‹ Condamnations arbitrairesChapitre 16 sur 53 · XXII. — Mgr Conroy et la Lettre du 22 septembre · texte numérisé non relu

XXII. — Mgr Conroy et la Lettre du 22 septembre

// la remplace par la lettre du 11 octobre i8jj.

— Ce qu'il dit à Notre-Dame de Montréal

Nous avons vu quelles intrigues nos libéraux avaient mises en œuvres pour ruiner l'autorité de la lettre pastorale du 22 septembre 1875 x. Quoiqu'ils eussent réussi, quasi au deLà de leurs espérances, Mgr Conroy ne se tint pas pour satisfait de ce résultat. Il voulait plus. Il voulait que cette lettre pastorale devînt lettre morte. Pour y parvenir, il lui fallait le concours de nos évêques. Il se dit qu'il l'aurait et voici comment il s'y prit pour l'obtenir.

Il réunit de nouveau tous les évêques en octobre, et il leur annonça que pour rétablir l'ordre et la paix dans la province de Québec et leur assurer une impérissable existence, il fallait écrire une nouvelle lettre pastorale, que chacun d'eux si-

1. Voir ces documents dans Voix Canadiennes, tome II, chap. II, pages 41 et suivantes.

gnerail. En même temps, il chargea l'un de ces vénérables prélats de la rédiger. Ce n'était tout probablement que par une feinte déférence qu'il en agissait ainsi. Il n'agréa pas le travail que lui présenta le prélat qui en avait été chargé par lui, et, en conséquence, il rédigea lui-même la nouvelle lettre.

Lorsqu'il s'agit de la signer, plusieurs évêques hésitèrent. Ils ne voyaient pas quelle pouvait être l'opportunité de cette lettre, Après celle du 22 septembre 1875. Il leur semblait aussi que ces deux pièces n'étaient pas d'accord, et ils ne voulaient pas sacrifier la lettre du 22 septembre, dont Pie IX avait loué la doctrine dans son bref à Mgr l'évêque des Trois-Rivières.

Mgr Conroy parvint à vaincre leurs hésitations. Il leur dit d'abord que la nouvelle lettre, qu'il leur proposait de signer, ne faisait que confirmer la précédente, vu qu'on l'affirmait dans son préambule; il ajouta ensuite que c'était la volonté du Saint-Siège qu'ils la signassent telle qu'il la leur présentait. Pleins de bonne foi, nos évêques signèrent par respect pour le Saint-Siège, et ils signèrent à la date du 11 octobre ,1877 ^

Or, cette lettre pastorale du 11 octobre 1877, que Mgr Conroy a dit écrite pour maintenir et même pour confirmer la lettre du 22 septembre 1875, que renferme-t-elle ? Si elle est faite pour maintenir et confirmer cette dernière, elle doit renfermer, sinon plus, au moins tout autant qu'elle. Or, tel n'est pas le cas. Elle renferme moins que la lettre du 22 septembre 1875; elle en diffère beaucoup par là même, et c'est là sa raison d'être.

Mgr Conroy a voulu éliminer de la lettre' pastorale du 22 septembre certaines explications essentielles qui mettaient

1. Plusieurs Evêques, suffragants de Québec, ayant mieux compris par les effets qu'elle produisit, la portée de la lettre collective du 11 oct. 1877, ont déclaré, depuis, qu'ils ne la signeraient pas aujourd'hui.

Vers l'Abîme. 10

la doctrine catholique dans tout son jour, et qui ne permettaient plus aux libéraux de tromper par des sophismes les âmes trop crédules. Toutes ces explications mises de côté, la vraie doctrine, dans la lettre du 11 octobre 1877, demeurait dans un vague tel que les libéraux pouvaient facilement abuser de cette lettre et l'interpréter en leur faveur. Mgr Conroy désirait ce résultat et il n'a malheureusement que trop bien réussi à l'obtenir.

Dans la lettre pastorale du 22 septembre, on lisait : « Un » parti politique peut être jugé dangereux, non seulement » par son programme et ses antécédents, mais encore par les » programmes et les antécédents particuliers de ses chefs, de » ses principaux membres et de sa presse, si ce parti ne les » désavoue point et ne se sépare pas définitivement d'eux, » dans le cas où ils persistent dans leur erreur après en avoir » été avertis. »

Ces paroles s'appliquaient évidemment à notre parti libéral, qui par ses faits, ses principes, ses chefs et sa presse, se trouvait dans les cas signalés par nos évêques.

Ils continuaient : « Dans ces cas, un catholique peut-il sans » renier sa foi, sans se montrer hostile à l'Eglise dont; il est » membre, un catholique peut-il, disons-nous, refuser à l'Eglise » le droit de se défendre, ou plutôt de défendre les intérêts » spirituels des âmes qui lui sont confiées? Mais l'Eglise parle, » agit et combat par son clergé, et refuser ces droits au » clergé, c'est les refuser à l'Eglise. Alors le prêtre et l'évêque » peuvent en toute justice et doivent en toute conscience » élever la voix, signaler le danger, déclarer avec autorité » que voter en tel sens est un péché, que faire tel acte ex- » pose aux censures de l'Eglise. »

Or, comment Mgr Conroy a-t-il, autant qu'il était en lui, détruit cet enseignement qui écrasait les libéraux de tout son poids et les forçait à disparaître? — En obligeant nos évêques à s'exprimer de la manière suivante dans leur lettre du 11 octobre 1877 :

« Il n'existe aucun acte pontifical condamnant un parti » politique quelconque; toutes les condamnations émanées » jusqu'à présent de cette source vénérable, se rapportent » seulement aux catholiques libéraux et à leurs principes... » Nous laissons à la conscience de chacun de juger, sous le » regard de Dieu, quels sont les hommes que ces condamna- » tions peuvent atteindre, quel que soit d'ailleurs le parti po- » litique auxquels ils appartiennent. »

Il n'y a là dedans rien de faux, sans aucun doute, mais ce n'est pas complet. Vu les explications qui auraient dû accompagner ces énoncés et qui font défaut, nos libéraux, qui pour donner le change sur leur compte, ne se prétendent que libéraux purement 'politiques, se prévalent de cette pièce pour soutenir qu'ils ne sont pas condamnés et pour arriver ainsi à régner partout. Il eût fallu dire qu'aucun parti politique n'est condamné comme tel purement et simplement; mais que s'il s'appuie sur de mauvais principes, comme sont les principes libéraux, par exemple, il devient alors condamnable et condamné.

Ensuite, pourquoi laisser à chacun le soin de juger, sous le regard de Dieu, quels sont les hommes que les condamnations pontificales peuvent at eiadre? N'eût il pas f a1 la énoncer, comme l'a fait Pie IX tant de fois, ce qui caractérise ces hommes, quels sont les signes auxquels on les reconnaît? Mgr Conroy, auteur de la lettre du 11 octobre 1877, s'est bien gardé de faire le portrait des libéraux, tel que Pie IX nous l'a tracé; il s'est bien gardé surtout de rappeler, à propos de libéralisme, ce que disait cet immortel Pontife, dans un bref adressé à un prêtre canadien, à la date du 23 octobre 1876 : « Les libéraux imbus, sans qu'ils le sachent, du venin des » principes propres à tout renverser, se croient libres de » suivre des opinions qui, à n'examiner leur caractère poli- » tique, semblent se soustraire au magistère de l'Eglise, peu » capable, dans leur pensée, de connaître les besoins de la » société civile. »

Au lieu de redire à nos libéraux les enseignements du Saint-Siège, et de leur montrer ce qu'ils sont, d'après ces enseignements, Mgr Conroy a fait tout ce qu'il fallait pour les confirmer dans l'erreur particulière que Pie IX a si souvent stigmatisée, c'est-à-dire pour leur donner à croire qu'ils sont libres de suivre des opinions dangereuses et funestes, parcequ'ils n'examinent que le caractère politique de ces opinions.

De nos évêques, plus d'un a regretté d'avoir signé la lettre du 11 octobre. Malgré tout, Mgr Conroy, ce qui prouve bien que cette lettre était son œuvre, a obtenu de chacun d'eux, par écrit, l'assurance qu'ils étaient contents de ce document et de la manière dont il remplissait sa mission. Il a demandé cette espèce de certificat peu de temps après la publication de la lettre du 11 octobre. Ça été habile de sa part, car bien sûr qu'il n'eût pas réussi de la sorte quelques mois plus tard.

A quelque temps de là, le jour de la Toussaint, Mgr Conroy se rendait à l'église de Notre-Dame Montréal pour y officier. Au moment où il allait entrer, on lui adressa quelques mots pour le complimenter et lui assurer qu'on se sentait honoré et heureux de le recevoir comme Délégué du Saint-Siège. Il répondit, et, dans sa réponse, il trouva moyen de parler de la lettre du 11 octobre. Il dit que, dans cet acte épiscopal, nos premiers pasteurs avaient parlé comme de vrais évêques catholiques. C'était peu flatteur pour eux, puisque par là Mgr Conroy donnait clairement à entendre que, dans d'autres actes épiscopaux, et notamment dans la lettre épiscopale du 22 septembre 1875, ils n'avaient pas tout à fait parlé comme ils auraient dû, n'avaient pas enseigné une doctrine bien sûre.

Dans cette même réponse, Mgr Conroy, désireux de profiter de toutes les circonstances pour réhabiliter ses amis, les catholiques libéraux, ajouta que la lettre du 11 octobre était destinée à faire disparaître les deux erreurs qui nous tuaient:

<i V erreur de ceux qui ne veulent pas suivre la doctrine enseignée ) par les évêques, et V erreur de ceux qui, par trop de zèle religieux > veulent -faire peser sur des hommes et des partis des condamnait tions que l'Eglise n'a jamais prononcées ».

Par ces paroles, qui ont fort scandalisé dans le temps, Mgr Conroy blâmait deux classes d'hommes; les impies et les vrais catholiques. Il blâmait ceux qui rejettent l'enseigne-» ment de l'Eglise et ceux qui prennent cet enseignement au sérieux, et qui ne sont pas d'avis qu'on doive faire fléchir les principes selon les circonstances.

Leà seuls qui soient approuvés par lui et regardés comme suivant la voie droite, sont les hommes amis de la conciliation, les hommes à manche large, comme il disait à quelqu'un, les catholiques libéraux, en un mot.

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