‹ Concours d'éloquence sur l'agriculture [microforme]Chapitre 8 sur 14 · RAPPORT DE MONSIEUR $. LESAGE · texte numérisé non relu

RAPPORT DE MONSIEUR $. LESAGE

Sur uno question do la nature de celle qui fait le sujet do ce concours, il est tout naturel, dans la position que j'occupe, que je no donne pas un vote silencieux, Aussi quoique la soirée soit déjà fort avancée, je demande à dire quelque mots sur les reformes proposées par les deux'concurrents pour activer le progrès de l’agriculture dans notre province.

Tous deux s'accordent a recommander la création d’un bureau d'agriculture présidé par un surintendant, dont les pouvoirs seraient analogues à coux du surintendant de l'éducation, et qui serait également étranger à la politique. Cet officier.présiderait le conseil d'agriculture, ot aurait la direction et le contrôle de toute l'organisation agricole, c'est-à-dire qu'il aurait tous les pouvoirs administratifs aujourd’hui conférés au commisaire de l'agriculture.

Il est possibis qu'une pareille réforme soit jugée avantageuse et tinisse par s'imposer, aussi ne voudrais-je pas prendre sur moi de la repousser tout-à-fait. Je tiens à dire à ce propos, qu’en concourant dans le jugement qui a été rendu j'ai voulu rendre hommage au talent déployé par les deux écrivains, à l'esprit vraiment patriotique dont ils ont fait preuve, aux utiles vérités qu'ils ont exposées, enfin au mérite réel et vraiment remarquable des deux écrits considérés dans leur ensemble; mais je ne suis pas prêt à admettre que la création d’un bureau d'agriculture, sur le modèle de celui de l'instruction pablique, soit d’une absolue nécessité.

Le but principal de la loi d'agriculture de 1869, qui nous régit aujourd’hui, a été de ramener l’organisation agricole sous la surveillance de la législature, en substi-

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tuant un conseil nommé par l'Exécutif à l’ancienne chambre d'agriculture composée en majorité de membres élus par les sociétés d'agriculture. Cette chambre d’agriculture, à laquelle on avait à dessein donné beaucoup de latitude, afin de lui assurer une plus grande liberté d'action, avait fini par échapper tout-à-fait au contrôle du gouvernement, qui de son côté semblait vouloir dégager sa responsabilité de tout ce qui tenait à l’organisation agricole et à son fonctionnement. Sous le régime qui a précédé la Confédération, autant ou mieux valait peut-être qu’il y eût une chambre d'agriculture pour le Bas-Canada et une autre pour le Haut-Canada, et que ces chambres fussent à peu près indépendantes de l'Exécutif d'alors. Mais avenant la constitution de 1867, qui remettait à chaque province la gestion de ses affaires locales, on trouva que l’organisation agricole était chose assez importante en elle-même, pour ne plus en laisser le contrôle à un corps à peu près irresponsable comme l'était l’ancienne chambre. Aussi, dès la seconde session de notre législature locale, adopta-t-on la loi qui nous régit actuellement. La principale raison qu’on a fait valoir, pour substituer la loi actuelle à l’ancienne, a été que le chef du département de l’agriculture serait désormais directement responsable à la législature du fonctionnement de la nouvello organisation agricole, et je ne suis pas prêt à dire que la législature a eu tort de prendre ainsi l1 haute main dans cette sphère importante de l'administration.

Le but qu'on s’est proposé en créant le conseil d’agriculture à été uniquement d’entourer le ministre des agronomes et des agriculteurs les plus distingués de la province pour aviser avec lui aux moilleurs moyens de faire progresser l’agriculture dans toutes ses branches ; le ministre est resté seul chargé par la loi de l’administration et du contrôle de toute l’organisation agricole et par là même directement est responsable.

Pour nous la question agricole doit primer toutes les autres, et jo verrais avec peine notre législature s’en remettre à un soul homme du soin de diriger l’organisation agricole, cet homme fût-il à la hauteur de la tâche que lui tracent MM. Barnard et Provencher. Il importe que nos députés locaux restent assujettis au Cevoir de s'occuper eux-mêmes de ec grand intérêt, A chaque

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session depuis 1867, les députés locaux qui ont fuit partie du comité permanent de l’agriculture ont élaboré avec profit une masse de questions du plus haut intérêt. A plusieurs de ces questions il n’a manqué, pour faire beaucoup de bien et amener des résultats sérieux, que la discussion en pleine chambre. Qu'on ne s’y méprenne pas davantage, ct que les questions agricoles soient posées hardiment en chambre, et l’on verra bien vite qu’elles l’emportent en importance et surtout en bons résultats sur bien d’autres qui occupent le haut du pavé dans nos discussions parlementaires. Ma grande, mon unique objection pour ainsi dire à la création d’un surintendant d'agriculture, vient donc de ce que cet officier ne pourrait pas avoir un siége en chambre, et répondre de son administration sur son portefeuille; car avant tous cet officier dans la pensée de nos lauréats devrait être inamovible durant bonne conduite.

Ce n’est pas à dire pour cela que je sois hostile à toute réforme, je reconnais au contraire la nécessité de veiller plus strictement à l’observance de la loi telle qu'elle existe, ot ici je fais mon med culpa pour ce qui me conserne. C’est un abus par exemple que de ne par avoir le bureau du consoil d'agriculture au siège du gouvernement, puisque son secrétaire est un officier du département de l’agriculture. Je suis porté à croire qu'il résulterait beaucoup de bien et une grande simplification administrative de ce seul changement. Il m'a toujours semblé aussi qu'un officier permanent du département de l'agriculture devrait avoir un siége dans le conseil. Quant aux abus qui ont pu se glisser dans l'administration agricole, je les livrerais en toute confiance à M. le directeur de l’agriculture ; il a su trop bien les signaler pour ne pas les faire disparaitre dès que l’occasicn lui en sera fournie.

Pour ce qui est des progrès à réaliser au moyen des mesures de détail si heureusement suggérées par M. Barnard, je connais trop bien le zèle éclairé de notre premier ministre pour tout ce qui touche à l’agriculture, je connais trop bien aussi la passion dominante de l'assistant commissaire de l’agriculture, pour croire que M. le directeur de l’agriculture aurases coudées tout aussi franches que pourrait les avoir un surintendant. A l’aide de son journal d’agri-

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culture, qui va reparaitre avec la nouvelle annéo, il va pouvoir continuer sa croisade, et si, comme je n’en ai aucun doute, il y met l’élan chaleureux, la foi agricole dont il a donné de si belles preuves dans son essai couronné, il réussira à inspirer le goût de la bonne culture mieux que toutes les mesures legislatives ne le sauraient faire.

J'aurais bien, moi aussi, tout comme mon savant collègue, le Dr. LaRue, un petit progamme à développer pour faire arriver bien vite à la prospérité le plus grand nombre possible de nos compatriotes. Le conseil que je donne aux cultivateurs se réduit à ceci: Faites du beurre, faites du bon beurre et faites-en beaucoup ; je réponds du reste, vous êtes dans la bonne voie. Avec cela si vous ne mourez pe riche et considéré c’est que vous mourrez jeune. Voilà pour moi le principe général, le principe qui opère seul etsurement. Maintenant, il y a les moyens violents, révolutionnaires, si vous voulez, tels que la culture de la betterave à sucre, pour la fabrication du sucre, et l’emploi des engrais chimiques, du superphosphate, par exemple; j'en suis encore de ceux-là, et le jour où je les verrai introduits sérieusement dans notre province je dirai que nous pouvons nous passer désormais d’organisation agricole, et dépenser l'argent qu'elle nous coûte à faire ouvrir de bons chemins de colonisation, car alors il D’y aurait plus assez de terre pour tous ceux qui en voudraicnt avoir. C'est à peine s’il resterait un homme de lettres pour remporter le prix qu’un noble imitateur de M. Fiset offrirait alors pour un essai ‘sur le meilleur moyen de faire progresser la colonisation.”

Pour terminer, je dirai aussi moi, honorons l'agriculture, regardons toujours l'habitant comme la pierre angulaire de notre nationalité; que l’agriculture soit le premier article de notre catéchisme national. La nature a été prodigue de beautés pour notre province de Québec, nous l’aimous telle qu’elle est, mais comme elle serait belle si, à tout le pittoresque de nos riantes campagnes, nous pouvions ajouter le charme de l’aisance et le rayon doré de la prospérité |

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