont résultés de l'abrogation de la peine capitale portée contre les faux témoins ; enfin il ne serait pas obligé d'ajouter : Sed eam capItis posnam sanciendœ , sicut dixi , fidei gratid horrificam , atrocltatis ostentu novisquc terraribus metuendam reddiderunt.