‹ Concours pour l'épuration ou la stérilisation des eaux de rivière destinées à la boissonChapitre 12 sur 13 · les filtres à sable, gravier et charbon · texte numérisé non relu

les filtres à sable, gravier et charbon

32 __ 500.651 — des procédés divers.

95 villes avec 2.361.838 habitants.

(Bechm.'.xn, Distribution d’eau.)

Si l’objet précis de ce rapport le permettait, nous pourrions montrer que l’efficacité reconnue des filtres à sable tient surtout à la couche gluante qui se forme à la superficie du filtre, mais que même après avoir passé à travers cette couche gluante l’eau renferme encore beaucoup de germes. Pour l’en dépouiller, il faut une couche de sable de 60 à 70 centimètres d’épaisseur au moins, et un débit de 100 millimètres à l’heure. Duclaux, Frankland, Koch, Chantemesse, Kruger, G. Frankel, Piefke, Loser, Kabrehl, Lindley et bien d’autres ont nettement montré quelles conditions absolues les filtres à sable doivent remplir pour fournir des résultats appréciables.

Il n’appartient pas à la Commission de définir les conditions techniques, aujourd’hui bien fixées, de l’installation des bassins filtrants ou des filtres à sable (i); mais elle ne saurait manquer d’ajouter que si les grands filtres à sable, appareils d’une fragilité extrême, ne peuvent être considérés que comme un pis-aller pour l’approvisionnement en eau potable, ils n’en doivent pas moins être établis, entretenus et surveillés avec la plus grande prudence.

Si les résultats du concours font prévoir au moins une solution acceptable pour la filtration des eaux de rivière nécessaires à l’alimentation de Paris tout entier ou d’une partie plus ou moins considérable de son agglomération, il n’en est pas de même pour l’alimentation des habitations collectives visées par le programme, les maisons d’école, lycées, casernes, etc., à titre isolé.

Tous les procédés étudiés présentent, en effet, — les résultats expé-

(i) Duclaux s’exprime à ce sujet dans les termes suivants :

« Nous voyons bien maintenant ce que c’est qu’un filtre à sable. Le sable sert à la fois de frein pour modérer le mouvement de l’eau et de support pour la couche glaiseuse de microbes qui se forme dans toute son épaisseur, mais surtout à sa surface. Cette couche superficielle devient, lorsqu’elle est formée, la véritable couche filtrante, et, après avoir médiocrement fonctionné jusque-là, le filtre est enfin mûr et constitué ; mais cette couche liltrantc est chose fragile. Il ne faut pas la soumettre à de trop fortes pressions lorsqu’elle est faible ; ses éléments se disloqueraient, seraient entraînés dans les profondeurs du filtre qu’ils obstrueraient. 11 ne faut pas non plus la soumettre à de rapides variations de pression qui produiraient le même effet. Il faut la laisser travailler tranquillement, augmenter peu à peu la pression à mesure qu’elle s’épaissit, devient plus résistante et plus imperméable, puis, à un moment donné, quand la pression à employer est devenue trop forte, arrêter l’eau, laisser le filtre s’épuiser, enlever sa couche supérieure salie et le remettre en fonction. L’intervalle entre deux nettoyages s’appelle une période. Il est évidemment d’autant plus court, toutes choses égales d’ailleurs, que l’eau à fdtrer est plus sale et plus impure. C’est ainsi qu’à Berlin, à l’usine de Stralauer ïhor, la durée moyenne d’une période a été en i888, de seize jours, avec une vitesse moyenne de 1 mètre f par jour, tandis qu’à Zurich cette période a été, en 1887, pour un filtre couvert, de quarante-huit jours, avec une vitesse moyenne de 4 mètres 5 par jour.

» Il est évident qu’avec cette constitution un filtre à sable est quelque chose

rimentaux ci-dessus résumés le démontrent surabondamment, — les inconvénients suivants :

Il n’en est d’abord pas un seul qui satisfasse à la fois à l’ensemble des conditions considérées comme nécessaires pour la filtration des eaux de rivière destinées à la boisson;

Au point de vue microbien, ils sont tous insuffisants en très peu de temps, excepté ceux qui font emploi de la chaleur;

Au point de vue chimique, la plupart sont médiocres, quelques-nns mauvais ;

Au point de vue pratique, leur débit est généralement insuffisant et très variable ;

Enfin, aucun d’entre eux ne peut fonctionner sans nécessiter soit un remplacement fréquent de la matière filtrante, soit des nettoyages répétés, et encore ceux-ci, toujours délicats à exécuter, n’assurent-ils que la protection extérieure de la surface sans garantir le maintien des propriétés épuratrices de la substance elle-même. Il n’en est pas nn seul dont le fonctionnement régulier et réellement efficace puisse être garanti plus de deux ou trois semaines au maximum, et pour plusieurs d’entre eux quelques jours seulement.

C’est là, on ne le sait que trop, la pierre d’achoppement de tous les systèmes de filtration, grands ou petits ; mais combien cet inconvénient devient grave quand ce n’est plus dans un service public qu’on les utilise et lorsque le nettoyage ne peut plus être assuré ni régulièrement pratiqué par un personnel spécial et à demeure ? Peut-on obtenir de tels résultats, même dans des logements collectifs, alors qu’on y disposerait d’appareils qui ne peuvent filtrer d’une manière

d'extrêmement fragile, et il est clair aussi qu’on ne pourra pas éviter l’entraînement de quelques microbes dans l’eau qui en sort. Le filtre ne pourra donc pas être un filtre parfait. On peut réduire beaucoup le chiffre des bactéries dans l’eau filtrée en ralentissant beaucoup la vitesse de filtration; mais alors le filtre ne travaille plus dans les conditions industrielles.» (Duclaux, loc. cit.)

Koch, de son côté, en a spécifié comme suit les conditions à propos des filtres à sable usités à Berlin ;

1" La vitesse de la filtration ne doit jamais dépasser iOO millimètres à l’heure. Dans ce but, chaque filtre doit être muni d’un appareil permettant de mesurer et de régler la vitesse de la filtration ;

20 Pendant son fonctionnement, chaque filtre doit être soumis quotidiennement à un examen bactériologique ;

;io Une eau fdtréequi contient plus de 100 germes vivants par centimètre cube ne doit pas pénétrer dans le réservoir commun d’eau filtrée. La construction du filtre devra donc permettre d’éliminer toute eau insuffisamment épurée, sans qu’elle puisse se mêler au réservoir commun d’eau filtrée. (Koch. — De la filtration de Veau au point de vue de la prophylaxie du choléra. — In Semaine médicale, 21 juin i893).

suffisante et réelle que pendant un temps relativement court, alors même que leur fonctionnement apparent est régulier et qu’à l’œil nu, ils paraissent n’avoir subi aucune détérioration?

Sans doute, tous les filtres de ce genre, utilisant des procédés mécaniques, des procédés chimiques ou même des procédés mixtes, peuvent faire étalage de certificats constatant que « l’eau ainsi traitée ne contient plus de matières organiques et se trouve privée de tous microorganismes, germes, bacilles, microbes, etc., quels qu’en soient le nombre et l’espèce «.Mais il serait utile d’ajouter, ce que leurs auteurs se gardent bien de faire, pendant combien de 'temps il en est ainsi ou au prix de quelles manœuvres et de quels sacrifices le filtre peut reprendre ses qualités premières, souvent de très courte durée !

De tels appareils ne doivent pas seulement être nettoyés à la surface et dans la profondeur ; mais il faudrait encore s’assurer qu’aucun des éléments filtrants qui les composent n’a perdu, sur un point quelconque, ses propriétés, ce qui nécessite, on le conçoit sans peine, des investigations techniques qu’il est impossible d’obtenir de la part des particuliers.

Tous les observateurs qui se sont, dans ces derniers temps, astreints à l’étude de ces appareils en se plaçant au point de vue de la pratique: G. Sims, Woodhead, CartwrightjWood, Johnston, en Angleterre ; Max Gruber et ses élèves, en Autriche; Sokoloff, en Russie ; Plagge, Proskauer, en Allemagne, etc..., sont d’accord sur ce point : l’inconvénient de tous ces filtres, c’est d’exiger une surveillance constante et rigoureuse, car aucun d’eux n’épure d’une manière continue et permanente. Il n’est pas de filtre qui puisse inspirer une confiance absolue si son fonctionnement n’est pas l’objet d’un contrôle permanent.

La Commission, en raison des efforts considérables qu’elle a constatés de la part d’un grand nombre d’inventeurs, avait l’espoir qu’elle serait à môme d’en proclamer le succès et que le concours lui aurait permis de signaler tout au moins un appareil résolvant pratiquement cette difficulté primordiale. Estimant que tant qu’il n’en sera pas ainsi l’emploi de tels procédés de filtration par les particuliers, aussi bien dans leur domicile privé que dans des établissements collectifs, offre une sécurité si courte qu’elle en est illusoire, elle a le regret de ne pouvoir engager en aucune manière sa responsabilité ; elle ne peut signaler d’une façon spéciale aucun de ces systèmes. Agir autrement, ce serait entretenir des illusions dangereuses pour la population.

Il en est de même pour les procédés basés sur l’emploi de la chaleur. S’ils offrent seuls des avantages indiscutables au point de vue de la disparition des germes et notamment des germes pathogènes, les difficultés d’application

pratique et les prix de revient en limitent l’usage à des cas urgents, comme l’existence d’une épidémie limitée à nn groupe de population. Encore peuvent-ils être remplacés par la simple ébullition de l’eau d’alimentation au foyer domestique dans un récipient ordinaire, ouvert à l’air pendant la durée de l’ébullition poussée à gros bouillons pendant un quart d’heure au moins, et l’eau étant conservée aérée à l’abri des poussières.

Conclusions.

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