COMBIEN, SUR 100 CONSCRITS REÇUS
et dont la taille a été mesurée,
avaient
la plus petite taille (1570 à 1651 mill.)
avaient
la pins grande taille (au-iess. de 1651 ni.)
lre ÉPOQUE.
Avant toute influence vaccinale.
Au début de l’influence vaccinale.
2e ÉPOQUE.
Après l’influence vaccinale.
Ainsi au commencement de la restauration, sur 100 conscrits aptes à porter les armes, 47 seulement avaient plus de 1651 millim. et pouvaient entrer dans les corps
(1) Il faut observer que nous avons dû, pour la période actuelle, éliminer du contingent tous ceux dont la taille était inférieure à 1 570, c’est-à-dire le groupe 1556-69, qui n’était pas admis à y figurer sous la restauration. Nous avons dû faire de même pour le petit groupe annuel formé par les tailles inconnues. Sur ces bases, chacun pourra vérifier notre travail.
spéciaux, tandis qu’aujourd’hui on en trouve tout près de 50 (49,6). On sera frappé aussi du progrès régulier , continu, que présente chaque époque étudiée.
Est-ce à dire que la vaccine soit la cause de cette élévation progressive de la taille? Nullement : le progrès et la paix suffisent pour expliquer ce résultat; et les documents ne nous fournissent pas assez de détails sur la première époque pour permettre à l’analyse statistique des recherches plus profondes.
Notre résultat d’ailleurs, suffit largement a la justification du progrès et ci fortiori de la vaccine.
Comment donc qualifier ces déclamations qui , sans connaître les faits, sans les apprécier ni même les consulter, supposent, affirment, dénigrent dans la seule vue
de soutenir un système préconçu ; ou peut-être dans
celle, moins légitime encore, de faire du bruit? Ali î c’est que les phrases sont plus expéditives à faire et plus résonnantes à l’oreille du public auquel on s’adressait que les déductions statistiques.
b. Examen de la mortalité de l’armée.
Qui nous dira pourquoi la mortalité militaire (à l’intérieur) est le double de la mortalité civile aux mêmes âges?
C’est un fait notoire pourtant, et aujourd’hui hors de toute discussion. Les travaux deBenoiston, de Boudin, de M. le général Paixhans, de M. Desjobert; les aveux du Moniteur (1) ne peuvent laisser la moindre incertitude sur la mortalité de l’armée (malgré le huis-clos si regrettable des documents officiels). Elle s’élève environ à 2 pour 100.
(1) Benoiston, Ann. cVhyg., t. X, 2e partie.— - Boudin, Ann. d’hyg., passim. — Desjobert, État sanitaire de l’armée, broch. in-8, 1848, ■ — Moniteur , 6 juillet 1847 et partie. 21 décembre 1848.
11 n’est pas moins certain que la mortalité civile au même âge est de 1 à 1,1 pour 100 (1).
Ainsi il est avéré que, chaque année, 80 000 jeunes hommes, choisis entre les meilleurs, endossent avec la capote du soldat une mortalité double. Restés civils, ils eussent fourni annuellement 800 décès; soldats, sans quitter le sol français, la part de la mort s’élève à 1 600 ; et s’ils sont 500 000 hommes, au lieu de 5 000 décès, le fatal tribut s’élève à 10 000. Voilà donc une ignorance étiologique qui coûte annuellement à la société 5 000 jeunes gens!
Espérons que la statistique des causes de décès, si elle est convenablement instituée, dénoncera les causes d’un si funeste tribut payé indûment à la mort (2).
M. Carnot, on le devine, n’a pas manqué d’expliquer par la vaccine cette foudroyante mortalité de nos troupes.
On a déjà vu, p. 117, qu’il avait d’abord appliqué à tous les Français (de 20 à 30 ans) la mortalité du soldat. Cette supposition était avantageuse à sa doctrine ; en outre, elle évitait tous les longs calculs auxquels il a fallu nous livrer pour déterminer la mortalité civile de 20 à 25 ans, etc.
Mais laissons là cette énormité.
Dernièrement, M. Carnot a cherché à établir que la mortalité de l’armée s’était accrue depuis l’influence vaccinale.
Il a voulu remonter au xvme siècle : ce travail (3), qui vient de nous tomber entre les mains, nous paraît pécher
(1) En effet, cette valeur ressort en toute rigueur, non-seulement des tables de Demonferrand , mais aussi du tableau que nous avons donné, p. 91, dont il résulte que la mortalité de Yensemble de la population mâle de 20 à 30 ans ne s’élève pas à plus de 1,2 pour 100 ; et du calcul de la note p. 101 et 102 qui prouve que, pour le civil seul , cette mortalité ne doit pas atteindre 1 pour 100.
(2) Voyez à ce sujet V Union médicale, 4, 6, 8 novembre 1856, et 10 et 17 février 1857.
(3) Journal des connaiss. médic. et pharm., 30 novembre 1856.
par la critique des documents , bien que nous n’ayons pu encore aller aux sources qu’il indique (toujours avec trop de parcimonie).
En effet, la mortalité des troupes est liée intimement avec la composition de ces troupes, leur solde , leur âge moyen, etc.
M. Carnot aurait du. nous faire connaître si les régiments du xvme siècle dont il a pu se procurer quelques chiffres de mortalité, avaient passé les premiers âges de la virilité (20 à 25 ans), âges où la mortalité est très forte ; si ces corps étaient formés, comme il arrivait alors le plus souvent, d’hommes qui faisaient leur service par métier, par goût, et non de jeunes gens arrachés à leurs foyers par la loi et ne subissant leur sort qu’avec chagrin et par le fait d’une violence morale. On comprend que, les conditions d’âge et de vocation étant changées, la mortalité doit changer aussi et dans de fortes proportions. Ne voit-on pas, en effet, par notre tableau, p. 99, que 10 000 jeunes gens de 20 à 25 ans perdent annuellement 136 hommes, tandis qu’un même nombre, de 30 à 35, n’en perd que 97.
Il faudrait, en outre, savoir les conditions particulières de la vie qu’ils menaient; connaître, par exemple, la i solde, puisque Benoiston en a montré l’importance, puisqu’il a fait voir que, tandis que la mortalité du simple > soldat était de 2 pour 100, celle du sergent et du caporal, ij qui semblent si près du soldat, n’était pourtant que de 1 pour 100, etc.
La mortalité de quelques régiments du xvme siècle ne peut donc être logiquement comparée à celle des soldats de notre époque, si l’on n’a pas établi préalablement, par une analyse spéciale, peut-être assez difficile, la position identique ou différente des sujets comparés, et tenu compte, s’il y a lieu, des différences observées.
Quant à nous , nous sommes aussi impatient que M. Carnot peut l’être de savoir la funeste origine du mal qui pèse si lourdement sur nos militaires; et nous accepterons avec empressement tout travail qui pourra jeter quelque lumière sur un sujet qu’il est si urgent d’éclaircir, puisque l’ignorance nous coûte annuellement de quatre à cinq mille jeunes hommes.
Mais c’est parce que le sujet est sérieux qu’il faut que les recherches le soient aussi. Celles que nous livre M. Carnot pèchent évidemment par la critique : qu’il y ajoute cet élément indispensable en toute discussion, il aura peut-être fourni une page utile au sujet.
Il y a pourtant une conclusion grave dans ce travail de M. Carnot, parce qu’elle dérive d’observations sur l’armée actuelle. D’après lui, de 1819 à 1824 (1), la proportion des décès aux malades était, au Val-de-Grâce , 1 sur 25,6, elle serait, de 1838 à 1843, au Gros-Caillou , de 1 sur 14 : se hâtant, selon sa coutume, de généraliser cet exemple, il conclut à une grande aggravation de mortalité depuis 1819. Mais il oublie de nous dire l’origine de ses chiffres, et pourquoi il ne donne pas la série entière depuis 1816 ou 1819 jusqu’à nos jours, au lieu de deux petites périodes qui pourraient être exceptionnelles. Il ne nous dit pas non i plus pourquoi il compare le Val-de-Grâce au Gros-Caillou , et pourquoi pas chaque hôpital à lui-même. Peut-être les imperfections des documents statistiques sont-elles la cause j
(1) M. Carnot part même de l’année 1816, mais ce point de départ nous inspire quelque défiance. Quelle était cette armée de 1816-18 ? quelques débris des vieilles troupes impériales qui, décimées par les malheurs de 1814 et 15, ne conservèrent que leurs hommes les plus robustes et éprouvés. Cette armée n’avait pas de conscrits, puisque ce ne fut qu’en 1818 que l’on rétablit la conscription, et l’on sait que les conscrits sont ceux qui contribuent dans la proportion la plus considérable à la forte mortalité, etc.
de ces irrégularités; mais alors il faut le dire et les apprécier ; il faut faire savoir si les deux hôpitaux sont comparables, si quelque corps d’élite, comme la garde royale, ou si quelques maladies spéciales, reçues exclusivement dans l’un d’eux, ne seraient pas cause des différences remarquées, etc.; et il faut surtout citer ses auteurs, indiquer ses sources, enfin dire la force des nombres sur lesquels on a basé ses déductions.
Nous insistons sur ces négligences, non-seulement parce qu’elles infirment le travail de M. Carnot, qui, remanié et complété, pourrait devenir intéressant, mais aussi parce que, bien que nous n’ayons pu vérifier directement cette nouvelle production, nous avons de fortes raisons de la croire entachée d’erreur.
Nous allons les soumettre au lecteur. En les exposant, nous rentrons dans le sujet, puisqu’elles fourniront la preuve que la vaccine n’a encore rien à faire ici.
Dans le travail cité, M. Carnot nous dit : « L’année 1819 » est l’année fatale : c’est à cette époque que commence la » révolution sanitaire d’une manière tranchée! Pourquoi » cela? Pourquoi les maladies des soldats nés depuis 1798 » sont-elles plus meurtrières? Qu’on explique ce fait au- » trement que par l’intervention de la vaccine, s’il est » possible, je ne demande pas mieux; mais, pour l’amour » de Dieu, la vérité avant tout.
» MM. Miquel et Bousquet ont hautement accusé Brous- » sais d’avoir produit cette révolution, qui a nôn-seule- » ment survécu à sa doctrine, mais a grandi d’année en » année, hors de l’enceinte du Val-de-Gràce, etc. »
Ainsi, selon M. Carnot, c’est en 1819 qu’a commencé l’accroissement de la mortalité de l’armée, et cette aggravation a grandi d'année en année. Eh bien, cette conclusion que M. Carnot tire, sans hésiter, de documents partiels et
peu connus» est formellement démentie par des documents généraux qui ont acquis l’importance de documents officiels : nous voulons parler du travail de Benoiston , rapproché des aveux du Moniteur de 1848.
Benoiston a commencé à étudier la mortalité de l’armée depuis 1820, c’est-à-dire presque au début de l’aggravation signalée par M. Carnot; et comme son travail est fait sur toute l’infanterie, c’est-à-dire sur 125 à 130 000 hommes par an, il repose sur une base assurément plus large que celle de M. Carnot. Benoiston nous donne la mortalité annuelle de 1820 à 1826 inclusivement (1). Si donc, comme le croit M. Carnot, l’aggravation commencée en 1819 a grandi d’année en année, nous pouvons espérer saisir le début de cette fatale progression dans les six années étudiées par Benoiston ; et bien certainement, la mortalité de cette première époque sera fort inférieure à celle accusée par le général Paixhans en 1847, et par le Moniteur en 1848, puisque la mortalité a grandi d’année en année à partir de 1819 jusqu’à nos jours.
Aucune de ces prévisions ne se vérifie dans le tableau suivant, dû à Benoiston :
Années. Nombre des décès pour 1000 soldats.
Moyenne . 19,4
Ainsi, en 1820, la mortalité a été de 21 sur mille; en
(1) Non compris l’année 1823 , retranchée par Benoiston à cause de la campagne d’Espagne.
1826, elle élait de 20 sur mille. Entre ces deux époques les oscillations, qui ont pour limites 15 et 23, n’ont suivi aucune marche régulière. La mortalité moyenne de cette période a été de 19,4 ; et elle paraît telle encore aujourd’hui, puisqu’en 1847 M. Desjobert la fixe d’après le général Paixhans à 19, et le Moniteur de 1848, par une déclaration incidente, à 20 pour mille. On ne trouve donc pas la moindre trace de cette mortalité croissante, que dénoncent les sinistres accents de M. Carnot , et ii serait superflu de rechercher Yinfluence croissante de la vaccine sur un résultat qui n’existe pas.
Comment M. Carnot ne s’est-il pas aperçu que ses assertions tombaient en contradiction formelle avec le travail si solide, si estimé de Benoiston ? Comment n’a-t-il pas cherché à expliquer cette opposition fâcheuse pour sa manière de voir? M. Carnot procède toujours comme s’il était l’inventeur de la statistique et le seul statisticien possible. Il ne s’inquiète jamais si avant lui quelqu’un n’a pas fait ce qu’il entreprend; si après lui un autre ne vérifiera pas l’exactitude, la solidité de ses résultats. Est-ce I mépris? est-ce ignorance? est-ce négligence? Quoi qu’il en soit, il ne pouvait trouver quelque crédit qu’auprès des personnes tout à fait étrangères à la science, à ses I données sérieuses, à ses exigences légitimes.