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CLASSE DE SCULPTURE. -STATUAIRE

ENSEIGNEMENT SUPÉRIEUR

Composition de M.r GEEFS, Georges, d’Anvers.

Première question. — LYSIPPE

L’œuvre principale de Lysippe est l’Hercule , dont l’Hercule Farnèse passe pour être une imitation. Cette figure est surtout belle en ce sens qu’elle représente bien la force ; c’en est un type. C’est en même temps une magnifique étude de musculature , où se trouve marquée beaucoup de force dans tous les membres. Si un sculpteur moderne eut dû faire une statue d’Hercule , il eut simplement pris un modèle d’une grande vigueur et l’eut copié. Par là il n’aurait eu qu’un homme très fort. Ici au contraire c’est plus qu’un homme robuste. Dans la figure d’Hercule sont rassemblés tous les genres de forces , tous les caractères variés s’en trouvent dans la tète , le cou, et tous les autres membres, et c’est cette réunion qui donne le type général de la force. Lysippe montre dans cette figure plusieurs autres qualités de l’art grec : ainsi, par la massue et la peau de lion, il résume pour ainsi dire l’histoire d’Hercule sous une forme très simple.

Mais quoiqu’il ait beaucoup de qualités , si Ton compare l’Hercule à la figure de Thésée, de Phidias, qui se trouve dans le fronton oriental du Parthénon et qui passe aussi pour être un Hercule, on doit se dire que le Thésée est au moins aussi fort que l’Hercule de Lysippe tout en étant plus élégant , et qu’il présente plus l’aspect d’un dieu.

L’Hercule de Lysippe est moins un dieu qu’un athlète ;

dans sa figure se réflète la force , mais une force bestiale et sans intelligence.

Lysippe a trouvé que la laideur était intéressante à étudier dans la figure humaine. C’est un élément qu’il introduit le premier dans l’art grec d’où elle avait été exclue jusque là.

C’est ainsi qu’il a fait le buste d’Ésope , poète bossu , qui a laissé beaucoup de fables célèbres. Il a taché d’y rendre l’harmonie ou la concordance qui doit exister dans toutes les parties du corps d’un bossu comme elle se trouve dans d’un tous les membres d’un homme naturellement formé ; et par la laideur du torse , il a fait ressortir l’intelligence de la tète d’Ésope.

On rapporte sur cette figure d’Ésope une anecdote. Un professeur de sculpture , à Florence , donna un jour à ses élèves un bossu comme modèle. Les élèves se mirent à rire et ayant copié la figure, il se trouva qu’ils en avaient fait un homme ordinaire , auquel ils avaient ajouté une bosse. Alors Bartholini, leur professeur, leur fit voir, dans l’Ésope, la concordance qui règne entre toutes les parties de la figure , et la conformation que l’ostéologie et la miologie de tout ce corps avait reçue par suite de la difformité du buste, ou toute la beauté semble s’être réfugiée dans la tête.

Lysippe fut aussi un artiste de cour ; ce n’est qu’à lui ainsi qu’à Apelles, le peintre, qu’Alexandre-le-Grand permit de faire son portrait. Il reste encore une tête de Lysippe représentant Alexandre mourant ; c’est une tête à larges plans et où l’on trouve de très belles masses de cheveux.

Le frère de Lysippe , Lysistrate, trouva la manière de mouler sur nature. •

Lysippe était né à Sicyone. Il se posait lui-même, comme artiste réaliste (autodidactos, qui s’instruit lui-même) et ressuscita la sculpture athlétique. C’est lui aussi qui le premier fait le portrait. Avant lui, quand on avait un portrait à faire, on se contentait simplement de représenter l’individu dans la fonction ou dans la caractère qui lui était propre, et l’on y ajoutait une tête sans s’attacher à saisir la ressemblance des

traits de la face. Pour faire Miltiade , on faisait la statue d'un général , parce qu’on trouvait plus rationnel de représenter l’homme par ses côtés célèbres, ou par ce qui l’avait rendu utile à sa patrie, que de faire son portrait tel qu’il était et ne disant rien à l’histoire.

L’Alexandre mourant et l’Esope sont deux spécimens de portraits qui nous restent de Lysippe. En même temps qu’il fait le portrait, il introduit la laideur dans le domaine de l’art grec, mais il en fait une laideur intelligente. Il émet le premier ce principe, qu’on voit si longtemps après lui se renouveler dans l’école romantique : la laideur fait ressortir la beauté ; la lumière n’a de l’elfet que par l’ombre et ne peut exister sans elle dans un tableau.

Mais ce qui le caractérise surtout, dans ses tendances , ce sont ses règles sur les belles proportions. C’est lui qui pose ce principe que pour faire paraître une ligure de grandeur naturelle, il faut la faire plus grande que nature; c’est une convention, mais une convention intelligente.

Il allonge les membres de ses figures et fait les têtes plus petites que dans les proportions de Polyclète , qui lui aussi avait déjà allongé les figures et donné une règle des belles proportions. Lysippe, tout en étant réaliste, avait un réalisme intelligent qui admettait le choix. Il disait qu’il ne faisait pas la nature comme elle était, mais comme elle paraissait être, et en même temps il choisissait ce qui convenait le mieux et s’appropriait à ses figures. Lysippe avait encore les qualités de l’école athlétique qui mettait beaucoup de caractère et de vigueur dans ses figures. Les peintres de l’école de Sicyone préféraient aussi le caractère, porté même jusqu’à la dureté, à la mollesse des peintres asiatiques.

A l’école de Lysippe , et ayant les mêmes tendances , il faut rattacher la figure du Thésée combattant, dit le gladiateur Borghèse , par Agasias d’Ephèse, et le Jason rattachant ses sandales dit le Cincinnatus, statues où l’on voit reproduit ce principe de Lysippe et que celui-ci émit le premier, que la figure humaine doit avoir huit tètes au moins.

Après Lysippe, la sculpture de l’école de Sicyone ne produisit plus des œuvres remarquables. Mais un de ses élèves , Pyromaque , s’était établi à Pergame, où les rois Attales I et Elimines II lui firent exécuter des groupes colossaux, pour rappeler leurs victoires sur les gaulois qui venaient d’envahir la Grèce et de piller le temple de Delphes. A ces groupes se rattache le Gaulois blessé, dit le Gladiateur mourant, et le Gaulois tuant sa femme. Dans le Gaulois blessé, on voit pour la première fois la reproduction exacte du type des races, avec celle des accessoires , armes et cheveux ; suite des tendances réalistes de Lysippe. Les cheveux dans cette figure sont soigneusement travaillés. Gomme on ne peignait plus les statues en ce temps là , il fallut bien reproduire au moyen du ciseau les détails des cheveux.

Un autre élève de Lysippe établi à Rhodes , Charès, fit le colosse de Rhodes..

En résumant ce que Lysippe a fait, en rappelant qu’il continue les traditions de Polyclète et de Myron, qu’il crée le portrait, introduit la laideur dans la sculpture et fait des règles des belles proportions , on doit trouver que Lysippe est une des plus remarquables et des plus grandes figures de l’histoire de l’art grec.

Deuxième question. — PRINCIPES DE L’ART GREC

L’art grec a, avant tout, pour principe, de tout résumer et de tout généraliser , ce qui se traduit assez bien par cette maxime: Rien d’inutile, rien de trop. Avant Phidias, le réalisme s’attachait surtout à l’étude des muscles et se plaisait aux attitudes raides et violentes. L’idéalisme grec eût des goûts plus élevés avec Phidias ; dans ce maître même les deux écoles se trouvèrent fondues, et c’est alors que l’art grec a atteint la perfection. C’est cette union de l’observation des Doriens et de l’imagination des. Ioniens qui rend l’art grec supérieur à l’école Hollandaise, qui n’a guère que l’observation ou le réalisme, et à l’école Allemande, qui brille surtout par l’imagination ou l’idéalisme.

Avec ces deux grandes faces de l’art se trouvent réunies chez les Grecs, une logique, une simplicité, une sobriété admirables et l’art de la mesure et des proportions dans h* plus haut degré.

Ils mettaient l’étude de la forme et du dessin avant toutes choses dans la figure humaine. La couleur ne servait qu’à modeler et à préciser davantage les formes; ils sacrifiaient l’accessoire au principal , subordonnaient la partie au tout.

En toutes choses, le dessin occupait surtout l’artiste grec. C’est encore à cause de cela , qu’il expose les figures (dans les compositions) de façon à pouvoir être vues tout enti îres . (les figures principales étaient presque toujours au milieu de la composition ; les autres se groupaient symétriquement autour. Exemple , les Noces aldobrandines;. On évitait les raccourcis, de peur d’estropier la forme. Dans la peinture il en était de même que dans la sculpture

L’artiste grec étudiait principalement l’homme dans la nature; le reste était accessoire pour lui; l’homme est le point le plus élevé de la nature, il est simple que l’esprit grec en ait fait son principal objet d’étude. Tout en n’étudiant que l’homme, il ne le reproduisait que par ses grands côtés. Il négligeait les petits détails qui distinguent les individus entre eux , pour ne reproduire que des types généraux. Exemples, la majesté dans le Jupiter, la force dans l’Hercule, la beauté dans Vénus, l’athlète dans le Discobole. Dans le portrait, h1 même prin< ipe était usité. L’art grec n’y voyait que l’expression d’une fonction ou d’un caractère, comme l’orateur dans Démosthèncs, etc. et non la reproduction d’une physionomie individuelle. Au lieu de particulariser comme fait l’art moderne . il s’attacl e à généraliser et en même temps il abrège. Quelques attributs lui suffisent pour dire le rôle et l’histoire d’une figure. Exemples, la massue d’Hercule, le gorgonéon de Minerve où l’on voyait la tète de la Méduse dont Persée l’avait orné, quand Minerve lui donna l’égide pour l’aider à vaincre ce monstre.

Le vêtement est réduit à sa plus simple expression; un lambeau de chlamyde suffit a représenter tout un costume.

Il ne surcharge jamais le corps , et en fait au contraire valoir les formes (F Apollon du Belvédère) et le mouvement.

Les mêmes principes de sobriété et de simplicité sont suivis dans les compositions avec la même tendance à tout résumer. Quelques figures représentent une armée entière. De grands espaces de temps et de lieux sont resserrés dans le même cadre. Une colonne figure un temple ; un arbre, une forêt ; une galère représente toute une flotte. Exemples , les grandes décorations monumentales de Polygnote , la guerre contre les Perses qui ornait le Poecile, à Athènes , la guerre de Troie et l’Enfer , qui décoraient le lesché des Cnidiens , à Delphes. Dans ces compositions, d’une philosophie si profonde que les philosophes grecs y envoyaient leurs élèves pour les analyser et les étudier , Polygnote peignit les horreurs de la guerre et les supplices qui attendent les méchants dans les enfers. On y voit plusieurs sujets représentés dans le même cadre. Dans l’enfer , par exemple , on trouve entre autres scènes Sisyphe , roulant son rocher qui retombe sans cesse et exprimant ainsi l’ambition qui n’est jamais satisfaite. Tantale porte de l’eau à sa bouche et veut prendre des raisins ; mais l’eau séloigne de se lèvres et les raisins de sa main ; il exprime ainsi l’idée de l’avarice qui ne jouit jamais de ses trésors. Ailleurs est un fils qui avait maltraité son père et qui maintenant est puni dans les enfers, etc.

Dans l’art moderne, pour retracer toutes ces scènes, il aurait fallu autant de cadres; Polygnote n’en a employé qu’un pour faire le sujet tout entier. C’est à dire que l’art moderne cherche à tout rendre, à l’encontre du principe grec qui cherche à tout résumer.

Il n’est pas d’art qui garde mieux le sentiment de la mesure. En même temps que la réalité y admette choix, l’art grec sait toujours s’arrêter en temps pour ne pas tomber dans la charge ni dans la vulgarité. Exemples : la laideur intelligente et pleine d’harmonie de l’Ésope, et les règles sur les proportions par Lysippe.

Quand il s’agit de rendre l’expression et le drame, l’art grec

ne va jamais jusqu’aux contorsions ni aux grimaces ; là encore il montre son sentiment de la mesure. Ainsi , dans les figures du Laocoon et des Niobides , la douleur se trouve contenue; elle est exprimée au plus haut degré sans que les types en soient défigurés.

Dans l’architecture, môme sobriété et même simplicité que dans la peinture et dans la sculpture. Deux colonnes surmontées d’une traverse, tel est le motif de tous les temples grecs, motif qu'ils ont si bien su varier , par leur goût exquis de la mesure et des proportions, que ni les Romains ni les Germains n'en ont jamais pu atteindre la simplicité grandiose en créant le plein cintre et l’ogive.

En résumé : la fonction civile et religieuse de l’art grec le maintient dans les régions élevées, et lui fait traiter des sujets d’un goût et d’une noblesse plus grands et plus simples que quand l’artiste cherche à plaire en faisant de l'art pour l’art.

L’homme est le but principal d’imitation.

Le dessin est le moyen capital d’exécution, et un système constant de généralisation, de simplification, de logique, en même temps qu’un sentiment exquis des proportions et de la mesure , régnent dans l’exécution.

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