PREMIÈRE PARTIE
le berceau de notre propre législation , et qu'il contient des principes féconds qui , développés par nous-mêmes, forment une grande partie de notre droit positif.
Il n'en est pas des sciences morales comme des sciences physiques : dans celles-ci , les idées nouvelles doivent presque toujours l'emporter sur les autres , parce qu'elles sont le résultat des expériences et de l'observation , et que ce n'est qu'en ajoutant chaque jour à la somme de ses recherches et de ses connaissances, que l'homme peut pénétrer les secrets de la nature. Mais les vérités morales, au contraire , acquièrent d'autant plus d'autorité qu'elles datent de plus loin , qu'elles ont été reconnues par plus de peuples , et proclamées par un plus ( A
grand nombre de sages. C'est ainsi que , par- * venant jusqu'à nous environnées des respects et des hommages des anciens, elles obtiennent plus facilement les nôtres. Nous puisons donc dans l'étude des Douze Tables de nouveaux motifs pour nous attacher à notre propre jurisprudence , et pour y reconnaître le produit de plus de vingt siècles d'expérience et de lumières.
L'autorité et la sagesse du code des décemvirs n'ont été contestées que vers la fin duder-
nier siècle , et dans un tems ou , par un abus du doute méthodique , des vérités éternelles étaient réduites en problèmes.
Je lis, dans un ouvrage destiné à former des jurisconsultes , que le latin des Douze Tables est aussi barbare que le sont la plupart de leurs dispositions (1) , et dans un autre, qui traite de Téconomie politique , que les auteurs anciens vantent beaucoup la sagesse de ces lois ; mais que les écrivains modernes les jugent avec plus de sévérité ; qu'on n'en fait plus le même cas, et que si la situation des Romains, au quatrième siècle de la république , ne comportait pas de meilleures lois, le législateur qui en donnerait de pareilles aux peuplades de nos jours ne serait admiré que dans son pays (2). Dans le premier ouvrage , pour donner une idée de ces lois, on en cite cinq dispositions seulement : celle qui permet à des créanciers de couper le corps de leur débiteur ; celle qui ordonne de tuer les enfans monstrueux; l'étenduo de l'autorité paternelle ; le mariage
(1) Voyez dans X Encyclopédie méthodique , partie de la jurisprudence , le mot Loi.
(a) Voyez le même ouvrage, Economie politique et diplomatique, au mot Déccmvirs.