‹ Conclusions statistiques contre les détracteurs de la vaccineChapitre 31 sur 52 · III. — Iaa3er|>ré£î&£i©BBs errosiées des · texte numérisé non relu

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Il n’est sorte d’inconséquence que l’usage, si fréquent aujourd’hui, de parler ou d’écrire sans préparation suffisante, n’ait fait avancer sur les causes ou les résultats de l’accroissement des vivants, et en général sur les mouvements de population (naissances et décès). MM. Carnot et

(I) Rapport à l’Académie de médecine, 13 septembre 1853.

Bayard n’ont pas manqué de puiser à cette grosse source d’erreurs (1).

Lors de la découverte du vaccin, les études de statistique humaine étaient à peine nées, et l’on ignorait cà peu près complètement les lois qui président à la multiplication de l’espèce.

Aussi a-t-on conclu un peu vite que tous les enfants s arrachés à la mort par la vaccine allaient coopérer, dans s la proportion de leur nombre, à l’accroissement des ' vivants.

Duvillard a fort innocemment contribué à répandre ce préjugé en calculant l’accroissement théorique que la vaccine allait imprimer à la population.

Mais Duvillard, écrivant à une époque où les principes ï de la Démographie n’étaient pas encore émanés de l’observation directe, a dû nécessairement accorder beaucoup à la spéculation.

Cependant il ne se laisse pas enivrer par ses calculs ; car, , avant d’en publier le résultat, il écrit les lignes suivantes qui témoignent à la fois de sa réserve et de sa sagacité. «Bornons-nous, dit-il (p. 150), à chercher quel serait » l’accroissement de la population en France uniquement » dû à l’établissement de la vaccine, en supposant que de » nouvelles sources de prospérité permissent un tel accroisse- ■ » ment : car, » avait-il dit plus haut, « la population doit » être à peu près stationnaire dans un pays déjà si peuplé;

» et il est à présumer que, si la vie des enfants était plus » assurée, on en procréerait moins. » Ce que présumait Duvillard, la Démographie l’a complètement établi. C’est un théorème aujourd’hui démontré que les mouvements dépopulation sont rivés à ceux des subsistances; ainsi

(I) Académie des sciences, séances des 7 mai et 10 septembre 1849 Union médicale, 1853, n° 79).

il n’y a qu’une cause déterminante qui augmente la population, c’est l’augmentation des subsistances, et plus généralement l’augmentation des produits du travail.

C’est en conséquencedece principe que dans les Animales d'hygiène M. Yillermé a fait voir que la vaccine n’était pas une cause immédiate de l’augmentation de la population; et nos adversaires ont prouvé qu’ils 11e le comprenaient pas, quand ils ont prétendu voir là une adhésion (toujours tacite, il est vrai) de l’illustre statisticien.

Depuis, M. Guillard a précisé encore davantage cette cause unique de la multiplication des hommes, en établis-» sant que la population s’accroît comme les subsistances disponibles.

Essayons de faire comprendre en peu de mots la pensée de M. Guillard. Rappelons d’abord ce principe de la science économique, que tout travail crée un excédant. Cela veut dire que l’homme, individuel ou collectif, produit un peu plus, chaque année, qu’il n’est obligé à consommer pour conserver son existence. Cet excédant de la production indispensable pour entretenir la vie dans les conditions du bien-être antérieur, chaque homme, comme chaque nation, le dépense à sa guise.

Certaine nation, et la France en première ligne, l’emploie en grande partie à augmenter son bien-être, son confortable, son instruction, etc., fort peu à augmenter sa population, mais n’en détourne rien au profit de l’augmentation des naissances; bien au contraire, et comme l’avait prédit Duvillard, a mesure que la vie des enfants devient plus assurée, on en procuée moins.

Ainsi, chez nous Français, et, parmi nous, chez la race normande en première ligne , comme l’avait pressenti d’Ivernois, l’accroissement de la population est plus borné ji qu’il ne serait, s’il se réglait uniquement sur l’augmenta-

tion des produits de notre travail. Mais une partie des produits supplémentaires, étant employée à augmenter le bien-être, est perdue pour l’augmentation directe de la population; il reste, dirait M, Guillard, peu de subsistances disponibles invitant à procréer de nouveaux êtres. Aussi, tandis que le bien-être, l’aisance, la vie moyenne augmentent si notablement en France depuis le commencement du siècle, le nombre relatif des naissances diminue : et bien loin de voir, avec les ennemis de la vaccine ou autres détracteurs du xixe siècle, dans ce phénomène remarquable, un sujet de complainte, il faut y voir un sujet de félicitation pour notre peuple qui, préférant la qualité à la quantité, augmente peu sa population, mais l’augmente exclusivement par la diminution de sa mortalité.

Il n’en est pas de même d’un bon nombre de pays allemands ou slaves, la Prusse, la Bohême, par exemple, chez lesquels pourtant on ne néglige pas de vacciner. Pour eux, tout l’excédant des produits est disponible et sollicite à de nouvelles naissances; rien ou fort peu de chose ne paraît être réservé pour augmenter le bien-être : aussi la vie moyenne est stationnaire ou rétrograde; les chances de décès ne diminuent point, ni sans doute celles de maladie; les hommes voient augmenter leur nombre sans voir augmenter leur bien-être. Est-ce là un progrès bien profitable à l’espèce? Pourtant, nous voyons les adversaires de la vaccine et, aussi bien qu’eux, leur contradicteur M. le docteur Mordret de la Sarthe, méconnaissant absolument la signification de l’accroissement continu des naissances, prendre cet accroissement pour un signe de prospérité générale. Ils paraissent ignorer que l’accroissement des naissances tient à des causes multiples, parmi lesquelles l’augmentation du bien-être n’entre jamais que comme cause passagère.

La grosse erreur dont ils se rendent coupables, permise au temps de J. -J. Rousseau, ne l’est plus aujourd’hui.

« Le publiciste du xvme siècle procédait d’après une méthode fréquente chez les cartésiens ; c’est-à-dire que, supposant vraie une inspiration de l’esprit, une vue incomplète du phénomène, il croyait découvrir la mesure de la prospérité d’un peuple dans la rapidité de son accroissement, et s’écriait, sans daigner vérifier son hypothèse : «Calculateurs, c’est maintenant votre affaire; comptez, » mesurez, comparez! » Et voilà que les baconiens , je veux dire les statisticiens, mesurent, comparent, et trouvent que la multiplication des naissances, même au delà des décès, est en rapport avec une vie courte et misérable; que les heureux se marient tard, multiplient peu, et vivent longtemps (Rickman, Ivernois, Villermé, etc.); que plus il meurt d’enfants, plus il en naît. La remarque avait déjà été faite, puisque les Romains nommaient prolctarius , ou faiseur d’enfants, le menu peuple. Ainsi, dans :

1 décès

1 naiss. 1

mariage

po U I’

pour

pour

Le département de l’Orne .

. 52 hab.

45 hab.

147 hab.

Le Finistère . .

La province de Namur. .

La province de Zélande .

L’État de Ganaxuato (Mexique).

» On pourait allonger ce tableau autant qu’on le voudrait (1). »

Le nombre considérable des naissances, non plus que celui des mariages, ne fournit donc pas de preuve directe

ment de la population ne prouve pas davantage l’accroissement de son bien-être.

(i) Thèse inaugurale du docteur A. Bertillon, 1852.

La seule cause déterminante qui préside à l’augmentation de la population (que cette augmentation ait lieu par l’excès des naissances ou par une plus grande durée de la vie ou par l’immigration) est V augmentation des subsistances disponibles: disponibles, c’est-à-dire non absorbées par un supplément de bien-être, soit de nécessité, soit de choix et de luxe ; et encore le confort, en prolongeant la vie, peut- il être une cause indirecte d’augmentation des vivants.

En un mot, beaucoup de causes prédisposantes, pouvant aboutir à Vunique cause déterminante, amèneront ainsi un accroissement de population.

La vaccine, entre autres, diminuant la mortalité des enfants, diminuera les sacrifices faits stérilement pour élever jusqu’à à ou 5 ans les victimes prédestinées de la variole; et ce tribut, refusé à la mort, sera employé suivant les tendances, les lumières, le tempérament des races, ou à augmenter le confortable, ou à multiplier les naissances.

Voilà comment la vaccine peut indirectement , et comme cause facilitante , augmenter la population; et voilà en même temps pourquoi cette augmentation n’est pas obligée et peut être remplacée par un accroissement de bienêtre, qui lui-même a pour effet certain (M. Villermé l’a assez clairement démontré) d’accroître la vitalité. Ainsi, dans ce dernier cas, la vaccine augmentera la vie humaine de deux manières : directement, en supprimant un danger, et indirectement, en employant plus utilement les produits du travail (1).

(1) Qu’on ne croie pas que cette économie soit légère.

D’après Duvillard , la vie moyenne des victimes de la variole est de quatre ans, et d’après le nombre annuel des victimes qu’elle faisait (supposant nos 35 millions dans les mêmes conditions qu'autre-

C’est parce que nos adversaires ignoraient ces grandes lois de la statistique humaine, lois sur lesquelles, grâce aux célèbres travaux de nos contemporains, tous les statisticiens sont d’accord aujourd’hui, qu’ils ont pu croire que la diminution des naissances était un résultat funeste dont ils pouvaient charger la vaccine. Ils se trompaient donc à la fois dans l’appréciation du fait et dans la recherche de sa cause.

Nous n’avons voulu qu’esquisser à grands traits la démonstration de ces lois, dont on trouve tous les développements dans les écrits si connus de Malthus, d’ivernois, Benoiston, de MM. Villermé, Guillard, etc. Au reste, elles font partie aujourd’hui des connaissances classiques dans les sciences économiques et statistiques (1), et il est incroyable (le vrai peut quelquefois n’être pas vraisemblable) que des hommes qui s’annoncent avec tant de jactance et de bruit, en soient à ignorer les éléments des sciences qu’ils osent invoquer.

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