‹ Conclusions statistiques contre les détracteurs de la vaccineChapitre 9 sur 52 · CA · texte numérisé non relu

CA

ES

uelle

oduits

Gers .

Charente .

Lot-et-Garonne

Dordogne .

Tarn .

Aveyron .

Corrèze .

Haute-Vienne.

Ces rations moyennes signifient-elles que la ration delà majorité des habitants de chaque département soit égale ou très rapprochée de cette moyenne? Non, sans doute, les moyennes n’ayant cette propriété que quand elles sont

(1) Les départements sont pris au hasard, sans autre soin que de iréférer : 1° ceux dont la vie moyenne est notablement différente, ifin de faire mieux ressortir les rapports; 2° des départements voisins ;t agricoles, afin que les différences dans la manière de vivre, dans e prix des denrées, dans l’importance des lacunes statistiques , ne roublent pas trop la comparaison ; car la statistique officielle a omis ous les produits de basse-cour et de pêche, ce qui ne permet pas de omparer les départements côtiers avec ceux de l’intérieur, etc On :omprend aussi dès lors que les chiffres indiquant les valeurs consomnées par l’habitant moyen ne donnent qu’un minimum , et que la aleur de ces chiffres est surtout dans leur rapport mutuel. Si l’on oulait avoir plus de détails sur nos procédés de calcul, on les trouerait dans la Lettre statistique que nous avons adressée à M. A. Guilard , et que cet auteur a insérée en entier dans sa Démographie omparée (1855), p. 335.

issues dégroupés naturels, homogènes, tandis que celui sur lequel est fondée , dans notre exemple, la ration i moyenne, confondant les sexes et tous les âges, est essentiellement artificiel ; de sorte que la ration moyenne trouvée est celle d’un être fictif, placé entre l’homme et la t femme, entre l’adulte et le nouveau-né.

Mais ces moyennes ont-elles perdu toute valeur pour ne plus représenter une propriété de la majorité? Nullement, car elles continuent à être une mesure qui permet c Y apprécier le bien-être relatif de chaque département. . Aussi les réflexions naissent en foule à l’inspection de ce 3 petit tableau et des rapports constants qui unissent la ration et la vitalité.

Ainsi, tandis que les uns ont un minimum de 1 h 0 francs à consommer annuellement, les autres n’ont que 86 à 96 francs : la vie moyenne des premiers oscille entre â3 et 1 â9 ans, celle des seconds descend entre 28 et 32.

Une seconde remarque à laquelle donne lieu ce tableau, bien que conséquence naturelle de la première, n’en est I pas moins intéressante pour des médecins : c’est l’influence qu’exerce la qualité des aliments et des boissons ; sur la durée de la vie et surtout sur la conservation des enfants

A la première inspection, il semble que le seigle et les pommes de terre soient des poisons lents dont les remèdes spécifiques seraient le froment et le vin. Cependant le seigle et les parmentières sont des aliments fort salubres, quand ils ne remplacent pas exclusivement ou immodérément tous les autres. L’eau n’a rien de malfaisant pour l’homme riche dont la table est couverte de mets aussi variés qu’abondants ; mais elle est mortelle quand elle ne détrempe que le pain noir et les pommes de terre, il ressort encore qu’une nourriture mauvaise et insuffisante est

INTRODUCTION

surtout défavorable à la conservation des entants, ce que les médecins auraient bien pu soupçonner à priori ; mais aussi, que les adultes dans la vigueur de la jeunesse ne sont pas à l’abri de sa funeste influence.

Enfin ces chiffres prouvent que même en France, même au milieu du xixe siècle, la ration alimentaire est loin d’être égale pour tous ; que ceux dont l’alimentation est chétive et misérable vivent peu ; que ceux qui l’ont abondante et de bonne qualité, qui arrosent de bon vin leur pain blanc, vivent longtemps; que ce que MM. Yillermé et Benoiston ont démontré pour le citadin, n’est pas ji moins vrai pour le paysan ; et que l’air pur des campagnes ne suffit point pour affranchir les plus pauvres des tristes effets de la misère.

En voilà assez pour prouver l’intérêt que présentent les r moyennes, quand on connaît leur emploi, et qu’on ne falsifie pas leur valeur par des inductions illogiques ou étourdies.

Remercions donc sans réserve, au nom de la science, les administrateurs éclairés et laborieux qui, comme ! MM. Husson, Trébuchet, X. Heuschling, Legoyt,etc., profitant des documents que leur fournit leur position privilé- ^ giée, ne craignent pas de consacrer leurs loisirs à faire et à publier d’utiles relevés, que les travailleurs libres cher- 1 cheraient en vain à se procurer, et que les préoccupations j officielles, bien regrettables pour la science, laisseraient dormir dans les cartons (1).

Enfin nous devons nous arrêter, en terminant, sur une • notion souventemployée dans la statistique humaine, celle

(1) Saisissons l'occasion d’exprimer combien la science souffre du retard ou de l’oubli que met la ville de Paris à publier la suite de ses belles Recherches s'alistiques, si savamment commencées par Fourier et si fâcheusement interrompues depuis 1844.

de la vie moyenne (1) ou l’àge moyen des hommes au moment de leur décès. Il y a dans la vie humaine deux grandes époques de mortalité, la première enfance et la vieillesse; il résulte de là que la durée moyenne de la vie tombe toujours entre ces deux périodes, et que l’âge moyen des décédés est très éloigné d’être un des âges où l’on compte le plus de décès. Ainsi la vie moyenne des hommes à partir de la naissance est une moyenne appartenant à la même catégorie que celle de la ration moyenne des Français; c’est une vérité qui relève plus de l’arithmétique que de la physiologie.

Ce que réclame surtout cette dernière science, c’est de connaître le danger de mort de chaque âge, c’est d’en pouvoir apprécier les oscillations. Tandis que la vie moyenne \ dépendant de la distribution des décès aux différents âges s est la résultante d’arrangements aussi complexes que l’est en mécanique la position du centre de gravité dans un corps hétérogène et irrégulier ; et de même que la considération abstraite du centre de gravité ne détermine ni la forme ni la grandeur de ce corps, que ces valeurs peuvent changer sans que ce point soit modifié dans son lieu et dans sa direction ; de même la vie moyenne est insuffisante pour déterminer la mortalité des âges, car cette mortalité peut éprouver dans sa distribution de notables modifications sans que la vie moyenne en soit affectée. C’est ainsi qu’en France, en comparant la vie moyenne masculine qui résulte de la mortuaire de Demonferrand (période 1817- 31) avec celle donnée par la mortuaire de M. X. Heusch-

(1) On tire la vie moyenne d’une mortuaire en faisant la somme des produits du nombre des décès à chaque âge par cet âge, et en divisant cette somme par le nombre total des décès. Soit A, B, G,..., U, le nombre des décédés aux âges successifs a, b, c, . , u} on a la vie

Aa — {- B b —J— Ce -j— . . . -j- Uu moyenne on Vm = — .

INTRODUCTION

ling (18û0-â9), on trouve que cette moyenne s est accrue , et cependant la vitalité des âges virils s’est très notablement amoindrie d’une époque à l’autre (voy.plus loin, chap.III), et ces mêmes mortuaires le constatent. Mais comme par compensation la mortalité de l’enfance s’est atténuée, cette dernière diminution a suffi pour relever la vie moyenne et masquer l’aggravation arrivée aux âges virils.

A cette restriction sur la valeur Ym il en faut joindre une seconde qui s’applique à la vie moyenne déduite immédiatement des mortuaires, et qui est fondée sur l’ensemble des diverses modifications que la mortalité subit pendant toute une génération. En effet, la vie moyenne se déterminant sur la distribution de tous les âges pris au même instant, et celte distribution relevant d’une part de la mortalité actuelle pour l’enfance, et de l’autre de la mortalité présente et passée pour les adultes , les âges mûrs, les vieillards (car le nombre -de tous ceux-ci dépend -évidemment des intensités successives de la mortalité à chacun des âges qu’ils ont franchis), on voit que la vie moyenne se détermine sur un ensemble d’éléments qui dépendent, les uns du présent, les autres du passé. Il résulte de là dans l’état actuel des choses un affaiblissement apparent de la vie moyenne, ce qui tient au petit nombre d’hommes mûrs et de vieillards que nous a laissés la rapide mortalité de l’enfance à la fin du siècle passé.

On voit donc que cette moyenne est un compromis assez hasardé, d’une part entre deux points culminants de la mortalité, et d’une autre part entre le présent et le passé (1).

(1) Il est clair que cette dernière critique ne s’applique qu’à la vie moyenne, déduite immédiatement d’une mortuaire, mais non à celle calculée sur une table de survie établie, soit sur les coefficients de mortalité (Quételet), soit par toute autre méthode exacte et tenant compte

Ainsi, sans vouloir enlever à la considération de la vite 1 moyenne la valeur réelle qu’elle possède, tout en recon-i- il naissant que souvent elle est un indice assez exact deeskl mouvements généraux de la vitalité et qu’en l’absence de 3 documents plus complets il y a lieu de l’interroger, nous? j croyons cependant que c’est une valeur qui a plus d’im— : portance pour les tontines que pour l’hygiène, et que less ï médecins surtout doivent réclamer avec instance de l’administration les moyens d’étudier la mortalité à chaquee i âge par la comparaison du nombre des décédés à celui des^ ? vivants de chaque âge. Enfin, pour résumer ces rapides* E remarques sur les moyennes, nous dirons que la statisti- i que doit s’efforcer de former des groupes naturels, des^ ; séries à forme régulière et symétrique comme l’exemple : que nous avons emprunté à M. Quételet, afin d’en déter--' miner les valeurs moyennes et leurs écarts ; mais que lorsque les documents fournis par l’administration ne permettent que des groupes formés d’éléments disparates, il faut bien se garder de négliger l’étude de ces valeurs im - ■ parfaites, car elles peuvent encore mettre sur la voie d’importantes vérités qui inviteront l’administration à fournir des matériaux plus complets.

des mouvements irréguliers de la population. La vie moyenne alors devient pour les tontines une base qui ne laisse rien à désirer, mais elle reste une moyenne trop artificielle pour avoir une grande valeur en physiologie.

INTRODUCTION

Importance de la statistique pour déterminer à notre époque la valeur moyenne des attributs de l’homme, et permettre d’apprécier et de mesurer le mouvement de l’humanité, le sens de sa civilisation et le fruit de ses innovations.

Depuis les premiers âges dont on ait gardé le souvenir, les modifications que l’humanité a successivement éprouvées dans ses mœurs, dans sa puissance créatrice, dans ses idées, dans toutes ses manifestations, enfin les évolutions successives de sa civilisation, sont mises hors de doute par les monuments historiques de toute nature. Ce mouvement général est aussi notoire pour la science que d’est pour l’individu le passage de la naissance à la caducité. Mais ces mouvements se répètent-ils sans modifications? Forment-ils des courbes immobiles se superposant exactement et dont les deux pôles se nomment barbarie et civilisation, courbes que l’humanité parcourrait laborieusement pour les recommencer sans cesse? Sommesnous donc condamnés à creuser toujours le même sillon? Telle est l’interrogation du xixe siècle.

C’est ainsi qu’un Français oubliant l’histoire pourrait se demander si sa patrie ne tourne pas toujours dans le même cercle, dont les pôles, éloignés de 15 à 20 ans, s’appellent un peu de liberté, un peu de tyrannie : et eepen- ' pendant les fils des Gaulois, par une marche non inters rompue, d’esclaves sont devenus serfs, de serfs sujets, et uijourd’hui ils s’acheminent de l’état de sujets à celui de ritoyens.

Ainsi les mouvements à courte période , les seuls qui rappent l’homme, isolé de l’histoire, ne sont que les élénents d’un plus grand mouvement qui lui échappe par

son étendue. Ainsi le lépidoptère dans sa vie de quelques* 3 semaines ne peut apprécier que la succession des jours ett ) des nuits d’été, et n’a aucune perception de l’évolution des* J saisons, des années, des périodes géologiques, etc.

L’homme qui depuis peu se sent en possession d’unes if puissante méthode de travail et partant de progrès,, îj l’homme qui se voit emporté par la science vers un avenirr i idéal aussi illimité que le temps et l’espace, se demandes: j si ces grands mouvements d’élévation et de décadence des* j nations qui occupent tant l’histoire, ne sont pas dus eux— : mêmes à des rouages secondaires dont l’action masque? il une marche continue de Yhumanité vers une perfectibilité jj sans limites assignables ; ou bien si ces conquêtes qu’elle fait : i chaque jour, si celles innombrables que la méthode scienti-- \ figue lui promet, ne sont que des crues passagères du i f fleuve éternel qui l’emporte dans ses eaux, tantôt limpides, : tantôt limoneuses, sans qu’elle puisse d’une manière définitive ni diminuer ses souffrances ni accroître son bonheur.

Si ces hautes questions, agitées par de grands écrivains si et traitées avec toutes les splendeurs du style, paraissent d’une solution difficile, c’est parce que nos pères, n’ayant pas connu la statistique, ne nous ont laissé presque aucune ressource pour mesurer Y état moyen de l’humanité auxu époques antérieures à la nôtre ; ou, pour parler le langage de M. Quételet, parce que nous ne pouvons apprécier les ' attributs de l 'homme moyen aux époques successives de l’histoire. Nous ne savons ni son âge, ni sa force, ni sa taille, ni son développement intellectuel et moral, ni la quantité, ni la distribution de son travail, de sa production, de sa consommation, ni les espèces, ni le nombre, ni la gravité de ses infirmités, de ses maladies, de ses crimes. Nous ne pouvons donc apprécier que bien imparfaitement si ses ressources ont augmenté, si ses douleurs ont dimi-

INTRODUCTION

îué, si sa vie se conserve mieux, si sa force physique, norale, intellectuelle s’est accrue ; si la quantité de vérité lent il est acquisiteur s’est multipliée; et, lorsque quelpies-unsde ces mouvements semblent avérés, nous sommes lors d’état d’en mesurer l’étendue.

En vain, quand je parle de la marche ascendante del’hunanité, me citerait-on les poésies mystiques des prêtres le l’Inde, le luxe des monarques de l’Asie, l’art et la philosophie de l’aristocratie grecque, la civilisation des cioyens romains. Ces petits foyers successifs, sans vigueur le propagande immédiate, s’appuyant sur des masses d’esclaves, repoussant, détruisant ou soumettant les baroares au lieu de les civiliser, ne m’instruisent pas mieux ur Y ensemble de V humanité que le luxe d’un tyran ne m’éclaire sur le bonheur de ce troupeau qu’il appelle son oeuple. Je n’accorde pas même la supériorité de la force physique à nos aïeux, quelque préjugé que l’on garde . cet égard. Celle que l’on attribue aux Milon de Cro- (One, aux Charlemagne, aux François Ier, ne me donne oas plus l’idée de la force musculaire moyenne de l’homme omcien, que la taille de Tom-Pouce ou de tel géant ne i n’instruit de celle de l’homme moderne. L’histoire de , :es phénomènes musculaires, en la supposant véridique, le se rapporte qu’à des individus exceptionnels, dont [uelques-uns de nos bateleurs et de nos forts de la lalle pourraient peut-être renouveler les prouesses, si lies excitaient encore l’enthousiasme. Mais il ne faut amais oublier qu’à côté des citoyens, presque exclusiement occupés d’exercices gymnastiques, il y avait un >euple d’esclaves (ilotes, serfs, etc.) mal nourris, mal raités, auxquels les exercices étaient interdits, de sorte [ue la force et l’adresse d’un petit nombre étaient culivées et exaltées à raison de leur abaissement chez les

3 k MÉTHODE STATISTIQUE.

autres, et ces autres étaient le grand nombre, la mass- i de Fhumanité. D’un autre côté, la vie barbare du rest ï de l’espèce humaine n’était pas un élément de force phyy I sique, comme on le croit communément. 11 a été souveru 3 reconnu par nos navigateurs que le sauvage est moiniitfj fort que le matelot ; de sorte que, sans vouloir assurer qu ] ceux de nos hommes qui fréquentent les gymnases l’emt i portassent sur les citoyens de Lacédémone, il n’est guère 3 douteux qu’un paysan français ne soit plus robuste qu’un i ilote ou qu’un esclave romain, qui, d’après Caton, recet ! vait pour toute nourriture, kilog. 1,3 de pain (Gaspard] i t. III) (1). Si donc la supériorité physique, à une époque j de déification delà force, peut être contestée, par quel autre i point l’antiquité pourrait-elle être comparée aux temps modernes? Je vois bien qu’à l’aide de l’esclavage certaines cités ont pu s’élever en quelques siècles à un degré qu eût exigé huit ou dix fois plus de temps pour développei au même point de grandes nations. Mais il n’y a là aucune conclusion à tirer contre l’idée du progrès incessant de l’humanité dans son ensemble.

Pourtant l’histoire est presque impuissante à résoudre cette question ; car sa muse, étourdie par le bruit des combats, éblouie par le luxe des monarques, a omis de

(1) Si ce document est exact, il nous permet d'affirmer que l’esclave romain était un être malingre et chétif. On sait en effet par mainte expérience que la force de l’ouvrier ou le travail qu’on en obtient est, dans une certaine mesure, proportionné à la quantité de nourriture consommée et à sa qualité. On sait que cette loi a été de nouveau constatée à propos des travaux du chemin de fer de Houen. Que doit-on penser dès lors de l’esclave romain qui ne reçoit que kilogr. 1,3 de pain pour toute nourriture, tandis que nos paysans consomment au moins cette quantité de pain, augmentée de légumes, de fromage, de beurre, de lait et d’un peu de viande, de cidre ou de vin, etc. Ainsi, d’après les chiffres que donne M. Payen {Des substances alimentaires ), on peut dire que le laboureur du département du Nord consomme le double de l’esclave romain.

INTRODUCTION

ou s instruire comment vivait, comment mourait V homme : on pas le guerrier, non pas le patricien ou le potentat; iais l’homme, le travailleur, l’esclave, le vil esclave, omme disait l’inhumaine antiquité. Il n’y a pas plus d’un ècle que l’on s’est aperçu que l’histoire des cours n’était as celle des peuples, et que l’on s’est occupé de recueillir es premiers linéaments de celle-ci.

C’est depuis peu de temps d’ailleurs, que l’homme, âtant sa marche, a fini par avoir conscience du progrès. i Aujourd’hui, il voit, il sent tout se modifier autour de h et par lui. Mais tandis que par tant d’instruments multiplie sa puissance et ses jouissances, tandis qu’il oumet à son profit les forces vives ou latentes de la ature, n’a-t-il pu, par un retour de cette puissance sur ji-même, modifier les influences qu’il subit, diminuer es souffrances, les maladies auxquelles tout être vivant t surtout tout être sensible est soumis? N’a-t-il pas attaué son plus implacable ennemi, la mort? La physiologie, | hygiène, la médecine, et surtout une plus juste répartition es produits du travail, sont-ils restés impuissants à dimi- ! uer l’intensité des souffrances et le nombre des victimes?

Est-ce que les efforts incessants du labeur humain resteront vains? Est-cc que la décourageante maxime théorique « L’homme s agite et Dieu le mène , » triomphera e l’admirable et ironique proverbe populaire « Aide-toi ,

ciel t'aidera. » La notoriété publique semblait répondre ufisamment à ces pressantes questions.

1° On croyait la France plus peuplée de nos jours qu’au îoyen âge; et ce peuple moderne plus libre, moins ignomt, on le croyait aussi plus heureux.

Mais ceux qui veulent porter le deuil du passé ont éclamé au nom de la féodalité. En vain nos grands et iborieux historiens, Michelet et H. Martin, ont remué

profondément cette cendre sanglante du moyen âge, h . vain ils ont mis au jour quelques-uns des ulcères qu’ebl ' couvre !

Depuis, M. Guillard (1), reprenant la question au poi ii j de vue statistique, a répondu victorieusement à quelque uns de ces adorateurs du servage, aussi victorieusemeew que le permet la rareté de nos documents historique Hélas! les auteurs des chroniques de notre France odi J oublié une chose, jugée petite apparemment, c’est la clirr ï nique du peuple de la France: de tristes, d’affreux d tails leur échappent çà et là, mais nul ensemble. Cet pauvreté de renseignements est telle que, d’après quelque enthousiastes du passé, on pourrait disputer aujourd’hi si, à telle époque du moyen âge, il y avait 35 à âO millior i d’heureux serfs au lieu de 12 à 15 millions de misérable! 1 comme on l’admet communément.

2° On croyait que la civilisation et l’instruction avaier : adouci les mœurs et contribué à diminuer le nombre ddt crimes.

Mais il y a une secte qui pense que la moralité est dan l’ignorance; on peut en voir un exemple dans deux ar ticles de M. le docteur Lisle(2).

3° Enfin on croyait que l’instruction , l’hygiène , 1 bien-être allaient diminuer le nombre et la gravité d nos maladies, et en conséquence alléger un peu le pesan tribut que la mort prélève chaque année sur tous les âges En un mot, on croyait que la vie moyenne de chaque âge. s’était accrue, que la vaccine à elle seule sauvait chaque année un grand nombre de victimes arrachées à la variole

Eh bien ! ces douces croyances sont violemment mena

(1) Démographie comparée , chap. m du liv. I.

(2) Union médicale . 24 et 26 avril 1856, et notre réponse, numér( du 24 mai.

INTRODUCTION-

cées. Depuis dix années, la variole, comme le servage, comme l’ignorance, a trouvé des défenseurs ardents et opiniâtres qui se sont efforcés de démontrer que la vaccine est une fatale illusion, qu’elle ne préserve de la variole qu’en donnant ou en aggravant la fièvre typhoïde, etc.

Ainsi le progrès, qui était devenu une croyance publique, est mis en doute par une petite mais ardente phalange, et avec une persévérance qui semble indiquer la conviction. Cette conviction doit avoir sa raison d’être ; et nous croyons l’avoir trouvée.

La société, autrefois absorbée par ses souffrances, n’avait nulle conscience du progrès. Aujourd’hui, au contraire, elle en est généralement pénétrée; mais, encore préoccupée des mouvements quelquefois tumultueux qui la portent en avant, elle se contente de cette appréciation instinctive, elle n’emploie pas pour constater sa marche ta méthode scientifique, à laquelle elle doit sa supériorité, i Tandis que les astronomes fixent avec tant de soins l’état du ciel afin d’apercevoir les moindres changements de la o7oûte céleste , l’homme social néglige de fixer par des mesures précises les divers attributs qui le caractérisent; il jiéglige de se comparer à lui-même, aux différentes étapes liu progrès, de sorte que l’idée de ce progrès, étant une Affaire de foi et de sentiment, peut, suivant les tempéraments et les intérêts, être remplacée par une croyance contraire, car elle n’a plus rien d’obligatoire pour la raimi. Cette révolte contre la croyance générale n’a pas ardé à se faire jour ; la plupart des points qui paraissaient définitivement acquis se sont trouvés contestés. Cette cont estation est fâcheuse, elle retarde le progrès, en jetant le loute dans quelques esprits, et en diminuant l’ardeur des i u très.

D’ailleurs, avouons-le, le doute est permis quand la

preuve scientifique n’est pas faite (le doute, mais non laa ! négation, comme le font les adversaires).

11 est vrai qu’on ne peut nier sans folie l’augmentationTi des acquisitions scientifiques; maisces victorieuses sciences, , mais ces principes plus humains d’une plus saine écono— i mie politique ont-ils eu sur l’homme lui -même l’influenceeï favorable que leur attribue le bon sens public? Voilà déson- - ! mais les problèmes que chaque époque, que chaque généra-- f tion est appelée à résoudre, afin de s’assurer qu’elle marche? ! dans la route du vrai progrès, afin d’être avertie dès qu’elleelf s’engage dans une fausse voie, afin d’assurer et d’éclairer ri le présent et l’avenir par la lumière qui nous vient du passé. . i

Or, puisque la détermination exacte des valeurs moyennes de chacun des attributs qui caractérisent l’homme, À isolé et collectif, à chaque génération, et la comparaison i successive de ces moyennes, nous fournissent un procédé il rigoureux pour apprécier, pour mesurer sur chaque point t u notre marche progressive , stationnaire ou rétrograde ; : puisque cette détermination nous avertit de persévérer ou i fl de modifier nos procédés, la statistique peut et doit deve- ! nir le vrai flambeau des sociétés modernes.

Que les nations s’empressent donc (elles seules le peuvent) de recueillir et de publier tous les faits sociaux qui i fl peuvent se traduire par des nombres, afin que nos fils n’éprouvent pas le même embarras, les mêmes tiraillements qui, par le fait de l’incertitude des opinions, jettent notre société dans de si fâcheuses hésitations, semblables à celle d’une caravane s’avançant sans boussole dans des contrées nouvelles et aussi inconnues des voyageurs que des guides auxquels ils auraient eu la folie de se confier : s’apercevant bientôt aux marches et contre-marches que l’ignorance des conducteurs est égale à celle de ceux qui les suivent, le trouble et l’incertitude s’empareraient de

INTRODUCTION

tous, et les délibérations tumultueuses ne feraient que les accroître. On sortirait au contraire de ces pénibles angoisses, quand l’examen scientifique du ciel et de la terre, l’étude de l’étendue et de la direction de la route suivie ayant fait reconnaître le chemin parcouru, éclairerait sur celui qui reste à parcourir.

Les nations s’avançant vers un avenir inconnu sont semblables à ces voyageurs ; les guides sont aussi ignorants que les peuples sur la rouie à suivre: que les voyageurs ou leurs guides saisissent donc le flambeau que leur offre la science sociale ; celte science ne saurait avoir d’autre base que la statistique.

Ceux qui les premiers sauront se servir de ce merveilleux instrumentprendront les devants d’une marche ferme et assurée.

Mais en même temps que notre génération doit préparer les matériaux pour l’avenir, elle a aussi à vérifier les progrès accomplis par la comparaison du présent avec le passé. La tâche est difficile, parce que les matériaux sont incomplets : cependant nous croyons qu’on n’a pas toujours profité de ceux que l’on possède ; au moins nous ferons voir qu’il en est ainsi dans la question particulière que nous allons traiter ici, car nous n’entreprendrons point, dans ce modeste petit livre, de résoudre la question du progrès dans toute son étendue. Mais afin d’être plus sûr de 11e pas nous égarer, nous proportionnerons le sujet à nos forces, et nous le limiterons à ce qui concerne la durée de la vie humaine. Nous rechercherons la marche, les oscillations de cette valeur, depuis le sièclepassé, et en particulier l’influence que le vaccin peut avoir exercée sur elle. D’ailleurs, par un bonheur qui tient au choix du sujet, bien qu’ayant rétréci le champ de l’élude, c’est à peine si nous aurons rétréci celui de la conclusion ; car, de célè-

ZlO MÉTHODE STATISTIQUE.

bres travaux ayant déjà prouvé que tout ce qui augmente? le bien-être des hommes augmente la durée de leur vie,, 3 que tout ce qui le diminue accroît leur mortalité, quand nous déterminerons la marche et les oscillations de la du- - o rée de la vie humaine, nous déterminerons aussi celles?^ du progrès social dans son ensemble.

Notre premier soin, en commençant cet examen, a été ? d de nous informer de nos matériaux, de leur qualité, déni rechercher si leur autorité était suffisante pour permettre ; v une solution. Ce travail de critique doit être en effet le* > premier soin de tout statisticien, comme le premier devoir t de l’homme à la recherche d’une vérité est de s’abstenir de ! > juger, de savoir ignorer quand les éléments suffisants ne » lui sont pas connus, quand le problème est indéterminé.

Ainsi ce 11e sont pas des considérations littéraires ou philosophiques que nous voulons présenter à nos lecteurs, ce sont des collections de faits qui permettront des conclusions rigoureuses sur quelques points et une forte probabilité pour d’autres ; ce ne sont pas des sentiments, des croyances qui résulteront de notre travail, mais des connaissances certaines qui émaneront de la méthode scientifique appliquée à la mesure des mouvements de la vitalité.

Hàtons-nous de le dire afin d’encourager le lecteur à nous suivre : la preuve rigoureuse de nos progrès y sera faite; les croyances intimes delà nation y seront justifiées, sans autre restriction que pour quelques âges du sexe masculin ; elles changeront leur caractère vague, incertain, par conséquentcontestable, en une notion scientifique, certaine, déterminée, et par suite obligatoire. Car telle est la nature admirable des vérités scientifiques, qu’elles n’ont besoin pour s’imposer ni degens d’armes, ni d’inquisiteurs ; elles n’ont qu’à se montrer pour subjuguer : c’est le signe le plus certain de leur céleste essence.

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