‹ Conclusions statistiques contre les détracteurs de la vaccineChapitre 49 sur 52 · DANGER DE MORT A PARIS · texte numérisé non relu

DANGER DE MORT A PARIS

SUR 1000 VIVANTS DE CHAQUE GROUPE d’AGE

combien il en meurt annuellement.

AGES

Hommes.

Femmes.

Les deux sexes réunis.

De 0 à 5 ans. . .

5 à 10 ans. , .

— 10 à 15 ans. . .

— 15 à 20 ans. . .

- 20 à 25 ans. . .

— 25 à 30 ans. . .

— 30 à 40 ans. . .

— 40 50 ans.

— 50 il . .

Ce tableau est fort instructif. Nous avons vu tout à l’heure ; <lue le choléra a sévi avec tant de violence que, sous son influence, la mortalité générale de la ville de Paris parait

> augmentée dans tout une grande période. Ici nous soumettons à l’étude comparative deux époques de prospérité,

> de tranquillité, pendant lesquelles pourra facilement se

’ manifester une influence intime, comme celle que la vac-

i cine exercerait aux âges adultes, selon M Carnot. Voyons

donc quel est le résultat de l’observation ; examinons les 1 trois cas :

1° Le sexe masculin. — Nous voyons à Paris , contrairej ment à ce que nous avons observé pour la France en général, la mortalité de ce sexe diminuer à presque tous les » âges jusqu’à ZiO ans.

2 Le sexe féminin. — Nous pouvons apprécier ici un résultat singulier encore en opposition avec ce que présente la France : cest que pour les femmes la diminution |de la mortalité s’arrête après les 15 premières années ;

R la mortalité augmente sensiblement de 15 à 25 ans reder vient stationnaire de 25 à 30, puis rétrograde de nouveau u jusqu a 50 ans.

o Les deux sexes réunis. • — Nous voyons la mortalité,

^stationnaire de 25 à 30 ans, diminuer à tous les autres âqes fi jusqu’à 50 ans.

Ainsi, dans les deux périodes de tranquillité que nous

ptudions, nous voyons que la mortalité féminine de 15 à

525 ans est la seule qui se soit accrue. Cette singularité nous

explique les préférences décidées de M. Carnot pour ce

osexe, sa persévérance inébranlable à lui consacrer ses [pal culs.

Mais comment se fait-il qu’il se passe à Paris précisé- «nent le contraire de ce que nous avons trouvé pour la

France, et que dans cettecapitale delà galanterie, ce soient les femmes qui payent pour les hommes?

Nous nous tairons sur ce point, la statistique n’offrant point assez de ressources pour vérifier la valeur des vues d’intuition. Quoi qu’il en soit, il est évident que, si la vaccine avait quelque parta cette aggravation, elle se ferait sentir également sur les deux sexes. Voilà enfin une dernière fois Y accusée mise hors de cause. Rendons-la donc à la liberté, et confions-lui sans aucune appréhension les bras de nos enfants, dont elle préserve la vie et la beauté sans retour insidieux pour un autre âge.

De cette longue, laborieuse et sincère investigation, il résulte invinciblement que, de quelque manière qu’on interprète les documents anciens ou nouveaux, français ou étrangers, généraux ou spéciaux à la ville de Paris, à l’armée, aux départements, pourvu qu’on n’abdique ni les lois de la logique ni celles de la science, on arrive à des conclusions foudroyantes pour les adversaires de la vaccine.

Reprenons pourtant et énumérons successivement chacune des recherches auxquelles nous nous sommes livré. Indiquons-en le sujet et le résultat: que chacun de nos chapitres se lève et dépose à son tour la ligne qui le résume.

Dans cette revue, l’Introduction n’a pas à se présenter; elle n’est point le début de l’action , elle est un hommage rendu à une méthode d’investigation puissante et méconnue. Avant d’employer la statistique à terrasser les adversaires de la vaccine, nous avons eu à cœur de faire voir qu’elle est appelée à de plus hautes destinées.

Notre premier chapitre est consacré à la connaissance, à la critique des documents et k la recherche des méthodes qu’il faut leur appliquer.

Puis nous mettons nos matériaux en œuvre, nousinter-

rogeons chacun suivant sa nature; nous contrôlons les uns par les autres, et c’est avec une unanimité absolue, écrasante pour tous les contempteurs de nos progrès, que Dupré Saint-Maur, que Montyon , que Messance viennent tour à tour déclarer que la vie humaine était de leur temps et à tous les âges beaucoup moins assurée qu’au nôtre.

Le savant Duvillard, interrogé à part, n’est pas moins explicite; il déclare qu’avant 1789 il succombait, de 20 à 30 ans (âge du moindre progrès), lâ jeunes gens, quand nous n’en perdons plus que 1 1 .

Enfin le travail de ce mathématicien, contrôlé par une méthode qui nous est propre, et au moyen de chiffres dérivés d’une source tout expérimentale, donne un résultat d’un accord surprenant, qui témoigne aussi vivement en faveur du progrès qu’en faveur de l’œuvre de Duvillard.

Ainsi du xvme au xixe siècle le progrès est invinciblement démontré.

La mortalité, étudiée pendant le cours du xixe siècle, donne pour toute la France un résultat moins favorable, non à la vaccine, mais au progrès; on trouve que la mortalité des mâles aux âges adultes a subi une notable augmentation, tandis que celle des femmes est presque stationnaire.

Mais le même mouvement, étudié en Suède sur d’excellents documents, montre un progrès continu, constant pour chaque sexe et pour chaque âge. Ainsi en Suède, pendant le xixe siècle, les progrès delà vaccine et ceux de la vitalité à chaque âge marchent parallèlement . Quelle énergique rélutation des théories des vaccinopliobes !

lié bien ! pour le statisticien, il y a une étude encore plus funeste aux doctrines des adversaires de la vaccine: c’est celle de leur prétendue statistique. Rien de plus a S*

fligeant pour un économiste ou un statisticien, que de voir le sans-façon avec lequel, sans paraître s’en douter, ils ont travesti, conspué ces deux belles sciences.

Nous les voyons d’abord, ignorant les travaux de tout un siècle, de tout un peuple de savants, assimiler la vie confortable des rentiers à la dure existence des travailleurs, et la mortalité ordinaire du peuple à celle qui pèse plus lourdement sur l’armée.

Plus loin ils confondent les tables de survie avec celles de population ; ils prennent des nombres qui n’ont d’autre fonction que d’exprimer des rapports, pour des valeurs absolues. Ils lisent l’approbation tacite des savants dans leur désapprobation formelle. Ils croient, malgré les grands travaux modernes dont ils ne tiennent aucun compte et qu’ils paraissent ignorer, que la diminution lente et progressive des naissances est un signe funeste, et ils prennent pour une augmentation des mort-nés le progrès de leur enregistrement.

M. Carnot dédaigne non-seulement les travaux les plus célèbres des économistes, des statisticiens, mais les règles les plus élémentaires de la science; il les méconnaît avec le même laisser-aller que les travaux des savants. Veut-il étudier l’influence de la vaccine dans les départements , il ne sent pas la nécessité de former des séries, des moyennes. Plein de foi dans les déclarations préfectorales, il les accepte sans en discuter la valeur. Puis il compare un département qu’on lui signale à un autre, etc. ; abdiquant ainsi toute critique et toute méthode, il ne voit pas qu’il invoque le hasard ; il envoie un tel travail à l’Institut!

S’il étudie l’armée, même oubli de toute règle. Il se pim cure quelques chiffres de mortalité, il ne s’enquiert ni de leur qualité ni de leur provenance. Il ne sait pas que les

220 11ÉSUMÉ ET CONCLUSIONS.

corps d’élite ne meurent point comme les conscrits. Il est en contradiction formelle avec Benoiston, il ne s’en doute pas ! Connaît-il les travaux de Benoiston, de Boudin sur l’armée? Il n’en laisse rien paraître.

Il invente un procédé pour calculer les mortuaires cholériques que les documents ne donnent pas. Il ne daigne pas s’informer si les résultats théoriques satisfont aux conditions du problème. 11 augmente de plus de 50 p. 100 le nombre réel des victimes du choléra, et, sans se douter de cette exagération, il tire hardiment ses conclusions!

Mais c’est à travers ses calculs sur la ville de Paris qu’il devient bien difficile de suivre ce mathématicien dans l’inextricable série d’erreurs où il s’engage avec une confiance que rien n’ébranle.

Il oublie ordinairement que toute la statistique réside dans l’étude des valeurs moyennes.

Il applique à la ville de Paris, en se targuant de l'autorité rie Halley, une méthode que ce savant a pris soin d’avance de répudier pour toutes grandes capitales. En elfet, pour chercher à déterminer la mortalité parisienne, il se sert d’une méthode :

Qui suppose l’immobilité, et il applique cela à la ville la plus mobile de la terre !

Qui suppose qu’il ne sort pas de natif, qu’il n’entre pas d’étrangers !

Qui suppose que les rapports des âges des habitants sont invariables, et ils sont profondément altérés!

Qui suppose la population décroissante d’âge en âge, et elle croît jusqu’à 30 ans! etc.

Il veut apprécier une influence qui agit sur les deux sexes : il se trouve trop riche, il ne s’occupe que d’un seul.

Il étudie le particulier, et il conclut le général. Il a des chiffres pour un arrondissement, il en tire sans hésiter des

conclusions pour la ville entière; d’un sexe il conclut pour les deux, etc.

Il prétend vouloir étudier une influence constante, intime, physiologique, et il prend soin de ne comparer que des années frappées par des fléaux accidentels, la peste, la guerre, etc.

Il se dit habile mathématicien, et il altère à chaque instant une langue si précise ! ïfdit quelque chose comme rapport relatif (mortalité relative) pour désigner une relation compromettante et inutile ! Il dit n’avoir aucune confiance aux hypothèses sur la courbe de vie, et il ne base ses calculs que sur ces hypothèses ! Il décore du nom de « démonstration précise » la vérification sur un exemple d’un principe, qu’il veut faire admettre comme général, et qui se trouve infirmé par maints autres exemples.

Il dit encore beaucoup d’autres choses de la même force; il ne se départ jamais de la logique que nous venons d’exposer fidèlement, quoique incomplètement. Et il a des élèves qui se flattent de le comprendre et qui l’applaudissent! !... Mais si quelqu’un repousse ces.. . raisonnementslà, il s’écrie avec grande pitié :

« Pour les hommes familiarisés avec l’algèbre, les résul- » tats précédents suffisent .. Mais il est malheureusement « des écrivains qui ne possèdent que de très faibles notions » d’arithmétique et veulent s’occuper de statistique, etc. ( 1 ). »

Ou avec encore plus de modestie :

« Ce peu de mots s’adressent à ceux qui ont appris et » qui savent l’algèbre. Quant à ceux qui l’ignorent, je sais » qu’ils ne me comprendront pas plus que Bernardin de » Saint-Pierre ne comprenait Laplace,... Mais que dire à » celui qui croit racheter par la suffisance de son langage

(1) Journ. des conn. mcd., 30 janv. -1857.

» pour ne pas dire plus , l’insuffisance de son instruc- » tion (1 ) ? »

Avouons-le, tel est l’effet d’un imperturbable aplomb, que plus d’un, sans comprendre l’algèbre de M. Carnot, a été ému, effrayé, et s’est senti ébranlé par cette superbe et dédaigneuse assurance.

Il fallait en bien voir l'insignifiance pour n’être pas intimidé par ces grands airs. Aussi n’en fûmes-nous nullement troublé, et ayant soumis à une étude aussi sévère que possible les imparfaits documents de la statistique de Paris, nous avons trouvé que, depuis 25 ans, la mortalité générale paraissait à peu près stationnaire aux âges de travail (de 15 à 50 ans) avec une tendance à diminuer avant la quinzième année, à augmenter après la cinquantième; que d’autre part, quand on tente de séparer les sexes, on arrive pour chacun à des résultats contraires à ceux qu’offre la France dans son ensemble. La mortalité du sexe féminin, particulièrement de 15 à 25 ans, tend à s’aggraver, celle du masculin à s’atténuer. Mais ces résultats, issus de documents trop bornés et imparfaits, ne doivent être admis qu’avec réserve.

Voilà le résumé de notre travail et l’ensemble de nos conclusions.

La vaccine, assise au banc des accusés, non-seulement a été disculpée, parce que les accusations lancées contre elles se sont évanouies devant la discussion ; mais encore des témoins irrécusables sont venus constater son innocence et prouver qu’elle ne fait payer ses bienfaits d’aucun retour.

Avant notre plaidoyer, ce qu’on pouvait dire de plus favorable à la vaccine, c’est qu’il n’était nullement prouvé qu’elle fût fatale aux âges de travail.

(1) Gaz. liebd., n° 10, 1856.

Aujourd’hui on peut affirmer que la vaccine, si précieuse à l’enfance, n’est funeste à aucun âge. La fille de Jenner quitte donc le prétoire, triomphante de ses impuissants ennemis.

La statistique, à son tour, qui a aussi ses adversaires, avait été traitée par ceux qui ne la connaissent pas de témoin faux et suborné ; nous espérons qu’il lui aura suffi de se montrer telle qu’elle est, pour confondre le Sosie qu’on lui a fait l’injure de prendre pour elle. Ce n’est pas assez de crayonner des étoiles sur son manteau pour être astronome, ni d’y tracer des lignes de chiffres pour être statisticien.

NOTES

Note Ire, pages 56-58.

Résultat que peuvent avoir, sur les mortuaires, V 'irrégularité et les lacunes des registres tenus par les curés avant notre état civil.

Si aucune cause constante n’avait fait porter les oublis sur un âge plutôt que sur un autre, il suffirait des grands nombres d’observations que donnent nos auteurs, pour que les omissions se répartissent également sur tous les âges, et il est évident que nos mortuaires n’en seraient nullement altérées dans les rapports de leurs nombres. Peuton admettre que les omissions ont dû se répartir proportionnellement sur tous les âges? Sans doute pour les adultes; il n’y a pas de raison bien forte pour qu’on oublie un plus grand nombre de décédés de vingt, — de trente, — de quarante, • — de cinquante ans, etc. ; l’omission a dû, en raison du grand nombre d’observations, se répartir également sur tous ces âges. Mais il n’en est pas de même pour l’enfance; c’est sur elle, sur la première enfance, qu’ont porté les omissions les plus nombreuses : d’abord parce que les curés n’inscrivaient que les enfants morts après le baptême, ensuite parce que la mort d'un nouveau-né est pour une paroisse un événement fort ordinaire et sans grande importance; d'ailleurs, pour l’Église, l’enfant baptisé est un petit ange qui va au paradis de lui-même : M. le curé n’a rien à y faire ; il ne se dérangera guère.

Les enfants morts sans le baptême et non enregistrés correspondent assez bien à la catégorie actuelle des mort-nés ou plutôt morts avant l'inscription civile , et qui, considérés comme mort nés, sont inscrits à part et ne grossissent pas non plus la mortuaire de X. Hcuschliug, à laquelle nous voulons comparer les mortuaires du xvme siècle.

Mais enfin il nous reste à apprécier l’etïct d'un certain nombre d’omissions ducs à la négligence des curés.

Au point de vue des perturbations qu'elles vont apporter dans nos calculs, ccs omissions doivent être diminuées dans la proportion des oublis commis aux autres âges, c’est-à-dire que, si par exemple il a

NOTES

été omis en moyenne 1 pour 100 d’adultes et 3 pour 100 d’enfauts. c'est seulement un manque de 2 pour 100 qui troublera nos résultats.

Ainsi, par ce premier examen, on voit que quand, on relève d’assez grands nombres, comme a fait Mcssance entre autres, une partie, et ordinairement !a plus grande partie des erreurs de détail, s’annule: c’est un point qu’il ne faut jamais perdre de vue en statistique.

Cependant, quoique notre discussion ait déjà diminué l’importance de l’erreur, sans doute elle existe encore pour l’enfance.

Le groupe des décédés de 0 à 5 ans est affaibli par les omissions dans une plus grande proportion, de sorte que son rapport avec les autres termes est vraiment changé, et il résultera de là un affaiblissement apparent de la mortalité de l’enfance, mais la mortalité des autres âges n'en sera nullement altérée. Pour faire apprécier au lecteur ce résultat, fort important à notre sujet, nous avons dressé le tableau suivant :

AGES

Soit une

mortuaire

comp'ète.

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