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Protonotaire apostolique ad instar participantium

Vers l'Abîme.

seur. Me contredirez-vous si j'affirme fermement, — les preuves ne font pas défaut; je le prouverai, s'il le faut, — que, depuis plus de quarante années, on fait chez vous de louables efforts pour faire la lumière nécessaire sur la plus importante, sur la plus vitale de toutes vos questions ; la ^question scolaire; mais presque sans succès, surtout depuis la mort (1885) de Mgr Ignace Bour^get, évêque de Montréal, et durant tout le règne tyrannique et vindicatif, à tous égards lamentable et désastreux (1871-1898), de Mgr Taschereau, archevêque de Québec, qu'une singulière méprise sur ses talents et mérites laissa pourtant élever au cardinalat (1886).

» Mgr Taschereau, vous le savez déjà, avec l'appui servile et constant de l'Université Laval dont il avait été, d'ailleurs, l'un des fondateurs en 1852, puis le recteur, et enfin le chancelier jusqu'à sa mort, devint la grande lumière blafarde de l'Eglise du Canada, en même temps l'étoile tutélaire, la seule, la grande autorité de vos libéraux en général, et de leur Benjamin fortuné, Wilfrid Laurier : il était à vrai dire, pour votre confusion autant que pour la sienne, la colonne jusqu'ici inébranlée de votre école libérale prospère et insolemment triomphante.

» S'il faut un point de repère dans votre immense affliction, je dirai presque dans votre incurable malheur, je fixe la date de l'élévation à la pourpre romaine de ce fauteur d,u libéralisme canadien : marquez avec le plus généreux de votre sang l'année 1886! Rome honorait Taschereau, alors que celui-ci trahissait la cause romaine sur une terre de prédilection. A partir de ce jour néfaste, il devint en quelque sorte impossible de faire pénétrer chez vous les enseignements romains sur l'Education. Pour Wilfrid Laurier et son parti il était un maître, un fétiche, presque un dieu, puisqu'il parlait, sévissait et bénissait selon leurs intérêts et à leur gré. Comme contre-partie fatale, pour ces mêmes libéraux, ne comptaient absolument pour rien ni laïques, ni

prêtres, ni évêques qui pensaient ou agissaient à rencontre de Taschereau, leur prisonnier autant et plus que leur idole fragile.

» Nous avons déjà vu comment agissait ce cardinal vindicatif, autoritaire envers tous autres qu'à l'égard de ses propres maîtres qui se tenaient dans les coulisses de la politique. Mais comment pensait-il à part et en public? Il pensait comme il travaillait, en libéral bon teint et bon sang, peut-être bien avec une nuance de bonne foi relative, vu son éducation première et sa formation au Séminaire de Québec qu'il ne quitta, pour ainsi dire, jamais.

» Mes preuves? direz-vous. Elles abondent. Ce qu'il pensait de la presse catholique? Eh! lisez donc l'histoire de La Vérité de Québec, au commencement du 3rae volume de ses Mélanges. Ce qu'il pensait sur vingt autres questions vitales, et notamment sur la question de l'Education? Etudiez ses actes pour vous en pénétrer.

» Sans doute ce bon cardinal Taschereau voulait l'éducation chrétienne; mais une éducation si peu chrétienne qu'il n'y paraissait guère. En cette éducation il fixait des limites : on pouvait atteindre certain point; mais aller au delà, il ne le souffrait pas. Il fallait uue éducation catholique à la forme libérale, beaucoup d'élasticité et de tiédeur.

» Il était fort peu communicatif ce despole, pas au point cependant qu'il s'abstînt obstinément d'exprimer ses idées personnelles et de blâmer parfois ouvertement ceux qui s'identifiaient en tout avec les sentiments et les directions du Saint-Siège. Aussi faut-il observer et retenir qu'il ne goûtait guère les Encycliques Humanum genus, de 1884, et Sapientiœ christianœ, de 1890, ni davantage la célèbre lettre pontificale Nobilissima Gallorum gens.

» Quelles étaient les raisons de son aversion ou de ses réticences?

» D'aucuns affirment que le cardinal Taschereau estimait

qu'on y exagérait singulièrement les dangers du maçonr.isme dont il n'avait, lui, qu'à se louer.

» D'autres disent que l'école neutre, que l'indifférence ou la neutralité en matière politique n'inspiraient en lui aucune répugnance. Et puisque Mgr l'archevêque L. N. Bégin a daigné s'occuper de nous plus que de raison, nous ajoutons, en ce qui le concerne, qu'ils ne manquent pas les excellents esprits, catholiques canadiens fervents et militants, pour dire de lui que, tout comme son prédécesseur sur le siège de Québec, et pour les mêmes raisons, éducation première, formation tant intellectuelle que morale dans le même milieu : séminaire et université de Québec, il n'est pas loin de penser comme l'Eminence Taschereau qu'il n'a pas hésité, du reste, à signaler à l'admiration du peuple comme Y une des gloires nationales les mieux faites pour faire valoir le génie canadien K

» En même temps qu'il disait tout ce bien de Taschereau dont Mgr J. Fèvre avait pensé et écrit fort différemment, il était à prévoir que Mgr Bégin défendrait la mémoire du modèle proposé à la vénération comme à l'imitation du clergé franco-canadien. Malgré sa grande réserve habituelle, Mgr Bégin ne manqua pas l'occasion, qu'il faisait naître, de blâmer Mgr Fèvre de ce qu'il s'était permis d'écrire du cardinal Taschereau d'abord, et ensuite du système d'éducation canadien.

» Pour ce qui regarde la vénération due au cardinal Taschereau, les documents déjà produits la limitent, et il et à craindre que ceux que je tiens en réservé la dissipent totalement.

» Une anecdote en passant pour rompre la monotonie de mes propos.

» Vous connaissez peut-être le secrétaire de votre Délégué apostolique, Mgr Sbaretti. Eh bien! ce brave, soucieux

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